Grandes cultures

Agriculture de demain

Des observations faites maison

Publié le 11/07/2018

Les causes des problèmes observés sur une culture ne sont pas toujours à chercher du côté des bioagresseurs ou des carences nutritives. Parfois, il s’agit de problèmes de structure du sol. Pour en avoir le cœur net, une seule solution : aller vérifier ce qui se passe du côté du système racinaire. Pour cela, inutile de faire appel à des spéléologues certifiés : une bêche, une tarière, et un peu d’expérience peuvent suffire, et être riche d’enseignements.

« On peut commencer par observer la surface du sol. Car l’infiltration de l’eau sera très différente en fonction de l’état de surface. Il peut y avoir une croûte de battance, qui induit un risque de ruissellement, d’érosion, de coulées de boue. Ou, au contraire des microreliefs et des résidus en surface », introduit Anne Schaub, de la Chambre régionale d’agriculture Grand Est. Pour aller un peu plus loin sans déplacer des montagnes, le test à la bêche est une solution idéale. Pour le réaliser, il suffit de s’équiper d’une bêche, d’un couteau, d’une grille de notation. Et d’avoir un quart d’heure devant soi. « Ce test se réalise deux fois par an, pour suivre l’évolution de la vie biologique du sol. Il s’agit d’observer la forme des racines, l’aspect des agrégats, la présence de vers de terre… » Pour avoir une réponse précise quant à une intervention de travail du sol (faut-il le travailler ? Comment ? À quelle profondeur ?) ou de vérifier qu’une intervention a rempli son rôle, Anne Schaub préconise de réaliser un profil en creusant un trou au télescopique. Cela permet d’observer les mêmes paramètres que dans le test à la bêche mais plus en profondeur et sur une largeur plus importante. Nommer c’est connaître Enfin, il est intéressant d’observer le sol sur sa profondeur, jusqu’à 1 m, à l’aide d’une tarière. Non seulement parce que les racines prospectent le sol sur une certaine profondeur et que ses caractéristiques sur toute cette profondeur déterminent ses propriétés agronomiques. Mais aussi parce que cela permet de donner un nom au sol, de le rattacher à une certaine catégorie. Ce qui est utile, par exemple, pour paramétrer correctement les outils d’aide à décision. Pour cela, il convient d’observer plusieurs paramètres sur une carotte de sol : couleur, texture, présence et forme des cailloux, traces de rouille, effervescence à l’acide chlorhydrique… À partir de ces observations, l’agriculteur peut décider lui-même de travailler le sol, ou pas. Et s’il décide de le faire, de choisir le bon outil, les bons réglages. Il peut aussi vérifier qu’une intervention a eu l’effet escompté. Et que son sol fonctionne bien. Et, si ce n’est pas le cas, envisager de mettre en place des mesures correctives, comme la couverture des sols, une manière de les travailler différemment, l’apport de matière organique…

Coopérative Agricole de Céréales

Pour des cultures durables ET rentables

Publié le 09/07/2018

Le 13 juin, la Coopérative Agricole de Céréales a organisé une visite d’essais de culture d’automne à Chavannes-sur-l’Étang. L’occasion de découvrir les derniers travaux effectués par la coopérative en matière de variétés et de fertilisation. Un travail de fond motivé par un double objectif essentiel : assurer des revenus pérennes aux agriculteurs tout en minimisant l’impact des pratiques sur l’environnement.

