Grandes cultures

Publié le 13/03/2018

75 000 irrigants, 1,5 million d’hectares irrigués : c’est le poids d’Irrigants de France, indique Aurore Courillon, chargée de mission. Cette instance nationale regroupe 43 groupements d’irrigants et sections irrigation des FDSEA, ainsi que des associations spécialisées (grandes cultures, pommes de terre, légumes de conserve, producteurs de semences). « Christian Schneider représente le bassin Rhin Meuse au sein du bureau », indique la responsable.

Les besoins en eau de l’agriculture française sont estimés à 3 milliards de m3, soit 1,7 % de la ressource en eau. Le coût de l’énergie est un dossier central pour Irrigants de France qui se bat sur tous les tableaux : le prix de l’électricité, les frais d’acheminement (TURPE) et les taxes. Le prix de l’électricité va continuer à augmenter, en raison des investissements prévus par le gestionnaire du réseau et les fournisseurs d’électricité. Mais il faut relativiser : la France a le prix du kWh le moins cher d’Europe. Au volume consommé (plus abonnement) s’ajoute le TURPE, tarif de l’acheminement de l’électricité qui représente 25 à 35 % de la facture globale. Il est identique sur l’ensemble du territoire et indépendant de la distance parcourue. Il est fonction de la puissance souscrite, de l’énergie consommée et de l’horo-saisonnalité. Ce tarif est fixé par la CRE. « Le TURPE a augmenté de 15 % entre 2003 et 2013. » Depuis le 1er août 2017, une nouvelle version du TURPE est entrée en vigueur, avec une légère hausse des tarifs, mais des dispositions avantageuses pour les irrigants : l’écart se creuse entre le tarif hiver et le tarif été et la plage tarifaire d’été débute désormais en mars. « La CSPE a augmenté de 550 % depuis 2002 » Ce qui alourdit considérablement la facture, ce sont les taxes : CTA (contribution tarifaire d’acheminement), TCFE (taxe sur la consommation finale d’électricité) et CSPE (contribution au service public de l’électricité). Cette dernière finance notamment l’investissement dans les énergies renouvelables et le dispositif social des tarifs de première nécessité. La CSPE a augmenté de 550 % depuis 2002. L’agriculture ne bénéficie pas d’exonérations, contrairement à la métallurgie, par exemple, ni de tarifs réduits. Irrigants de France se mobilise pour faire rentrer l’agriculture dans les « électro-intensifs », indique Aurore Courillon. « Nous avons lancé une enquête pour évaluer le poids de l’énergie en irrigation et mieux cerner la part des différentes parties de la facture. » Cette étude est encore en cours, mais Aurore Courillon cite l’exemple d’une exploitation haut-rhinoise en régie municipale qui irrigue 39 ha et a vu le coût de l’irrigation passer de 43 €/ha en 2012 à 115 €/ha en 2016 (la variabilité est également due au volume global irrigué cette année là). Une nouvelle ligne va apparaître sur la facture, le mécanisme de capacité. Les fournisseurs doivent désormais justifier qu’ils sont en mesure de fournir l’électricité nécessaire même en cas de pic de consommation (vague de froid, par exemple). Les irrigants sont moins concernés par cette augmentation, car leur consommation est faible sur les périodes de pointe. Coût de l’irrigation : un réel enjeu Le coût de l’irrigation est un réel enjeu. Technique, d’abord : une meilleure efficience passe par une optimisation des apports d’eau et une adaptation du matériel (pompes, dimensionnement du réseau). Tarifaire, ensuite, avec des négociations sur la partie fourniture d’électricité et le prix de l’abonnement. Fiscal, enfin : il faut identifier les leviers pour faire baisser les taxes. Une des pistes de progrès est de développer les appels d’offres en créant des groupements d’achat. Cela existe dans les Pyrénées Atlantiques, où 1 200 irrigants se sont regroupés et ont obtenu une facturation plus annexée sur la consommation, ainsi que dans les départements de la Nièvre, du Puy-du-Dôme et de la Saône-et-Loire, où 160 irrigants se sont fait accompagner par un consultant en énergie pour adapter la puissance de leur installation et optimiser le TURPE. « Dans le Bas-Rhin, nous nous posons la question de constituer un groupement d’achat pour négocier un tarif groupé, notamment pour les cultures fortement consommatrices, comme le tabac, le houblon », indique Gérard Lorber. François Schotter, animateur de la section irrigation, a fait une étude sur l’évolution du coût de l’électricité pour les clients d’Électricité de Strasbourg : le prix du MWh est passé de 37 € en 2004 à 92 € en 2017, dont 27 € de CSPE. « Les taxes représentent une part de plus en plus importante de la facture », explique-t-il. De 2015 à 2017, le coût de la part fixe a largement diminué. « ÉS a consenti un tarif très particulier aux irrigants. » L’animateur a contacté plusieurs fournisseurs d’électricité pour négocier des tarifs plus avantageux, dans l’optique de constituer un groupement d’achat. Sur les cinq fournisseurs contactés, trois ont répondu. « Les tarifs varient en fonction du cours du jour sur le marché de l’énergie, de la durée de validité de l’offre et de la durée du contrat. » La période de signature d’un éventuel contrat devra être judicieusement étudiée. En fonction des cours de l’électricité.

