Technique

Publié le 17/03/2023

À l’occasion de l’assemblée générale de l’Association des producteurs de myrtilles de France, fin février 2023, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), Anne Duval-Chaboussou, du Centre technique interprofessionnel des fruits et légumes (CTIFL) a abordé la réglementation et l’utilisation des préparations naturelles peu préoccupantes (PNPP) en arboriculture et spécifiquement en myrtille. Le sujet intéresse les cultivateurs soucieux d’éviter les produits de synthèse.

Les PNPP sont des préparations naturelles peu préoccupantes, obtenues par un procédé accessible à tout utilisateur final. Elles ne requièrent pas d’autorisation de mise sur le marché (AMM). Elles sont composées exclusivement, soit de substance de base, soit de substances naturelles à usage biostimulant (SNUB), autorisées, selon une procédure fixée par voie réglementaire. Les substances de base pouvant être utilisées sur cassissiers et myrtilliers sont les suivantes : l’hydroxyde de calcium qui a une fonction fongicide ; les lécithines qui ciblent l’oïdium (podosphaera leucotricha) et ont donc aussi une action fongicide, et le chitosan qui stimule les défenses de la plante. Concernant les SNUB, trois voies d’inscription (d’autorisation) existent : soit elles font partie des 148 plantes médicinales, soit elles sont évaluées par l’Anses ; soit elles sont consommées en alimentation humaine et animale, et elles peuvent alors être utilisées sous couvert d’un accord de cahier des charges. Les SNUB sont d’origine végétale, animale ou minérale, à l’exclusion des micro-organismes, non OGM. Elles ne subissent aucun traitement autre que des moyens manuels, mécaniques ou gravitationnels : dissolution, extraction, distillation, chauffage pour séchage. Les différentes préparations de plantes les plus courantes sont l’infusion, la décoction, la macération, le purin, l’huile essentielle (HE). Il est possible d’utiliser deux types de solvants : l’eau ou l’alcool à 40°. Certaines HE sont autorisées avec une AMM et ne sont donc pas dans la catégorie SNUB. Les matières fertilisantes, tels les ferments et la poudre de diatomée, mais aussi le savon noir et les acides gras, sont d’autres substances naturelles utilisables en agriculture. Une petite tisane ? Les extraits végétaux, préparés à la ferme, sont utilisés seuls ou ajoutés à la bouillie de traitement. Ce sont généralement des tisanes/infusions, des décoctions, des extraits fermentés ou des extraits alcooliques. Les extraits de plantes qui sont des préparations du commerce sont des extraits de plantes formulés ou issus d’extraction par procédé « complexe » (préparation en entreprise/industrie), telles des HE ou des extraits végétaux, avec sélection de quelques molécules (purification et concentration) et des co-formulants ou adjuvants. Si les préparations à la ferme prennent en compte un écosystème large et présentent une toxicité nulle, en plus d’être biodégradables comme les autres, et de ne présenter aucune résistance, elles permettent aussi aux agriculteurs de se réapproprier un savoir-faire et d’être autonomes (en intrants, en décision). Mais leur efficacité est variable. Les cinq modes opératoires pour réaliser ses propres PNPP sont les suivants : la mise en fermentation de végétaux frais dans de l’eau de façon contrôlée et spontanée pour obtenir de l’extrait végétal fermenté ou du purin végétal ; des plantes sur lesquelles de l’eau froide est versée et est mise à chauffer jusqu’à la température souhaitée (selon le type de plantes et de principes actifs), puis le feu est coupé pour obtenir une infusion ou tisane ; des plantes mises à tremper 24 heures, puis la préparation est chauffée et est maintenue à ébullition pendant 30 minutes environ, pour obtenir une