Rentabilité et durabilité. Deux mots qui résument assez bien la politique de développement que la Coopérative Agricole de Céréales (CAC) s’est fixée pour les prochaines années. Comme les autres entreprises de la filière, elle doit aujourd’hui répondre à une double équation : minimiser l’impact environnemental des pratiques agricoles tout en assurant un revenu pérenne et rémunérateur aux exploitants. « On a des solutions qui existent. Mais c’est à nous de les faire connaître et reconnaître », estime le président de la CAC, Jean-Michel Habig. C’est dans cet état d’esprit que le groupe coopératif a organisé, le 13 juin dernier à Chavannes-sur-l’Étang, une visite d’essais réalisés sur des cultures d’automne. Un rendez-vous articulé autour de plusieurs ateliers thématiques. Le « meilleur potentiel » sans prendre de risque Le premier, sur les variétés, a mis en relief une problématique nouvelle pour les producteurs d’orge : l’interdiction du Gaucho à compter des prochains semis. Pour lutter contre la Jaunisse Naissante de l’Orge (JNO) véhiculée par le puceron, il va falloir utiliser des insecticides foliaires. Au regard des essais effectués par la CAC, les résultats ne sont, pour le moment, pas très concluants. « Avant, on avait des semences enrobées avec le Gaucho. On ne s’occupait pas vraiment des pucerons. Maintenant, toute la stratégie va être à refaire », explique Joris Cuny, technicien du service Expérimentation et Marketing de la CAC. Un « grand bouleversement » s’annonce donc pour l’automne prochain. « Il faudra surveiller davantage les parcelles et appliquer un ou plusieurs traitements insecticides », prévient Joris Cuny. Une autre solution pour prévenir ce risque de JNO serait d’opter pour une variété résistante au virus. Sauf que les premières variétés qui sortent ne sont résistantes qu’à un type de virus. « Et si le virus mute, retour à la case départ. » Alors oui, l’orge est loin d’être la culture la plus représentée en Alsace. Mais comme le souligne si justement Joris Cuny, une JNO peut faire baisser le rendement de moitié. Le plus gros des essais effectué par la CAC autour des cultures d’hiver concerne bien évidemment le blé. Dans toutes les variétés disponibles sur le marché, il faut réussir à extraire celles qui présentent le meilleur potentiel pour le climat et les sols alsaciens. Pour leurs essais, les techniciens de la Coopérative Agricole de Céréales se basent sur trois critères. En premier, la note fusariose. « On commence à s’y intéresser à partir de 5, 5,5 sur 10. Les meilleures étant notées à 6 actuellement », détaille Joris Cuny. L’indice de précocité est le deuxième critère de sélection. « On veut des blés qui commencent tard au printemps mais qui terminent très vite à cause des problèmes d’échaudage. » Puis vient en troisième la note septoriose qui doit au moins être de 5 ou 5,5 sur 10, sachant que les meilleures variétés sont notées 8 à l’heure actuelle. Mais si une variété présente tous les bons paramètres une année N pour être testée, ce n’est pas forcément le cas l’année suivante. « Ces notes évoluent au fil du temps. Plus une variété est utilisée, plus la septoriose sera en mesure d’être présente, et donc de s’adapter. » Le blé étant destiné à la meunerie, les techniciens de la CAC doivent accorder la plus grande attention au choix des variétés qui seront soumises aux essais. « Pour chacun d’entre eux, nous testons les mycotoxines ainsi que le taux de protéines. Nous étudions également beaucoup le milieu afin d’adapter la variété à la météo et au contexte », poursuit le technicien de la CAC. Comme l’indique Jean-Michel Habig, il faut arriver « au meilleur potentiel » sans prendre de risque pour l’adhérent. « C’est grâce à ces essais qu’on y arrive. » Rien ne sert de surfertiliser Une fois les variétés choisies, il faut tester les différentes manières d’en obtenir les meilleurs résultats avec une fertilisation maîtrisée et efficace. La fameuse « bonne dose, au bon endroit et au bon moment » prônée par le président de la CAC, celle qui permettra de diminuer l’impact environnemental tout en assurant à l’agriculteur des rendements et une qualité élevés. Mais avant de parler de modulation et de pilotage de la dose d’azote par drone, il faut déjà mesurer la courbe de réponse à la dose d’azote pour chaque variété et dans des conditions de sol homogènes afin de pouvoir identifier tel ou tel facteur et son influence. Sur cette parcelle de Chavannes-sur-l’Étang, une quarantaine de modalités ont été testées. La