Technique

Publié le 24/02/2022

L’interdiction des néonicotinoïdes remet la betterave au cœur de la recherche sur les phytovirus. Les spécialistes ont du pain sur la planche, entre amélioration des connaissances sur la maladie et des méthodes de détection, élaboration des méthodes de lutte… Mais, petit à petit, à pas de loups, la recherche avance pour cerner la maladie.

Directrice de recherche à Inrae de Colmar, Véronique Brault travaille sur la transmission des virus des plantes par les pucerons. La lutte contre la jaunisse de la betterave à l’aide des néonicotinoïdes a un temps écarté cette culture de son champ d’action. Mais l’interdiction de cette solution chimique remet la betterave au cœur des investigations des instituts de recherche. En effet, pour trouver des solutions alternatives à cette matière active, le Gouvernement, les acteurs de la filière betteravière et les instituts de recherche, ont mis en place, et financent, un vaste plan de recherche, le Plan national de recherche et innovation (PNRI). Il comprend 23 projets de recherche, dont Provibe (pour Protection contre les virus de la betterave), qui fait intervenir cinq partenaires : les centres Inrae de Colmar, de Bordeaux et de Montpellier, le CNRS - Institut de biologie moléculaire des plantes de Strasbourg, et l’Institut technique de la betterave (ITB). Pendant trois ans, quatre équivalents temps plein s’attellent à mener à bien plusieurs objectifs.     Une maladie, quatre virus, des vecteurs, un hôte Le premier consiste à « approfondir les connaissances sur la maladie », pose Véronique Brault. En effet, la jaunisse résulte d’interactions complexes entre un agent pathogène (les virus), un vecteur (les pucerons), et un hôte (les betteraves). Et « pour trouver de nouvelles cibles afin de lutter contre cette maladie, il est important de connaître contre quoi on lutte ». Certaines connaissances sont désormais bien assises. « On sait que la jaunisse est causée par quatre virus. Celui de la jaunisse grave de la betterave, BYV ; les polérovirus, responsables de la jaunisse modérée, BMYV et BChV ; et le virus de la mosaïque de la betterave, BtMV », rappelle la chercheuse. Bien qu’appartenant à trois familles différentes, ces virus ont pour point commun de n’être transmis que par des pucerons, ce qui ne facilite pas la tâche des chercheurs. « Nous sommes face à un pathosystème très intéressant, car chaque virus se caractérise par un mode d’acquisition et de transmission particulier », poursuit la spécialiste. Les pucerons peuvent acquérir les virus, donc devenir vecteur, quand ils piquent la feuille, ou qu’ils aspirent la sève. Par exemple, les pucerons doivent ingérer la sève pour acquérir les polérovirus. Alors qu’il suffit que les pucerons goûtent la plante pour devenir porteurs du BtMV. Quant au BYV, les pucerons doivent se nourrir de la plante pour acquérir le virus, mais un temps relativement court d’ingestion (quelques heures) suffit. Par ailleurs, si les polérovirus pénètrent dans les cellules du puceron, qui devient porteur toute sa vie (quelque trois semaines) sans toutefois les transmettre à sa descendance, les autres virus restent à l’extérieur des cellules de leur hôte. « Ils ne sont capables de transmettre le virus que durant quelques heures à quelques jours ». Il est également acquis que le puceron vert du pêcher, puceron très prévalent dans la nature et présent sur de nombreuses cultures, peut être vecteur des quatre virus et donc potentiellement les transmettre simultanément à une plante. Les observations de l’ITB ont démontré qu’en 2019, sur 100 plantes infectées, 2 % l’étaient pas plusieurs virus. Un