Technique

Voyage d’étude « Eau et agriculture de montagne » à la ferme du Krameterhof en Autriche

Épisode 1 : contexte et théorie

Publié le 24/10/2022

Face au régime sec auquel est soumise l’agriculture de montagne d’été en été, le Parc naturel régional des Ballons des Vosges s’est emparé de la problématique et a organisé un voyage d’étude en Autriche, à la ferme du Krameterhof, réputée notamment pour sa gestion de l’eau. En parallèle, trois exploitations pilotes vont servir d’incubateurs de solutions en France. Les premières propositions devraient être opérationnelles d’ici début 2023. Retour sur ce voyage d’étude en quatre épisodes.

Josef Holzer n’est pas un magicien, et sa ferme n’est pas un miracle. Elle est le fruit d’une histoire, plutôt rude, à l’image des conditions pédoclimatiques qui règnent dans la région du Lungau, en Autriche. « Jusque dans les années 1960, toutes les petites fermes d’altitude étaient des systèmes autonomes, qui produisaient davantage pour la subsistance des agriculteurs que pour la vente, contrairement aux plus grosses fermes, situées en plaine », rappelle Josef Holzer. C’est en quelque sorte ce modèle ancestral que la ferme du Krameterhof reproduit aujourd’hui. « Nous nous positionnons sur des produits de niche, et c’est pour ça que cela fonctionne », constate l’agriculteur. Il raconte que cette ferme a été achetée par son grand-père en 1890 : « Il n’était pas l’aîné. C’était la seule qu’il pouvait s’offrir car elle était désaffectée après un incendie. » Elle est alors conduite comme une ferme destinée à la subsistance de ses propriétaires. Mais le grand-père de Josef a un penchant pour la bouteille et le jeu. Son père, Sepp, hérite donc d’une ferme amoindrie, de dettes, et aussi de la farouche volonté « d’être heureux, de se faire plaisir, et d’être rentable », rapporte Josef Holzer. Il décide donc de prendre le contrepied de ses confrères qui se spécialisent dans le lait, et cherche des niches, dans un contexte où la vente directe est quasi inexistante. « Sa première idée a été de se lancer dans la pisciculture, ce qui était une idée assez folle dans ce contexte escarpé. Il y avait des étangs, irrigués par gravité, pour alimenter des moulins, qui n’existaient quasiment plus, mais pas de pisciculture. C’est ainsi que lui est venue cette idée », raconte Josef Holzer. Une idée qui a été creusée, jusqu’à obtenir un réseau de 30 étangs. Josef Holzer précise que, si son père a dû beaucoup batailler, jusqu’à décrocher le surnom d’« agriculteur rebelle », il ne rencontre guère plus de difficultés à obtenir les autorisations nécessaires à la réalisation des travaux. « Si le projet fait sens, que la sécurité et la stabilité sont prouvées et que la réglementation est respectée, il n’y a pas de problème. » Ainsi, les étangs du Krameterhof sont notamment dimensionnés et conçus pour être capable d’encaisser une crue centennale, soit quelque 200 m3 en 20 minutes. Des permaculteurs qui s’ignorent Finalement le projet fou de Sepp Holzer a bien fonctionné. Si bien qu’il a appliqué la même méthode - prendre le contrepied de ses contemporains - à d’autres aspects de sa ferme. Au lieu de n’élever que des vaches laitières, il pratique un élevage diversifié de cochons, poulets, dindes, oies et autres canards qui profitent aussi des étangs. Alors que les haies sont arrachées en plaine, Sepp