référence, c’est le témoin zéro avec la dose d’azote calculée (trois apports d’ammonitrate). « Avec cette dose N, on a l’optimal en termes de peuplement et d’aspect de la végétation, d’un point de visuel du moins. Après, c’est le comptage et l’analyse de la qualité qui déterminent les choix », explique Christian Jenn, responsable Innovation, Marketing et Solutions Adhérents (IMSA) à la CAC. À ce niveau, ce dernier constate des écarts entre ce qui est obtenu suite à des essais et le blé collecté. « En essai, avec la dose N, on obtient un taux de protéines de 12,7 %. En collecte, on n’est pas à ce niveau-là. Avec des années difficiles, on a tendance à surfertiliser au premier apport. L’objectif c’est de dire qu’on va compenser avec plus de végétation et plus de tallage. Le problème c’est qu’après on a plus assez d’azote pour terminer le cycle alors que le calcul de la dose est bon. Nous, en essai, on garde toujours une cinquantaine d’unités d’azote pour le troisième apport », développe Christian Jenn. Car au vu des essais menés par la CAC, rien ne sert de mettre plus d’azote que la dose N. En revanche, l’ajout de soufre au premier apport fait gagner en moyenne trois quintaux. « Nos quatorze essais vont tous dans le même sens. » Les essais effectués par la CAC en matière de fertilisation azotée permettent de dresser un autre constat : dans le cas d’un premier apport en ammonitrate suivi de deux apports avec de l’urée, on observe une perte de rendement de 2,6 q et une augmentation de protéines de 0,7. Avec deux apports d’ammonitrate et un dernier apport d’Utec, le bilan est plus positif avec un gain de 2,4 q et 0,2 de protéines. La même référence en sous-fertilisation à N-30 donne un gain de 4,7 q et de 0,2 en protéines. Si ces chiffres semblent bons, la courbe des produits nets de fertilisation montre néanmoins que le plus gros gain financier s’établit à la dose N. Atteindre « l’optimum » grâce au drone Maintenant qu’on y voit un peu plus clair sur le type de variétés ou la nature d’azote à utiliser, il est temps d’aller un peu plus dans le détail de chaque parcelle. Contrairement à ces essais menés volontairement dans des conditions homogènes, les sols habituellement pratiqués par les céréaliers haut-rhinois se caractérisent par une grande hétérogénéité. C’est là que la modulation de la dose d’azote par drone démontre tout son intérêt. Et rien ne vaut une démonstration réelle pour en appréhender le fonctionnement. Contrairement aux drones équipés de petites hélices que l’on retrouve un peu partout aujourd’hui, celui utilisé par la CAC se présente sous la forme d’une aile fixe avec un rotor à l’arrière. « On a la légèreté et la rapidité en même temps », souligne Nicolas Kress, responsable Terrain et télépilote du drone à la coopérative. L’engin peut voler jusqu’à 150 mètres d’altitude maximum. Il dispose d’une autonomie de quarante minutes environ, ce qui lui permet de faire 70 à 75 hectares en une seule fois. À chaque passage, il fait quatre photos (verte, rouge, infrarouge et proche infrarouge) sous plusieurs angles du même morceau de parcelle. Le tout est ensuite combiné dans une synthèse qui sert de base à la préconisation. Deux cartes peuvent être émises, une simplifiée et une détaillée. Tout dépend de l’offre à laquelle l’agriculteur aura souscrit. Les cartes peuvent être ensuite chargées dans le smartphone ou la console du tracteur si le tracteur est équipé en géolocalisation. Sur les quarante exploitations qui utilisent actuellement ce service au sein de la CAC, seules trois sont équipées en modulation automatique. « D’autres agriculteurs sont sûrement équipés mais ne le savent pas. Notre travail est de nous mettre en relation avec les concessionnaires et les constructeurs pour avancer là-dessus », indique Emmanuelle Gaering, chargée de projet solutions adhérents à la CAC. Cette modulation de dose par drone se scinde en deux vols : au stade « épi 1 cm » et au stade « 2-3 nœuds ». L’analyse faite par l’engin est complétée par des appels aux différents agriculteurs pour savoir si de la pluie était tombée au moment du deuxième apport. « Comme ça, on peut savoir si l’engrais a été assimilé par la plante. On peut ainsi estimer les unités encore disponibles dans le champ. Dans cet exemple, on va aller de 35 à 59 unités d’azote dans la même parcelle. La modulation vaut clairement le coup dans le cas présent. En ajustant ainsi, on pourra économiser l’engrais et atteindre les rendements et taux de protéines espérés », ajoute Emmanuelle Gaering.