Publié le 13/03/2018

Les irrigants bas-rhinois se sont réunis lundi 26 février à la Maison de l’agriculture de Schiltigheim. « C’est la première fois que le groupe irrigation se réunit », soulignent Gérard Lorber, secrétaire général de la FDSEA 67, et Julien Koegler, secrétaire général de JA 67. C’est qu’il y avait du grain à moudre…

Petit rappel réglementaire sur la fermeture des puits, pour commencer. La réglementation n’a pas évolué dans ce domaine, mais certaines lacunes ont été constatées par l’administration sur le terrain. Denis Kieffer, de la direction départementale des Territoires (DDT) du Bas-Rhin a contrôlé plus de 200 puits l’an dernier. 90 % d’entre eux sont conformes, même si çà et là, certaines améliorations sont à apporter. Les 10 % restants posent problème : fermeture du puits par des palettes ou des pneus, boulons manquants sur le capot, dysfonctionnement de la crépine. Denis Kieffer insiste sur l’importance de l’étanchéité des puits. Il ne s’agit pas d’une question d’esthétique, mais d’éviter que des eaux de surface ne s’infiltrent par le tuyau de forage, indique-t-il. Car un puits constitue un accès direct à la nappe phréatique et tout produit phytosanitaire qui tomberait dans le puits ne serait pas dégradé par le soleil, ni filtré par le sol, ni retenu dans les couches imperméables du sous-sol. La vigilance est d’autant plus grande dans les zones inondables, car une eau souillée pourrait contaminer la nappe phréatique. Les normes de fermeture de puits, déterminées par la loi sur l’eau, sont simples : présence d’une aire bétonnée autour du puits d’une largeur de 1 m et d’une hauteur de 30 cm, la tête de colonne devant avoir une hauteur minimum de 50 cm par rapport au niveau naturel du sol. Un dispositif de fermeture de la colonne doit être mis en place pour éviter les échanges entre les eaux de surface et la nappe phréatique, et l’installation d’une crépine avec clapet anti-retour fonctionnel est obligatoire. « Si nous constatons des dysfonctionnements, nous ne pouvons pas accorder la conformité », affirme Denis Kieffer. Mettre à jour la liste des puits Le forage d’un puits est soumis à déclaration préalable. Le propriétaire du puits doit en faire la déclaration auprès de la DDT (guichet unique de police de l’eau) au plus tard deux mois avant le début des travaux. Si la profondeur du puits dépasse 100 m, le forage est soumis à autorisation. Attention cependant aux forages en profondeur : « Il y a un risque de gonflement d’argile. Pour éviter tout risque, il faut faire appel à une entreprise compétente et se référer à la cartographie des risques établie pour la géothermie peu profonde. En présence d’argile, il est préférable de chercher une solution alternative », souligne Denis Kieffer. Gérard Lorber souhaiterait mettre à jour la liste des puits à usage agricole. C’est à l’agriculteur auquel appartient la parcelle de déclarer le puits. En cas de transfert d’exploitation, c’est au nouveau propriétaire de déclarer les puits situés sur sa propriété. « Au niveau de la Pac cela fait 10 ans qu'il n'y a plus eu de déclaration. Une mise à jour s'impose. Il faudrait également trouver une méthodologie pour les puits en multipropriété », estime Gérard Lorber.  Enedis, l’interlocuteur pour tout raccordement Philippe Geoffrey, d'Enedis rappelle les règles à respecter lors des irrigations à proximité des lignes électriques pour la sécurité des utilisateurs. Il insiste également sur les difficultés rencontrées pendant les phases d'irrigation pour maintenir la qualité de la fourniture à ses clients. Comment le système électrique français est-il structuré depuis l’ouverture à la concurrence ? Lors de la scission des activités de distribution d’électricité et des activités de production, de transport et de commercialisation de l’électricité, en 2008, EDF a créé deux entités : RTE, gestionnaire du réseau de transport d’électricité en haute tension supérieure à 50 kV, et ERDF (pour Électricité Réseau Distribution France), chargée de la gestion et de l’aménagement de 95 % du réseau de distribution d’électricité en France. Cette dernière a pris le nom d’Enedis en janvier 2016. Présente dans tous les départements de France métropolitaine, elle exploite le réseau le plus important en Europe avec 1,3 million de km de lignes haute tension et basse tension, et