Technique

Détection de métabolites de produits phytosanitaires dans l’eau potable

Un feuilleton à rebondissements

Publié le 21/02/2023

L’année dernière, plusieurs collectivités ont dû demander des dérogations pour distribuer une eau non conforme sur le paramètre des pesticides. Des dérogations qui se sont par la suite avérées inutiles, mais qui ont jeté le doute sur la qualité de l’eau potable et la confusion dans l’esprit de consommateurs déjà prompts à faire de l’agriculture le bouc émissaire de la pollution, multifactorielle, de son environnement. Dernier épisode de ce feuilleton : l’annonce par l’Anses de retirer les produits à base de s-métolachlore.

Le point de départ de ce feuilleton est la mise à jour de la liste des paramètres mesurés dans l’eau potable par l’Agence régionale de santé (ARS), suite à la parution des résultats de l’inventaire de la qualité des eaux souterraines par l’Aprona, en 2017. Il avait révélé de nombreuses détections de produits phytosanitaires et de leurs métabolites dans les eaux souterraines. Un nouveau contrôle sanitaire a été mis en place à partir de janvier 2021. Les premiers résultats ont été confirmés par d’autres analyses, qui ont mis en évidence des traces de métabolites de s-métolachlore et de chloridazone dans l’eau distribuée au robinet de certaines communes alsaciennes. À noter que le métolachlore est encore en vente mais est bien moins utilisé aujourd’hui qu’il y a 20 ans. Quant à la chloridazone, elle est retirée du marché. Pour comprendre la suite des événements, « il faut bien avoir en tête que le seuil réglementaire de potabilité, fixé à 0,1 µg (microgrammes) de molécule active ou de métabolite par litre d’eau, est purement réglementaire et a une vocation de surveillance. Il n’a rien à voir avec une quelconque toxicité ou risque pour la population. Le risque sanitaire, lui, est représenté par la Vmax (valeur maximale) lorsqu’elle est connue. Jusqu’à récemment, elle était de 510 µg/l pour le métolachlore ESA, soit 5 100 fois plus que la norme réglementaire », explique Nathalie Brobeck-Allard, cheffe de service Agronomie Environnement à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). À noter que lorsque la Vmax n’est pas encore définie par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses), les départements et régions appliquent des valeurs approchées transitoires très différentes : « 0,1 µg/l, 0,3 µg/l dans le Grand Est, beaucoup plus en Bretagne, ce qui pose question… », pointe Nathalie Brobeck-Allard. Des dérogations soumises à obligations Or, « les teneurs mesurées dans l’eau potable allaient de 0,1 à 2 µg/l, le plus souvent de 0,2 à 0,8 µg/l ». Si le risque sanitaire était, a priori, négligeable, le seuil de 0,1 µg/l pour l’eau potable distribuée était effectivement dépassé, ce qui exposait les distributeurs ne respectant pas les normes réglementaires à des actions judiciaires, à des refus de payer des factures… Pour se protéger, les distributeurs peuvent demander à la préfecture une dérogation pour distribuer une eau non