Technique

Publié le 28/09/2022

Rémy Heim, entrepreneur de travaux agricoles, avec son frère Maxime, à Hilsenheim, met « son savoir-faire et ses compétences en matière de techniques culturales simplifiées, semis direct et d’agriculture intégrée, à disposition des autres agriculteurs par le biais des travaux à façon ». Il est aussi versé en agriculture de précision mais, selon lui, c’est un autre métier que celui d’agriculteur, qui demande une formation.

« Pour tout ce qui concerne le guidage et les coupures de tronçon, la cartographie de parcelles est accessible au plus grand nombre ; du moins, on peut s’y retrouver, assez facilement, estime Rémy Heim, de l’ETA Heim Fils, à Hilsenheim. Mais, concernant la modulation intraparcellaire, qui permet d’apporter ce qu’il faut au sol, à la culture, où il faut et, même, quand il le faut, cela demande plus de compétences à un agriculteur : c’est un autre métier. » Rémy Heim sait de quoi il parle. Depuis plus de 25 ans, il cherche à optimiser son potentiel de production, en prenant en compte les différences de son terroir, et ce, grâce aux nouvelles technologies. Plusieurs prix l’honorent. « Je crée mes propres cartes, moi-même. C’est une compétence, une corde de plus à l’arc d’agriculteur. Rassembler et analyser des données, via un logiciel, c’est encore un autre métier », assure le passionné. Rémy Heim trouve un intérêt économique et écologique à utiliser les nouvelles technologies, dans ses pratiques agricoles. « Entre un semoir à maïs avec coupure automatique et un semoir intelligent, sur 18 ha, j’économise une dose et demie de semences », partage Rémy Heim. Après deux ans d’usage de l’adaptation au semoir Precision Planting, il observe aussi une régularité de semis des maïs et une baisse de 20 % de consommation de fioul au semis, a-t-il confié récemment à David Lefebvre, qui l’avait interviewé, en 2020. La cartographie du tassement des sols, sous l’effet du trafic à la parcelle, par la mesure de la résistance à la pression de pénétration des éléments semeurs, permet cette économie. Rémy et Maxime Heim utilisent, ainsi, l’agriculture de précision pour pallier les risques d’irrégularité de rendement, d’hétérogénéités intraparcellaires, liés aux semis directs. L’importance du renseignement Et ils en font bénéficier leurs clients. Mais ces derniers sont rarement très curieux des nouvelles technologies, glisse Rémy Heim. Il cite même le cas d’un client qui ne veut pas croire que ses rendements sont impactés par une mauvaise gestion de l’irrigation, alors que la carte de rendement que Rémy a sortie, basée sur des informations factuelles, le montre. S’il regrette que l’engouement pour les nouvelles technologies ne soit pas au rendez-vous, il le comprend. « Le numérique très pointu est très cher et la rentabilité peut être discutable, prévient-il. Sur d’anciennes machines, c’est exorbitant, voire impossible, d’installer les derniers outils intelligents. Sur les nouvelles, il faut penser à demander les options pour ce faire. Ensuite, il faut récolter toutes les informations sur ses parcelles, cultures, rendements, sur son irrigation et sa fertilisation, avant de les entrer dans les logiciels… L’ultra-majorité des agriculteurs n’a pas tous les renseignements précis pour avoir recours à la modulation intraparcellaire. Et, sans la réalité du terrain, la modélisation ne sert à rien. » Aussi, impossible de prédire l’avenir à partir d’une carte de rendement, puisque les aléas, notamment climatiques, de l’année suivante sont inconnus. Savoir, c’est pouvoir, certes, mais il restera toujours une part d’imprévus… ce qui peut être décourageant. L’entrepreneur de travaux agricoles utilise, par exemple, Farmer Basic, un logiciel américain, mais FieldView lui semble plus abordable. Ce travail de compilation des données (et de création de cartes, dans son cas) est chronophage. Rémy Heim s’y attelle donc l’hiver. En fonction des données météorologiques, durant la campagne, il saura, ensuite, par exemple, à quel moment apporter telle dose d’azote ou passer un fongicide sur du blé. « On a encore beaucoup à apprendre et à inventer, et de bénéfices à tirer de l’agriculture connectée. Moi, j’ai tout appris sur le tas car ça m’a toujours attiré. Mais je souhaite que les jeunes soient formés, dès le lycée », conclut-il.

Création, sélection et évaluation variétales

Les stations d’expérimentations lèvent le voile

Publié le 28/09/2022

Jeudi 22 septembre, sur le site du Grand show des fruits et légumes d’Alsace, une conférence de l’Association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes (Irfel, pour Innovation et recherche en fruits et légumes) a rappelé les enjeux de la création, de la sélection et de l’évaluation variétale.

