Technique

Station d’épuration d’Herbsheim

Transmuter les boues en énergie verte et en miel

Publié le 04/06/2022

La nouvelle station d’épuration d’Herbsheim, en cours de construction, est un condensé de réponses aux enjeux du cycle de l’eau et de l’économie circulaire. Les boues seront méthanisées pour produire du biogaz dans un digesteur qui sera aussi alimenté avec de la silphie, plante très peu exigeante en intrants, dont la culture doit participer à restaurer la qualité de la ressource en eau dans les aires de captage d’eau prioritaires.

La nouvelle station d’épuration d’Herbsheim, commune voisine de Benfeld, est encore en chantier qu’elle fait déjà office de vitrine de ce que pourraient être les stations d’épuration du futur. En effet, non seulement elle collecte et nettoie les eaux usées de quelque 19 000 équivalents habitants répartis dans 11 communes du périmètre de Benfeld et environs. Ce qui est déjà très bien. Mais ce n’est pas tout. Elle produit aussi du biogaz et contribue à préserver la qualité de la ressource en eau et la biodiversité en absorbant de la silphie, une culture très peu exigeante en intrants. Une performance que le SDEA (syndicat des eaux) doit à un montage de projet unique en France, qui a mobilisé de nombreuses compétences en interne, durant les dix années de gestation du projet, souligne Denis Schultz, président de la commission locale qui porte le dossier. Optimisation des équipements Point de départ du projet et métier de base du SDEA : le traitement des eaux usées. La nouvelle station est construite sur le même site que l’ancienne. La première version était dimensionnée pour traiter les rejets de 14 000 à 15 000 équivalents habitants. La nouvelle sera capable d’absorber la production de 27 000 équivalents habitants. Le débit maximal admis passe de 325 m3/h à 510 m3/h, et le volume journalier de 7 800 à 12 000 m3/j. Un redimensionnement à l’aune de l’évolution de la démographie dans le secteur. Le traitement des eaux usées suit un schéma assez classique : dégraissage, dessablage, décantation primaire, traitement biologique par des bactéries, clarification. Le SDEA a investi dans des équipements qui permettent d’optimiser le processus pour augmenter sa capacité tout en préservant l’environnement, notamment en maîtrisant mieux la consommation d’énergie : « variateurs de fréquence, automates de surveillance qui permettent de mieux les régler les procédures, pompe à chaleur qui récupère celle issue des eaux traitées pour chauffer le digesteur… », liste Éric Bernhard, du SDEA. À l’issue du processus, la qualité de l’eau purifiée est contrôlée avant qu’elle ne soit retournée à l’Ill. Les boues sont quant à elles épaissies et stockées, avant d’aller alimenter d’autres bactéries. De l’énergie pour 3 000 habitants grâce à la méthanisation Une des principales particularités de cette station réside dans l’utilisation des boues pour alimenter un méthaniseur qui produit de l’énergie renouvelable, au moyen d’une ration bien particulière. En effet, elle sera d’abord composée des boues des stations d’Herbsheim et de Rhinau. Il y aura aussi des graisses issues des STEP de Centre Alsace. Et de la silphie, une culture à bas niveau d’impact (BNI) et au pouvoir méthanogène élevé, qui permet de significativement améliorer le rendement du méthaniseur et donc de raccourcir le temps de retour sur investissement. « Sur les 16 500 t de matières brutes qui vont entrer chaque année dans le méthaniseur, la silphie représente 1 500 t, soit 9 %, mais elle représente 45 % du gaz produit », indique Matthieu Bornert, chef de projet au SDEA. Sans la silphie, le projet n’aurait donc probablement pas vu le jour, car le temps de retour sur investissement était beaucoup trop long. Sachant que l’objectif du SDEA est aussi de maintenir le prix de l’eau et de la redevance assainissement, stable depuis 2009. Le biogaz est purifié en biométhane qui est injecté dans le réseau géré par R-GDS, et racheté par Gaz de Barr dans le cadre de relations contractualisées. La station produit l’énergie équivalente à la consommation de 3 000 habitants par an, soit une recette de 500 000 € de livraison de gaz par an pour le SDEA. Cela peut sembler peu, au regard des 13 millions d’euros (M€) investis par les 11 communes du périmètre de Benfeld et environs pour la construction de la nouvelle installation, mais aussi beaucoup dans un contexte où le prix de l’énergie, devenue arme de guerre, risque de devenir très