pourcentage qui est passé à 86 % en 2020, année de très forte pression de la maladie, pour retomber à 30 % en 2021. Premier constat : la co-infection est un phénomène très aléatoire, et qui mérite d’être approfondi « afin de déterminer si les efforts peuvent être concentrés sur un seul virus, ou pas », argumente la chercheuse. En effet, il peut y avoir un effet de synergie entre les virus dans la plante, avec une hausse des dégâts. Ou, au contraire, un phénomène d’antagonisme, avec une inhibition des virus entre eux. Pour répondre à ces interrogations, Inrae et l’ITB ont inoculé de manière contrôlée des plantes avec des pucerons porteurs de virus avec sept des quinze combinaisons virales possibles. Puis, les effets de ces infections sur le poids du pivot et sur sa richesse en sucre ont été étudiés. Tous les virus doivent être combattus Les premiers résultats confirment que le virus BYV est le plus dommageable pour la betterave, puisqu’il entraîne une réduction du poids du pivot de 52 %, contre 27 % pour les polérovirus et 14 % pour le BtMV. En outre, BYV est responsable d’une baisse de la teneur en sucre de 4 %, alors qu’aucune variation significative de la teneur en sucre n’a été mise en évidence avec une infection par les polérovirus, et qu’elle augmente de 6 % suite à une infection avec le BtMV. En outre, « il semble qu’il n’y ait pas d’effet aggravant des co-infections. Les effets sur le poids du pivot et la richesse en sucre sont équivalents à ceux entraînés par le virus le plus dommageable », annonce Véronique Brault. Par contre, les chercheurs ont mis en évidence qu’en présence des polérovirus ou du BtMV, l’accumulation du BYV dans les plantes est amplifiée, ce qui suggère qu’il se disséminerait d’autant mieux. Conclusion de Véronique Brault : « On ne peut pas écarter une famille de virus de la recherche. Car si l’accumulation du BYV est favorisée par les autres, sa transmission aussi ». En outre, si BYV est le plus agressif, les plus prévalents sont les polérovirus. Améliorer les techniques de détection de la maladie Le projet Provibe vise également à mettre au point de nouveaux outils de détection et de suivi de la maladie, que ce soit pour évaluer l’efficacité des méthodes de lutte, savoir si des pucerons sont porteurs, aider à prendre des décisions… « Nous sommes capables de détecter la présence des quatre virus, en une réaction, mais qui nécessite des équipements de biologie moléculaire », indique Véronique Brault. Il s’agit donc d’analyses coûteuses, réalisables uniquement en laboratoire. Aussi l’Inrae de Colmar s’attache à mettre au point une technique d’analyse moins coûteuse et réalisable avec un minimum d’équipement. La technique utilisée, baptisée RT-Lamp (pour amplification isotherme médiée par boucle de transcription inverse), est une sorte de PCR allégée. Elle présente de nombreux avantages : peu d’équipements, une lecture par coloration simple (jaune il y a du virus, rouge il n’y en a pas), très sensible, et qui fonctionne aussi bien sur du broyat de puceron que de plante… Pour l’instant la technique a été mise au point pour deux des quatre virus. Pour les autres, il faut encore peaufiner le mode opératoire. La prémunition, ou la vaccination du règne végétal Les équipes de Provibe évaluent en outre une méthode de lutte envisageable : la protection croisée, ou prémunition, qui ressemble à une vaccination des plantes contre les virus. Elle part du constat que, dans la nature, certaines plantes ne développent aucuns symptômes alors que les individus alentour sont affectés. Chez certaines espèces, il a été prouvé que ces plantes asymptomatiques sont