Grandes cultures

Association colza-légumineuse

Du soufre pour optimiser l’association

Publié le 19/02/2018

L’association de légumineuses au colza peut contribuer à améliorer la fertilité des sols et à réduire la concurrence avec les adventices. Et la légumineuse met à disposition du colza des éléments minéraux. Un aspect qui peut-être soutenu par une fertilisation appropriée : l’azote et le soufre semblent avoir une bonne complémentarité.

Lors des réunions techniques consacrées à l’agriculture de conservation et à la lutte contre l’érosion, Rémy Michaël, conseiller érosion à la Chambre d'agriculture d’Alsace, a présenté les travaux de Joëlle Fustec, enseignante-chercheuse à l’École supérieure d’agronomie d’Angers, qui s’est penchée sur les effets de la fertilisation sur l’association colza-féverole. En préambule, il s’agit de rappeler que, pour se développer, les légumineuses utilisent d’abord l’azote du sol. Ce n’est qu’une fois qu’elles ont pu mettre en place des nodosités qu’elles sont capables d’utiliser l’azote atmosphérique. Et tant que la légumineuse vit, elle garde précieusement pour elle la ressource nutritive qu’elle est en mesure de capter. Ce n’est que lors de sa destruction, que par un phénomène de rhizodéposition, la légumineuse va mettre l’azote, et les autres minéraux, qu’elle avait emmagasinés, à disposition de la plante compagne. « Joëlle Fustec estime qu’environ 15 % de l’azote total mobilisé par la légumineuse va à la plante compagne », précise Rémy Michaël. C’est tout l’intérêt de semer une légumineuse dans du colza. Et a fortiori une légumineuse compétitive pour l’azote du sol. En effet, avec du colza associé, il est possible d’atteindre une réduction de la biomasse adventice de 20 à 75 % par rapport à du colza pur. Cette réduction est d’autant plus importante que la biomasse du couvert est importante. D’où l’importance de choisir une légumineuse qui soit en capacité de prendre le dessus sur les adventices. Puis, les deux espèces évoluent de concert. Et, lorsque la légumineuse est théoriquement détruite par le froid hivernal, elle relargue de l’azote pour le colza. Un couple bien assorti Dans cette culture en couple, il est intéressant de chercher des espèces complémentaires, notamment avec des systèmes racinaires différents, qui n’explorent pas de la même manière les horizons du sol. C’est le cas du colza et de la féverole. Et c’est sur ce couple bien assorti que Joëlle Fustec, chercheuse à l’Inra d’Angers, a procédé à ses travaux. L’hypothèse qu’elle cherche à vérifier, c’est qu’une fertilisation bien gérée de ce couple permet d’en optimiser les bénéfices. Elle a d’abord mené des essais sous serre, croisant diverses modalités d’espèces (colza pur, féverole pure, colza et féverole) et diverses modalités de fertilisation (azote, soufre, azote et soufre). Elle a pu vérifier la complémentarité des systèmes racinaires des deux espèces, le colza explorant surtout les horizons inférieurs et la féverole les supérieurs. En outre, l’association des deux espèces semble stimuler le développement racinaire du colza : pur il produit 185 cm de racine, associé 215 cm. L’ajout de soufre à la fertilisation azotée a un effet positif sur la production de biomasse du colza pur et du colza associé, qui produit en outre plus de matière sèche dans ses parties aériennes que s’il est seul. En outre, l’apport d’azote favorise l’accumulation d’azote dans les parties aériennes du colza. Et l’apport d’azote et de soufre augmente globalement la concentration en azote des parties aériennes. Dans un second temps, ces premiers résultats obtenus sous serre ont été confrontés à la réalité du terrain, en croisant les mêmes modalités, sauf que la fertilisation consiste en un apport d’azote et de soufre début mars, puis un second apport, uniquement azoté, début avril. Les résultats de cet essai confirment que le colza associé accumule plus d’azote que le colza pur, surtout lorsque la fertilisation azotée se double d’une fertilisation soufrée. « L’apport de soufre semble avoir un effet significatif sur la croissance racinaire. Mais apporter du soufre sans azote ne sert pas à grand chose », commente Rémy Michaël.

Entrepreneurs du territoire

Bas-Rhin et Haut-Rhin main dans la main

Publié le 13/02/2018

C’était une première ! Mercredi 24 janvier, les syndicats des entrepreneurs des territoires du Haut-Rhin et du Bas-Rhin tenaient leur assemblée générale en commun. Ils avaient choisi un lieu central : l’entreprise Würth, à Erstein.

