Technique

Assises rhénanes de l’eau

« Chaque goutte compte »

Publié le 03/07/2023

La troisième et dernière phase des assises rhénanes de l’eau, organisée par la CEA et ses partenaires, a eu lieu le 22 juin à l’Hôtel d’Alsace. L’occasion de faire un constat et de dégager des solutions communes. Et ceci, toujours avec l’objectif de préserver la ressource en eau du Rhin, notamment à travers l’évolution de l’agriculture.

« Nous avons passé pratiquement 40 jours sans pluie, on vit une des périodes les plus sèches de l’histoire récente. Les scénarios du Giec sont passés du papier à la réalité », lance Frédéric Bierry, président de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA). La nappe phréatique rhénane est plus qu’impactée par ces épisodes de sécheresse et de chaleur. D’autant plus que dans certains secteurs, la situation est très tendue en ce début d’été. « On a un petit village près de Fribourg qui nous a déjà demandé un camion-citerne », indique Klaus Schüle, directeur du service de la coopération transfrontalière et des affaires européennes. Ce constat de manque d’eau était le sujet principal du début cette dernière étape des assises rhénanes de l’eau. Pour l’illustrer, une partie du film « Le fleuve invisible, un trésor sous la plaine du Rhin » a été diffusé. Il a permis de montrer le fonctionnement de la nappe phréatique rhénane, mais aussi de prendre conscience que le Rhin et ses animaux sont menacés à cause du changement climatique. En juillet 2022, certaines rivières perdaient deux cm d’eau par jour. « Les assecs (lorsque la rivière est sans eau) sont meurtriers, c’est un coup de massue pour la biodiversité. Ensuite, il faut des années pour que la biodiversité se reconstitue. Or ce n’est pas le cas puisque le phénomène est récurrent. Si on perd les 50 premiers centimètres, on perd toute la vie dans l’eau », explique Serge Dumont, auteur du film. Comment produire autant avec moins d’eau ? Cette journée a rappelé importance de l’eau, car dans notre vie, nos pratiques et nos achats sont liés aux usages de l’eau. « Je n’imaginais pas que pour une baguette de pain, il fallait 150 litres d’eau et pour un litre de bière, 7 litres », illustre Frédéric Bierry. « L’agriculture représente quasiment 60 % de l’usage de l’eau », continue Pascal Vauthier, de l’Agence de l’eau Rhin-Meuse. Durant ces assises, les acteurs se sont questionnés sur comment produire en ayant moins d’eau et comment changer notre modèle agricole. Trouver des plantes et cultures plus résistantes à la sécheresse était l’un des sujets. « On le voit à travers le développement des légumineuses, par exemple en Alsace avec le développement des lentilles. Elles n’ont pas besoin d’être arrosées ou de recevoir d’engrais. On doit faire évoluer notre agriculture. On parle toujours du maïs, mais il y a des nouveaux produits qui peuvent le remplacer comme le sorgho originaire d’Afrique. Ce sont des choses qu’il faut discuter », évoque Frédéric Bierry. Le manque d’eau n’est pas l’unique problème. La qualité de la nappe d’Alsace est également touchée à cause de plusieurs pratiques, notamment agricoles. « En 2016, on a constaté une pollution assez large par les métabolites, qui sont les produits de dégradation des herbicides des grandes cultures, et en particulier du maïs et de la betterave », affirme Pascal Vauthier. Face à ce constat, une convention de partenariat a été mise en place de 2018 à 2022. Elle compte 48 signataires, comme l’Agence de l’eau, la Chambre d’agriculture, la Région, l’Aprona, les collectivités… Diverses actions pour récupérer la qualité de l’eau et pour réduire l’utilisation des herbicides et des produits phytosanitaires ont été menées. Tel que le développement des cultures bas niveau d’impact (BNI), peu consommatrices. Les participants vont continuer dans cette lancée avec la signature prochaine d’une nouvelle convention. Une agriculture connectée pour anticiper L’une des solutions pour protéger l’eau et ne pas la gâcher, c’est l’agriculture numérique. Danielle Bras, vice-présidente de la Chambre d’agriculture Alsace, a présenté le réseau stations météo (agri’météo alsace). Ces stations permettent à l’agriculteur d’avoir des données climatiques précises pour optimiser la conduite de ses cultures. Le principe est simple : l’agriculture achète une station et a accès sur son smartphone à un radar de pluie, à des prévisions et à la vitesse du vent. « On a aussi un système d’alerte lorsque les conditions sont parfaites, notamment pour les traitements phytosanitaires. Ce système a favorisé cette baisse de produits phytosanitaires sur notre nappe phréatique rhénane car on est de plus en plus précis, avec un traitement au bon moment. C’est une réelle plus-value », affirme-t-elle. Au total, l’Alsace compte 425 stations. L’autre solution, ce sont les sondes capacitives. Celles-ci mesurent l’humidité du sol, repèrent les défauts de structures et d’enracinement pour guider au mieux l’irrigation.