Holzer plante des arbres fruitiers. À peu près tout a été envisagé et tenté sur la ferme : élevage de gibier, production de champignons, apiculture… « Toujours avec la conscience que ça peut ne pas fonctionner et que ça n’est pas un problème, puisqu’il y a déjà des activités qui fonctionnent. Donc c’est si on n’essaie pas qu’on a perdu », pointe Josef Holzer. À partir des années 1990, la notoriété de la ferme dépasse les frontières autrichiennes, et elle commence à accueillir des étudiants, des stagiaires. C’est ainsi que les Holzer découvrent qu’ils pratiquent la permaculture sans le savoir. « Alors qu’ici nous étions plutôt à la marge, ça nous a intéressés de savoir que d’autres font comme nous, ailleurs, et cela nous a incités à nous engager dans cette voie et à nous revendiquer de la permaculture », explique Josef Holzer, qui livre sa définition de ce mouvement à la mode, qui suscite autant de vocations que de crispations. « C’est un état d’esprit. Ce n’est pas quelque chose qui se planifie, avec un design, un hôtel à insectes ici et un autre là, c’est quelque chose qui croît. Ici nous n’avons rien planifié. Nous avons essayé, arrêté, recommencé autrement… Rien n’est figé. La ferme est toujours en train d’évoluer. » Fort de ces expériences, Josef Holzer sait mieux ce qu’il est possible de faire chez lui, et ce qui ne l’est pas. « Mais ça ne veut pas dire que c’est comme ça qu’il faut faire. Chaque situation est unique. » La diversité comme pendant aux ressources limitées Entretien de la fertilité du sol, valorisation de la diversité génétique, de la biodiversité, des ressources locales, font partie des principes de base de la permaculture. « Il s’agit d’interagir en harmonie avec la nature. Bien sûr, notre activité perturbe les écosystèmes naturels, mais l’objectif est de limiter cette perturbation. La nature dirige, et la technique suit, pas l’inverse », pose Josef Holzer. De ce premier principe découle le second : « Nous sommes confrontés à un environnement avec une surface et des ressources limitées qu’il convient d’économiser, recycler, renouveler au maximum. Il ne s’agit pas d’être parfait, nous ne sommes pas autonomes non plus, mais de faire au mieux dans cette direction. » Et pour Josef Holzer, la limitation en termes de surface et de ressource a pour équivalent la diversité : « Ici, j’ai la même quantité de bovins qu’une ferme d’altitude typique, mais en plus j’ai des légumes, des poissons, des fruits, des abeilles, des plantes médicinales, des volailles… Tant qu’il n’y a pas de concurrence, on peut ajouter de la diversité », pointe Josef Holzer, qui constate : « Plus de diversité, c’est aussi plus de travail. » Et plus que la surface, le temps et la force de travail posent les limites du système. Aujourd’hui, la ferme s’étend sur 45 ha, de 1 100 à 1 500 m d’altitude, en une succession de terrasses, qui ont été aménagées au fil du temps. Ces successions de pentes et de terrasses, couvertes de taillis, de pâtures, d’étangs, de parcelles cultivées, de petits bâtiments d’élevage, sont quasiment imperceptibles au regard. Elles ont été aménagées progressivement, « en considérant la biodiversité, les ressources, en tâchant d’établir des cycles et des boucles », décrit Josef Holzer. En gravissant les pentes du Krameterhof, son discours prend vie. Vous le découvrirez dans notre prochain épisode !