C’est devant une salle pleine d’entrepreneurs alsaciens que Claude Gretter, président des entrepreneurs des territoires (EDT) du Haut-Rhin et vice-président des EDT du Grand-Est, ainsi que Bernard Diss, président des EDT du Bas-Rhin, ont animé cette première assemblée générale en commun. Après un tour de table de présentation des participants, Claude Gretter a fait le point sur la dernière campagne. Le pessimisme de 2016 laisse la place à l’optimisme : hausse des surfaces et des rendements en colza, + 7 % de surface de soja, très bon rendement des orges, surface de maïs en progression et rendement moyen très honnête, à 113 q/ha, sont autant de raisons de se réjouir pour les entrepreneurs des territoires. « On aura toujours besoin de moissonneuses en Alsace », constate Claude Gretter. Les assemblées générales statutaires se sont poursuivies paisiblement, tant du côté du Haut-Rhin que du Bas-Rhin. Les comptes ont été approuvés, les membres sortants des bureaux ont été renouvelés dans leurs fonctions, les niveaux des cotisations sont maintenus… Et les syndicats vont poursuivre leurs actions, entre journées de formation (Écophyto) et de détente (paella). Les principaux événements à venir sont un voyage d’étude, qui aura lieu du 13 au 16 février, et qui permettra aux participants de visiter des usines Amazone et Claas, et le congrès des entrepreneurs des territoires, qui se déroulera cette année à Ajaccio, du 31 mai au 2 juin. Pour des entreprises plus performantes Dans son rapport d’activité, Éric Brodhag, secrétaire général, a évoqué le programme EDT 2020, qui comprend notamment un outil qui doit permettre à chaque entreprise d’identifier ses points faibles, que ce soit la relation client, la gestion des impayés, la communication… Un diagnostic préalable indispensable à la mise en œuvre d’éventuelles solutions. « L’objectif, c’est que les entrepeneurs puissent s’améliorer sur la base du volontariat. » Les entrepreneurs ont également évoqué la normalisation des règles de circulation des machines agricoles en Europe. Une normalisation qui permettrait d’homologuer une machine une fois pour tous les pays européens. Et les constructeurs souhaitent globaliser l’offre en tracteurs capables de rouler à plus de 40 km/h. Ce qui ne va pas sans poser quelques interrogations, notamment sur le type de permis à détenir pour les conduire. Vers une plus grande reconnaissance de la profession Robert Dieudonné, président des EDT de Lorraine et du Grand Est, a salué l’initiative de rapprochement des deux départements. Et a appelé à aller encore plus loin : « Les administrations fonctionnent désormais à l’échelon du Grand Est et leurs interlocuteurs doivent donc également être structurés à cette échelle. Les entrepreneurs de travaux forestiers ont déjà une belle équipe Grand Est, qui leur permet de se faire entendre. Les entrepreneurs de travaux agricoles et ruraux doivent encore se structurer, pour être davantage visibles dans le paysage régional, tout en conservant des représentants plus locaux. Cela demande de l’investissement. » L’embauche d’un animateur au niveau des EDT du Grand Est est donc à l’étude. Un des objectifs de cette embauche serait aussi de capter davantage d’adhérents. Il s’agit en effet d’un enjeu important puisque la fédération nationale travaille à l’élaboration d’une convention collective spécifique aux entrepreneurs des territoires. « Or pour pouvoir être reconnus comme une branche professionnelle nous devons regrouper un certain nombre d’adhérents et d’employeurs de main-d’œuvre », explique Robert Dieudonné.

Conversion en grandes cultures bio

« On y va pas à pas »

Publié le 17/01/2018

À Petit-Landau, Mathieu Hermann et Benoît Sutter ont décidé de convertir leurs parcelles de grandes cultures à l’agriculture biologique. Une démarche qu’ils ont choisi d’entreprendre progressivement pour atteindre le « tout bio » d'ici 2022-2024.