Publié le 30/06/2023

La malterie Soufflet de Strasbourg, au port du Rhin a ouvert ses portes pour faire découvrir ses secrets de fabrication du malt. Celle-ci s’engage dans des démarches écoresponsables, notamment en étant cofondateur de la première filière orge responsable tracée en France.

Au total, il faut neuf jours pour la Malterie Soufflet afin de transformer l’orge en malt. Il s’agit du bijou des brasseurs, car, pour fabriquer un litre de bière, il faut 200 g de malt. Mais avant d’en arriver là, il y a plusieurs étapes. La première consiste à tremper le grain de l’orge pour l’amener à une certaine humidité qui va lui permettre de germer. « Finalement, c’est comme s’il germait dans le sol », lance Jean-Philippe Jelu, directeur des sites industriels Malteries Soufflet. La deuxième étape, qui dure entre quatre à cinq jours, c’est la germination. Grâce à des plateaux perforés qui apportent de la ventilation, les grains vont pouvoir germer et développer des enzymes. « À ce moment, le grain a 40 % d’humidité. Il n’est pas conservable en l’état, on doit donc le sécher et le ramener à 4 % d’humidité en lui soufflant de l’air chaud. C’est la dernière phase du processus », continue Jean-Philippe Jelu. L’orge de la Malterie Soufflet provient principalement de la région Champagne-Ardenne et Bretagne. Concernant les modes de transports, la malterie est rattachée à la voie ferrée : « Nous réceptionnons un train de 1 300 t par semaine », détaille Laurent Morel, directeur du site. Être à proximité du port du Rhin, c’est aussi un atout environnemental de taille. En effet, une « grosse partie » du malt fini est livrée en péniche et directement amenée aux brasseurs. Vers une production plus verte Le groupe Malterie Soufflet a de nombreux projets environnementaux pour ses usines, notamment pour celle de Strasbourg. Une malterie utilise énormément d’eau, et étant donné le contexte actuel, elle devient précieuse et la moindre goutte compte. « Sur Rouen, nous avons un projet pour développer des nouveaux processus de recyclage d’eau. Si ça fonctionne, nous déploierons cette idée à Strasbourg dans les prochaines années. Cela permettra d’abattre de 15 % notre consommation d’eau sur le site », explique Jean-Philippe Jelu. La malterie se dit engagée dans toutes les étapes de productions, et développe de nouvelles technologies. « Nous avons la volonté de limiter notre impact en réduisant nos consommations d’eau et en diversifiant notre alimentation d’énergie pour décarboner au maximum », dit Jean-Philippe Jelu. Une orge dite responsable L’année dernière, Soufflet s’est associé avec le brasseur Kronenbourg pour lancer la première filière orge responsable tracée en France. 45 agriculteurs, de la région Grand-Est et Bourgogne, se sont engagés avec plus de 900 ha de production. Les 5 000 t d’orges produites en 2022 sont désormais dans la bière 1664 de cette année, qui comporte 20 % de cette orge responsable. « En 2023, nous montons encore en puissance. Nous avons désormais 120 agriculteurs engagés et 2 700 ha de surfaces de culture d’orge responsable. Notre objectif, d’ici trois ans, est que la totalité de l’orge utilisée pour la bière 1664 provienne de la filière », lance Philippe Vincent, directeur des filières Soufflet Agriculture. Une empreinte carbone réduite de 20 % La filière a une certification environnementale niveau 2, et favorise les bonnes pratiques agricoles. La première récolte affiche des résultats très encourageants, notamment sur la réduction d’émission. « L’empreinte carbone des orges qui ont été produites chez les 45 agriculteurs représente 330 kilos par tonnes, pour une référence nationale où l’on est plutôt à 410 », souligne Philippe Vincent. La filière permet également de renforcer la biodiversité en développant les cultures. « Par rapport à 2022, plus de la moitié de nos agriculteurs avait entre six et huit cultures sur leur exploitation. Sur les 45 inscrits dans la filière, on comptait 16 km de haie, 170 ruches pour développer les abeilles, mais aussi des nichoirs pour favoriser la nidation naturelle », conclut Philippe Vincent.  