décoction ; des plantes mises à tremper pendant quelques jours, dans de l’eau ou de l’alcool, pour obtenir une macération ; des plantes distillées à la vapeur d’eau ou pressées à froid (tels les agrumes) pour obtenir des huiles essentielles. Plutôt une macération dans de l’alcool à 40° « La composition chimique des extraits végétaux est éminemment variable, a rappelé Anne Duval-Chaboussou. Plusieurs facteurs influencent cette composition : les facteurs génétiques (par exemple, le thym ou thymus vulgaris présente plusieurs chimiotypes), physiologiques (les variations ont lieu en fonction du stade de développement), pédologiques et climatiques (selon les procédés d’extractions, le solvant et l’équipement). » Plus de composés sont extraits dans l’alcool que dans l’eau. Sept jours dans l’alcool permettent d’extraire le maximum de composés. La qualité des composés extraits dans l’alcool à 40° et dans l’eau est la même mais il y a beaucoup plus de composés extraits dans l’alcool que dans l’eau. La prêle renforcerait les préparations fongicides. Sa décoction (préparation privilégiée) serait à utiliser en temps chaud et humide, car elle assécherait le milieu. L’ortie stimulerait la flore microbienne du sol et renforcerait les préparations fongicides. Elle s’utilise en extraits fermentés de plantes entières, le plus souvent. L’ail aurait un effet répulsif sur les insectes. Mais les plantes ont divers modes d’action. L’ail serait aussi fongicide par exemple, et l’ortie insecticide. Les intérêts d’utilisation des extraits de plantes sont la stimulation des défenses, la réduction des fongicides (des doses de cuivre et de soufre) contre les monilioses/oïdium notamment, la réduction des insecticides contre les ravageurs, tels la drosophile suzukii, les chenilles, et la fertilisation foliaire ou sol pour la croissance et contre les carences. Dans la lutte contre les insectes seraient efficaces : les extraits végétaux (décoction d’ail, huiles essentielles), l’argile, la chaux (l’hydroxyde de calcium), la poudre de diatomée et les huiles végétales et paraffiniques. Mais pour lutter contre la punaise diabolique, rien de tel que des filets, pointent les arboriculteurs présents, fin février lors de la présentation de la spécialiste du CTIFL. Quant aux cochenilles, ce sont leurs larves avant la floraison, qu’il faut atteindre, souligne un cultivateur, grâce à de fines gouttes pulvérisées avant 9 h mais pas trop tôt non plus, pour éviter la rosée. Face aux pucerons l’HE d’orange douce et le savon noir ensemble, seraient efficientes. Attention à l’HE d’ail sans adjuvant… qui a tendance à être phytotoxique. Pour perturber la ponte du carpocapse, saccharose et fructose semblent très indiqués car ils modifient les effets biochimiques de la plante. Mais si la pression est supérieure à 40 %, l’efficacité est faible. Trop chères Contre la tavelure du pommier, l’efficacité de différentes modalités avec des substances naturelles par rapport à une dose réduite de cuivre appliquée seule est relative, apprécie Anne Duval-Chaboussou, à partir des études menées. En règle générale, le coût d’un passage/ha d’une substance naturelle est entre 1,5 et dix fois plus élevé que la bouillie bordelaise… Les essais se poursuivraient donc avec des macérations à l’alcool, testées à des doses plus faibles et combinées à des doses de cuivre, selon le niveau de risques. Anne Duval-Chaboussou conclut la séance en insistant sur la nécessaire combinaison des PNPP sur la saison et l’utilisation des outils de prévision des risques. Sur myrtille, comme sur les autres fruitiers, il est essentiel de réaliser des essais : la multitude de PNPP allonge la durée de ceux-ci, mais chaque année, agriculteurs et techniciens s’emploient à débroussailler ce champ de connaissances.

