Colza associé
Une complémentarité gagnante
Colza associé
Publié le 04/06/2018
La culture du colza associé est l’une des applications des utilisations des plantes compagnes qui commence à être bien maîtrisée par certains agriculteurs. Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia, était invité à la rencontre annuelle du réseau Base Alsace pour dresser l’état des lieux des acquis sur cette technique et évoquer quelques pistes pour aller plus loin.
« Avant de savoir faire du colza associé, il faut savoir faire du colza », prévient Gilles Sauzet, ingénieur à Terres Inovia. Cette technique a été développée par des agriculteurs du centre de la France - où la culture du colza est essentielle dans les rotations - et qui ont voulu faire évoluer leurs pratiques vers une agriculture plus durable car ils étaient de plus en plus confrontés à des impasses techniques. L’idée de base, c’est d’associer le colza à des légumineuses, dont on espère une destruction hivernale par le gel. Les bénéfices attendus sont l’introduction d’azote symbiotique, l’augmentation de la densité racinaire, la compétition avec les adventices, la perturbation des ravageurs, la limitation de l’hydromorphie. Mais la technique comporte des risques. Le plus important étant la compétition qui va s’installer entre la légumineuse et le colza pour les éléments naturels. Compétition qui doit rester modérée afin de ne pas pénaliser le rendement du colza. L’autre difficulté, c’est de maintenir un couvert en place sur une longue durée, sans qu’une espèce ne prenne le dessus sur l’autre, et en arrivant à maîtriser sa vigueur, en culture comme en interculture. Une question d’équilibre Réussir un colza associé, c’est donc une question d’équilibre. Et de respect de la physiologie de la culture et de sa plante compagne. « De la levée au stade B4, le colza doit absolument dominer sur la parcelle, car il n’est pas encore en phase de croissance active », illustre Gilles Sauzet. Pour choisir la légumineuse à lui associer, il est préférable de retenir une espèce qui pourra fleurir avant l’hiver, car elle sera alors plus sensible au gel et à la diminution de la durée du jour, ce qui facilitera sa destruction. Le colza et sa plante compagne gagnent aussi à avoir des enracinements différents. « Il faut associer des espèces complémentaires », résume Gilles Sauzet. Qui déconseille l’usage du pois, de la lentille et de la gesse, sensibles au champignon pathogène tellurique Aphanomyces. Le semis doit être précoce, d’autant plus que le sol est superficiel, avec des variétés non élongantes, et à une densité relativement réduite, poursuit l’expert. Deux méthodes de semis sont envisageables : en un passage avec deux trémies ou en deux passages. L’implantation, une étape essentielle Le retour du colza sur les parcelles a tendance à sélectionner des adventices, notamment le géranium. Le semis direct a donc été testé car, sans flux de terre, il peut permettre d’en limiter la levée. La comparaison de modalités en semis direct non désherbé, en travail du sol désherbé et en travail du sol non désherbé montre que le semis direct tient la route en termes de rendement. Et que le colza supporte une certaine pression en géraniums si sa vigueur est suffisante. « Dès qu’on atteint 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, on constate une nette diminution du taux de couverture des adventices », précise Gilles Sauzet. Autre enseignement, l’association semble surtout limiter les levées d’adventices à levée tardive (type gaillet), et avoir moins d’effet sur les adventices à levée précoce (type géranium). La biomasse perturbe les ravageurs L’association d’un colza et d’une légumineuse constitue également une réponse agronomique à la problématique des insectes d’automne, grosses altises et charançon du bourgeon terminal, qui développent des résistances totales aux insecticides. Une plante attaquée à l’automne se traduit au printemps par un port buissonnant, car la présence de larves dans la tige principale induit des ramifications qui partent au ras du sol. Or, le taux de plantes buissonnantes diminue quand la biomasse fraîche augmente. « On retrouve le seuil de 1,5 kg de biomasse, colza + couvert, par mètre carré au 1er décembre, qui est plus facile à atteindre en colza associé que seul. » De l’azote pour tous Un des objectifs recherchés dans l’association d’un colza et d’une légumineuse est l’introduction d’azote symbiotique par cette dernière. « Mais tant que la légumineuse n’est pas détruite, il n’y a pas de restitution. Et il n’est pas sûr que l’azote de la légumineuse profite au colza », note Gilles Sauzet. Reste qu'« à l’automne nous n’avons jamais observé de carence azotée sur colza associé, contrairement au colza seul ». Un phénomène qui s’explique par la différence de prospection racinaire des deux espèces : « La réalisation d’un profil permet de constater que le système racinaire du colza est constitué d’un pivot qui n’émet de racines secondaires que s’il rencontre un obstacle. Ces dernières sont donc peu présentes sur les 10-12 premiers centimètres. C’est exactement l’inverse de la féverole, dont le système racinaire colonise préférentiellement les 10 premiers centimètres du sol. » Ces deux systèmes racinaires qui se complètent conduisent à une meilleure prospection de sol, améliorant aussi son aération et la minéralisation. Ce phénomène se vérifie dans les mesures de la teneur en azote des plantes, qui est plus élevée pour un colza associé que pour un colza seul. La destruction de la légumineuse représente un apport de quelque 15 unités d’azote au colza au printemps. Et, si on apporte de l’azote minéral marqué au colza, on constate que le colza associé présente un meilleur Coefficient apparent d’utilisation (CAU) que le colza seul. Un phénomène qui s’explique par le meilleur enracinement du colza associé, qui lui confère une meilleure capacité d’absorption de l’azote provenant de l’engrais. À noter que la quantité d’azote redistribuée par la légumineuse dépend de la quantité de matériel végétal qui entre en contact avec le sol : « La féverole et la lentille présentent des rapports C/N équivalents et devraient donc présenter des redistributions équivalentes. Or celle de la féverole est moins importante que celle de la lentille. » Un phénomène qui s’explique par le fait que la féverole perd ses feuilles mais sa tige reste dressée, alors que la lentille entre entièrement en contact avec le sol. De l’association à la couverture Une fois la culture du colza associé maîtrisée, l’étape suivante pourrait être le semis direct sur couverture végétale permanente (SCV). D’emblée, Gilles Sauzet prévient : « En tant que tête d’assolement, le colza reçoit la couverture en premier, d’où un risque important de concurrence si le couvert est trop vigoureux. C’est possible, mais ce n’est pas simple. Et il est préférable de partir de parcelles propres. » Il préconise donc de choisir des variétés d’espèces de couverture à croissance lente, qui couvrent l’interculture sans concurrencer le colza. Différents types de couverts sont envisageables, comme une céréale (avoine, orge, blé précoce) associée à du pois, la première servant de tuteur au second. Une option cependant inenvisageable en cas d’infestation de la parcelle par du ray-grass ou du vulpin, car une application d’anti-graminées détruirait aussi le couvert. De nombreuses pistes restent à explorer. Car cette technique laisse présager d’une réduction des charges de production, d’un gain de produit brut et d’un bilan qui serait aussi positif quant aux émissions de gaz à effet de serre et au stockage de carbone.












