Technique

Expobiogaz à Strasbourg

Biogaz toute !

Publié le 16/06/2023

Même si l’électron a le vent en poupe, le gaz vert est clairement identifié comme une solution à la neutralité carbone. De nombreuses solutions émergentes pour mettre les gaz verts au cœur des territoires étaient exposées au salon Expobiogaz 2023 à Strasbourg. Et il n’est pas seulement question de biométhane…

  Suivez notre vidéo Grand rassemblement annuel des acteurs des gaz verts, le salon itinérant Expobiogaz a fait étape les 7 et 8 juin à Strasbourg. L’occasion de réunir les acteurs et décideurs de cette filière où des annonces gouvernementales ont été faites pour assurer un nouveau déploiement de méthaniseurs (voir article connexe). Aujourd’hui, les gaz verts se déclinent au pluriel et il n’est plus seulement question que de biométhane (CH4), mais aussi d’hydrogène vert (H2) et de gaz carbonique vert (CO2). Car paradoxalement, si le CO2 qui a pour origine les combustions de ressources carbonées fossiles encombre l’atmosphère, le C02 d’origine végétale, biogénique dit-on, à des fins d’usages industriels et alimentaires, manque. Produire et vendre son bioCO2 Une station de méthanisation produit grosso modo moitié-moitié de CH4 et de CO2. Tandis que le biométhane (CH4) est injecté sur le réseau de gaz, le bioCO2 est rejeté, or il représente un véritable potentiel industriel. Exemple : la neige carbonique. La valorisation du CO2 de méthanisation est donc l’une des grandes tendances de cette édition d’Expobiogaz, avec l’exemple du jeune agriculteur méthaniseur aubois Baptiste Dubois qui commercialise son bioCO2. Lequel a réussi à lever de façon impressionnante les obstacles industriels et administratifs (analyses et traçabilité) pour produire et vendre un bioCO2 alimentaire et industriel. Parmi les exposants, le Drômois Prodeval propose par exemple une station de liquéfaction du bioCO2. Il vend aussi une station-service de bioGNV. Distribuer et acheminer le bioGNV Le carburant bioGNV est d’ailleurs une autre tendance de fond à Expobiogaz, avec la présence remarquée d’agriculteurs pionniers tels que le Vosgien Philippe Collin. Plusieurs exemples de stations-service de bioGNV étaient exposés comme la station EvoBlocs chez le chaudronnier Blocalps (voir la vidéo d’Hugo sur notre chaîne youtube "Agriculture Innovante"). Le problème du BioGNV est de pouvoir être acheminé sur des spots de consommation, tels que des chantiers de travaux publics, où au cœur de parcs de flottes captives. Comme de simples bouteilles de gaz domestique pour la cuisine, des racks de bioGNV vont désormais être transportés et distribués, ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour les unités de méthanisation qui ne peuvent pas injecter sur le réseau mais qui pourront aussi produire du bioGNV : c’est ce que réalise Philippe Collin. La Région Grand Est montre l’exemple, a indiqué la conseillère régionale Pascale Gaillot, en pointe sur le sujet : les 86 bus de la régie des transports ardennais rouleront au bioGNV. Et un test de transport de bioGNV sera réalisé à la ferme 112, ex-base aérienne 112 près de Reims, reconvertie en exploitation agricole où sera construit un méthaniseur de 250 Nm3. Capter et valoriser les émanations passives de biogaz Au chapitre des innovations et récompenses, on ne pouvait pas rater le T6 Méthane Power de New Holland qui est désormais fabriqué de série. Une réflexion forte est portée sur les fuites ou émanations passives de biogaz des fosses de stockage et des installations. Des fabricants proposent des détecteurs comme chez Wessling. Mais il est aussi question de capter ce biogaz qui s’échappe des fosses de stockage de lisier ou de digestat. Exemple : Kortos propose de façon très économique de récupérer le biogaz du lisier stocké en citerne souple à effluents en PVC. Une tonne de lisier produit en 4 à 8 semaines 40 m3 de biogaz soit 25 litres de fioul. De même, la start-up Nenufar propose une couverture flottante sur les fosses à lisier et/ou à digestat qui collecte ces gaz et les valorise. Mais le coup de coeur du salon cette année, c’est Dipnoi biogaz et Nicolas Hourizadeh, l’ingénieur d’études de la start-up CH4Process. Cette fois-ci, les émanations de biogaz de la fosse à digestat sont collectées dans un gazomètre (réservoir souple), et ce biogaz pauvre en méthane (35 %) est valorisé en électricité et chaleur. Le premier prototype sera installé chez Méthachrist à Woellenheim en Alsace.

