Maïs grain
Économiser les solutions pour les préserver
Maïs grain
Publié le 16/01/2018
Fin décembre, la Chambre d'agriculture d’Alsace et Arvalis-Institut du végétal ont organisé une série de réunions techniques pour dresser le bilan de la campagne maïsicole 2017 et préparer la suivante. En matière de désherbage, quelques nouveautés - bonnes et moins bonnes - sont à signaler. Par ailleurs, certaines solutions sont sur la sellette. Pour préserver leur autorisation, mieux vaut en faire un usage parcimonieux.
Ces réunions techniques suivaient de près la divulgation par l’Aprona des résultats de sa campagne de prospection sur la qualité des eaux souterraines d’Alsace. Campagne qui a révélé une présence assez généralisée des molécules phytopharmaceutiques et de leurs dérivés dans la nappe. « C’est un enjeu sociétal qu’il s’agit de relever en améliorant les pratiques agricoles. Car leur impact sur les milieux, et notamment l’eau, constitue un enjeu pour tous, y compris les agriculteurs », estime Laurent Fritzinger, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Si les cinq molécules les plus fréquemment quantifiées dans les eaux souterraines sont désormais retirées du marché, la sixième est le nicosulfuron (Pampa), un herbicide foliaire, utilisé à des grammages pourtant généralement peu élevés. Et, en septième position, arrive le S-métolachlore (Camix, Dual Gold), un herbicide racinaire, dont les dérivés sont aussi fréquemment détectés. Parmi les cinq métabolites les plus retrouvés figurent quatre métabolites du S-métolachlore. « Cette molécule, autorisée sur maïs, betterave, soja, est utilisée à assez grande échelle, mais est aussi assez lessivable. C’est un problème, parce qu’elle risque d’être interdite alors qu’elle est efficace. Or, si le panel de solutions est trop réduit, on va au-devant de résistances. C’est déjà le cas d’adventices qui ont développé des résistances aux sulfonylurées », analyse le conseiller agricole. Économiser le S-métolachlore pour le préserver La classification HRAC (Herbicide Resistance Action Committee) des substances actives herbicides, établie selon leurs modes d’action, les répartit en 23 groupes et sous-groupes, avec des risques d’apparition de résistances plus ou moins importants. La famille des chloroacétamide, à laquelle appartient le S-métolachlore, apparaît dans le groupe K3, avec un faible risque de résistance. « Donc si on enlève le groupe K3, il ne restera quasiment plus que des solutions anti-graminées à risque de résistance plus élevé », constate Laurent Fritzinger, qui conclut : « Il faut modifier nos pratiques pour conserver cette solution à notre gamme ». Il a ensuite présenté une synthèse de 23 essais pluriannuels, menés soit sur une flore simple, soit sur une flore dicotylédone complexe, soit sur une flore graminée complexe. Les différentes modalités ont été notées selon leur efficacité et leur risque de transfert vers les eaux souterraines. Ces essais visaient notamment à comparer les performances de programmes avec et sans S-métolachlore. D’autant que sa supériorité n’est pas toujours réelle En traitements de prélevée, sur une flore simple, de bons résultats sont obtenus avec de l’Adengo sans S-métolachlore. « Il n’y a donc pas d’intérêt à l’utiliser. » Sur une flore dicotylédone complexe, les efficacités sont très aléatoires, que ce soit avec ou sans S-métolachlore, puisque dans tous les cas les traitements ne sont pas forcément adaptés à la flore. Sur flore graminée complexe, aucune modalité ne donne vraiment satisfaction, ce qui suggère de les gérer en post. « Toute flore confondue, le S-métolachlore apporte un petit gain d’efficacité. Mais il y a aussi des échecs, que cette molécule soit utilisée ou pas. Ce qui suggère qu’il est possible de trouver des programmes qui fournissent de bons résultats sans S-métolachlore », résume Laurent Fritzinger. Dans les situations où la pression en graminées est importante, faire un anti-graminées de prélevée, avec Adengo + Isard, Dakota ou Adengo + Atic Aqua puis éventuellement un traitement de rattrapage. Dans les traitements de post-levée, le risque de transfert de matières actives vers les eaux souterraines diminue dès lors que les modalités ne comprennent pas de S-métolachlore. « Si cette molécule sécurise l’infestation dans les parcelles présentant une pression en graminées élevée, il est possible d’obtenir de bons résultats avec des alternatives comme Isard, Adengo, Atic Aqua, Dakota-P… », indique Laurent Fritzinger Alternatives au S-métolachlore En stratégie de pré + post, les meilleures alternatives au S-métolachlore sont Isard et Adengo. Deux produits qui peuvent toutefois être un peu plus sensibles à la sécheresse du sol que le S-métolachlore, qui présente la propriété de bien se réactiver, même après 10 jours sans précipitations. Si tout le désherbage est géré en post, Laurent Fritzinger préconise un T1 avec Elumis + Isard puis un T2 avec Elumis. Ou un T1 avec Mondine + Isard puis un T2 avec Mondine. « Il est plus simple de trouver des alternatives au S-métolachlore en maïs qu’en soja ou en betterave, où il n’existe qu’une seule alternative, l’Isard, qui n’est utilisable qu’un an sur deux… », conclut Laurent Fritzinger.












