CÉRÉALES
Des rendements sans le prix
CÉRÉALES
Publié le 04/01/2018
Rendements et qualité reviennent jusqu’à être supérieurs à la normale. Mais le marché se traîne.
2017 met du baume au cœur des céréaliers. Au moins au champ. En rendement comme en qualité, elle fait oublier une sinistre année 2016. Les semis de blé sont tardifs. Les plantules tardent parfois à lever mais sortent de l’hiver avec de bonnes densités et sans tallage excessif comme l’année précédente. La sécheresse hivernale empêche le blé de valoriser les apports d’azote : l’eau manque pour amener l’engrais aux racines. Le gel printanier reste sans effet. Les pluies de mai font renaître l’espoir d’une bonne récolte d’autant que la pression des maladies reste très faible tout au long du cycle. Les producteurs peuvent faire l’impasse sur les quelques symptômes de rouille et d’oïdium qu’ils remarquent. Les orges sont fauchées avant les grosses chaleurs de fin juin. Les blés qui rentrent à partir de début juillet, un peu en avance sur un calendrier classique, n’y échappent pas. Les céréales à paille perdent quelques surfaces. À 47 100 ha, le blé régresse de 5 400 ha et descend un peu plus bas que son niveau de 2015 (47 900 ha). Les céréales secondaires couvrent 8 000 ha tout rond. Les orges d’hiver grignotent 600 ha à 4 900 ha, l’avoine diminue de 90 ha à 580 ha. Les autres céréales sont stables à 1 650 ha pour le triticale, à 500 ha pour l’orge de printemps, à 220 ha pour le sorgho, 150 ha pour le seigle (- 10 ha). Ce bloc de 55 100 ha sur une sole céréales totale de 181 700 ha retrouve tout de même des couleurs sur la balance. Les rendements d’orges d’hiver de 72 q/ha n’ont plus rien à voir avec les 55 q de l’an passé. Idem pour les blés tendres qui effacent leurs 40 à 60 q/ha par un très bon 80 q/ha. Contrairement à 2016, la qualité boulangère ne fait pas défaut. Comme le relève la statistique FranceAgriMer, la collecte de blé bondit de 38 %. Les autres céréales redressent également la tête à l’image du triticale (59 q/ha contre 41), de l’avoine (46 q/ha contre 39), de l’orge de printemps (45 q/ha contre 38), du seigle (47 q/ha contre 40). Le sorgho progresse le moins à 93 q/ha contre 89. Maïs : 115 q/ha sans mycotoxines Début avril, les sols sont suffisamment réchauffés et portants pour permettre la sortie des semoirs à maïs. 90 % des surfaces prévues dans les assolements sont en place dès la mi-avril. Un record de précocité ! La culture engage l’année avec en moyenne dix bonnes journées d’avance. Ils ne seront pas inutiles. L’épisode de gel freine une première fois la pousse mais ne handicape pas la culture de manière rédhibitoire. Le mois de mai n’incite pas non plus à la croissance des plantes qui font surtout du… surplace ! Juin gomme cette léthargie. Le soleil stimule les maïs, mais assèche les sols. Les premiers tours d’eau sont programmés dès le 4 juin alors que le stade dix feuilles est atteint. Ce ne sont pas les derniers de la saison. La météo impose une cadence soutenue aux irrigants. Elle sauve ceux qui n’arrosent pas en faisant pleuvoir en juillet et plus tard en août. La fertilisation est valorisée et les épis se développent bien. L’état sanitaire n’inspire pas d’inquiétude particulière. Sur le front des ravageurs, la pyrale se fait davantage remarquer que d’habitude et la chrysomèle continue doucement de s’installer. 5 800 individus sont piégés fin août, largement plus que les 4 166 de la campagne 2016. Fin octobre, les moissonneuses peuvent être remisées dans leurs hangars. Elles sont intervenues sur 125 600 ha, 900 ha de plus qu’en 2016. La campagne maïs 2017 ne crève pas les plafonds, mais efface néanmoins le souvenir de la parenthèse de 2016 et de ses 99 q/ha de moyenne. L’Alsace annonce un rendement moyen de 115 q/ha, supérieur de 5 q/ha dans le Haut-Rhin (117 q/ha) comparé au Bas-Rhin (112 q/ha). La qualité sanitaire est au rendez-vous. C’est mieux que 2015 (109 q/ha), mais reste nettement sous 2014 (121 q/ha). La collecte s’annonce en hausse de 18 %. Pour être complet, signalons que 1 000 ha (+ 100 ha) ont été cueillis par la filière maïs semences et 12 200 ha ont été ensilés par les éleveurs. Le bilan économique reste mauvais Les récoltes sont bonnes partout. La récolte française d’orge s’améliore de 16 % à plus de 12 Mt, celle de blé augmente de près de 32 % à plus de 36 millions de tonnes (Mt). Et elle est de très bonne qualité. 58 % du volume se classe en supérieur ou mieux contre à peine 20 % en 2016. Le taux de protéines atteint 11,5 % pour 96 % de la collecte. Le poids spécifique de 73 % (contre 25 % en 2016) dépasse les 76 kg/hl. Le Hagberg est supérieur à 240 s pour 83 % des volumes. Dans le monde, le blé ne manque pas non plus. La production y atteint près de 740 Mt. Les stocks atteignent les 265 Mt. Les blés russes, ukrainiens et argentins frappent à la porte des acheteurs en Afrique et au Moyen-Orient à des prix très compétitifs. Dans ces conditions, l’encéphalogramme du marché est plat. Selon tous les analystes, il le restera jusqu’en fin de campagne, en juin 2018… Les acomptes payés à la moisson sont donc sages : 125 €/t pour l’orge, entre 145 et 150 €/t pour les blés, comme en 2016. Ces derniers baissent encore de 10 €/t entre août et octobre. Pas de quoi pavoiser. Le maïs n’est pas mieux loti. Son bilan est revu à 1 039 Mt en octobre, 50 Mt de moins que son record établi en 2016. L’UE table sur des importations, notamment brésiliennes, de 15 Mt sur son sol en 2017-2018. Les stocks sont estimés à 200 Mt. Au niveau local, les organismes stockeurs perdent un débouché en raison de la fermeture de la semoulerie Costimex. L’entreprise implantée au port du Rhin à Strasbourg absorbait annuellement 150 000 t de grains jaunes cornés dont 70 % d’origine Alsace… Ils se contentent dès lors de régler 135 à 140 €/t à l’automne, encore quelques euros de moins qu’en 2016 (147 €/t)… En 2017, une nouvelle contraction des charges des maïsiculteurs, notamment au poste engrais, et de meilleurs rendements compenseront ce nouveau recul, mais pas suffisamment pour déboucher sur un revenu décent et reconstituer durablement leur trésorerie. Les indicateurs économiques de la culture sont mal orientés depuis 2013. Les experts qui prennent sous la loupe les bilans constatent sur ce laps de temps que le travail est rémunéré 102 €/ha pour les exploitants qui irriguent et seulement 24 €/ha pour les non-irrigants. 2017 ne devrait pas significativement améliorer cette courbe.












