Technique

Dans les houblonnières du lycée agricole d’Obernai

L’irrigation venue du ciel

Publié le 05/05/2023

Face au changement climatique qui s’emballe, le lycée agricole d’Obernai teste différentes méthodes d’irrigation du houblon et, plus largement, des moyens d’atténuer les stress thermique et hydrique, dans les houblonnières, afin de préserver le rendement en houblon bio.

Au lycée agricole d’Obernai, l’irrigation du houblon n’est pas une nouveauté. Certaines parcelles sont d’ores et déjà irriguées, au moyen d’un goutte-à-goutte enterré à 50 cm de profondeur. Une solution qui ne donne pas entière satisfaction à Véronique Stangret et Freddy Merckling, responsables des expérimentations. En effet, il n’y a pas de différence significative de rendement entre le houblon conduit en sec et celui irrigué avec ce système. « Avec la réserve utile dont nous disposons et la capacité de prospection du houblon, je ne suis pas convaincu que ce système ait un réel intérêt, sans y adjoindre de la fertirrigation », commente Freddy Merckling. D’autres méthodes d’irrigation sont donc testées. Une houblonnière de 2 ha à Obernai, et une autre de 8 ha à Valff, ont été équipées d’un système d’irrigation au goutte-à-goutte par le haut. Pour éviter de trop asperger le feuillage, ce qui risquerait d’augmenter la pression des maladies cryptogamiques, ce qui serait rédhibitoire en bio, les gaines ont été placées entre les fils d’attache des fils de tuteurage. « Des essais ont déjà été menés avec des gaines placées à mi-hauteur mais, nous avons voulu les placer tout en haut des échafaudages car l’objectif est double : remédier à un éventuel déficit de précipitation, et rafraîchir l’air ambiant », pointe Véronique Stangret. Le système a déjà fonctionné l’année dernière, en août, et « l’effet sur la température ambiante a été très net », rapporte Véronique Stangret. Pour le chiffrer, les parcelles sont équipées de thermomètres et d’hygromètres qui enregistreront la température et l’humidité dans l’air et dans le sol, à différentes profondeurs. Les données obtenues dans cette houblonnière seront comparées à celles d’une houblonnière traditionnelle témoin et à celle de la houblonnière de rupture (lire plus loin). « Nous allons également enregistrer le suivi sanitaire du houblon », indique Véronique Stangret, qui précise que, à terme, l’objectif est de développer un modèle qui permette de piloter cette irrigation de manière optimale. D’un point de vue technique, l’eau provient d’un forage dans la nappe et, est amenée jusqu’à la houblonnière au moyen de tuyaux et d’une pompe, dont le régime varie, afin de rester à une pression de 3,5 bars. Les gaines sont équipées de goutteurs tous les 50 cm, dont l’eau s’écoule avec un débit de 2 l/h, soit une consommation de quelque 60 m3/h pour irriguer les 8 ha de Valff. Comme les autres systèmes d’irrigation, celui-ci a un coût, que Freddy Merckling estime à 9 000 €/ha, matériel et pose compris. Et qu’il s’agit de mettre en regard de l’assurance d’avoir un rendement d’au moins 1 t de cônes par hectare, nécessaire à l’équilibre économique en bio. Pour l’instant, la pompe est alimentée au fioul. Mais, après s’être fait voler le carburant trois fois, un devis pour électrifier le puits a été demandé. « L’électricité présente aussi l’avantage d’être plus facile à automatiser », pointe Freddy Merkling. Un atout non négligeable alors que les expérimentations sur l’irrigation vont s’intensifier ! Une rupture en douceur À quelques centaines de mètres de cette première houblonnière, nichée contre une haie, se trouve la houblonnière de rupture. Celle-ci a pour objectif de pousser encore plus loin les investigations, afin de trouver des solutions efficaces et pérennes, face au changement climatique. Pour ce faire, la houblonnière est divisée en plusieurs blocs. La partie dite « high-tech », a pour vocation d’identifier des solutions rapides, face au changement climatique qui s’emballe. La partie « low tech » vise à proposer des solutions à plus long terme, en reproduisant l’écosystème naturel du houblon. Dans la partie « high-tech », plantée avec la variété Elixir, une zone sera irriguée au goutte-à-goutte, au moyen de gaines placées à 6 m de haut. À côté, le houblon sera irrigué de la même manière mais sera aussi, en plus, couvert de filets paragrêles qui, outre leur fonction protectrice contre les grêlons, ont pour objectif d’ombrager et de conserver de l’humidité dans la houblonnière. Une autre zone ne sera pas irriguée mais uniquement couverte par des filets paragrêle. Enfin, un dernier bloc restera vierge de tout dispositif pour servir de témoin. Dans la partie « low tech », ces dispositifs techniques sont remplacés par des arbres, afin de reproduire l’écosystème naturel du houblon, soit celui d’une liane qui pousse sur les supports qu’elle trouve dans son environnement, donc, souvent, des arbres. « Des arbres, arbustes et arbrisseaux ont été plantés, entre une ligne de poteaux sur deux. Les arbres seront conduits, afin de ne pas dépasser 4 à 5 m de haut. Les saules, par exemple, seront tétarisés », décrit Véronique Stangret. L’objectif est de vérifier l’hypothèse que cette végétation apporte de l’ombre, dans les houblonnières, mais aussi de l’humidité, en officiant comme une pompe à eau, en allant puiser naturellement de l’eau en profondeur et en la relâchant en surface. Cette partie a été plantée avec différentes variétés pour, aussi, déterminer s’il y en a qui réagissent mieux que d’autres à la cohabitation avec un étage arboré. Sur les pourtours de la houblonnière de rupture, d’autres arbres et arbustes ont été plantés, pour compléter la haie préexistante. Là aussi, les objectifs sont de réguler la température et l’hygrométrie. Mais aussi de faire office de brise-vent, qui contribue à assécher les sols, et de produire du carbone sur site. L’entretien des haies générera des plaquettes de bois, qui retourneront au sol via le compost, afin d’augmenter sa teneur en matière organique. Car, avec les argiles, la matière organique constitue la deuxième matrice capable de retenir l’eau dans le sol. Augmenter sa teneur dans le sol constitue donc un levier majeur dans l’adaptation de l’agriculture au changement climatique. Mais il faut aller vite, car l’entreprise prend du temps. À Obernai, 3,3 km de haies ont été plantés à cette fin.

