Technique

Agriculture Biométhane Haguenau (ABH)

De l’énergie à transmettre

Publié le 18/06/2022

Jeudi 9 juin, donnant suite à cette matinée de conférences sur la méthanisation à Strasbourg, le site ABH à Wittersheim a ouvert ses portes. Les visiteurs ont pu suivre l’intégralité du processus de transformation, des déchets organiques au biométhane. Le processus de transfert des savoir-faire à la nouvelle génération était aussi au centre des discussions.

Effluves de matière organique portés par le vent et vrombissement de machines, la visite de l’unité de méthanisation ABH se fait au naturel. Régis Huss, président du site, rappelle, dès son discours d’accueil, sa volonté de préparer le terrain pour les futures générations. « Il faut que l’installation des jeunes se fasse dans les meilleures conditions et, pour nous, la méthanisation est une opportunité », dit-il assuré devant l’auditoire d’une cinquantaine de personnes. Sa vision est corroborée par Cédric Brandt, l’un des 14 agriculteurs membres d’ABH, qui déclare sur leur site internet que cette activité supplémentaire pourra aider à l’installation future de son fils. Mais ces ambitions semblent légèrement compromises par les cursus de formation, que Régis Huss ne trouve « pas forcément matures pour former des professionnels à même d’accompagner ce genre d’exploitation ». À l’exception du diplôme universitaire Mise en œuvre d’une unité de méthanisation, proposé par l’université de Lorraine, les formations dans ce domaine sont rares. L’apprentissage en perspective Pourtant, deux jeunes salariés travaillent sur l’unité de Wittersheim. Ils connaissent le site comme leur poche, et répondent promptement aux questions des visiteurs. Ébahi devant la complexité des machines, l’un d’eux s’exclame : « Il y a un véritable savoir-faire ! » Régis Huss s’en félicite, et y voit une perspective d’avenir. Il envisage d’embaucher des apprentis, pour valoriser les compétences d’ABH. « Ils ont acquis de l’expérience, autant la partager », conclut-il. L’un des deux employés, Marc Raugel, est habitué à former ses pairs. Issu des Compagnons du devoir Auvergne Rhône-Alpes, il est heureux de son emploi sur l’unité de méthanisation. « On a beaucoup de missions, mais on est surtout très autonomes », explique-t-il d’un ton jovial derrière ses lunettes opaques. Son collègue a été embauché en même temps que lui, le 15 juillet 2020. Le collègue en question n’est autre que David Huss, le fils du président de ABH. L’envie de s’investir dans le processus de méthanisation lui est venue, alors qu’il menait des études agricoles – un BTS Analyse, conduite et stratégie de l’entreprise agricole – tout en suivant la construction du projet ABH. « Le travail est divisé en deux, moi je m’occupe plus de la production, et Marc de la maintenance », détaille-t-il. Aussi motivé qu’au premier jour, ce qu’il cherche aujourd’hui, c’est un apprenti « qui a un vrai intérêt pour la méthanisation ».

Publié le 17/06/2022

Le lycée agricole d’Obernai et la Chambre régionale d’agriculture Grand Est (Crage) ont organisé, le 31 mai, une journée technique Partage Tour, pour découvrir le méthaniseur et l’essai Dige’O, qui étudie l’impact des digestats de méthanisation sur l’air, l’eau, le sol et les plantes, sur des parcelles de taille réelle, depuis quatre ans. En montant le projet Dige’O, en 2018, le lycée a cherché à déterminer les qualités fertilisantes des digestats et à comparer leurs effets sur l’environnement pour optimiser les pratiques d’épandage. Les premiers résultats ne mettent pas en évidence de différences significatives entre les pertes d’azote par volatilisation et lixiviation suite à des apports de fumier, d’ammonitrate ou de digestat.