cher à payer. Le processus de méthanisation produit aussi un digestat, qui sera déshydraté, contrôlé et stocké, avant d’être épandu dans les champs, où il constituera une alternative aux engrais de synthèse, aux tarifs tout aussi explosifs que ceux de l’énergie. Une culture pleine de potentiel Partant du constat que la seule méthanisation des boues et des graisses n’aurait pas été rentable, les agents du SDEA ont cherché avec quels autres gisements ils pourraient alimenter le digesteur, sans entrer en compétition pour la ressource avec les méthaniseurs existants. « En 2015, nous avons expérimenté différentes cultures comme le sorgho, le miscanthus, des mélanges de plantes sauvages… Nous poursuivions différents objectifs : trouver une culture avec un potentiel méthanogène important, et qui soit peu exigeante en intrants pour préserver la ressource en eau », décrit Thierry Willmann, du SDEA. La silphie faisait partie des candidates. Elle a été testée à Sand, dans une parcelle de 30 ares au potentiel limité. Située en lisière de forêt, la parcelle a d’abord été ravagée par des sangliers - qui ont été éloignés à l’aide d’un épandage de cheveux dont l’odeur repousse les animaux sauvages - puis par un orage. « J’avais fait le deuil de voir la silphie se développer cette année-là, mais elle a repris sa croissance de manière impressionnante », se souvient Thierry Willmann. C’est donc cette culture, oubliée depuis que l’Inra l’avait introduite en France après guerre pour la valoriser en fourrage, qui a finalement été retenue. Pour alimenter le méthaniseur, quelque 65 ha de silphie ont donc été implantés il y a deux ans dans les secteurs de Hilsenheim et Zellwiller par quatorze agriculteurs. La première année, elle est conduite en coculture dans du maïs pour limiter le développement des adventices et pour que les agriculteurs n’aient pas à subir une année blanche en termes de revenu. « Plus récemment, son implantation avec du soja a été testée avec succès », précise Thierry Willmann. La silphie se développe ensuite assez rapidement, mais les trois à quatre premières années, elle requiert tout de même encore du désherbage. Puis, quasiment plus aucune intervention à part la récolte et la fumure pendant une bonne dizaine d’années (lire encadré). Ce sont donc 65 ha situés en zone de captages prioritaires qui ne recevront plus aucun traitement phytosanitaire. Des contrats bien ficelés pour sécuriser tout le monde Pour encourager les agriculteurs à les suivre dans ce projet, le SDEA a élaboré un contrat qui lie les deux parties sur quinze ans. L’objectif est à la fois d’assurer l’approvisionnement du méthaniseur, et d’éviter que les agriculteurs aient à faire face à une perte de revenu. Pour rentrer dans le cadre autorisé par la réglementation, un montage particulier a été trouvé : « Le SDEA rachète la prestation du service rendu », résume Coralie Welsch. Les agriculteurs ne sont pas rémunérés à la tonne de silphie récoltée mais à l’hectare mis à disposition, avec un tarif fixe quel que soit le rendement et qui est réévalué chaque année en fonction de l’évolution des coûts des intrants et du prix de vente des autres cultures. Ainsi, pour cette année, le tarif de rachat sera révisé à la hausse. À noter aussi que le contrat qui lie agriculteurs et SDEA comporte des portes de sortie, sous certaines conditions. Au final, la modernisation de cette STEP a nécessité des investissements plus importants que si le SDEA s’en était tenu à un schéma classique. Mais son coût de fonctionnement est optimisé, et ses externalités sont nombreuses. Aussi, le SDEA envisage déjà de reproduire ce schéma à la STEP de Sélestat, dont l’envergure est plus importante. Anticipant les objections qui pourraient être émises quant à la compétition entre cultures énergétiques et alimentaires, Thierry Willmann, avance : « Dans les zones de captage prioritaire, où la qualité de l’eau est dégradée, les agriculteurs vont être amenés à faire des choix entre des cultures alimentaires conduites avec des pratiques adaptées qui peuvent induire des seuils, et des productions non alimentaires certes, mais qui peuvent permettent de préserver la ressource en eau, elle-même indispensable à la production alimentaire. » En outre, la réglementation encadre l’incorporation dans les digesteurs de cultures principales : leur proportion ne peut pas dépasser 15 %. Enfin, Coralie Welsch glisse que si la silphie ne se mange pas, le miel qui en découle, lui, oui.