conforme aux normes réglementaires sur le paramètre des pesticides. Cette dérogation est un arrêté préfectoral, qui passe donc devant le Conseil départemental de l’environnement et des risques sanitaires et technologiques (Coderst). Valable uniquement pour 3 ans et renouvelable une seule fois, elle implique des conséquences en termes de communication auprès des citoyens et de plans d’action. Le distributeur d’eau doit notamment communiquer sur la situation auprès de ses abonnés, mettre en place un volet curatif, comme une dilution de l’eau ou son traitement aux charbons actifs, et un volet préventif, qui permette de protéger et reconquérir la qualité de la ressource en eau. Volet préventif qui peut donc avoir des répercussions sur l’agriculture locale. Or à l’heure actuelle, « la profession n’a pas été associée, et nous ne savons pas s’il est prévu de mettre en œuvre des plans d’action, ni s’ils sont écrits, ni si les collectivités vont proposer un calendrier et une méthode pour les mettre en place, ni s’ils prendront la forme de recommandations ou d’obligations, d’interdictions », informe Nathalie Brobeck-Allard. Le risque de toxicité des métabolites revue à la baisse Dans le même temps, Syngenta, qui commercialise le s-métolachlore, a émis, en décembre 2021, la recommandation de ne pas appliquer cette molécule sur les aires d’alimentation de captages prioritaires. Et l’Anses a fixé de nouvelles conditions d’emploi pour les herbicides à base de s-métolachlore : ne pas dépasser la dose de 1 000 g/ha/an et ne pas appliquer sur parcelles drainées en période d’écoulement des drains. Enfin, le 30 septembre 2022, un nouvel avis de l’Anses est paru et a reclassé en métabolites non pertinents, cette fois d’après des tests biologiques robustes, et non par défaut (c’est-à-dire par manque de données), les principaux métabolites de la matière active. Il en résulte que le seuil des 0,1 µg/l ne s’applique plus, et que c’est le seuil de vigilance, fixé à 0,9 µg/l qui doit s’appliquer. Par conséquent, bon nombre de dérogations accordées en 2022 ne sont plus nécessaires et devraient donc être abrogées. Suite au nouvel avis de l’Anses, moins de cinq unités de distribution d’eau potable seraient concernées par des dépassements du seuil de vigilance de 0,9 µg/l pour des métabolites de produits phytosanitaires en Alsace. Reste que ces péripéties sont arrivées peu ou prou au même moment que les bons résultats du partenariat Ermes 2018-2022 (lire aussi en pages 13 à 16), ce qui a eu tendance à invisibiliser les efforts qui ont été faits et leurs résultats. Reste aussi que l’agriculture a une nouvelle fois été désignée comme le coupable idéal dans un procès où le banc des accusés devrait compter bien d’autres suspects, à commencer par les consommateurs d’eau potable eux-mêmes, générateurs de micropolluants. Ce feuilleton se termine, à l’heure où nous mettons sous presse, par l’annonce faite par l’Anses d’engager la procédure de retrait des principaux usages des produits phytopharmaceutiques à base de s-métolachlore.