Publié le 04/10/2022

Cela fait six ans que le Comptoir agricole et Gustave Muller distribuent l’Outil d’aide à la décision (OAD) Farmstar en Alsace. Ses atouts et limites sont désormais bien connus, ce qui permet d’en tirer un maximum de bénéfices.

Développé par Airbus et Arvalis, Farmstar est un OAD qui permet de piloter la fertilisation azotée du blé, de l’orge, du triticale et du colza. Il repose notamment sur la prise d’images satellites qui permettent de mesurer la quantité de biomasse et l’indice de chlorophylle, deux indicateurs qui aboutissent à une estimation de la quantité d’azote dont la culture a besoin à un instant t. Et donc d’apporter la bonne dose d’azote au bon endroit, sans sur ni sous fertilisation. Une théorie que Valentin Gertz, technicien au Comptoir agricole, module : « Farmstar est un outil. Il faut garder un œil critique sur les résultats, et s’en servir comme base de réflexion. En effet, si les résultats donnent une bonne image de la réalité à un temps t, avec des données fiables, ils ne prennent pas en compte l’historique des pratiques ». Ainsi, à force d’utiliser Farmstar, les techniciens du Comptoir agricole se sont rendu compte que, en Alsace, huit années sur dix, il ne pleut pas du 15 mars au 15 avril, ce qui englobe le stade épis 1 cm, généralement atteint fin mars, où les besoins en azote du blé sont importants, et où les agriculteurs effectuent donc un apport d’azote. Or, sans pluie, cet apport n’est pas bien valorisé. « Aussi, lorsque les images satellites arrivent fin avril, elles suggèrent une sous fertilisation, alors que la réalité correspond à une dose d’azote mal valorisée, pointe Valentin Gertz. Ce constat nous a d’ailleurs permis d’affiner nos préconisations en matière de fertilisation azotée de manière à prendre en compte ce risque de manque de précipitation. Nous incitons les agriculteurs à avancer cet apport d’azote, afin de maximiser la probabilité d’avoir une pluie valorisante derrière ».     Valentin Gertz estime qu’en Alsace, les agriculteurs ont plutôt tendance à sous-fertiliser. « Farmstar va donc déclencher des apports de doses d’azote plus élevées qui vont permettre de maximiser le potentiel de rendement ». En outre, Farmstar permet de mieux prendre en compte les reliquats azotés, surtout lorsqu’ils sont élevés, ce qui devrait être le cas cette année. À noter que l’utilisation de Farmstar requiert de fractionner la dose totale d’azote à apporter en trois apports, car c’est surtout sur le 3e apport que la dose est ajustée, potentiellement jusqu’à l’impasse totale. Vers une fertilisation en temps réel À l’heure actuelle, en Alsace, quelque 150 adhérents du Comptoir agricole utilisent Farmstar sur environ 2 000 ha. L’idée que cet outil est réservé aux agriculteurs qui disposent de matériels performants, et notamment d’un épandeur d’engrais à modulation automatique persiste, alors qu’en fait ce n’est pas obligatoire. En effet, Farmstar édite aussi des cartes de modulation manuelle quand c’est possible (lire aussi en encadré). Le Comptoir agricole propose deux formules, une « réglementaire » et économique, qui donne accès aux fonctionnalités de base. Et une formule « agronomique », plus onéreuse, qui donne accès à des fonctionnalités plus poussées pour les agriculteurs les plus techniques. Un nouveau modèle de gestion de la fertilisation azotée, baptisée CHN, est en cours de développement par Arvalis. Il intègre à la fois des données sur les besoins des cultures et les conditions climatiques. Avec ce nouveau modèle, la fertilisation azotée sera pilotée en temps réel, ce qui nécessite plus de trois apports à des doses réduites d’azote, de fin tallage à épiaison. « L’utilisation de cet outil va demander du temps, de suivi des données, de réalisation des apports, de renseignement des pratiques tant en matière de fertilisation que d’irrigation, mais il permet de lever les biais d’origine climatique, et de mieux intégrer les données météorologiques. Ainsi, si aucune précipitation n’est prévue, le modèle ne déclenchera pas d’apport d’azote, même si la culture en a besoin », décrit Valentin Gertz.    

Publié le 03/10/2022

La Cuma des 4 saisons à Galfingue a reçu institutionnels et agriculteurs afin d’échanger autour des leviers disponibles pour préserver les captages d’eau dits « prioritaires ».