Après son assemblée générale, jeudi 22 septembre, sur le site du Grand show des fruits et légumes d’Alsace, à Illkirch-Baggersee, l’Irfel a enfoncé le clou sur l’importance de ce réseau de quinze stations d’expérimentations, quant à la création, la sélection et l’évaluation variétales, et à l’accompagnement des agriculteurs. Sa conférence s’intitulait « La recherche variétale en fruits et légumes : levier indispensable pour répondre aux attentes des producteurs et de la société ». Dans l’assistance, parmi les professionnels, l’Union française des semenciers (UFS) et l’interprofession des semences et plants (Semae) étaient présents, ainsi que la presse spécialisée. Une trentaine d’auditeurs ont profité des denses exposés sur la recherche appliquée. Il a été question de création variétale en fraises, de sélection variétale en noix, d’évaluation variétale en quetsches, en tomates et légumineuses, et en choux. Amener sa fraise Sébastien Cavaignac, de la station Invenio, en Nouvelle-Aquitaine, a tout d’abord rappelé les spécificités de la fraise, un faux fruit (il y a plusieurs fruits sur une seule fraise), qui se reproduit par reproduction allogame (mode de reproduction sexuée, où les deux gamètes mâle et femelle, proviennent de deux parents différents) ou végétative (mode de reproduction assexué : en bouture, par exemple). Sa sélection débute à partir d’une plante unique issue d’un croisement. Le génome de la fraise est complexe. Quand chez l’être humain, deux gènes déterminent le groupe sanguin des individus, chez la fraise, huit gènes décident de tel ou tel caractère. Aussi, entre le génome et l’environnement, l’interaction est forte ; les dates de floraison par exemple, changent selon le terroir. La multiplication végétative est donc choisie pour le processus de création et de sélection, qui avec le développement de la variété, dure douze ans. Beaucoup d’acteurs sont impliqués, des obtenteurs aux consommateurs, en passant par les multiplicateurs, les cultivateurs et les metteurs en marché. Tout l’enjeu est de confier aujourd’hui le pilotage d’une création variétale aux producteurs, afin qu’ils définissent leurs attentes et deviennent co-obtenteurs. Sébastien Cavaignac clot son intervention sur l’importance du goût pour les consommateurs ; goût dont on ne sait pas encore quels gènes sont responsables, puisque 350 molécules composent les arômes de la charlotte par exemple, cette fraise en forme de cœur. Une sélection pas à la noix Marie-Neige Hébrard, de la station de Creysse en Dordogne, a elle, parlé de la sélection de matériel végétal en vergers de noyers. Les enjeux pour les producteurs sont les suivants : augmenter la productivité́, conserver la qualité́ des noix, limiter le risque de gel (pour les variétés tardives) et étaler le chantier de la récolte. Quant aux enjeux sociétaux de la sélection variétale des noix, ils sont doubles : limiter le recours aux produits phytosanitaires et avoir une noix dont la coquille est adaptée au cassage mécanique, pour récupérer les cerneaux. La noix en France, c’est 20 000 ha, soit 40 000 t de fruits produits principalement dans le Sud-Est et le Sud-Ouest. La sélection variétale s’effectue d’abord sur des critères simples, puis sur des caractérisations précises. De mars à mai, sont observés le débourrement, la floraison, la nouaison, puis de mai à septembre, la sensibilité à la bactériose, aux anthracnoses, à la mouche du brou, entre autres, ainsi que la fructification : latérale (comme aux Amériques) ou terminale (comme pour les espèces européennes). À la récolte, en septembre et en octobre, la maturité et le rendement sont scrutés. Puis, en novembre et décembre, le calibre, la couleur et la saveur des cerneaux sont analysés. De novembre à janvier, l’aspect, la soudure des valves, l’épaisseur de la coquille et sa forme sont relevés. Et enfin, de novembre à février, il est question du port et de la vigueur des arbres. Mais la sélection variétale est longue… Pour la variété Fernor créée en 1978, quinze années de sélection ont été nécessaires. Elle n’a été inscrite qu’en 1995. Il a ensuite fallu attendre dix ans, jusqu’à sa commercialisation… pour qu’elle prenne son essor en 2012 ! Marie-Neige Hébrard (tout comme Sébastien, quelques minutes avant elle, au sujet de la création) pointe la nécessité de réduire le temps de sélection variétale. En effet, il faut encore environ quinze ans pour que les producteurs s’approprient une variété suite à sa sélection, et il est extrêmement difficile de prévoir quels seront les bioagresseurs par exemple, trente ans après une création. Un nouveau programme de création devrait d’ailleurs voir le jour, puisque les dernières variétés de noix inscrites, créées en 2004, seront commercialisées en 2034. Quelle quetsche ! Hervé Bentz, responsable du Verexal à Obernai, le plus âgé des intervenants, a résumé quarante ans de sélection et d’évaluation variétale en quetsche d’Alsace, de 1981 à 2021… avec l’humour qu’on lui connaît. « Si un Alsacien n’a pas au moins une tarte aux quetsches dans l’année, il est de mauvaise humeur… et c’est mauvais pour la santé », démarre-t-il. La quetsche est donc un enjeu de santé publique ici. Blague à part, nombreux sont les enjeux pour les producteurs : maintien et développement des surfaces d’une culture rustique, avec des variétés tolérantes aux bioagresseurs tels que la maladie virale sharka, résistance