Partenariat Ermes 2018-2022

Objectifs presque atteints

Publié le 20/02/2023

En 2017, l’observatoire de la nappe d’Alsace (Aprona) publiait les résultats d’une étude mettant en évidence la présence de résidus de produits phytosanitaires dans les eaux souterraines d’Alsace. Le plan Ermes, qui en a découlé, s’est décliné sous la forme de contrats de solutions territorialisés, qui ont porté leurs fruits, puisque les usages de produits phytosanitaires sont en baisse dans les secteurs concernés. Les effets sur la qualité de l’eau de la nappe, eux, seront sans doute plus longs à venir. Mais, déjà, un plan Ermes 2 se prépare.

Il y a sept ans, la publication des résultats de l’inventaire de la qualité des eaux souterraines réalisé par l’Aprona, sous l’égide de la Région Grand Est et de l’Agence de l’Eau Rhin Meuse, faisait l’effet d’une bombe. En effet, des résidus de produits phytosanitaires étaient détectés un peu partout dans la nappe d’Alsace. Des résultats inquiétants, mais en partie liés au fait que le nombre de molécules recherchées était passé de 42 à 113, plus des métabolites, depuis le dernier inventaire. « Et, plus on cherche, plus on trouve », pointe Nathalie Brobeck-Allard, cheffe de service Agronomie Environnement à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). En outre, la majorité des molécules détectées avaient d’ores et déjà été retirées du marché au moment où elles ont été détectées, en 2016. Mais d’autres sont encore en usage, et leur détection, ainsi que celle de leurs métabolites, de manière généralisée dans un des plus grands aquifères d’Europe, pose un irréfutable problème de santé publique. Partant du postulat que la réduction des usages des produits phytosanitaires entraîne la réduction des pollutions de la nappe et des captages (ce qui n’est en fait pas garanti puisqu’il peut y avoir des pollutions ponctuelles et que le système présente une certaine inertie qui fait que les effets des changements de pratique sur la qualité des hydrosystèmes peuvent intervenir avec un certain laps de temps), un plan de reconquête de la qualité de l’eau, baptisé Ermes est alors lancé en 2018. Il vient s’ajouter aux autres dispositifs déjà mis en œuvre pour réduire le recours aux produits phytosanitaires, comme la directive-cadre sur l’eau, le Grenelle de l’environnement, Ecophyto, le Plan Bio… Ermes constitue donc une couche supplémentaire à une démarche qui était déjà bien engagée. Avec deux grandes nouveautés : « la place des collectivités, qui sont identifiées pour piloter les dossiers », et « les objectifs à atteindre, qui sont très clairs », rappelle Nathalie Brobeck-Allard. S-métolachlore et chloridazone dans le collimateur Il s’agissait d’atteindre les objectifs du plan Ecophyto sur l’ensemble de la nappe d’Alsace et des aquifères du Sundgau, soit une baisse de l’utilisation de 25 % en 2020 et 50 % en 2025, tous phytosanitaires confondus. Et une baisse de 40 à 50 % de l’utilisation d’herbicides d'ici 2022 sur les aires d’alimentation de captages des 19 captages correspondant à ceux où un dépassement de la norme pour l’eau potable (0,1 µg/l), a été détecté pour une molécule ou un métabolite. Des objectifs très ambitieux, d’autant que, si tous les produits phytosanitaires sont visés, ce sont tout de même les herbicides, davantage susceptibles de passer dans les eaux souterraines du fait de leur application proche du sol, qui sont particulièrement visés. Deux molécules herbicides sont dans le collimateur de ce plan : le s-métolachlore, et la chloridazone, retirée du marché depuis les mesures. L’enjeu est d’autant plus important qu'« un désherbage non maîtrisé est ce qu’il y a de plus impactant pour le rendement », et que, « hors désherbage mécanique et rotations, les alternatives aux herbicides sont peu nombreuses », souligne Nathalie Brobeck-Allard. A l’échelle de la nappe entière, les moyens déployés pour atteindre les objectifs ont été les réseaux Dephy, le développement de l’AB, l’opération Agr’Eau Alsace et le développement de filières de cultures à Bas Niveau d’Impact (BNI), au travers d’appels à manifestation d’intérêt lancés par la Région Grand Est et l’Agence de l’Eau Rhin Meuse. Dans les 19 captages la particularité d’Ermes a été l’engagement fort des collectivités, qui ont piloté les actions avec la CAA. A noter aussi l’association des coopératives et autres négoces, afin que les messages techniques auprès des agriculteurs soient concordants. « D’autres organisations professionnelles agricoles ont également été associées comme Bio en Grand