Agriculture de conservation des sols (ACS) et gestion de l’eau

Des comportements hydrodynamiques modifiés à prendre en compte

Publié le 03/06/2022

En ACS, point de travail du sol, mais une couverture des sols accrue, que ce soit par la rotation des cultures ou l’utilisation de couverts végétaux. Des pratiques qui ont inévitablement un impact sur la circulation de l’eau, sa rétention, son évapotranspiration, donc l’irrigation. Les connaissances évoluent, et démontrent l’intérêt de l’ACS dans un contexte de changement climatique, qui semble induire une répartition des apports pluviométriques plus hétérogène, avec des épisodes d’excès et de manque d’eau plus marqués.

La comparaison des profils de sols travaillés ou en ACS révèle généralement de nettes évolutions en termes de circulation de l’eau, tant en surface qu’en profondeur. De plus « l’augmentation du taux de matière organique permet de stocker davantage d’eau et le mulch de surface diminue l’évapotranspiration », peut-on lire dans un article écrit par le comité technique de l’Association pour la promotion d’une agriculture durable (Apad) et publié sur son site web. Autre atout de l’ACS mis en avant : le fait d’avoir un sol toujours couvert et jamais travaillé permet d’obtenir une meilleure infiltration de l’eau. Car, en ACS, « la micro et la macroporosité du sol sont connectées grâce au travail des micro-organismes du sol, la circulation de l’eau est optimisée et valorisée par les racines ». En outre, l’humus ayant un potentiel de rétention en eau très important, l’ACS permet d’améliorer la Réserve utile (RU), qui peut aussi être augmentée grâce à un meilleur enracinement, une mycorhization plus développée, ce qui améliore l’exploration racinaire, avancent les auteurs, tout en notant qu’il existe peu d’études sur la RU des systèmes en ACS. D’un autre côté, les agriculteurs qui débutent en ACS formulent souvent une crainte légitime quant à la gestion de l’eau : celle du prélèvement dans la réserve hydrique par les couverts. Des thèses à étayer Pour mieux caractériser la dynamique de l’eau dans les parcelles en ACS et étayer - ou écarter - ces thèses, un certain nombre d’expérimentations sont mises en place. C’est notamment le cas du programme de recherche Bag’Ages, commandité et financé par l’Agence de l’eau Adour-Garonne, coordonné par l’Unité mixte de recherche Inrae Agir (AGroécologies, Innovations et teRritoires). Débuté en janvier 2016 pour une durée de 5 années, ce programme multi-partenarial réunit agriculteurs, acteurs de la recherche, du développement agricole, de l’enseignement et des organismes économiques. Il a pour objectif d’évaluer les performances de systèmes de culture et de systèmes de production conduits en ACS (non-travail du sol et couverture des sols par des rotations et des couverts végétaux), et, pour quelques situations, en agroforesterie. La gestion quantitative et qualitative de l’eau dans ces systèmes est particulièrement étudiée, afin de déterminer si les pratiques agronomiques mises en œuvre peuvent permettre de mieux valoriser l’eau par une meilleure infiltration et rétention dans les sols, ce qui doit permettre une plus grande valorisation par les cultures en place, tout en limitant les fuites de polluants potentiels comme les nitrates et les résidus de pesticides. « L’évaluation des performances économiques et sociales des systèmes mis en œuvre (et leurs comparaisons avec des systèmes dits « conventionnels ») est également un enjeu majeur de ce programme », précise la page de la Chambre d’agriculture Occitanie qui présente le projet. Vincent Bustillo, maître de conférences en éco-hydrologie à l’IUT Auch et au Centre d’études spatiales de la biosphère (Cesbio), a présenté quelques résultats issus de ce programme de recherche lors d’un webinaire organisé par l’Association française d’agronomie (Afa). « Le programme de recherche Bag’Ages vise à objectiver le fait que les mesures agroécologiques favorisent l’infiltration et la rétention de l'eau, donc limitent les pertes en eau par ruissellement, donc aussi l’érosion, le transfert de sédiments. Et qu’elles permettent aussi de mieux maîtriser les apports d’eau », a-t-il