Le groupe venu assister à la journée technique Partage Tour, le 31 mai, était composé d’une vingtaine de techniciens, de dix étudiants en BTS et d’un agriculteur. Comment optimiser les pratiques d’épandage des digestats, grâce à une meilleure connaissance de leurs qualités fertilisantes, en comparaison à du fumier et de l’engrais minéral, est la question principale à laquelle les ingénieures du lycée agricole du Bas-Rhin, Margaret Johnson et Véronique Stangret, et Jean-Louis Galais, conseiller grandes cultures à la Chambre d’Agriculture Alsace (CAA), ont essayé de répondre, avec l’aide de Margaux Nedelec, technicienne d’expérimentation au lycée d’Obernai. Après la visite du méthaniseur, avec le chef de l’exploitation du lycée, Freddy Merkling, la trentaine de curieux est allée voir les parcelles de l’essai de plein champ Dige’O. Un focus sur le pilotage et la valorisation de l’azote (N), les digestats et l’azote, et les digestats et le sol, a été fait. Les produits résiduaires organiques (PRO) à l’essai Les essais ont lieu sur quinze parcelles de 25 ares chacune : trois blocs de cinq, pour répondre aux cinq modalités testées. Sont épandus, chacun seul sur sa parcelle, trois types de digestat, du fumier de taurillons de l’exploitation du lycée et de l’engrais minéral (ammonitrate). Le premier digestat brut provient du méthaniseur d’Obernai (alimenté par 23 % de végétaux, 40 % d’effluents d’élevage et 37 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire). Le même digestat mélangé à un produit fixateur d’azote (à base d’argile et de micro-organismes) est également testé. Un autre type de digestat, issu d’un autre méthaniseur du territoire (alimenté par 38 % de végétaux, 43 % d’effluents d’élevage et 19 % de déchets issus de l’industrie agroalimentaire), correspond à la troisième modalité digestat. L’effet du produit fixateur de l’azote ne semble pas être concluant pour le moment. Les règles d’apport de ces PRO Les règles d’épandage des PRO maximisent l’efficience de l’azote fourni par le sol (200 kg d’N/ha) et par le fertilisant (80 % de l’azote des PRO est disponible dans l’année), ce qui fait que les doses épandues sont très faibles, sur l’essai. Ces règles d’apport des PRO ont été retenues suite à des réflexions avec des partenaires techniques et financiers, au début de l’essai. Sur le type de sol lœssique très fertile du site d’Obernai, ces faibles apports suffisent pour atteindre les objectifs de rendement (21 t MS/ha pour le maïs ensilage et 80 q/ha pour le blé tendre d’hiver). Deux ans avant le début des premiers essais, les terres n’avaient pas été amendées en vue de partir de faibles résidus d’azote dans celles-ci. Pilotage des apports azotés Le pilotage des apports azotés, pour Dige’O est le suivant : épandage sur végétation au pendillard, un seul apport au printemps, fourniture du sol et coefficient équivalent azote maximisés, et pas de complément minéral sur les modalités organiques. Pour calculer les besoins en azote, Jean-Louis Galais a présenté différentes méthodes, travaillées par la CAA, dont la plus à la pointe : l’utilisation d’images satellites. « On estime grâce à elles, la biomasse et la teneur en chlorophylle des plantes, et donc, l’azote absorbé », dit-il. Des expériences à reproduire Les pertes azotées vers l’eau, quelle que soit la modalité, sont faibles (voir graphique, ci-contre). Ces résultats sont fortement liés aux règles d’épandages, sur l’essai. L’azote de l’ammonitrate est moins lixivié que celui des digestats mais la différence se joue à quelques grammes d’azote par hectare. Margaret Johnson prévient : « Si ces résultats préliminaires sont prometteurs, s’ils pèsent en faveur des digestats, en suivant les règles d’épandage, aujourd’hui, sur l’essai, ils proviennent d’une récolte de données sur du court terme » ; trois ans, de 2019 à 2021. Pour être conclusifs, les résultats d’une telle étude doivent être tirés d’analyses de données sur plus de cinq ans, précise-t-elle. Les cultures intermédiaires pièges à nitrates (Cipan) ont un effet positif sur la rétention d’azote, à la surface du sol. Sur cet essai, les Cipan suivent le blé. Après la culture de Cipan, les reliquats azotés sont moins importants qu’après une culture de printemps, a-t-il été observé. Cela peut signifier moins de fuites d’azote vers l’eau souterraine. Alerte canicule Sans surprise, c’est le fumier, sur les cinq modalités, qui amène le plus de matière humique et permet aux mottes d’être les plus stables. Ceci est dû, d’une part, à sa composition forte en matières sèches (plus de 30 %, comparé à 10 %, en moyenne, dans les digestats bruts) et, d’autre part, à la quantité de carbone importante apportée par ce PRO. L’écosystème du sol nourri en fumier est plus complexe et plus riche. Les vers de terre sont présents sur toutes les modalités mais sont plus nombreux sur les parcelles recevant du fumier, puis sur celles recevant du digestat, et, enfin, sur celles recevant de l’engrais minéral. Mauvaise surprise, par contre, sur le bilan carbone dans les sols, pour les digestats. Avec la rotation pratiquée sur l’essai, le bilan humique des parcelles recevant du digestat est négatif, de l’ordre de - 1 t/ha/an d’humus. Seule la modalité fumier présente un bilan humique positif de 4 t/ha/an, dans les conditions météorologiques moyennes des trente dernières années. En prenant en compte le réchauffement climatique récent, même la modalité fumier ne présente pas de bilan positif car le sol consomme davantage de carbone, lors des hivers doux. « C’est comme si on n’avait rien fait », alerte Véronique Stangret, en charge de Dige’O, avec Margaret Johnson, qui prendra sa suite.