Expobiogaz à Strasbourg

Biogaz toute !

Publié le 28/06/2023

Même si l’électron a le vent en poupe, le gaz vert est clairement identifié comme une solution à la neutralité carbone. De nombreuses solutions émergentes pour mettre les gaz verts au cœur des territoires étaient exposées au salon Expobiogaz 2023 à Strasbourg. Et il n’est pas seulement question de biométhane…

Grand rassemblement annuel des acteurs des gaz verts, le salon itinérant Expobiogaz a fait étape les 7 et 8 juin à Strasbourg. L’occasion de réunir les acteurs et décideurs de cette filière où des annonces gouvernementales ont été faites pour assurer un nouveau déploiement de méthaniseurs (voir article connexe). Aujourd’hui, les gaz verts se déclinent au pluriel et il n’est plus seulement question que de biométhane (CH4), mais aussi d’hydrogène vert (H2) et de gaz carbonique vert (CO2). Car paradoxalement, si le CO2 qui a pour origine les combustions de ressources carbonées fossiles encombre l’atmosphère, le C02 d’origine végétale, biogénique dit-on, à des fins d’usages industriels et alimentaires, manque. Produire et vendre son bioCO2 Une station de méthanisation produit grosso modo moitié-moitié de CH4 et de CO2. Tandis que le biométhane (CH4) est injecté sur le réseau de gaz, le bioCO2 est rejeté, or il représente un véritable potentiel industriel. Exemple : la neige carbonique. La valorisation du CO2 de méthanisation est donc l’une des grandes tendances de cette édition d’Expobiogaz, avec l’exemple du jeune agriculteur méthaniseur aubois Baptiste Dubois qui commercialise son bioCO2. Lequel a réussi à lever de façon impressionnante les obstacles industriels et administratifs (analyses et traçabilité) pour produire et vendre un bioCO2 alimentaire et industriel. Parmi les exposants, le Drômois Prodeval propose par exemple une station de liquéfaction du bioCO2. Il vend aussi une station-service de bioGNV. Distribuer et acheminer le bioGNV Le carburant bioGNV est d’ailleurs une autre tendance de fond à Expobiogaz, avec la présence remarquée d’agriculteurs pionniers tels que le Vosgien Philippe Collin. Plusieurs exemples de stations-service de bioGNV étaient exposés comme la station EvoBlocs chez le chaudronnier Blocalps (voir la vidéo d’Hugo sur notre chaîne youtube "Agriculture Innovante"). Le problème du BioGNV est de pouvoir être acheminé sur des spots de consommation, tels que des chantiers de travaux publics, où au cœur de parcs de flottes captives. Comme de simples bouteilles de gaz domestique pour la cuisine, des racks de bioGNV vont désormais être transportés et distribués, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour les unités de méthanisation qui ne peuvent pas injecter sur le réseau mais qui pourront aussi produire du bioGNV : c’est ce que réalise Philippe Collin. La Région Grand Est montre l’exemple, a indiqué la conseillère régionale Pascale Gaillot, en pointe sur le sujet : les 86 bus de la régie des transports ardennais rouleront au bioGNV. Et un test de transport de bioGNV sera réalisé à la ferme 112, ex-base aérienne 112 près de Reims, reconvertie en exploitation agricole où sera construit un méthaniseur de 250 Nm3. Capter et valoriser les émanations passives de biogaz Au chapitre des innovations et récompenses, on ne pouvait pas rater le T6 Méthane Power de New Holland qui est désormais fabriqué de série. Une réflexion forte est portée sur les fuites ou émanations passives de biogaz des fosses de stockage et des installations. Des fabricants proposent des détecteurs comme chez Wessling. Mais il est aussi question de capter ce biogaz qui s’échappe des fosses de stockage de lisier ou de digestat. Exemple : Kortos propose de façon très économique de récupérer le biogaz du lisier stocké en citerne souple à effluents en PVC. Une tonne de lisier produit en 4 à 8 semaines 40 m3 de biogaz soit 25 litres de fioul. De même, la start-up Nenufar propose une couverture flottante sur les fosses à lisier et/ou à digestat qui collecte ces gaz et les valorise. Mais le coup de coeur du salon cette année, c’est Dipnoi biogaz et Nicolas Hourizadeh, l’ingénieur d’études de la start-up CH4Process. Cette fois-ci, les émanations de biogaz de la fosse à digestat sont collectées dans un gazomètre (réservoir souple), et ce biogaz pauvre en méthane (35 %) est valorisé en électricité et chaleur. Le premier prototype sera installé chez Méthachrist à Woellenheim en Alsace.

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