Publié le 15/03/2023

AB2F Conseil, démarre, cette campagne, les tests grandeur nature de désherbage de précision avec la technologie on/off, de coupure à la buse, et de désherbage à la plante près, grâce à des capteurs sur la rampe du pulvérisateur et/ou sur le tracteur, ou à une modélisation réalisée à partir d’images prises par des drones, en amont. Objectif : réduire encore les intrants et, donc, économiser. Le projet est audacieux, au regard du coût du matériel requis et des prestations numériques.

« Il y a quelques demandes en désherbage de précision, localisé. Cette année, nous allons y répondre », dit d’emblée Pierrick Utard, technicien services d’AB2F Conseil, qui gère les volets recherche et développement (R & D), conseil et expérimentation. AB2F Conseil, basée dans le Haut-Rhin, développe, aujourd’hui, la faisabilité et vérifie l’efficacité du désherbage de précision avec la technologie « on/off », de coupure buse à buse, et de désherbage à la plante près, grâce à des capteurs sur la rampe du pulvérisateur et/ou sur le tracteur, ou à une modélisation réalisée à partir d’images prises par des drones, en amont. « Les toutes dernières avancées permettent du désherbage de précision, hyperlocalisé, en direct, selon la présence d’adventices captées au sol ou non. La technologie « on/off » ouvre ou ferme les buses, en fonction des informations récoltées. Ces dernières peuvent aussi être remontées quelques jours avant le passage du pulvé (Amazone, NDLR). On survole, alors, la parcelle, avec un drone, qui l’analyse et détecte les adventices. On crée à partir de ces images une carte de modélisation, avec les zones à traiter ou non. Fin 2023, nous aurons les premiers résultats de nos essais grandeur nature », dévoile Pierrick Utard, pédagogue. Quelques maïsiculteurs de la plaine de Colmar se lancent, cette campagne, avec AB2F Conseil. Leur objectif est d’utiliser moins de produit phytosanitaire. « Si 75 % de la parcelle est concernée par des levées d’adventices, on ne traitera que ce pourcentage-là. On diminuera donc de 25 % l’indicateur de fréquence de traitements (IFT). Le but ultime est de réduire les charges, bien sûr, mais il est aussi technique car on traite au bon endroit, exactement, et environnemental, puisqu’on traite moins », développe le technicien services d’AB2F Conseil. Avec l’équipement adéquat AB2F Conseil travaille avec des prestataires : Aero Vision, spécialisé dans le pilotage de drones, dans le Bas-Rhin, et Abelio, basée dans le sud de la France, qui propose de manière large des solutions numériques de suivi des cultures et de gestion des intrants. Avec Aero Vision, AB2F Conseil sème déjà des couverts végétaux dans les cultures, avant leurs récoltes, et largue des trichogrammes dans le maïs. « C’est un partenaire local et historique », précise Pierrick Utard. Le technicien services d’AB2F Conseil compte deux freins au déploiement du désherbage de précision hyperlocalisé : la rentabilité de l’opération (l’intérêt économique sera à chiffrer après les premiers tests grandeur nature ; pour l’instant, il n’y a pas de référence, en Alsace) et l’équipement. « Il faut avoir un tracteur et un pulvérisateur qui communiquent, capables de gérer les cartes, donc être équipé du système Isobus. Le GPS doit aussi être performant. Et le pulvérisateur doit permettre la coupure buse par buse », détaille Pierrick Utard. Pour l’instant, les autres distributeurs alsaciens (Le Comptoir agricole, Gustave Muller, Agro 67, dans le Bas-Rhin, et la CAC, dans le Haut-Rhin) renoncent à proposer ce type de désherbage de précision à la commercialisation, invoquant les mêmes freins que Pierrick Utard. Certains ajoutent que les adventices ne levant pas toutes au même moment, plusieurs passages de pulvés devraient être envisagés, ce qui abaisserait la rentabilité de l’opération et exposerait encore plus l’agriculteur à la vindicte populaire. Aussi, ils craignent que certaines adventices ne soient pas encore captées car l’algorithme le permettant n’existerait pas encore. Ils suivent, par contre, de près, les essais réalisés ailleurs, et restent ouverts à l’éventualité d’en effectuer.

Sécheresse hivernale

Le bout du tunnel

Publié le 10/03/2023

La pluie est de retour après une période d’absence record pour un mois de février. Les conditions n’étant pas poussantes, les cultures n’ont pas franchement souffert de ce régime hydrique sec. La principale inquiétude concerne le niveau de recharge de la nappe car démarrer l’été sur la réserve pourrait, par contre, engendrer des mesures de restriction précoces.