Syndicat des eaux et de l’assainissement d’Alsace Moselle (SDEA)

Des filières pour protéger la ressource en eau

Publié le 16/06/2022

Depuis plusieurs années, le SDEA œuvre au développement de filières agricoles à Bas niveau d’impact (BNI) afin de contribuer à préserver la qualité de la ressource en eau, tout en garantissant la viabilité des exploitations agricoles. Jeudi 2 juin, dix filières ont été présentées et leurs acteurs récompensés au Moulin de Moines à Krautwiller.

Sans eau, pas de vie. Sans eau, pas d’agriculture. Et l’eau entre aussi dans l’alimentation. À ce titre, sa potabilité doit être préservée. C’est pourquoi le SDEA, dont les missions principales sont l’adduction et l’assainissement de l’eau, se préoccupe aussi d’agriculture. En effet, « dans certains secteurs, la potabilité de l’eau ne va plus de soi », pointe Patrick Barbier, maire de Muttersholtz et vice-président du SDEA. « Non seulement parce qu’elle est davantage contrôlée, mais aussi parce que les pratiques agricoles ont évolué avec la nécessité de nourrir une population croissante ». L’emploi de « nouvelles technologies » (les produits phytosanitaires pour ne pas les nommer), rend le lien entre eau et agriculture, « plus délicat ». Face à ce constat, le SDEA se veut « efficace » en concentrant ses efforts sur les secteurs qui posent déjà problème, soit les zones de captage prioritaires, définies comme telles par l’État, sur la base des concentrations en azote et résidus de produits phytosanitaires qui y sont mesurées. « Notre première stratégie a été d’inciter à une utilisation raisonnée des intrants, à l’implantation de Cipan. Et ça a marché », se félicite Patrick Barbier. Les teneurs en nitrate, notamment, se sont stabilisées. Mais pour les résidus de produits phytosanitaires, la situation reste « fragile », notamment parce que certaines molécules restent longtemps dans les sols avant de rejoindre la nappe phréatique. Afin d’aller plus loin, le SDEA a donc engagé une nouvelle stratégie, à partir de 2002, celle de la « bonne culture au bon endroit ». La démarche est aussi économique, car il ne peut être question de cultiver sans valoriser. Ce qui implique de créer des filières de valorisation de ces cultures dites à Bas niveau d’impact (BNI) car elles requièrent peu d’intrants et peu d’eau. En effet, avec le changement climatique, la question de la disponibilité de la ressource en eau pose de plus en plus question, même lorsque la nappe est généreuse et accessible. Reste que « son niveau baisse, en lien notamment avec la disparition des glaciers, dont la fonte alimente le Rhin ». De nombreux projets dans les filières d’élevage Pour que les filières créées soient pertinentes et durables, le SDEA est allé à la rencontre des acteurs du territoire, a intégré les contraintes des agriculteurs en termes de gestion du foncier, de revenu, s’est attaché à améliorer les connaissances en hydrogéologie, sur les potentiels agronomiques… Grâce aux financements de l’Agence de l’eau Rhin Meuse (AERM) et de la Région Grand Est, dix filières ont été créées, qu’elles soient à destination de l’alimentation humaine, animale, de la production d’énergie ou de la préservation de la biodiversité. Elles ont vu le jour dans le cadre d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) lancé en 2018 par la Région Grand Est, baptisé « soutien aux filières favorables à la ressource en eau », et renouvelé chaque année depuis. « Il existait déjà des outils pour encourager des pratiques raisonnées, les Maec, mais elles consistent essentiellement à compenser des contraintes. Dans le cadre de cet AMI, nous avons voulu passer à un outil qui permette d’inciter les agriculteurs à aller vers des cultures qui ont un marché, un débouché qui permet de les rémunérer », a souligné Pascale Gaillot, conseillère régionale. Cet AMI a été déployé dans les trois agences de l’eau qui interviennent en Grand Est, en partenariat avec les chambres d’agriculture et Bio en Grand Est. 137 projets ont été déposés, 94 ont été lancés, avec un montant de soutien accordé de près de 10 M€. « De nombreux projets concernent le maintien des prairies, ce qui tend à démontrer l’intérêt des filières d’élevage pour faire en sorte que le château d’eau de l’Europe le reste », a souligné Pascale Gaillot.

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