Tour des cultures
Sous le soleil, exactement
Tour des cultures
Publié le 03/06/2023
En ce début juin, les grandes cultures profitent (enfin) d’un bon ensoleillement durable et de températures de saison : de quoi booster leur développement, qui s’est bien déroulé dans l’ensemble, jusqu’ici. Les alternances de pluie et de sec, de fraîcheur et de chaleur d’avril et mai, ont conduit blé, maïs semence, colza, soja, betteraves, maïs, à un développement certes plus tardif, mais acceptable. Peu de ravageurs, non plus de maladies à signaler ou alors ont-ils été gérés. Idem pour les choux à choucroute, culture spéciale emblématique.
Tout le maïs semence a été semé aujourd’hui en Alsace. « Le début de la campagne a été frais et humide. On a donc commencé à semer plus tard que l’an passé : vers le 27 avril au sud de Colmar, pour les premiers. Après, on a jonglé en fonction des pluies. 40 % du maïs semence alsacien était semé avant le 10 mai 2023, cette campagne. Mais on a terminé environ quinze jours plus tard que l’an passé, puisqu’en 2022, les semis étaient finis le 15 mai », résume Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole, fin mai. Puisqu’il faut semer le maïs mâle quand le maïs femelle est au stade deux feuilles, le semis est toujours un peu stressant. Et cette année, il a fallu anticiper les pluies ! Mais, « dans l’ensemble, les agriculteurs ont bien géré », sait Alain Weissenberger. Le responsable n’a constaté aucun dégât de corbeaux cette campagne, mais quelques-uns de sangliers. Tous restent vigilants et saluent la gestion des sangliers, qui permet de limiter la casse. Les orages ont épargné les semis, côté ciel. « On est parti sur des situations plutôt favorables », se satisfait Alain Weissenberger. « Les blés sont en bon état » Les blés et orges ont été exposés à un risque de maladies (septoriose du blé et helminthosporiose de l’orge) non négligeable, à cause du printemps humide, mais les traitements foliaires réalisés fin avril - début mai au stade dernière feuille étalée, ont permis de le contrôler. Semées après le maïs en octobre, dans de bonnes conditions, ces céréales à paille ont bien valorisé l’azote, ont été bien alimentées, ce printemps. « Les blés sont en bon état », relève François Lannuzel, conseiller en grandes cultures, à la Chambre d'agriculture Alsace (CAA). Un risque de fusariose sur les épis de blé était présent jusqu’à fin mai, mais depuis, les précipitations sont moindres, sauf orages, et le vent asséchant du nord écarte ce danger. Les blés les plus tardifs ont d’ailleurs été très peu impactés par les maladies, quelles qu’elles soient. Des attaques de rouille jaune et brune ont été observées ici et là, de manière très ponctuelle, notamment dans le nord, mais elles ont été jugulées. Mi-mai, des pucerons sur feuilles ont été vus mais peu sont passés sur épis, et finalement, peu de parcelles ont été traitées. Au moment des semis aussi, les transmetteurs de la jaunisse nanisante de l’orge étaient présents, puisque l’automne dernier était chaud, mais les traitements ont fait leur œuvre. Aujourd’hui, on constate une belle densité d’épi, qui augure des rendements intéressants. De début mai et jusqu’au 10 juin, l’irrigation est de rigueur dans les secteurs à faible réserve utile d’eau, notamment dans la plaine de la Hardt : entre deux et quatre tours d’eau sont effectués. Colzas costauds Le colza, comme les blés et orges, a été semé relativement tôt : seconde quinzaine d’août et jusqu’à début septembre, dans le nord de l’Alsace. Les pluies de fin août ont permis une levée rapide des colzas, qui se sont bien implantés. « Bons pivots, bel enracinement, accumulation d’azote en automne et à l’hiver, belle production de biomasse : les colzas ont bien passé l’hiver, malgré deux épisodes à - 10 °C en décembre et en janvier, et ils arrivent vigoureux au printemps », expose François Lannuzel. L’information a son importance, puisque cette vigueur leur a permis de bien résister au charançon du bourgeon