Chambre d’agriculture Alsace

Se former en irrigation pour éviter les erreurs

Publié le 04/05/2023

La Chambre d’agriculture Alsace (CAA), en partenariat avec Planète Légumes, a proposé une formation à l’irrigation, à destination des maraîchers. Organisée à Obernai, cette formation est une première. C’est une aide précieuse pour les agriculteurs qui ont des systèmes d’irrigation déjà existants ou des projets à venir.

Pendant deux jours, à Obernai, ils étaient dix-neuf maraîchers alsaciens à suivre une formation dédiée à l’irrigation. L’objectif était de comprendre les enjeux de la gestion de l’eau afin d’être efficace sur ses cultures et d’éviter les erreurs. Différents ateliers étaient proposés, dont une partie sur les cultures mises en place par Planète Légumes. L’association de producteurs a délivré des conseils agronomiques : comment piloter son irrigation, selon le besoin en eau de ses cultures ? Quels sont les besoins en eau de la plante, en fonction de son stade de croissance et de la période de l’année ? Ou encore le fonctionnement de l’eau au sol, selon les racines… Patrice Denis, technicien irrigation à la CAA, s’est quant à lui chargé de la partie technique de la formation. « On a discuté de la réglementation d’eau en Alsace, du choix de la ressource, de la pompe. J’ai donné des pistes sur le matériel à utiliser, selon le légume et la surface. Le but était de voir ce qui est nécessaire à la constitution d’un projet ». Une formation qui a porté ses fruits Pour certains participants, ce moment d’échanges a déjà des bienfaits. C’est le cas de Louis Rivoire, associé à la ferme Saint-Blaise, à Valff, depuis quatre ans. Il était important pour le maraîcher de 32 ans de participer à la formation afin de mieux gérer ses installations. « J’ai pris conscience d’une erreur dans notre couverture intégrale. Je voulais être sûr que la culture soit bien irriguée, mais au final, j’avais mis trop d’arroseurs. Ils ont une portée large, donc une zone était doublement arrosée. En plus de consommer le double d’énergie, le feuillage était mouillé à haute quantité trop longtemps, ce qui est une entrée pour les maladies », explique-t-il. Avec un enrouleur, des tunnels et un système de couverture intégrale sur sa dizaine d’hectares de plantation, la ferme Saint-Blaise est rodée en irrigation. Mais elle continue d’apprendre pour se perfectionner. « On aime bien arroser la nuit, parce qu’il y a moins de vent, donc c’est plus efficace. On s’est rendu compte qu’il n’y a pas tant d’écart de perte d’eau par rapport à un arrosage en journée », explique Louis Rivoire. Vers une formation annuelle Cette formation était également destinée aux agriculteurs dont le projet d’irrigation est en phase de gestation. Patrice Denis reçoit de plus en plus de sollicitations de jeunes maraîchers. « On voit qu’il y a une vraie demande. Ils veulent comprendre l’irrigation car c’est tout de même du boulot, c’est contraignant et coûteux. Justement, on voit ensemble comment faire pour que cela soit moins coûteux et pour que cela fonctionne le plus possible. » Patrice Denis est actuellement en pleine réflexion pour réorganiser une formation sur l’irrigation. Il aimerait en proposer une par an, et pas seulement à destination des maraîchers.