plus de 760 000 transformateurs. Enedis doit garantir un accès à l’électricité à tous les usagers, sans discrimination. C’est donc à elle qu’il faut s’adresser pour faire la demande de raccordement de son installation au réseau électrique. L’entreprise traite toutes ces demandes de la même manière, quel que soit le fournisseur d’électricité choisi. Cette non-discrimination est contrôlée par la CRE (Commission de régulation de l’énergie). Enedis est aussi chargée du raccordement des installations de production au réseau électrique (photovoltaïque, éolien, biogaz). Enedis est structurée en 25 directions régionales. Celle d’Alsace Franche-Comté a son siège à Besançon, explique Philippe Geoffroy chargé de mission auprès des collectivités locales. Son collègue, Emmanuel Gabriel, du service prévention santé sécurité de la direction régionale, évoque la prévention des risques aux abords des lignes électriques. Nous y reviendrons dans notre dossier spécial « irrigation ». Un portail pour faire sa demande Thierry Chagué, de l’Agence raccordement du marché d’affaires (ARMA) d’Enedis, explique la marche à suivre pour une demande de raccordement. L’agence de Besançon dispose d’une équipe dédiée pour le secteur nord. L’an dernier, l’ARMA a fourni 1 460 réponses suite à une consultation d’autorisation d’urbanisme, concrétisé 1 345 projets collectifs, 433 projets C2-C4, 385 projets C5 avec extension et 88 projets de raccordement en injection sur le réseau. Les différentes étapes d’un raccordement sont : la demande de raccordement, la proposition de raccordement (devis), les travaux de raccordement et le branchement. Entre ces différentes étapes, il peut s’écouler plusieurs semaines, voire plusieurs mois s’il faut procéder à une extension du réseau basse tension et créer un poste électrique. Sur internet, un portail rassemble les formulaires pour tous les types de demandes. Comment est calculé le barème de facturation ? Pour un projet de raccordement individuel ou collectif en basse tension, la partie branchement est à la charge du demandeur, la partie allongement du réseau est à la charge de la collectivité et les travaux sur le réseau existant sont pris en charge par Enedis. Pour simplifier le raccordement, une forfaitisation du prix des branchements aérosouterrains ou souterrains a été établie : environ 1 225 € TTC en zone rurale et 1 465 € en zone urbaine (s’il n’y a pas création de poste électrique). Dans chaque cas, les services d’Enedis cherchent la solution de raccordement qui minimise les coûts, sachant que ce réseau doit être suffisant pour assurer l’alimentation en énergie électrique de l’installation et emprunter un tracé réalisable sur le plan technique et administratif. Depuis 2009, la commune est acteur sur le plan de l’énergie électrique : elle décide, en accordant l’autorisation d’urbanisme, du raccordement au réseau électrique. Elle contribue financièrement au projet pour la partie concernant l’extension du réseau. Mais attention, elle peut répercuter au demandeur une partie des sommes engagées, via les taxes d’urbanisme ou par l’utilisation d’un article d’exception (art 332-15 ou art 332-8). « Si vous voulez faire une demande de raccordement pour une installation d’irrigation, vous devez commencer par remplir un formulaire sur le portail internet. Cette demande est traitée par l’accueil qui la transmet à l’interlocuteur raccordement. Pour l’Alsace, cet interlocuteur est Gérome Galliot. Ce dernier procède à une étude par rapport au réseau existant, envoie une demande de prestation à un chargé de projet qui viendra sur place et étudiera la meilleure solution. Sur cette base, l’interlocuteur raccordement établit une proposition de raccordement, accompagnée d’un devis. Après acceptation par le client, les travaux d’extension peuvent démarrer. Il faut bien anticiper le projet et, si le coût est trop important, chercher des solutions plus rationnelles, comme le déplacement de l’ouvrage ou la mutualisation. »

Betterave sucrière

Le marché ne peut que remonter

Publié le 11/03/2018

Le prix mondial du sucre est en chute libre. Conséquence de la fin des quotas sucriers et des augmentations de surface betteravière, notamment en Europe ? Pas que. Timothé Masson, du service économique de la CGB, a fait le point sur la situation d’un marché… qui ne peut que remonter !