introduit avant de détailler les modalités pratiques du programme. Celui-ci se fonde sur 16 parcelles réparties sur 11 sites, qui permettent donc de comparer des sols différents, ainsi que trois modalités de pratiques culturales : l’agriculture de conservation avec semis direct, des rotations avec des cultures intermédiaires multiservices, et l’agroforesterie. Les effets de ces pratiques sont étudiés à trois échelles - la parcelle, le bassin versant et l’exploitation agricole - ce qui structure des « groupes de tâches ». À l’échelle de la parcelle, il s’agit d’analyser l’impact des pratiques agroécologiques sur la gestion quantitative et qualitative de l’eau grâce à des mesures permettant de caractériser les propriétés physiques et biologiques des sols, le développement des cultures, afin de suivre l’évolution des bilans hydriques et les dynamiques de transfert des polluants. L’échelle du bassin versant sert à la réalisation de diagnostic par télédétection, notamment pour caractériser l’impact des couverts végétaux sur les transferts d’azote, et à simuler des scénarios de déploiement de ces pratiques sur des bassins versants tests. L’échelle de l’exploitation agricole vise à analyser les performances agro-environnementales et technico-économiques des différents systèmes. Lors de ce webinaire, Vincent Bustillo s’est concentré sur les résultats obtenus à l’échelle de la parcelle sur la structure du sol. Des résultats obtenus grâce à un suivi de 12 sites dont cinq où il est possible de comparer les résultats avec un système labouré. En parallèle des propriétés physico-chimiques des sols (densité, perméabilité, stabilité structurale mesures infiltrométriques à différentes profondeurs, érosion, teneurs en eau, en gaz…), les scientifiques ont enregistré les données météorologiques, le rayonnement. Parmi les résultats obtenus, Vincent Bustillo cite, sans surprise, des différences de volume macroporale importantes au bénéfice des terres labourées, mais qui ne sont pas durables dans le temps. Par contre, les scientifiques ont mis en évidence une augmentation du volume microporale en ACS, significative, puisqu’il est doublé voire triplé. Les sols conduits en ACS présentent une plus grande capacité à infiltrer l’eau en cas de précipitation de forte intensité. La réserve utile des sols conduits en ACS apparaît supérieure de 10 à 15 % par rapport aux sols labourés dans les horizons de surface (0-10 cm). Un avantage qui n’est cependant pas observé en profondeur (10-50 cm). Les tests pénétrométriques révèlent sans surprise des semelles de labour en système labouré, mais aussi des tassements en ACS, qui peuvent être limitants pour la prospection racinaire. La dynamique de la redistribution de l’eau dans le sol, importante pour connaître comment l’eau en surface est soustraite à l’évaporation, a également été étudiée, notamment via la conductivité hydraulique à saturation. Elle s’avère deux à trois fois plus élevée en ACS qu’en labour, et se caractérise surtout par une stabilité dans le temps. A l’inverse, en labour, cette conductivité peut être très élevée suite à l’opération de travail du sol mais diminue rapidement jusqu’à des niveaux limitants pour l’infiltration de l’eau dans le sol. Autres enseignements de ces essais : les modalités en ACS présentent une meilleure circulation de l’eau, une meilleure résistance à l’érosion, et une moindre évaporation liée au mulch de surface. Du fait de cette moindre évaporation, les besoins en eau pour le maïs sont réduits jusqu’à 20 %. En conclusion Vincent Bustillo pointe une meilleure connectivité entre les macropores en ACS, même s’ils occupent un volume moins important, ce qui permet à l’eau de mieux circuler, donc, notamment, de limiter le risque érosif. Des phénomènes d’anoxie racinaire peuvent apparaître en labour, du fait d’un manque de connectivité entre la surface et la profondeur, mais également en ACS, notamment dans les parcelles hydromorphes où la forte porosité verticale, caractéristique des sols en ACS, peut favoriser des remontées de nappe. Cette incidence de la structure du sol sur le risque d’anoxie racinaire doit donc encore être étudiée plus finement.