terminal, à l’automne - hiver, puis aux larves d’altises de l’automne au printemps, et enfin, au charançon de la tige en fin d’hiver et début de printemps. « Les ravageurs étaient bien présents mais les colzas étaient et sont costauds », résume le conseiller de la CAA. Des traitements insecticides ont tout de même été réalisés, mi-février et en mars contre le charançon de la tige. Malgré le froid de ce début de printemps, les colzas ont bien fleuri et longtemps. Aujourd’hui, les siliques sont formées. Le colza va finir son cycle assez rapidement. Les méligèthes cette année, ne sont pas un problème. Ces bioagresseurs se voient facilement, et on est sous les seuils de nuisibilité. Par contre, des traitements à floraison du colza ont été nécessaires pour contrer le risque sclérotinia, là où le colza revient souvent dans les rotations. Levées de maïs et soja réussies Les maïs ont été semés entre mi-avril (dans les secteurs les plus précoces comme la plaine de la Hardt) et fin avril, entre les pluies, sauf à l’extrême sud et au nord de l’Alsace, où les semis ont été décalés à mi-mai, comme dans le Sundgau. S’ils ont mis du temps à lever, en règle générale les levées ont été bonnes. Rares attaques de taupin. Aujourd’hui, le maïs est au stade 6 à 7 feuilles, sauf là où il a été planté tardivement, et il pousse bien. Avec les précipitations, les désherbages racinaires (juste après les semis) ont bien fonctionné. Les parcelles sont propres. Aujourd’hui, quelques rattrapages ont lieu en foliaire. Cette année, le désherbage mécanique a été rendu difficile à cause de la pluie. Mais « aujourd’hui, on peut biner dans de bonnes conditions, avec une efficacité intéressante », observe François Lannuzel. Dans la plaine, la récolte se fera certainement à date classique ; aux extrémités de la région, le cycle est décalé et on récoltera sûrement plus humide, prévoit le conseiller. Le soja a été semé, en décalé, début mai. Mais les sols étant chauds, il est parti vite. Aujourd’hui, au stade 2 à 4 feuilles, ou tout juste levé, il est à surveiller. Les désherbages racinaires sont assez efficaces ; les rattrapages ont lieu, actuellement. Les « filles » de l’Est se portent bien Même constat chez les betteraviers que pour les producteurs de maïs semence. Laurent Rudloff, responsable betteravier de l’usine d’Erstein, souligne : « Les semis se sont étalés du 21 mars à début mai 2023 dans les secteurs les plus arrosés. La levée a été correcte. Le désherbage a été maîtrisé grâce à la bonne efficacité des désherbants racinaires. Pour pallier la suppression des traitements de semences (néonicotinoïdes), une protection contre les pucerons a été passée la seconde quinzaine d’avril ou début mai 2023, selon l’avancement de la culture. » Les années se suivent et ne se ressemblent pas. 2022 était très sec, relève le responsable betteravier de la sucrerie, mettant en avant l’adaptation permanente des agriculteurs à leur milieu et à la réglementation. « Tout est sous contrôle », en chou à choucroute « La totalité des surfaces a été plantée et ça se porte bien. C’est un temps à choux, dit d’emblée Robin Sesmat, de Planète Légumes, spécialiste de la culture. On a eu de l’eau jusqu’au 24 mai. Les conditions sont bonnes. » Comme tout n’est jamais tout rose, le conseiller relève des retards de plantation et de désherbage fin avril et début mai, à cause du froid et de la pluie. Mais, « globalement, ça s’est atténué et tout est correct actuellement », ajoute Robin Sesmat. Quelques attaques d’altises ont été observées mais les parcelles protégées tiennent le choc, car les conditions sont propices à l’efficacité des produits. Et, s’il y a des vols de lépidoptères, il n’y a aucune chenille et aucun dégât. Il n’y a pas eu de mildiou précoce. Même si certains ont protégé au cuivre en préventif, aucune maladie n’est à signaler. « Tout est sous contrôle. Avec le soleil, maintenant, ça se développe davantage », se réjouit le conseiller de Planète Légumes.