Ferme des Grivées (Haute-Marne)

Récupérer les émanations passives de biométhane

Publié le 16/06/2023

Le système Nénufar permet de collecter les émanations de biométhane « passives », issues des fosses et digestats ou de lisier. Elles sont valorisées en chaleur, en électricité avec un micro-cogénérateur, ou en BioGNV comme chez Philippe Collin à Breuvannes, dans la Haute-Marne.

Philippe Collin est un agriculteur pionnier de la méthanisation, « de deuxième génération », précise-t-il. Son unité de méthanisation de 250 kW électrique, date de 2010. En 2018, il figure parmi les premiers à lancer, sur sa ferme des Grivées, une station de biométhane pour véhicule avec Prodéval, distributeur de biogaz. S’y approvisionnent les bus scolaires, les camions de collectes de lait, et les particuliers de passage qui n’hésitent pas à sortir de l’A31 toute proche pour se ravitailler, grâce aux applications de carte interactive « CarburOgaz » ou « Pitpoint ». Prix de vente : 1,20 €/l. Un litre de bioGNV équivaut à 1,2 l en gasoil. Un projet familial Pour parfaire son autonomisation énergétique, Philippe Collin lance une huilerie sur son exploitation de 300 ha, dont 180 en cultures et 120 en herbe pour une centaine de broutards. Sa sole se compose d’une quinzaine cultures différentes en bio. « Mes enfants reviennent sur l’exploitation, on va développer les circuits courts vers les grandes villes. La ferme devient une Scop de transformation avec la viande, le maraîchage sous serre chauffée au biogaz, et bientôt l’huile, l’arboriculture, la meunerie, voire les cochons sur paille, détaille l’exploitant. C’est un projet familial ! Il y a une réflexion profonde autour de la ferme. » Et la méthanisation est l’un des fondements de cette réflexion. « Cependant nous ne sommes pas autonomes en sourcing de matière organique pour approvisionner le méthaniseur. Notre prix a été multiplié par trois avec une pression sur les déchets organiques, où d’ailleurs la réglementation n’est pas toujours bien suivie… », regrette Philippe Collin. Économiser les intrants organiques C’est dans ce contexte général qu’il a décidé d’investir dans un dispositif Nénufar, l’entreprise est spécialisée dans la méthanisation en autonomie sur les exploitations d’élevage. « J’ai réfléchi ainsi : si j’investissais dans la station de BioGNV, alors je devais également investir dans des intrants organiques supplémentaires pour produire le bioGNV. Sinon je récupérais les émanations résiduelles de gaz. Et donc, ça me permet d’économiser des intrants organiques. » Mis en service en novembre 2019, le dispositif Nénufar a coûté 55 000 €. « Ça permet de récupérer 120 kg de bioGNV par jour. À 1 euro, ça donne 43 800 € de chiffre d’affaires brut par an. » La bâche flottante couvre la cuve de stockage des digestats. « On hygiénise tout en sortie de digesteur, donc le stockage est chauffé. » Ce qui permet de récupérer 290 m3 de biogaz par jour, « c’est l’équivalent du biogaz nécessaire pour faire tourner un moteur de 22 kWh », ajoute Maxime Joubin de Nénufar. « C’est le plein du camion de collecte de lait tous les jours », ajoute Philippe Collin. Il y aurait en réalité plein de petits postes sur les exploitations, potentiellement émetteurs de biométhane : là où il y a des entassements de matière organique anaérobies comme le fumier sous stabulation, ou les fosses sous élevage hors-sol. Le dispositif Nénufar vient capter et donc valoriser ces micro-émissions de biométhane.

Récolte du maïs semences

Ne pas en perdre un grain

Publié le 16/06/2023

Tracer le maïs semences du champ au client final est un impératif pour le Comptoir agricole. Au fil des années, la traçabilité a été progressivement automatisée et informatisée. Grâce à la jointure entre la traçabilité durant la récolte et durant la transformation à l’usine, elle est désormais complète, du champ au client final.