Comptoir AgroSphère - Les Rencontres

L’agriculture du futur esquissée

Publié le 08/07/2018

Au-delà d’être un rendez-vous technique et agronomique pour les adhérents du Comptoir agricole, l’événement Comptoir AgroSphère - Les Rencontres a permis de démontrer que les agriculteurs et les organisations professionnelles agricoles s’attellent à relever les défis pour construire l’agriculture de demain.

Une agriculture plus respectueuse de l’environnement, des aliments toujours plus sains et qualitatifs à un tarif abordable, c’est ce qu’exigent les consommateurs d’aujourd’hui. Pour répondre à cette demande, la profession agricole envisage deux principaux leviers : la précision et la diversification. Car, mis en synergie, ils devraient permettre de réaliser des économies substantielles d’intrants, sans forcément perdre en productivité, donc en préservant le revenu des agriculteurs. Mais il s’agit d’une nouvelle manière de faire, qui exige tâtonnements, ajustements et acquisition de méthodes nouvelles. Cette transition ayant été amorcée depuis maintenant plusieurs années, les résultats sont là. Et c’est ce que les visiteurs de Comptoir AgroSphère - Les Rencontres ont pu constater. Du maïs, et tant d’autres La diversification de l’agriculture alsacienne, où la prépondérance du maïs fait l’objet de fréquentes critiques, est en marche. Cette culture, particulièrement rentable dans le contexte pédoclimatique alsacien, reste la culture phare de la région. Mais, lors de Comptoir AgroSphère - Les Rencontres, un seul atelier lui était spécifiquement dédié. Sinon, il était question de blé (lire dans notre prochaine édition), de production de semences fourragères, d’agriculture biologique, de robots de désherbage… « Nous avons la volonté de montrer que nous ne faisons pas que du maïs et que nous sommes capables d’accompagner nos adhérents qui veulent diversifier leur assolement », confirme Christian Lux, responsable du service agronomie du Comptoir agricole, tout en rappelant qu’historiquement, l’outil industriel du Comptoir agricole a plutôt été conçu pour gérer de grosses quantités de quelques céréales qu’une multitude de petits lots. Et que des ajustements de l’outil industriel devront donc être envisagés. La précision aussi entre bien dans les mœurs. Tous les agriculteurs pilotent leur fertilisation azotée, raisonnent les traitements en fonction de la pression en maladie, parfois de manière simple, parfois de manière très fine, en utilisant des logiciels, des images satellites… Cette quête de précision et d’économies d’intrants entraîne la robotisation de certaines tâches. Les robots désherbeurs ne relèvent plus de la fiction. S’ils ne se sont pas encore démocratisés, c’est qu’il reste encore quelques freins à lever, en termes de coût, d’énergie… Mais ce n’est qu’une question de temps ! En attendant, place à la technique ! Dino, Oz… la binette nouvelle génération Après le désherbage manuel, chimique, mécanique, l’ère du désherbage robotique est amorcée. Matthias Carrière, directeur commercial de Naïo Technologies, l’entreprise toulousaine qui développe Oz, Dino, et désormais Ted, raconte : « Nous avons commencé à développer des robots de désherbage pour répondre à la problématique de maraîchers qui manquaient de main-d’œuvre pour pratiquer du désherbage mécanique. » En 2014, le premier prototype d’Oz voit le jour. Aujourd’hui ils sont une centaine à tourner en France. Décrit comme « un assistant polyvalent », Oz carbure à l’électricité et se repère grâce à un système de lasers et de caméras : « En maraîchage, on part souvent de plants, moins de semis, donc ça ne pose pas de problème », indique Matthias Carrière. Il suffit de lui placer des piquets pour lui indiquer où faire ses demi-tours en bout de parcelle. Oz peut biner jusqu’à 5 cm de profondeur. « Ce n’est pas vraiment le but d’aller plus en profondeur, note Matthias Carrière, puisqu’il revient plus souvent qu’une bineuse classique. » En outre, biner n’est pas la seule fonctionnalité d’Oz, il est aussi capable de transporter des outils, voire un homme : « Certains maraîchers l’utilisent pour récolter les haricots verts », illustre Matthias Carrière. Avec une autonomie de 3 à 10 h selon les outils et le sol, et un débit de chantier de 1 000 m linéaire/heure, pour un investissement de 25 000 €, Oz reste néanmoins un robot adapté au maraîchage, beaucoup moins aux grandes cultures. Naïo Technologies a ensuite développé Dino, un robot enjambeur de planches