Est, la FRCuma… », précise Nathalie Brobeck-Allard. Et, bien sûr, les agriculteurs. L’action dans la concertation, gage d’efficacité Agriculteur à Ranspach-le-Bas, Thomas Karrer fait partie des exploitants concerné par le partenariat Ermes 2018-2022. En effet, une partie de son parcellaire  se situe sur le territoire de la comcom de Saint-Louis Agglomération, au sein duquel quatre captages ont tilté, lors des mesures de l’Aprona : le captage Kabis de Blotzheim, le forage de Knoeringue, le forage Viehweg Amont de Wentzwiller, et celui de Ranspach-le-Haut, soit quelque 700 ha en tout. À noter que ces quatre captages étaient déjà classés prioritaires dans le cadre du Grenelle, et que des mesures de réduction de l’usage des produits phytosanitaires y avaient donc déjà été mises en place. Thomas Karrer cultive des parcelles situées dans les aires de captages du puits Kabis et du forage de Knoeringue. Dans ce secteur, l’élaboration des contrats de solutions territorialisés a démarré en 2021, captage par captage. Un travail porté par la comcom et animé par la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), toujours sur le même schéma. « D’abord, une réunion réunissant autour de la table agriculteurs, collectivités locales, distributeurs d’eau, coopératives agricoles, afin de présenter le contexte, les enjeux, et de poursuivre un objectif commun », décrit Nicolas Jeannin, conseiller à la CAA. Puis, une réunion et des entretiens individuels avec les agriculteurs, pour faire émerger les actions à mettre en œuvre. « Chaque territoire présente des particularités en termes de parcellaire, d’équipement, de profils d’agriculteurs… Il convenait donc d’adapter les mesures à mettre en place à un objectif de réduction de l’utilisation des herbicides qui, lui, était commun », décrit Nicolas Jeannin. Ces réunions préalables ont permis aux différents acteurs de prendre conscience que l’enjeu était certes de protéger la qualité des eaux souterraines, mais aussi de faire en sorte que les entreprises agricoles restent viables, car l’aval des filières, et la dynamique des territoires en dépendent. Bannissement du s-métolaclore Thomas Karrer, qui raisonnait déjà son recours aux produits phytosanitaires, notamment en pratiquant des traitements à dose réduite, a donc mis les bouchées doubles. Il a notamment banni tous les produits contenant du s-métolaclore, pour les remplacer par d’autres ou d’autres méthodes de maîtrise des adventices. En outre, il ne pratique désormais plus que du désherbage de post-levée, ce qui lui permet de cibler les adventices, et plus souvent en deux passages à demi-dose qu’en un passage à pleine dose. Au final, Thomas Karrer sort plus souvent son pulvérisateur qu’avant. « C’est assez compliqué à comprendre, pour les concitoyens », pointe-t-il. L’agriculteur a en outre développé la pratique du désherbage mécanique, avec les freins d’un parcellaire morcelé, et d’un risque érosif non négligeable dans les parcelles les plus en pente. Enfin, Thomas Karrer a modifié ses rotations, qui comprennent davantage de blé. Hormis un nouveau pulvérisateur, qui permet d’améliorer la qualité de pulvérisation, et de traiter davantage de surface lorsque les conditions optimales sont réunies, l’agriculteur n’a pas eu à réaliser d’autres investissements spécifiques. Par contre, il a dû modifier son assolement qui, outre davantage de blé, comprend aussi du soja, et l’organisation de son travail. « Ces changements de pratique, je ne les mets pas en pratique que dans les aires de captage, mais sur tout mon assolement », précise-t-il. En outre, les efforts de Thomas Karrer ne sont pas isolés. « Tous les agriculteurs du secteur se sont impliqués, y compris les doubles actifs. C’était important, pour être efficace, et ça a été du travail de tous les suivre », souligne Nicolas Jeannin. « S'adapter aux réalités du terrain et répartir les risques » Pierre Pfendler, agriculteur à Hagenthal-le-Haut et vice-président de la communauté de communes (comcom) de Saint-Louis Agglomération, en charge du développement rural, a suivi le dossier Ermes sur ce territoire, qui compte 80 000 habitants. Il salue les résultats qui ont été obtenus, tout comme la méthode qui a été employée. En effet, sur le captage Kabis, en moyenne sur trois ans, la QSA/ha (quantités de substances actives/ha) a diminué de 41 %, alors même que des efforts avaient déjà été engagés en ce sens. Pour les acteurs du dossier Ermes sur ce territoire, le défi consiste désormais à maintenir ce niveau d’utilisation des produits