Alors que les maïs semences poursuivent leur cycle, le Comptoir agricole prépare déjà la campagne de récolte 2023. Ce sera celle de l’utilisation de l’outil de traçabilité GeoCrops qui a été testé en 2021 en parallèle du système papier, et en 2022 seul, avec « très peu de soucis, et une bonne fluidité », rapporte Arnaud Waldy, technicien de production de semences au Comptoir agricole. « Ce logiciel, développé par la société QuestInnov, spécialisée dans l’élaboration d’outils destinés aux industries semencières, permet de se passer des fiches papier qui accompagnaient la cinquantaine de bennes dédiées à la récolte du maïs semences, du champ jusqu’à l’usine, et qui pouvaient se perdre ou s’abîmer en cours de route. » Désormais, les bennes sont suivies uniquement grâce à un système de code-barres qui permet de les identifier. En outre, les deux corn-pickers qui effectuent la récolte sont suivis grâce à des balises GPS. « Dans 95 % des cas, les deux corn-pickers travaillent en même temps sur la même parcelle. Grâce à leur géolocalisation, il est possible de savoir, à distance, où ils sont, la vitesse à laquelle ils avancent, s’ils sont en mode travail ou à l’arrêt », détaille Arnaud Waldy. Au-delà d’avoir un suivi du chantier de récolte en temps réel, cela permet aux équipes du Comptoir agricole de prévoir de manière plus précise le nombre de bennes nécessaires au transport de la récolte d’une parcelle. « Une fois qu’une benne est remplie, ce qui correspond à environ 10 t de maïs semences, on connaît la surface qui correspond à une benne. Et on sait donc combien il faut de bennes pour réceptionner la récolte de la parcelle entière. » Une information importante qui permet d’optimiser le chantier de récolte : « Avant, on estimait la quantité de bennes au jugé. Il arrivait donc qu’il reste des bennes vides, qu’il fallait transporter à nouveau jusqu’à la parcelle suivante, ce qui faisait perdre du temps et demandait plus de manutention », rappelle Arnaud Waldy. Désormais, la récolte est optimisée. « Par sécurité, il y a souvent une ou deux bennes de trop quand même, mais ça n’est pas gênant car il y a de toute manière une remorque porte caisson qui va de parcelle en parcelle », précise le technicien. Des sécurités entre grains des champs et grains d’usine Ce système permet aussi de faire correspondre chaque benne à un numéro de contrat, qui correspond lui-même à un agriculteur et une variété. Ainsi identifiée au champ, la remorque est prise en charge par un transport partenaire qui la dépose sur le site de Marlenheim, où elle suit la procédure d’entrée. C’est-à-dire qu’elle est pesée et scannée avant d’être placée en ventilation. Une étape qui permet de dessiquer les épis, soit avec de l’air froid, soit avec de l’air chaud, pour les variétés plus difficiles à effeuiller, ou pour les épis récoltés plus humides. À ce stade, la traçabilité passe du logiciel GeoCrops à l’outil GUS (Gestion usine de semences) : « Les deux outils communiquent de manière automatique depuis deux ans », précise Arnaud Waldy. En outre, la communication entre les deux systèmes inclut des mesures de sécurité : « Quand une benne pleine passe de GeoCrops à GUS, elle disparaît de GeoCrops. Et quand une benne est vidée dans GUS, elle réintègre GeoCrops. On sait donc qu’elle est disponible et peut servir à aller collecter une nouvelle variété, chez un autre agriculteur, donc sous un autre numéro de contrat ». Une fois la benne vidée dans la chaîne d’effeuillage, elle est déclarée vide et peut réintégrer le processus de récolte. Son contenu, lui, poursuit le processus de transformation : tri, séchage en cellules (là aussi le code-barres permet de savoir ce que contiennent les différentes cellules de séchage), égrainage, stockage, calibrage, ensachage, expédition… À noter que, comme les bennes, les cartons qui servent au stockage des grains sont identifiés, tracés, et qu’une fois vidés de leur contenu, ils retournent dans le circuit pour accueillir le fruit d’un nouveau contrat. Rien ne se perd donc : ni les grains, ni les bennes, ni les cartons.

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