Les agriculteurs sont l’un des rouages de la préservation de la qualité de l’eau. Jérémy Ditner, exploitant à Ammertzwiller en a bien conscience. « 80 % de nos terres se trouvent en zone de captage. J’ai repris la ferme céréalière de mes parents qui était dans une rotation classique maïs/blé. Je l’ai diversifiée en y intégrant des couverts végétaux, puis en passant en bio. J’ai alors intégré une dizaine de cultures. Alors que nous étions deux doubles actifs, nous sommes désormais cinq ETP. L’accompagnement est un élément essentiel car sur certains points, nous apprenons un nouveau métier. On ne se soucie plus de l’augmentation des prix des engrais mais plus du désherbage. L’adhésion à la Cuma m’a permis aussi d’intégrer des techniques nouvelles. Le désherbage mécanique nécessite quasiment une machine spécifique pour chaque culture. Seul, je n’aurais pas pu les financer ». Jérémy est membre de la Cuma des 4 saisons à Galfingue qui regroupe 40 adhérents. Trois d’entre eux ont présenté des outils à la fois utiles à leur exploitation et permettant de limiter les intrants ou le travail du sol. La houe rotative est présentée par Olivier Bischoff, agriculteur à Galfingue. « C’est un outil polyvalent (maïs, soja, blé, triticale) qui nécessite peu d’entretien mais beaucoup d’attention lors de l’utilisation notamment dans les virages. Le débit de chantier est de 4 à 5 ha/ha. Elle est louée 8 €/ha. » Également exploitant à Galfingue, Paul Deguille a détaillé les usages du rouleau Faca : « Il a été acheté il y a trois ans. Avec une largeur de 6 mètres pour 5 tonnes, il est utile à la destruction des couverts. Il agit comme un hachoir, il coupe et couche de 3 à 4 ha/h. Il a fait venir de nouveaux adhérents à la Cuma et tourne autour de 250 ha/an car son créneau d’action est large (de la canne de colza, de maïs au Cipan, puis les engrais verts jusqu’à novembre). Il est proposé à 10 €/ha. » Le semis direct pour limiter l’érosion Le dernier outil exposé est un semoir de semis direct proposé seulement à un groupe de trois agriculteurs, on parle alors de section fermée au sein de la Cuma. Il a été acheté en 2021 pour 80 000 € financés à 50 % par le plan de relance. Seuls les trois agriculteurs concernés sont autorisés à l’utiliser et à payer les échéances pour son financement. Émile Schweitzer, de Vieux-Ferrette, fait partie de cette section : « Nous l’utilisons dans le cadre de champs TCS (techniques culturales simplifiées), sans labour. Cela fait un an que je l’utilise et je ne l’ai pas encore en main pour le bon réglage. Cette technique nous permet de conserver le carbone qui se trouve dans le sol et de stocker celui qui se trouve dans l’air. Il permet aussi d’éviter l’érosion du sol. Nous avons choisi de l’utiliser en section fermée tout d’abord parce que ce n’est pas un outil qui intéresse tous les membres de la Cuma, d’autre part parce qu’il nécessite beaucoup de technique et de formation. Les pièces d’usure sont aussi coûteuses. Mais cela n’est pas irréversible. La section peut être ouverte à la décision des membres. » La dernière présentation technique concerne l’aire de lavage collective pour le remplissage et le nettoyage des pulvérisateurs. François Alves, conseiller à la Chambre d’agriculture rappelle qu’elle est utilisée depuis 2015 par 18 exploitants, soit 168 000 ha. Le PVE (plan végétal pour l’environnement, qui aide les entreprises agricoles pour la durabilité des pratiques) a financé le projet à hauteur de 90 000 € sur 250 000 € d’investissement. 7 €/ha de participation sont demandés aux utilisateurs. Ils ont choisi un phytobac avec un mélange de terre. À cela s’ajoutent une cuve de 90 m3 d’eau de récupération des toits et une aire de lavage distincte pour les autres outils. L’aire ferme en décembre lorsque le thermomètre tombe à 4 °C et rouvre en février. Depuis ce printemps, la Cuma a évolué dans son organisation avec la mise en place des groupes de responsable par machine et des groupes WhatsApp pour la réservation.

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