légumières. Il carbure toujours à l’électricité mais est guidé par RTK. L’investissement est plus important, 100 000 €, mais la vitesse d’avancement est améliorée (3 à 4 km/h contre 1,5 km/h pour Oz), donc le débit de chantier aussi, puisqu’il atteint 3 à 5 ha/jour. « La plus grosse contrainte reste le coût de l’énergie », indique Matthias Carrière. Dino a une autonomie de 8 h. Mais son temps de charge est de 12 h. Il est possible de l’équiper d’un chargeur qui réduit le temps de charge à 2 h, mais qui a un coût, ou d’investir dans un jeu de différentes batteries, ce qui a un coût encore plus élevé. Dans le Grand Est, six robots Oz sont en service, avance Matthias Carrière. Ils sont distribués par Thierart Agri. Contact : Mathieu Deiss, commercial robotique : m.deiss@thierart-agri.fr. Produire des semences fourragères : une piste de diversification Parmi ses adhérents, le Comptoir agricole compte une dizaine de producteurs de semences d’espèces fourragères : trèfle violet, luzerne et vesce. Pour Olivier Kempf, cela permet d’insérer dans la rotation des cultures alternatives. Non sans intérêt agronomique. Le trèfle violet peut se cultiver seul, il est alors semé en août-septembre, et récolté en septembre de l’année suivante. Il peut aussi être cultivé sous couvert de tournesol. Il est alors semé en mars-avril, un jour après ou le même jour que le tournesol. Une association qui fonctionne bien : « Il y a une bonne symbiose pour le désherbage entre les deux espèces, la fertilisation azotée du tournesol peut être réduite… » Après la récolte du tournesol, le trèfle est laissé en place pour poursuivre sa croissance. La culture de trèfle semence présente quelques exigences particulières : « La culture est soumise à des ravageurs particuliers, desquels il faut la protéger, sans éradiquer les pollinisateurs spécifiques du trèfle violet que sont les bourdons. » Le trèfle est peu concerné par les maladies cryptogamiques, mais il s’agit néanmoins de rester vigilant car « il existe peu de produits curatifs sur le marché ». Le Comptoir agricole s’est lancé dans la production de semences de luzerne en 2015. La culture peut rester en place deux ans de suite, mais difficilement plus. L’implantation se fait en août-septembre. Le désherbage peut être chimique et mécanique, ce qui peut faciliter la levée. « Une fauche peut être réalisée afin d’harmoniser les stades, ce qui facilite la récolte, mais il s’agit alors de la dégager au plus vite pour ne pas impacter le rendement et risquer d’augmenter la pression en maladies », indique Olivier Kempf. Moins rigide, la vesce est une culture sujette à l’affaissement. Il s’agit donc d’être vigilant par rapport aux maladies. Et quelques insectes particuliers sont à surveiller. Mais pas très longtemps : le cycle de la vesce est très court, de mars à juillet. Quelle que soit l’espèce, les producteurs doivent respecter un cahier des charges strict. Qui comporte deux grandes contraintes : l’isolement (10 m pour la vesce, 50 à 300 m pour la luzerne ou le trèfle) ; et la propreté (certaines graines d’adventices sont tolérées, d’autres sont interdites). De nouveaux débouchés en bio Les produits issus de l’agriculture biologique ont les faveurs d’un nombre croissant de consommateurs. Pour accompagner cette évolution, le Comptoir agricole adapte sa gamme, et recherche des partenariats afin d’assurer des débouchés économiquement intéressants pour ses adhérents. Justine Deloge a été embauchée au sein de la coopérative pour accompagner cette transition. Elle explique : « Nous avons enrichi notre gamme avec des semences adaptées, des produits de biocontrôle, des engrais organiques… Et nous sommes à même de gérer la collecte de produits bios grâce à des caissons qui assurent l’isolement et la traçabilité des produits. » En 2017, 500 t de produits bios ont été récoltés : blé, épeautre, maïs grain, sarrasin, seigle, avoine… Et plusieurs partenariats ont été noués. Pour élaborer des bretzels bios et locaux, Bretzel Burgard a besoin de blé tendre bio que lui fournit le Comptoir agricole. Une association qui est amenée à évoluer, puisque l’entreprise souhaite lancer une gamme de malicettes bios locales, ce qui suggère aussi un approvisionnement local en colza bio. Certaines brasseries ont la volonté de brasser des bières bios avec des ingrédients locaux, ce qui requiert la production de houblon et d’orge brassicole bios. Enfin, la société Heimburger a lancé une gamme de pâtes au blé dur produit