phytosanitaires. « Nous ne pensons pas qu’il soit raisonnable de demander une nouvelle baisse aussi significative du recours aux produits phytosanitaires. Pour les agriculteurs, ces produits sont une charge. Donc, moins ils en utilisent, mieux ils se portent. Mais il s’agit d’une question d’optimum, pour préserver la productivité des cultures. Or, comme nous sommes déjà à des niveaux d’utilisation bas, aller plus loin, c’est prendre le risque de pénaliser le potentiel de production des cultures. » D’autant que les agriculteurs évoluent désormais dans un contexte marqué par le changement climatique, qui fait, lui aussi, prendre des risques, et évoluer les pratiques. « Le secteur Kabis est très séchant. C’est donc aussi le manque d’eau en été, qui incite les agriculteurs à y faire moins de maïs et plus de céréales d’hiver. Nous devons nous adapter aux réalités du terrain et répartir les risques », indique Thomas Karrer. « L’abandon de l’élevage, qui participe à l’entretien des surfaces en herbe, est aussi une variable à prendre en compte », pointe Pierre Pfendler, qui estime qu’il y a encore des choses à faire en matière de vente directe, de circuits courts et autres partenariats entre agriculteurs et consommateurs. Car « la qualité de l’eau, c’est l’affaire de tous. Notre profession a sa part de responsabilité, et l’endosse, en étant porteurs de solutions », estiment-ils. PSE pertinents Pour réduire encore le recours aux produits phytosanitaires, il faudra créer de nouveaux marchés, de nouveaux débouchés, de nouvelles filières, pour de nouvelles cultures, dites à Bas niveau d’impact (BNI). La luzerne, par exemple, pourrait être davantage cultivée par les agriculteurs, s’il y avait une solution de déshydratation locale. Idem pour le miscanthus, s’il est valorisé localement, par exemple dans des chaudières collectives. Une évolution qui - si elle est souhaitable et souhaitée, alors que l’importance de garantir la souveraineté alimentaire du pays refait surface - ne pourra pas être portée que par les agriculteurs, mais nécessitera une réelle volonté politique. Les Paiements pour services environnementaux (PSE), constituent donc un levier à actionner (lire aussi en page 24 et 25). Ainsi 25 agriculteurs ont souscrit aux PSE mis en place par la comcom de Saint-Louis Agglomération : « Ils interdisent d’utiliser du s-metolachlore et doivent permettre d’accroître la surface en herbe et en soja », précise Pierre Pfendler. Les PSE constituent un dispositif d’autant plus pertinent que les agriculteurs, de moins en moins nombreux, doivent produire toujours autant, voire plus. Un frein majeur à l’évolution des pratiques, est donc aussi tout simplement le temps disponible pour se poser, réfléchir, se former. « Le travail est devenu plus dur moralement que physiquement », résume Thomas Karrer. Résultats : une baisse significative des utilisations de produits phytosanitaires Au niveau de la nappe, les effets des contrats de solution ont été évalués par la Draaf, sur la base de l’évolution des ventes de produits phytosanitaires recensées dans la Base nationale de données de ventes (BNVD), à l’aide de moyennes triennales glissantes, pour éviter les effets climatiques (année humide, année sèche…). La référence de départ étant la moyenne des ventes sur la période 2015-2017. Résultats, en 2021, les quantités de substances actives (QSA) ont diminué de 32 %, le nombre de doses utilisé (NODU) de 24 %, et le NODU herbicides de 20 %. À l’échelle des captages, les résultats ont été évalués au moyen d’enquêtes portant sur les pratiques des agriculteurs dans les aires d’alimentation de captages. Ces enquêtes ont permis de mettre en évidence des baisses de QSA sur tous les captages, allant de 6 à 57 %. Une hétérogénéité de résultat à mettre en relation avec des réductions de recours aux herbicides déjà réalisées avant le démarrage du partenariat, par exemple sur des captages Grenelle. « Réduire le recours aux herbicides quand il y a déjà eu une amélioration des pratiques en amont, c’est de plus en plus compliqué », souligne Nathalie Brobeck-Allard. Les NODU baissent jusqu’à 47 %, aussi de manière variable d’un captage à l’autre. Globalement, le recours au désherbage mécanique a progressé. Conclusion : l’usage des produits phytosanitaires a réellement baissé. Un succès que les 42 signataires du partenariat n’ont guère eu le temps de savourer. Déjà, une version 2 d’Ermès se profile, probablement avec des objectifs et une méthodologie similaire mais sur la base d’une nouvelle liste de captages, plus nombreux.