protégées grâce à leur infection préalable par un autre virus, proche du virus pathogène, mais moins virulent. Une infection qui a pour effet de renforcer les réactions de défense de la plante, qui est ensuite capable de mieux se défendre contre le virus dommageable. La prémunition est d’ores et déjà utilisée comme méthode de lutte, par exemple pour protéger la tomate et les citrus contre certains de leur virus. « Comme certaines betteraves ne développent pas de symptômes de jaunisse, nous avons cherché à déterminer si cela découlait d’un phénomène de prémunition. Des analyses, réalisées par l’ITB, ont mis en évidence que ces individus asymptomatiques sont aussi infectés par les virus. Nous avons donc formulé l’hypothèse qu’il existe un cocktail viral qui empêche l’extériorisation des symptômes », raconte Véronique Brault. Pour vérifier cette hypothèse, l’ADN du virome des plantes symptomatiques et asymptomatiques a été analysé. « À l’échelle du génome, nous n’avons mis en évidence aucune différence majeure. Mais le CNRS va poursuivre ces travaux pour analyser les viromes gènes par gènes ». Quoi qu’il en soit, l’acquisition des phytovirus passant nécessairement par un puceron vecteur, la technique de la prémunition semble a priori difficile à mettre en œuvre pour la betterave. « Ce n’est pas la piste la plus prometteuse, concède Véronique Brault. Mais nous poursuivons les investigations car elles vont nous permettre de comprendre ce qui fait l’agressivité des virus, quelles sont les protéines qui sont responsables de leur pouvoir pathogène et de leur symptomatologie » Et c’est important ! Car c’est l’externalisation des symptômes qui semble dommageable. « Une betterave qui est infectée mais sans symptômes, c’est peut-être acceptable. En tout cas plus qu’une betterave symptomatique », pointe la chercheuse. Concentrer les efforts sur la lutte précoce En attendant d’en savoir plus, les équipes de Provibe avancent une autre hypothèse pour expliquer l’existence de ces betteraves asymptomatiques. « Il est possible qu’elles correspondent à celles qui sont infectées à des stades végétatifs plus avancés ». Une hypothèse qui a été vérifiée en inoculant des betteraves à différents stades. Conclusion : « Plus la betterave avance en âge, plus les pucerons ont du mal à inoculer les virus, ou plus la betterave développe une résistance aux virus ». Les chercheurs ne savent pas encore complètement expliquer ce phénomène. Il est sans doute lié à l’évolution des propriétés physiques des feuilles, qui se renforcent avec le temps, ainsi qu’à celle de la composition chimique de la sève. « En outre, plus les plantes sont développées, plus elles sont robustes, et potentiellement capables de mettre en place des mécanismes de défense. » Quoi qu’il en soit, ce résultat suggère que les efforts doivent porter sur la protection précoce des betteraves. Il apparaît aussi certain que, sans les néonicotinoïdes, la lutte contre la jaunisse de la betterave sera « plus complexe », car elle reposera sur « une combinaison d’approches ». Elle sera aussi plus fine.    

« Roots of tomorrow », jeu de simulation agricole

L’agroécologie à l’épreuve du virtuel

Publié le 23/02/2022

À l’occasion du Salon de l’agriculture 2022, la région Grand Est organise un événement autour du jeu de simulation agricole « Roots of tomorrow ». Il n’en fallait pas plus pour motiver notre équipe : souris en main, nous voilà à la tête d’une ferme virtuelle. Objectif : une exploitation durable en 10 ans. Pour cela, il faudra en apprendre sérieusement plus sur l’agroécologie. Un article écrit en collaboration avec Stéphane Inverardi, graphiste.