Avec seulement 1,7 % des surfaces céréalières, on ne peut pas dire que le bio a suscité un véritable engouement dans la filière grandes cultures alsacienne. Si le nombre d’exploitations converties est bien moins marqué que dans d’autres filières - arboriculture en tête - on remarque néanmoins une augmentation légère, mais constante, de céréaliers bios depuis 2007. En parallèle, le nombre d’opérateurs spécialisés « grandes cultures bios » grandit. Ils sont aujourd’hui quatorze (voir carte) à offrir des débouchés aux agriculteurs. Avant de pouvoir en arriver là et de vendre sa production sous le label « agriculture biologique », il convient de réussir l’étape cruciale de la conversion. Une période de deux ans un peu ingrate puisque l’agriculteur est contraint de produire selon le cahier des charges bio sans pouvoir vendre sous le label bio. « Il est clair qu’en termes de trésorerie, il ne faut pas être au fond du trou pendant ce laps de temps. C’est pour cela qu’il existe des aides à la conversion », explique Benoît Gassmann, conseiller en agriculture biologique à la Chambre d'agriculture d’Alsace. La problématique de l’azote bio Si certains exploitants prennent la décision de convertir la totalité de leur SAU du jour au lendemain, d’autres en revanche font preuve d’un peu plus de prudence et de patience en choisissant de convertir progressivement leur exploitation tout en maintenant une production conventionnelle (voir tableau). Une option qu’ont retenue Mathieu Hermann et Benoît Sutter, tous deux agriculteurs à Petit-Landau. Le premier est installé depuis le 1er mars dernier. Il possède 68 ha, dont 75 % de maïs. Il a souhaité se lancer dans le bio par « défi technique et personnel » et pour emmener l’exploitation familiale vers « quelque chose de neuf ». Le second est installé depuis 1999 en Gaec. Il possède 81 ha et pratique une diversification qui mêle céréales, légumes et poules pondeuses. À la base, il avait décidé de convertir sa production légumière en bio en 2016. « C’est une filière dans laquelle les légumes anciens sont mieux valorisés », note Benoît Sutter. Puis les deux agriculteurs se sont motivés mutuellement pour franchir le cap de la conversion en grandes cultures au printemps 2017. Sans Benoît, Mathieu n’y serait pas allé, et réciproquement. « C’est plus rassurant de se lancer à deux dans une telle aventure, surtout quand on vient de s’installer comme moi », poursuit Mathieu Hermann. Ils sont actuellement en pleine réflexion pour une conversion totale de leurs activités vers un mode de production biologique. Au début pourtant, ils ne pensaient convertir qu’une partie de leur SAU. « On a avant tout un salaire à sortir », justifie Benoît Sutter. Ils ambitionnent alors de mettre en place un système mixte conventionnel/bio. « Le truc, c’est qu’en faisant cela, on se ferme beaucoup de marchés. Beaucoup d’opérateurs ne prennent pas la production bio si on est dans un système mixte. La mixité crée une porosité dans la certification. » En Alsace, huit opérateurs ne prennent que du « 100 % AB », tout comme l’ensemble des opérateurs suisses. À la seule différence que là-bas, l’agriculteur est mieux rémunéré dès sa première année de conversion, histoire de traverser cette période un peu plus sereinement. Autre élément qui a poussé les deux agriculteurs à franchir le cap du « tout bio » d'ici 2022 ou 2024, l’impossibilité de produire une céréale en mode bio et la même en mode conventionnel. Du coup, ils conservent pour l’instant le maïs conventionnel pour assurer les revenus et commencent à convertir d’autres parcelles. Mathieu Hermann a fait le choix de la luzerne pour ces deux années de conversion. Une plante qui présente l’avantage de nettoyer les parcelles, de pouvoir être vendue à un éleveur et de capitaliser l’azote dans le sol. « Du coup, avec un reliquat plus important, on s’y retrouve lors de la troisième année quand on plante du maïs. » Grâce à ce « stock » d’azote, il prévoit de semer du maïs au printemps 2019. Le choix de la luzerne par Mathieu Hermann s’explique par la difficulté de trouver de l’azote bio pour les grandes cultures. « C’est un facteur limitant », reconnaît Benoît Gassmann. Du coup, l’agriculteur doit réfléchir à la meilleure manière d’en produire ou d’en trouver. S’il n’a pas d’élevage, il peut intégrer des légumineuses (pois, féverole, soja) dans sa rotation - option retenue par Mathieu Hermann -, planter des Cipan, en acheter à un voisin qui en dispose, ou acheter des engrais organiques qui se présentent sous la forme de bouchons. Un silo de stockage mutualisé Plus globalement, les deux agriculteurs recommandent de démarrer avec une culture de printemps lorsqu’on se convertit en bio. « C’est plus facile. Pour le blé par exemple, il n’y a pas un moulin qui ne soit pas demandeur. En alimentation animale, il y a aussi des débouchés intéressants avec le triticale. Et la culture est plus facile à travailler, notamment le désherbage », justifie Benoît Sutter. L’autre intérêt de passer en bio, à leurs yeux, est la diversité de cultures possibles dans ce mode de production. « Le souci est que beaucoup n’ont pas un potentiel de commercialisation viable à l’heure actuelle. Certaines sont très rentables, d’autres pas vraiment », reconnaît objectivement Benoît Sutter. Dans sa rotation, Mathieu Hermann envisage du maïs, du blé, de l’orge, du tournesol et des lentilles. Il prévoit même de tester le chia, une plante originaire d’Amérique centrale de plus en plus plébiscitée pour ses vertus diététiques. « Je pense qu’il faut rester le plus ouvert possible pour agrandir sa palette de cultures. L’essentiel est que cela s’adapte à son contexte économique et agronomique », détaille le jeune agriculteur. Reste la question du stockage qu’ils gèrent pour l’instant de manière totalement autonome. « Nous mutualisons notre silo et le proposons à des collègues qui ne sont pas équipés. C’est avec de petites choses comme cela qu’on pourra créer progressivement une filière grandes cultures bios dans notre département. »

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