Gaec Untereiner à Baerendorf

Des prairies temporaires à tout faire

Publié le 02/06/2022

Producteur de lait à Baerendorf, en Alsace Bossue, Florian Untereiner travaille avec une SAU composée à 45 % de prairies naturelles. Depuis quelques années, il augmente encore la part d’herbe, dans son assolement, en y introduisant des prairies temporaires, à la fois pour faire place nette dans des parcelles, où les adventices deviennent trop envahissantes, et pour bénéficier d’un fourrage intrinsèquement riche en protéines.

L’herbe est un pilier du fonctionnement du Gaec Untereiner. « Nous avons toujours gardé nos prairies naturelles, parce qu’elles sont idéales pour produire du foin, et pour le pâturage, que nous pratiquons beaucoup », introduit Florian Untereiner. Depuis trois ans, il augmente encore la part d’herbe dans l’assolement et dans l’alimentation des bovins, en implantant des prairies temporaires. Son objectif est double. « Il y a à la fois un intérêt agronomique, de restructuration des sols et de nettoyage des parcelles, qui présentent une pression élevée en vulpin, afin de réaliser des économies de produits phytosanitaires, dit-il. Cela répond aussi à une volonté d’améliorer l’autonomie protéique de l’exploitation, en introduisant une nouvelle sorte de fourrage, dont il est possible de maîtriser la composition, en choisissant les espèces qui composent la prairie temporaire. » En outre, par rapport aux prairies naturelles, les temporaires affichent des rendements et des valeurs alimentaires plus élevés. Enfin, comme leur récolte est fractionnée en plusieurs coupes, elles permettent de mieux répartir les besoins en stockage que le maïs, qui requiert une importante capacité de stockage d’un coup. Une fertilisation adaptée aux besoins La première prairie temporaire a été implantée en 2019. Florian Untereiner en a semé d’autres chaque année depuis, en suivant peu ou prou le même itinéraire technique. Un premier déchaumage fait office de faux semis après la récolte de la céréale. Puis un deuxième déchaumage est effectué, avant le semis de la prairie temporaire, suivi d’un roulage, en août, voire en septembre. Florian Untereiner soigne particulièrement l’implantation des prairies temporaires. En effet, pour qu’elles remplissent parfaitement leur fonction nettoyante, elles doivent rester trois ans en place. C’est aussi dans cet objectif, et pour garantir leur niveau de production, qu’il pilote attentivement la fertilisation. « J’apporte un engrais 13-9-16, adapté aux espèces implantées, à raison de 550 kg/ha, fin février, lorsque les 200 DJ, après le 1er janvier, sont passés, et que la portance du sol le permet », décrit-il. « Cet engrais apporte 70 unités d’azote, 50 de phosphore et 88 de potasse. Il permet donc de couvrir en un apport les besoins d’une prairie temporaire », commente Philippe Le Stanguennec, conseiller à la CAA. La prairie, qui en est à sa troisième année de fauche, a, en outre, reçu un complément d’azote « pour la soutenir ». C’est, donc, grâce à une implantation et une fertilisation soignées que les prairies temporaires affichent une bonne productivité. Si les prairies naturelles présentent une flore de très bonne qualité, avec notamment du ray-grass anglais, du trèfle, de la houlque, « c’est aussi le fruit d’une fertilisation adaptée, pilotée par des analyses foliaires », pointe