« Roots of tomorrow » est un serious game (jeu sérieux, en anglais). Créé par le studio Gamabilis et développé avec l’Inrae, il projette le joueur à la tête d’une exploitation durable en devenir. Il s’agit de « découvrir les réalités du monde agricole, en favorisant le changement des modèles pour tendre vers une agriculture éco-efficiente », expliquent les créateurs du jeu. Ils ont ainsi travaillé « en étroite collaboration avec l’institut de recherche. Le designer s’est même rendu sur des exploitations, notamment pour photographier les animaux », précise Gamabilis. La vocation pédagogique est le moteur du projet. « Dans ces jeux vidéo, le réalisme est poussé à l’extrême pour donner envie d’améliorer la réalité », explique Stéphane, notre joueur d’un jour. Le jeu est-il à la hauteur de son ambition ? Le temps d’une après-midi, nous transformons les bureaux du journal en salle de gaming. Nous choisissons de nous lancer dans l’élevage ovin, dans le sud-est de la France. Au départ du jeu, une autre décision importante s’impose : notre personnage. Il vient avec certains avantages : par exemple, en tant qu’ancien banquier, nous pourrions bénéficier de 10 000 euros supplémentaires. Si nous reprenons une exploitation familiale, nous aurions une réduction de 10 % à l’achat des parcelles. Une petite entorse à la réalité, car qui dans la vie choisit d’où il vient ? Allez, va pour l’héritage familial. Nous serons donc Élena. ? 460 brebis Mérinos d’Arles sur une exploitation de 43 hectares en @MaRegionSud , voilà ce qui vous attend pour le prochain scénario du jeu sur l'agroécologie Roots of Tomorrow !Téléchargez-le gratuitement !https://t.co/WopVz1Was0#agroécologie #jeuvideo #farmingsim pic.twitter.com/mOsj9ehn2l — Gamabilis (@team_gamabilis) December 14, 2021 Prendre les commandes en main Ces premiers réglages effectués, notre ferme apparaît. Jean-Baptiste, notre conseiller, est présent pour nous guider. Avec lui, nous découvrons notre bergerie et ses 460 brebis. Puis, pas à pas, nous en apprenons plus, avec pédagogie toujours : la bergerie, les hangars de stockage, le stock de fumier, la moissonneuse-batteuse en Cuma… Nous passons de longues minutes à tout lire pour comprendre où nous venons de mettre les pieds. Une forêt jouxte la ferme et ses 180 ha de parcours à base de pins sylvestres et de chênes. Mais en cette période, le troupeau paît sur les pâturages de montagne. Un groupement pastoral se relaie pour le gardiennage. Jean-Baptiste nous fixe alors notre objectif : « Rendez votre exploitation durable en 10 ans ! » Le temps passera plus vite dans l’écran. Au long du jeu, nous devrons améliorer plusieurs critères précis, en faisant les meilleurs choix aux meilleurs moments : préservation de la biodiversité ; pertes vers l’environnement (c’est-à-dire l’impact du CO2 et autres pollutions) ; gestion des sols (éviter le labour, rotations longues, couverts végétaux) ; consommation de l’énergie. Au chapitre économique, nous devrons veiller à la rémunération du travail, l’état de la trésorerie et au patrimoine. « Il y aura beaucoup d’investissements. On va devoir faire super attention à ne pas nous endetter », souligne-t-on d’emblée. Enfin, un volet social comprend la vie du territoire, les conditions de travail, la sécurité alimentaire de la population et le bien-être animal. Des défis réels Au fil des mois tout y passe : l’achat de matériel, la gestion des parcelles, la vente des premières bêtes, la formation… Stéphane analyse : « Tous les sujets n’éveillent pas le même intérêt en moi, j’ai hâte surtout d’en apprendre plus sur l’agriculture de précision par exemple. » Vient déjà la première déclaration Pac. « Clairement, ça semble compliqué de remplir dès la première année les objectifs demandés par l’Union européenne… » Nous n’y arriverons qu’en partie. D’autant plus que, sans prévenir, le jeu – comme la nature qui l’inspire – ne nous fait pas de cadeau. Trop de pluie, trop longtemps, nos rendements baissent de 10 % et les pertes s’élèvent à 8 000 euros. Nous n’avons malheureusement