« Heureusement que le prix que nous touchons est garanti sur trois ans », constate Franck Sander. Car le prix mondial du sucre est… désespérément bas. Qu’en sera-t-il à l’issue de la période de prix garanti par la contractualisation ? Difficile, voire impossible à dire. Mais Timothé Masson, du service économique de la CGB, est tout de même en mesure de dégager quelques éléments qui permettent d’expliquer l’état actuel du marché. Donc ses possibles évolutions. 6,3 Mt de sucre ont été produites en France cette année, soit 1,7 Mt de plus que lors de la précédente campagne (voire graphique). C’est vrai en France, et dans d’autres pays, qui ont aussi enregistré de bons rendements, combinés à une hausse des surfaces. En face, la consommation française de sucre est stable. « La taxe soda, le développement des édulcorants peuvent éroder la consommation. Mais pour l’instant, les volumes consommés sont stables », précise Timothé Masson. Le volume de sucre exporté en Europe a aussi augmenté (+ 400 000 t), principalement (à 75 %) vers l’Espagne, l’Italie et le Royaume-Uni. La dépendance de la France à ces marchés lui fait courir deux risques. Dans le cadre des accords de libre-échange du Mercosur, du sucre brésilien pourrait prendre des parts de marché en France. Selon Timothé Masson, c’est peu probable, contrairement à la prise de parts du marché espagnol par les mêmes brésiliens. Et puis il y a le Brexit. « 8 % de la surface betteravière française approvisionne le marché britannique, qui pourrait se tourner vers d’autres origines une fois le Brexit consommé », prévient Timothé Masson. Les 1,3 Mt de sucre français exportées vers les pays tiers (hors Europe) le sont principalement vers la Suisse, les pays du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, et l’Afrique de l’Ouest. C’est un volume important (20 % du sucre produit en France) et en augmentation. « Nous sommes donc de plus en plus dépendants du marché mondial », constate Timothé Masson, qui illustre : « Nous avons quasiment atteint la parité de sucre exporté vers l’Italie et Israël ». D’où l’importance de suivre ce marché mondial. Actuellement, le niveau de prix du sucre y est très bas. Après conversion en prix betterave, il atteint 15,40 €/t de betterave, quand celui de la betterave à sucre à destination de l’Europe atteint 21 à 26 €/t. Des fondamentaux lourds. Et aussi… Un prix bas qui trouve son origine dans la conjonction de plusieurs éléments négatifs. Avec 190 Mt de sucre produites contre 184 Mt de sucres consommées, il y a un surplus de sucre sur le marché mondial, « dont l’annonce a poussé les cours vers le bas ». À cela s’ajoute un euro fort qui pénalise les exportations. L’impact de la spéculation, qui fait dégringoler les marchés, la position des investisseurs étant surtout orientée à la vente comme pour toutes les denrées agricoles. La lutte des différents pays producteurs pour gagner des parts de marché. La faiblesse généralisée des cours des matières premières. La situation financière et politique au Brésil. Et le fait que cette tendance baissière soit bien enclenchée. Mais Timothé Masson identifie aussi des éléments qui pourraient conduire à une hausse des cours. Certes il y a un surplus de sucre, mais les stocks mondiaux sont bas. Les perspectives d’évolution qui sont établies le sont sans accident climatique. Et tous les éléments baissiers sont déjà à l’œuvre dans le marché. Reste que le prix mondial actuel de 15-16 €/t ne permet pas de couvrir le prix de la betterave qui a été contractualisé entre les producteurs de betterave et les fabricants de sucre. René Schotter, président de la section d’Erstein à Cristal Union s’est néanmoins voulu rassurant : « Ce sera dur pour Cristal Union, mais les prix annoncés seront tenus. » Il a appelé à rester optimiste : « Les prix ne peuvent qu’augmenter. J’en suis convaincu. »

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