Du soja dans les rations pour améliorer l’autonomie protéique

Du principe à la réalité

Publié le 01/02/2023

En début d’année 2023, les conseillers de la Chambre d'agriculture d’Alsace ont organisé une série de réunions techniques sur le thème des cultures fourragères. Parmi elles, le soja, dont l’introduction des graines crues ou toastées dans les rations des ruminants, pourrait contribuer à améliorer l’autonomie protéique des élevages. Une intuition qui ne s’avère pas si simple à vérifier sur le terrain !

Plus que jamais l’autonomie protéique et énergétique des élevages est un sujet d’actualité. Cet enjeu pour la durabilité des exploitations d’élevage a donné lieu à la création d’un Partenariat européen pour l’innovation (PEI), baptisé Arpeege, pour Autonomie en ressources protéiques et énergétiques des élevages du Grand Est, qui implique 24 partenaires. Porté par la Chambre régionale d’agriculture du Grand Est, ce projet a exploré différentes pistes de septembre 2019 à décembre 2022. L’une d’elles consistait à identifier des cultures fourragères et protéiques adaptées au territoire du Grand Est, et qui gagneraient donc à être développées dans les assolements des éleveurs ou des céréaliers, dans le cadre de partenariats entre agriculteurs. L’objectif recherché étant l’autonomie à l’échelle du territoire.         Du fait de sa teneur élevée en protéines, le soja fait évidemment partie des pistes envisagées. Mais ses exigences en termes de précocité de récolte, de type de sol, de possibilité d’irriguer ou non, font qu’il n’est pas cultivable partout. Ainsi, le risque de récolte tardive est rédhibitoire, tout comme les sols de craie. En outre, plus le risque de stress hydrique ne peut pas être compensé par une bonne réserve utile ou le recours à l’irrigation, plus le potentiel de rendement risque d’être impacté lors des années à faible régime pluviométrique. Du coup, la faisabilité du soja est aléatoire. Et, en Alsace, selon les situations (type de sol, irrigué ou non), les potentiels de rendement vont de 32 à 40 q/ha.         Broyer mais pas trop fin Cultiver du soja, c’est bien. Bien le valoriser, c’est encore mieux. Deux études ont été menées dans le cadre du projet Arpeege afin d’appréhender les impacts technico-économiques à l’échelle de l’atelier lait et de l’exploitation de l’introduction du soja dans les rations. L’une portait sur le remplacement partiel du tourteau de colza par des graines de soja toastées dans la ration des vaches laitières. L’autre sur l’introduction de graines de soja toastées ou crues dans ces mêmes rations. Les résultats obtenus dans la première étude sont assez contre-intuitifs. En effet, le produit lait diminue de 12 €/1 000 l, essentiellement parce que la production laitière diminue d’1,3 kg/VL/j. Et comme le coût alimentaire augmente de 3 €/1 000 l du fait du toastage, la marge alimentaire diminue de 15 €/1 000 l. Pour expliquer ces résultats, Philipppe Le Stanguennec, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace, avance un broyage sans doute trop fin de la graine de soja toastée, entraînant « une perte de l’effet by-pass et une dégradabilité de l’azote supérieure à celle du tourteau de colza ». Une hypothèse confirmée par la littérature scientifique, de laquelle il ressort un optimum de production laitière pour des graines coupées en demis ou en quarts, un broyage plus fin entraînant une baisse de la production. Dans la deuxième étude, la comparaison des résultats entre le lot de vaches laitières (VL) nourries avec des graines de soja crues et toastées fait apparaître une baisse de la marge alimentaire de 4 €/1 000 litres pour la deuxième modalité, toujours en raison du coût du toastage. Les résultats techniques, eux, mettent en évidence un peu plus de taux et de productivité avec les graines toastées, mais sans que la différence soit significative, pointe Philippe Le Stanguennec. Il avance deux hypothèses pour expliquer le manque d’efficacité du toastage : la maîtrise approximative du processus de toastage, sachant que l’opération a été effectuée dans un toasteur mobile, et le broyage des grains, encore trop fin, puisque la taille moyenne des particules distribuées dans les deux lots était de 1,3 mm, pour un optimum évalué à 2,9 mm. Un impact environnemental positif Cette deuxième étude a en outre servi à réaliser une étude « système », soit sur l’ensemble de l’exploitation. L’introduction de 2 kg de soja/VL/j pendant 150 jours, avec un rendement en soja estimé à 25 q/ha, il faut 10 ha de soja, qui viennent prendre la place de 10 ha de blé dans l’assolement. Une évolution aux conséquences nombreuses dans les comptes de l’exploitation : perte de produit blé, achat de paille, économie d’azote… Au final, dans les conditions de l’étude, l’opération se traduit par une baisse de l’EBE. Un résultat économique décevant, à contrebalancer avec l’impact positif sur l’environnement de l’évolution, puisque l’empreinte carbone nette de l’atelier lait passe de 0,96 à 0,93 kq eq CO2/litre de lait corrigé. En outre, « le résultat est aussi très dépendant de la réponse des animaux au changement de ration, et du contexte économique », tempère Philippe Le Stanguennec. Et justement, face à l’évolution du prix des engrais, et des concentrés, « la différence entre les deux systèmes s’accentue ». Ajoutons à cela que la rétribution des services environnementaux se développe, et que ce genre de pratiques, bonnes pour l’environnement mais pas forcément pour le portefeuille des éleveurs, peuvent devenir éligibles à ce type de dispositifs.      

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