pas souscrit d’assurance récoltes. Pas de quoi nous décourager cependant. Nous nous sommes diversifiés et avons suffisamment de fourrages en stock. C’est que notre gamer prend les choses au sérieux : armé d’un plan et de son tableau Excel, il fait ses prévisions. « C’est pour gérer au mieux ma rotation des parcelles ! », se défend-il, amusé et visiblement pris par le jeu. Game over Les années défilent et ne se ressemblent pas. Malgré le virtuel, on sent que les développeurs ont voulu intégrer un très grand nombre de paramètres qui rendent la conduite de l’exploitation complexe. Il est nécessaire de surveiller régulièrement plusieurs indicateurs, miroirs de préoccupations bien réelles, à commencer par le compte en banque qui diminue à mesure que l’exploitation se développe, mais aussi le temps de travail et l’énergie de notre agricultrice. Le quotidien de l’exploitation fait parfois oublier l’objectif de l’amélioration agroécologique. C’est aussi ça, la réalité du terrain. L’heure du bilan arrive. Outre quelques bugs – c’est le lot des jeux en cours de développement – nous avons apprécié l’expérience. Mais malgré la satisfaction d’avoir amélioré bien des aspects de notre exploitation, la frustration est présente. Nous aurions aimé mieux réussir. « Je ne suis pas dans mon environnement habituel de gamer », temporise Stéphane. « Et puis, tu es tellement guidé dans les choix que l’agroécologie s’impose dans le jeu. J’ai appris des choses, mais n’y connaissant rien à l’agriculture, je trouve dommage que ce ne soit pas plus ouvert au grand public. » Il recommencera vite une partie, avec d’autres paramètres de départ, pour voir. « Roots of tomorrow » demande une grande concentration, pousse à s’investir, à faire des stratégies que parfois le hasard du ciel déjoue. « Un scénario peut prendre environ 8 heures », précise le studio. Quelques heures pour mieux saisir toute la complexité d’un métier que le virtuel ne saura jamais remplacer.

Publié le 24/01/2022

La Chambre d’agriculture d’Alsace a récemment organisé des réunions techniques dédiées aux fourrages, et notamment aux prairies. Au programme : gestion affinée grâce aux nouvelles technologies, préconisations en matière de fertilisation dans un contexte de hausse des prix des engrais, et évolution des connaissances en matière de restauration des prairies suite aux dégâts de gibier.

Derrière l’image d’une vache qui broute paisiblement se cache une réflexion et une organisation dont la complexité échappe aux profanes. La gestion des prairies repose notamment sur la vitesse de la pousse de l’herbe, elle-même dépendante des conditions météorologiques. Pour aider les agriculteurs à anticiper son évolution, la Chambre d’agriculture d’Alsace édite un Flash pousse de l’herbe, qui paraît chaque jeudi durant les périodes de pousse active de l’herbe, donc avec une pause estivale. « Il contient une description de l’évolution de la croissance de l’herbe, en termes de quantité et de stade physiologique, réalisée à partir de l’observation de sept sites de mesures », décrit Philippe Le Stanguennec, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Mais ce n’est pas tout : le Flash contient aussi des indications sur le pourcentage des besoins que l’herbe permet de couvrir, en fonction du chargement et de la pousse de l’herbe. De quoi réviser la stratégie de chargement en fonction de l’évolution des potentialités des prairies au cours de la saison. Happy Grass, une application pour gérer prairies et pâturage Pour aller plus loin, les techniciens de la Chambre d’agriculture d’Alsace proposent aux éleveurs de s’équiper de l’application Happy Grass, un « assistant prairie » qui comprend trois modules : prairie, parcelle et pâturage. Le module prairie vise à la gestion agronomique des surfaces en herbe, du choix des espèces à semer jusqu’aux récoltes. Le module parcelles est destiné à visualiser le parcellaire, les chemins, les points d’entrée. « Il sert à découper les paddocks, à calculer la durée de pâturage possible… Il est aussi