Avec 6 mm à Meyenheim, ou encore 7 mm à Entzheim, le mois de février a été extrêmement sec. « La normale se situant à 29 mm pour un mois de février, on est donc sur un déficit de précipitation de l’ordre de 80 % », expose Christophe Mertz, météorologue à Atmo-Risk, ce qui place ce mois de février dans le top 10 des plus secs, avec 2012, 2003 et 1959. Heureusement, cet épisode fait suite à un automne relativement pluvieux : les mois de septembre, octobre et novembre ont été excédentaires, permettant une bonne recharge de la nappe. Mais la tendance s’est inversée dès le mois de décembre et jusqu’en février. Si bien que, « depuis le 13 janvier dernier, il n’y a pas eu un jour à plus de 5 mm », indique Christophe Mertz. Une situation qui a des effets sur l’humidité des sols, les débits des cours d’eau, et la hauteur du toit de la nappe.     « Les débits des cours d’eau sont similaires à ceux d’un mois de mai-juin », rapporte Nicolas Ventre, directeur départemental des territoires, en marge d’une réunion du comité départemental de la ressource en eau (lire en encadré). Les niveaux de la nappe restent « dans l’ensemble assez stables, et majoritairement en dessous des normales saisonnières, sauf le long de la bande rhénane où ils sont autour ou supérieurs à ces normales », indique-t-on à l’Aprona. Dans le détail « la situation reste déficitaire en secteur Piémont, Hardt et fossé de Sierentz, où le retour aux normales de saison avant l’été n’est a priori pas entrevu. En centre plaine, au nord de Colmar, la nappe est très réactive et influencée par les rivières. Il s’agit donc d’attendre les pluies pour entrevoir l’évolution possible. En plaine au sud de Colmar, la nappe répond selon des cycles pluriannuels, la nappe devrait donc globalement rester sous les normales ». Mais que ce soit au niveau des cours d’eau ou de la nappe, « rien ne justifie la mise en place de mesures restrictives à ce stade », pointe Nicolas Ventre. Peu d’impact sur les cultures, hormis la valorisation de la fertilisation À court terme, cet épisode n’a eu qu’un impact limité sur les cultures. « Il faisait froid, les conditions n’étaient pas poussantes, donc les plantes n’avaient pas besoin d’eau », résume Pierre Geist, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture Alsace. Une analyse partagée par son confrère Laurent Fritzinger : « Les horizons superficiels sont secs, oui, mais en dessous c’est humide, et les racines sont encore dans l’humidité. » La principale difficulté concerne la valorisation des apports d’azote sur colza et sur céréales d’hiver. Les premiers apports ont été réalisés mi février. Et depuis, il n’y a pas eu plus de 5 mm alors qu’il en faudrait 15 pour que l’engrais soit bien valorisé. Mais Pierre Geist n’est pas inquiet : les précieux granulés ont été apportés sur sol humide, et il y a eu de la rosée pour les faire fondre. Ajoutons à cela que, au regard des températures encore fraîches, les plantes poussent peu, donc consomment peu d’azote. Que les reliquats azotés sont assez élevés : « 100 unités en moyenne donc de 70 à 130 unités ». Que ce ne sont pas les premiers apports qui contribuent le plus significativement au rendement. Et, surtout, que les blés ont très bien levé et très bien poussé à l’automne, donc qu’il n’y a quasiment pas de pertes au semis ni de pertes hivernales. « Les peuplements sont là et bien là, donc s’il y a quelques talles qui disparaissent naturellement, ce sera même plutôt bénéfique pour la suite. Car des peuplements denses font courir un risque de verse, qu’il s’agira ensuite de contrôler », rappelle Pierre Geist. Avec le retour de la pluie se pose la question de quand et sous quelle forme effectuer les apports d’azote suivant. « Nous préconisons de solder les apports d’azote sur colzas, car, avec la pluie et le redoux, ils vont détaler », indique Pierre Geist, qui, pour le reste, appelle à la patience : « Nous sommes encore en hiver ! » Retour de la pluie Heureusement, la pluie est de retour depuis mercredi. Interrogé lundi 6 mars, Christophe Mertz explique : « Les anticyclones laissent la place à un rail dépressionnaire qui va traverser l’Alsace au moins jusqu’à lundi, accompagné d’une hausse des températures ». De ce long ruban de pluie sont attendus « a minima 30 mm d’ici lundi dans la plaine centrale, soit l’équivalent d’un mois de mars entier, plus de 60 mm plus au nord, notamment en Alsace Bossue, et plutôt 100 mm sur le massif vosgien », estime Christophe Mertz. Sur les réseaux sociaux, les agriculteurs sont dans l’expectative, et pointent les divergences entre les différents modèles prédictifs.     Quoi qu’il en soit, il devrait y avoir de quoi regonfler les débits des cours d’eau. Jusqu’à faire courir un risque d’inondations ? Quand même pas, estime Christophe Mertz, car les débits se sont significativement étiolés en février. Ces précipitations devraient aussi permettre de recharger davantage la nappe, et c’est tant mieux. « Le reste de l’année se joue maintenant. Le manque de précipitations hivernales doit être rattrapé en mars et en avril. Sinon ça va être compliqué ». D’autant que le manteau neigeux est faible en montagne, alors que c’est sa fonte qui alimente le Rhin, dont le débit est d’ores et déjà un peu en deçà des normales. Des fonds pour l’adaptation Pour soutenir l’adaptation du monde agricole à un risque accru de sécheresse, le ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire a lancé le dispositif France 2030 « Équipements pour la troisième révolution agricole », doté d’une enveloppe de 400 M€ (lire en page 5). Des fonds éligibles notamment pour l’achat de matériel d’irrigation moins consommateur d’eau. « Nous avons déjà vingt demandes de financements en ce sens », rapporte Nicolas Ventre.

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