localement. « Les retours de l’industriel sont encourageants », informe Justine Deloge. De quelques hectares l’année passée, la production est donc amenée à évoluer dans les années à venir. Il faudra donc aussi améliorer les itinéraires techniques afin de sécuriser la teneur en protéines, et améliorer la lutte contre les maladies. Pour compléter cet atelier, Justine Deloge présentait une vitrine de cinq espèces qui bénéficient toutes de débouchés en agriculture biologique et qui sont donc valorisables par le Comptoir agricole. En outre, il s’agit de cultures de printemps, intéressantes pour casser les cycles de certaines adventices. Le tournesol oisellerie constitue une bonne fin de rotation car il est capable d’aller chercher de l’azote en profondeur. Ce qui explique aussi qu’il vaut mieux éviter de le placer avant un blé, au risque d’impacter rendement et teneur en protéines de ce dernier. À prendre en compte également : une récolte qui peut être tardive, et de possibles frais de séchage. Le lin fait partie de la famille des linacées, une famille par ailleurs peu présente dans les rotations, ce qui constitue un atout agronomique puisque la culture vient casser le cycle des maladies et des adventices. « Il y a notamment un effet dépressif sur la pression en vulpin », précise Justine Deloge. Les graines de lin sont utilisées en meunerie, en particulier pour agrémenter les pains spéciaux. La lentille verte peut être semée seule ou en association. Le sarrasin pèche par un potentiel de rendement peu élevé, mais possède des avantages agronomiques qu’il s’agit aussi de prendre en compte. Le sorgho peut aussi être récolté en grain pour la meunerie. Il permet de fabriquer une farine sans gluten. Des variétés de blé améliorantes Parmi les variétés de blé proposées sur le marché figurent des variétés dites améliorantes, ou de force (BAF), qui correspondent à un marché de niche : « Il s’agit de blés qui sont utilisés pour améliorer la qualité de la farine issue d’autres blés », explique Brigitte Poitout, du Comptoir agricole, qui distingue les blés BPS, qui ont une teneur en protéines supérieure à 11,5 %, et ces blés BAF, qui ont une teneur en protéines supérieure à 14 %. Il s’agit souvent de variétés assez rustiques, mais dont le potentiel de rendement est assez limité. Il faut compter de 10 à 15 % de rendement en moins par rapport à un blé BPS classique. Une perte qui doit être compensée par la qualité et le prix puisque ces blés donnent lieu à une prime comprise entre 10 et 30 €/t. Reste que « la demande pour ces blés est relativement limitée », et que « le cahier des charges est très exigeant. » Ces blés requièrent notamment une fertilisation azotée adaptée. Il est généralement admis qu’il faut 3 unités d’azote pour faire un quintal de blé, mais avec les blés BAF, il faut plutôt compter 3,4 unités par quintal. En outre, il est conseillé de piloter la fertilisation avec un outil d’aide à la décision. Sans oublier que les autres critères de qualité (PS, teneur en mycotoxines…) restent importants, donc que la protection contre la fusariose est indispensable. Rebelde est la variété améliorante la plus cultivée en France. De nouvelles variétés BAF, avec davantage de potentiel, et plus adaptées au climat alsacien vont arriver sur le marché. À l’image de Colmetta, un blé correcteur à bon potentiel. Au rayon des variétés de blé Cette année, pas de nouveauté qui améliore le rendement à signaler, mais du mieux en fusariose. Solindo est une variété très précoce à réserver aux semis tardifs pour la protéger du gel. Elle a une productivité moyenne mais très régulière. Son principal atout est son très bon comportement fusariose qui en fait une bonne candidate après maïs. Il s’agit d’une variété de blé panifiable (BP). Filou se caractérise par un bon PMG. Elle se comporte bien vis-à-vis des maladies du feuillage mais est sensible à la fusariose. Elle est donc déconseillée dans les situations à risque. Pilier est une variété demi-précoce, sensible à la rouille jaune mais très bien notée pour son comportement face à la fusariose et sa faible disposition à accumuler les DON. LG Abasalon a un bon comportement septoriose mais est sensible à la fusariose. Par contre elle n’exprime pas beaucoup les mycotoxines. Et elle a un bon potentiel de rendement. RGT Sacramento combine une bonne note fusariose et du potentiel de rendement. Chevignon est une variété très productive, avec un bon comportement vis-à-vis des maladies du feuillage. Macaron