possible d’effectuer des simulations, comme celui du coût d’investissement dans des clôtures », décrit Philippe Le Stanguennec. Enfin, le module pâturage est élaboré pour gérer la mise à l’herbe des vaches, et toute la saison de pâture. C’est notamment à cette fin que Sylvain Weber, agriculteur à Zollingen en Alsace Bossue, utilise Happy Grass. « C’est plus simple qu’un enregistrement papier, pour moi et pour les techniciens de la coopérative qui vérifient le calendrier de pâturage ». Quant à Jean Jacques Muller, à Hirschland, il apprécie le gain de fluidité dans les conseils des techniciens de la Chambre d’agriculture. « Nous sommes sûrs de parler des mêmes parcelles ». L’outil facilite aussi son pilotage du pâturage : « Le chargement est décidé au départ, en fonction de la biomasse disponible à un temps donné et de la pousse de l’herbe. Puis, il est possible de réaliser des simulations, et de modifier les pratiques au fur et à mesure de l’avancement de la saison de pâturage. Par exemple d’ouvrir des paddocks en plus, de faucher au lieu de pâturer »… À la fin de la saison, Happy Grass produit un bilan de fin de pâturage, avec le nombre de cycle de pâture par parcelle, la quantité de matière sèche produite… Des données à potasser durant l’hiver pour préparer le retour des bêtes dans leurs verts pâturages. La prise en main d’Happy Grass est accessible en solo aux agriculteurs les plus aguerris aux nouvelles technologies. Que ceux qui éprouvent des moments de solitude face aux nouvelles technologies se rassurent : des formations seront proposées par la Chambre d’agriculture de fin février à fin mars selon les secteurs. Fertilisation azotée : aller chercher les premières tonnes malgré la hausse du prix de l’engrais L’explosion du prix des engrais, aussi bien de l’azote que des engrais de fond, est une réalité à laquelle les éleveurs peuvent réagir de différentes façons selon leurs priorités, leurs contraintes et leurs motivations, qui sont toutes différentes. « La priorité peut être de sécuriser le bilan fourrage, voire de constituer un matelas de sécurité, afin de sécuriser l’autonomie alimentaire et ne pas avoir à acheter des fourrages, plus chers que ceux qui seraient produits sur la ferme », détaille Laurent Fritzinger. La capacité à lever le pied sur la fertilisation dépend alors notamment du niveau de stock fourrager, et des pratiques de fertilisation qui prévalaient : « Il est plus facile de réduire la fertilisation si elle était très sécuritaire que si elle était déjà calculée au plus juste ». Plusieurs éléments sont acquis, en matière de fertilisation des pairies. Notamment que « l’azote est le principal élément influençant le rendement des graminées». Les apports organiques (lisier, compost), sont particulièrement soumis à un effet de plateau. « Dans notre essai de Drulingen, le rendement répond très bien à des doses de 15, 30 m3/ha, mais à 45 m3/ha, le rendement répond moins bien à la dose », rappelle Laurent Fritzinger, conseiller à la Chambre d’agriculture d’Alsace. Avec l’azote minéral, la réponse est plus linéaire. Face à la situation actuelle, deux stratégies sont envisageables. La première consiste à majorer l’investissement, pour atteindre la même quantité d’engrais par hectare que classiquement, afin de sécuriser le rendement et le stock fourrager. « Alors il faut s’attendre à voir le coût de revient augmenter d’au moins 25 €/t MS ». Graphique à l’appui, Laurent Fritzinger démontre qu’il y a tout intérêt à aller chercher les premières tonnes de matière sèche supplémentaires permises par la fertilisation. Par contre, celles obtenues au moyen des doses les plus élevées d’azote vont devenir très chères. Concrètement : les premières unités d’azote vont être rentables, mais plus la quantité d’azote apportée est élevée, plus les unités supplémentaires vont coûter cher, au regard de ce qu’elles vont rapporter. La seconde stratégie consiste à maintenir la somme investie dans la fertilisation, et donc à accepter de prendre le risque d’apporter moins d’engrais, et