Premier bilan de l’irrigation, en 2023

Des réserves suffisantes

Publié le 04/05/2023

Les années se suivent et ne se ressemblent pas… Alors que les besoins en irrigation se faisaient déjà bien sentir, en blé, au 28 avril 2022, à la même période, en 2023, on commence timidement à irriguer, et seulement les terres superficielles.

Patrice Denis et Jonathan Dahmani, conseillers irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), sont à pied d’œuvre. La saison des Flash irrigation a commencé. Mais… tranquillement. Rien à voir avec la campagne d’irrigation de 2022, durant laquelle les agriculteurs ont irrigué le blé, du 28 avril au 9 juin, et le maïs, du 9 juin au 15 août. « Les périodes étaient courtes et denses, surtout pour le maïs, rappelle Patrice Denis. Heureusement ! Car ceux qui avaient des enrouleurs étaient épuisés… d’autant plus, s’ils avaient des pannes à gérer. » La hausse des prix de l’énergie a encore noirci le tableau. Seule consolation : l’évolution du matériel… « 2022 était une année dure, quand même », répète Patrice Denis, compatissant. Doucement en blé Au 24 avril 2023, la situation est tout autre : les conseillers préconisent d’irriguer uniquement dans les sols très superficiels, comme ceux de la Hardt, avec un apport de 30 mm. Les conditions météorologiques n’étant pas « poussantes », les blés étaient au stade deux nœuds, dans la majorité des cas ; stade certes repère pour l’irrigation, mais la mise en place de celle-ci a été contrecarrée, dans la grande majorité des cas, par la réserve utile des parcelles. « Le climat n’était pas évaporant », en prime, ajoute Patrice Denis. Au 2 mai, cette semaine, dans les cultures observées par les conseillers, les blés ont atteint le stade « dernière feuille pointante ». Pluviométrie (entre 5 et 20 mm de pluie, en cumul, sur la plaine d’Alsace, de fin avril à début mai) ou irrigation récente dans les sols superficiels ont suffi à assurer un confort hydrique. Jusqu’au 8 mai, seuls les sols superficiels sont donc concernés par l’irrigation. Et inutile de se presser, si un tour a déjà été opéré. Moins de 3 mm par jour, tel est le besoin en eau actuel du blé. Dans le cas d’un tour d’eau de 30 mm et de 10 mm de pluie, le retour n’est pas nécessaire avant treize jours, par exemple, indiquent les conseillers, dans leur Flash irrigation. Idem en colza Cette année, le colza, au système racinaire développé lui permettant de prélever plus facilement son besoin en eau, s’installe, en Alsace, dans les sols superficiels. En pleine floraison, depuis fin avril, il tient le coup, sans irrigation. Les températures fraîches permettent de patienter. D’autant plus que les précipitations, fin avril et début mai, compensent, en partie, les besoins en eau.

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