Philippe Le Stanguennec. Florian Untereiner apporte notamment 95 uN pour booster ses prairies naturelles destinées à l’ensilage. « Cela permet de concilier rendement et qualité du fourrage », commente-t-il. Associer prairies temporaires et maïs épi Pour l’instant, Florian Untereiner a réussi à faire de quatre à cinq coupes, chaque année, dans ses prairies temporaires. En 2020, lors de la première année de récolte donc, et malgré le manque d’eau, il a récolté de 10 à 11 tMS/ha, sachant qu’en maïs il a rentré 11,5 tMS/ha. En 2021, année cette fois plutôt humide, les prairies temporaires ont donné en moyenne 14 tMS/ha et le maïs un peu plus de 16 tMS/ha. Des chiffres qui illustrent bien que les prairies temporaires peuvent remplacer une partie du maïs sans forcément dégrader le bilan fourrager d’un élevage. En 2021, 9,5 ha de maïs ont été ensilés en épi. « C’est un aliment riche en énergie qui complète bien les protéines qu’apportent les prairies temporaires. L’association des deux permet de gagner en autonomie, d’être moins dépendant des concentrés, donc de mieux maîtriser le coût de l’alimentation. En outre, ce sont deux ingrédients très digestibles, qui permettent donc de maximiser l’ingestion. Enfin, le maïs épi prend moins de place dans les silos », apprécie Florian Untereiner. Une production de lait qui répond Pour ne rien gâcher, la production de lait répond bien à cette stratégie. « Fin décembre, la production de lait était de 33 kg de lait par vache, par jour, en moyenne. Elle est passée à 36, en février et en mars, lorsque le fourrage issu de prairies temporaires a remplacé celui issu des prairies naturelles dans la ration. La prairie temporaire a donc fait gagner 3 kg de lait. Fin mars, alors que l’alimentation allie pâturage et ensilage de prairies naturelles, la production est repassée à 33,6 kg par vache, par jour, en moyenne », rapporte Philippe Le Stanguennec, qui relie ces variations aux valeurs alimentaires des fourrages, elles-mêmes liées à leurs conditions de récolte. Il ajoute : « En 2021, les prairies temporaires ont été récoltées tôt, fin avril, tandis que la première coupe des prairies naturelles a été effectuée un peu tard, le 21 mai, donc la valeur alimentaire était légèrement dégradée. » Du coup, cette année, il a été décidé de récolter toutes les prairies, précocement, afin de maximiser la qualité du fourrage. Des perspectives d’amélioration Dans quelque temps, le système de gestion des effluents d’élevage va être modifié. Au lieu de n’avoir que du fumier, qui ne peut que difficilement être apporté sur les prairies temporaires, les éleveurs bénéficieront de fumier et de lisier. « Nous pourrons apporter du lisier, en lieu et place de l’engrais de synthèse, voire après la première coupe, ce qui nous permettra de mieux maîtriser les charges ». Pour l’instant, Florian Untereiner utilise uniquement un mélange composé pour moitié de trèfle violet et pour moitié de ray-grass hybride. « Car c’est l’association la plus sûre pour permettre un bon démarrage de la prairie et maintenir un bon potentiel de production, pendant trois ans, et donc pour étouffer les adventices », sait-il. Mais, à l’avenir, lorsqu’il réimplantera des prairies temporaires après céréales, il a bien l’intention d’adapter la composition des mélanges aux types de sol.

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