de voir le rendement en pâtir. Le fractionnement de la fertilisation n’apporte que peu de gains de rendement sur les prairies. Par contre, la date d’apport est importante : « Il faut apporter l’azote 200 degrés jours après le 1er janvier, soit, en moyenne, autour du 7 mars. Si l’azote est apporté plus tard, cela risque d’amputer le rendement. Certes, un apport tardif d’azote permet de gagner un peu en MAT, un peu comme en blé, où les apports tardifs permettent d’assurer la teneur en protéines, mais pas suffisamment pour compenser la perte de rendement », pointe Laurent Fritzinger. Il poursuit : « Après le 15 juin, ce n’est plus l’azote qui est le facteur limitant de la pousse de l’herbe, c’est la météo ». En général, la forme d’azote apportée, urée ammo, n’a que peu d’impact sur le rendement. Mais, en printemps froid et humide, « l’ammonitrate apporte une sécurité par rapport à l’urée ». Fumure de fond : gare aux fausses économies Grâce à la réalisation d’analyses foliaires au printemps, les services techniques de la Chambre d’agriculture ont mis en évidence que 9 % des parcelles sont sous fertilisées en phosphore, 50 % sont fertilisées correctement, et 40 % le sont très bien, voire trop. La moitié des prairies sont bien fertilisées en potasse, mais 40 % sont sous fertilisées, contre 12 % qui sont sur fertilisées. « Attention, quand on dit que les parcelles sont correctement fertilisées, cela ne veut pas dire que l’impasse est possible, mais qu’il faut continuer à couvrir les besoins. Donc, sans analyse, il est risqué de vouloir économiser de la fumure de fond à l’aveugle », précise Laurent Fritzinger. Pour la fertilisation du maïs fourrage, il conseille de bien tenir compte des apports organiques, de ramener au plus près des besoins des plantes les amendements type digestats qui contiennent de l’azote à effet rapide, d’éviter les pertes d’azote en enfouissant les engrais. En matière de fumure de fond, « 30 t/ha de fumier suffisent à compenser ce qui est exporté par le maïs ». Sangliers : des dégâts qui coûtent cher Suite aux dégâts causés par les sangliers aux prairies, la Chambre d’agriculture d’Alsace a élaboré un essai visant à tester différents itinéraires techniques de remise en état des prairies, afin de déterminer ceux qui sont les plus efficaces et d’identifier la période d’intervention la plus favorable. Ces essais avaient aussi pour objectif d’estimer les pertes de rendement réelles qu’engendrent les sangliers dans les prairies. En effet, « les indemnisations se fondent sur des données qui n’ont jamais été déterminées avec précision », pointe Laurent Fritzinger. Quatre modalités ont été retenues dans ces essais. Le même mélange d’espèces a été semé, deux fois à l’automne et deux fois au printemps, avec des outils identiques, le même jour, et sur des parcelles de fauche présentant des dégâts de sangliers significatifs, mais selon différentes techniques : un témoin broyeur puis rouleau ; une modalité broyeur, puis semis, puis rouleau ; une modalité semis, puis broyeur, puis rouleau ; une modalité herse rotative, puis semis, puis rouleau. Les modalités ont été protégées de nouvelles attaques avec du grillage. Puis la repousse de l’herbe a été mesurée, et comparée à celle enregistrée dans des zones non dégradées des mêmes prairies. Conclusion générale de l’essai : le semis apporte un plus à la remise en état des prairies, quelles que soient les modalités. Mais la technique de semis employée semble avoir peu d’impact, tout comme la saison du semis, bien qu’un léger avantage pour l’automne soit observé. Par contre, la nature du sol joue énormément : « La reprise a été meilleure dans une parcelle régulièrement fertilisée que dans une parcelle au sol sableux, moins bien entretenue. » Enfin, la comparaison avec les zones non dégradées des prairies met en évidence une perte de rendement de 60 - 70 % sans resemis. Lorsque les zones abîmées sont ressemées, la perte de rendement est moindre, mais reste significative.  

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