aux stress hydriques, amélioration de la rentabilité… Ce fruit est emblématique de la région : parmi les enjeux sociétaux, celui de la préservation de la culture alsacienne est cité d’emblée, ainsi que celui de la réduction des traitements phytosanitaires. En parallèle à la création du Verexal, un appel aux producteurs familiaux est lancé, début des années 1980, pour signaler des types de quetsches d’Alsace jugés d’un intérêt particulier. L’objectif est de faire mieux que le standard type 2910. Au bout de six années, seuls vingt types approchent ou dépassent la référence (le type 2910). En 1992, les dix quetsches les plus performantes sont plantées, à Obernai. Un nouveau cultivar, originaire du Sundgau à la frontière suisse, le type 3066 se démarque au fil des ans. En 2005, les cinq meilleures variétés sont mises en comparaison au Verexal. And the winner is ? 3066, le Haut-Rhinois, s’exclame Hervé Bentz, sans trop faire durer le suspense. Meilleur en rendement, en calibre, le type 3066 est en plus parfait sur le plan gustatif. Pour l’instant, les variétés étrangères sont dépourvues d’intérêt en ce qui concerne le marché alsacien ; les allemandes sont grosses et moins goûteuses, notamment. Les essais de variétés tardives et précoces ne sont pas concluants, non plus. Le Verexal a presque testé tous les porte-greffes possibles et le calibre du fruit sera à l’image de la vigueur de celui choisit, conclut Hervé Bentz. Et comment voit-il l’avenir ? « La quetsche d’Alsace déteste avoir soif… comme tout bon Alsacien », plaisante-t-il. L’irrigation est donc envisagée, au Verexal. Si le virus de la sharka est un obstacle aux plantations et aux replantations, le Verexal se bat pour cette petite production, historique, très importante pour les locaux de l’étape. Ils déplorent au passage, que les financements nationaux deviennent difficiles d’accès du fait de l’exigence d’une bibliographie scientifique internationale, qui n’existe pas pour cette culture régionale.     De succulentes tomates… chiche ? Lilian Boullard, l’autre Alsacien de la conférence, conseiller à Planète Légumes, s’est chargé de l’évaluation variétale sur tomates et légumineuses. L’adaptation au changement climatique, la souveraineté alimentaire et l’innovation ont guidé celle-ci. La diversité et l’amélioration gustative sont au cœur des enjeux aussi. Pour s’affranchir des problèmes de sol, le greffage sur tomates apparaît comme une nouvelle solution. La Tronus 2T est particulièrement bien réceptive au greffage, puisque son rendement s’améliore au fil des mois d’été avec cette technique. Quant aux tomates noires, la variété Ebeno concentre toutes les qualités gustatives. En pois chiche et lentille, les enjeux sont plus nombreux : rotation vertueuse, intérêts agronomiques, nouveau débouché stockable, du côté des producteurs ; mais aussi réduction de l’apport d’engrais, économie en autres intrants et en eau, adaptation au changement climatique et préservation des sols, des enjeux partagés avec la société, dans son ensemble ; avec les consommateurs qui s’intéressent de plus en plus aux protéines végétales. De nouvelles variétés de pois chiches sont ainsi en test depuis deux ans, et ce, dans toute la France. Pour fixer l’azote de l’air (et utiliser ainsi moins d’engrais), le pois chiche réalise une symbiose avec une bactérie : reste à trouver laquelle ! L’évaluation variétale sur lentilles quant à elle, a permis de retenir la variété Anicia, en vertes. Des tests d’association pour limiter la verse (jusqu’à̀ la récolte et au tri) sont aussi réalisés, avec l’orge ou l’avoine et la cameline ; à différentes doses et selon différentes modalités de semis. Feuille de chou Damien Penguilly, de la station de Caté en Bretagne, a présenté l’évaluation variétale en choux comme une source d’innovation. Plus de 100 variétés de choux sont toujours disponibles, dont une trentaine de nouvelles, chaque année. Le matériel génétique détermine l’itinéraire technique, la performance agronomique, la qualité́ au champ… mais il peut être la source de litiges entre tous les acteurs jusqu’au point de vente, a-t-il précisé. Les objectifs de l’évaluation sont donc de proposer, en conventionnel et en agriculture biologique (AB), une gamme de variétés adaptées au marché́ (qualité́, conservation…), adaptées aux conditions climatiques, tolérantes aux maladies et s’affranchissant de l’utilisation de fongicides pour diminuer l’indice de fréquence de traitement (IFT) fongicide de 100 %, en chou-fleur… et ainsi constituer des références robustes et fiables, pour des démarches sans pesticide, zéro résidu de pesticides, AB ; des données transférables à l’ensemble de la filière, en lien avec les dispositifs Dephy Expe, Fermes et Groupes 30 000. Dix variétés de choux-fleurs, trente variétés de choux pommés et une variété de brocolis ont ainsi été testées durant un an sur deux sites, et durant deux ans sur quinze à 18 sites. La variété pour réduire la pénibilité au ramassage est aussi dans le collimateur, puisque la récolte équivaut à 50 % du coût de production. Une plus longue et meilleure conservation post-récolte est encore étudiée. Dans la revue Aujourd’hui et demain, éditée par le Caté, un tableau permet de comparer les variétés retenues, afin de faire son choix. Les résultats des évaluations variétales sont encore valorisés, à travers un maximum de publications spécialisées.    

Publié le 16/09/2022

Le biocontrôle est utilisé depuis de nombreuses années pour contrôler les populations de pyrales du maïs grâce aux trichogrammes. La société Bioline AgroSciences propose désormais la technologie Trichotop Max T-Protect, qui protège mieux les parasitoïdes et permet de mécaniser leur application. Une solution présentée ce printemps lors des journées techniques du Comptoir agricole.

L’utilisation des trichogrammes, ces hyménoptères qui pondent dans les œufs des pyrales en empêchant la naissance des chenilles, ne cesse de progresser. Il existe désormais toutes sortes de diffuseurs, mais aussi des capsules qu’il est possible d’épandre par drones… L’Inrae a sélectionné des souches de trichogrammes sur leur longévité, leur mobilité, leur capacité de prospection, leur fécondité… Ainsi, les œufs de certaines souches de trichogrammes éclosent en trois voire quatre vagues successives, tous les 50 degrés jours, ce qui permet d’allonger la période de protection, du lâcher à un mois plus tard. « La première vague de trichogrammes qui éclôt donne une nouvelle génération de parasitoïdes, qui peut à nouveau pondre dans des œufs de pyrales, ce qui accroît encore la durée d’action du traitement et son efficacité », indique Rémi Girard, ingénieur au sein de la société Bioline AgroSciences. Un effet « Ultra Retard » qui a été breveté. La société Bioline AgroSciences a en outre mis au point une nouvelle technologie, baptisée Trichotop Max T-Protect, qui consiste à protéger les diffuseurs de trichogrammes dans des étuis en carton, qu’il suffit de déposer au sol, soit manuellement soit mécaniquement avec l’épandeur T-Protect Booster, élaboré à cette fin. « Avec cette solution les trichogrammes sont protégés de la chaleur, du soleil, de l’humidité, des fourmis, ils sont efficaces plus longtemps », décrit Rémi Girard. Autres avantages : le carton est biodégradable, la colle et les peintures utilisées sont alimentaires. Les étuis sont disposables quelle que soit la hauteur du maïs, sans tuteur, ce qui confère souplesse d’exécution et augmentation du débit de chantier. Avec le T-Protect Booster, selon la distance entre les chantiers, de 50 à 100 ha/j peuvent être protégés. Souplesse et débit de chantier Un partenariat a été conclu entre Bioline AgroSciences et le Comptoir agricole, afin de pouvoir proposer des prestations d’épandage de Trichotop Max T-Protect avec le T-Protect Booster aux adhérents de la coopérative. « 100 ha ont déjà été faits, nous allons monter progressivement en puissance », indique Rémi Girard, qui précise que la technologie Trichotop Max T-Protect est aussi commercialisée seule, pour ceux qui préféreraient en avoir sous la main pour pouvoir les disperser en s’affranchissant de la disponibilité de l’épandeur. « Il suffit d’en jeter un au sol tous les 20 m ». Pour l’instant, l’épandage mécanique, qui est la solution qui offre le plus grand débit de chantier, est facturé 50 €/ha. Un tarif qui est amené à baisser avec la démocratisation de la méthode. « Seules 16 % des surfaces de maïs sont protégées contre la pyrale du maïs en France, dont deux tiers chimiquement, et un tiers en biocontrôle à l’aide de trichogrammes, alors que la protection contre la pyrale peut faire gagner 20 q/ha ou 2 t MS/ha en ensilage », pointe Rémi Girard. Le biocontrôle de la pyrale a donc encore une belle marge de progression devant lui, d’autant que de plus en plus d’agriculteurs cherchent à réduire leur IFT, notamment pour obtenir des labels type HVE.

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