est censée avoir un bon comportement fusariose mais présente néanmoins des symptômes en Alsace, ce qui peut s’expliquer par le fait que le blé vient souvent après un maïs. Invictus est un blé hybride qu’il convient de ne pas semer trop dense car il talle beaucoup et a un potentiel de rendement intéressant. Sensible aux maladies du feuillage, il exprime peu les mycotoxines. Fractionner l’azote pour combiner rendement et protéines Ces dernières années, la teneur en protéine des blés tendres français a eu tendance à s’éroder, menaçant la compétitivité de la filière. C’est pourquoi ses acteurs ont mis en place un « Plan protéines blé tendre ». Entré en vigueur en juillet 2014, il a pour objectif d’améliorer la teneur en protéines dans les blés tendres jusqu’à atteindre un taux moyen national d’au moins 11,5 %. Un objectif qui exige un certain niveau de technicité de la part des producteurs, qu’il convient de rémunérer. Et c’est justement là que le progrès achoppait jusqu’à présent, puisque les protéines n’étaient pas spécialement mieux rémunérées. Pour lever ce frein, la Comptoir agricole a révisé sa grille de rémunération : « En dessous de 12 % de protéines il n’y a pas de changement, mais au-dessus de 12 % le bonus a été réévalué de manière à ce que plus la teneur en protéines et le rendement soient importants, plus l’impact économique est grand », décrit Clément Weinsando, du Comptoir agricole. Une manière d’inciter les adhérents à bien fractionner les apports d’azote, pour combiner à la fois rendement et protéines. « C’est la variété qui fixe le taux de protéines au départ, hiérarchise Clément Weinsando. Le second levier c’est la fertilisation, et en premier lieu la dose. » Pas de révolution à ce niveau-là : il s’agit d’apporter la dose calculée par la méthode du bilan, et de la fractionner, en réservant une quarantaine d’unités d’azote à apporter en fin de montaison pour sécuriser la teneur en protéines. Après 4 ans d’essais, Clément Weinsando peut affirmer que « réduire de 40 unités la dose d’azote totale calculée ne joue pas sur le rendement, car la méthode est sécurisante. Par contre, en diminuant la dose totale d’azote apportée, on perd en protéines et de manière très linéaire. » Dès lors, le fractionnement apparaît comme un levier supplémentaire pour combiner rendement et protéines. Un fractionnement de précision avec Farmstar Optimiser ce fractionnement, c’est justement l’une des applications du service Farmstar. Grâce à des mesures satellitaires de biomasse et du statut azoté de la plante, cet outil est capable de fournir des conseils pour la fourniture azotée à l’échelle intraparcellaire. Au départ, la dose prévisionnelle est calculée en fonction de la méthode du bilan et du potentiel de rendement estimé de la parcelle. De la dose totale calculée, il s’agit de mettre en réserve une certaine dose d’azote, plus ou moins importante en fonction de la capacité de la variété à faire de la protéine. Farmstar intervient ensuite en mesurant la biomasse et la teneur en chlorophylle, ce qui renseigne sur la croissance du blé et son statut azoté. Le potentiel de rendement peut alors être réévalué si nécessaire, et l’utilité de faire un troisième apport et à quelle dose peut dès lors être appréciée. Pour illustrer son propos, Clément Weinsando a guidé les visiteurs dans un essai compilant diverses modalités de fertilisation azotée. Même pour un quidam, la chute du potentiel de rendement du témoin saute aux yeux : « Il y a quelque 110 épis par mètre carré en moins par rapport aux autres modalités », précise Clément Weinsando. Pour le reste, les différences sont visuellement plus ténues. Le blé qui a reçu une dose d’azote plus importante que celle calculée par la méthode du bilan semble plus vert que les autres, ce qui aura certainement un impact sur le rendement et la teneur en protéines. « L’impasse sur le premier apport entraîne un décrochage de la densité d’épis », indique Clément Weinsando. Néanmoins « apporter une dose importante au premier apport ne sert pas à grand-chose. Sauf à augmenter le risque de verse. » Pour lui, le fractionnement en 4 apports et le pilotage par Farmstar sont les deux modalités qui semblent les plus intéressantes. Mais un bon compromis consiste à apporter 60 unités tôt au premier apport, à mettre 40 unités en réserve pour le troisième apport, à apporter au deuxième apport la dose qui permet d’atteindre la dose totale calculée, et à n’apporter les dernières unités que si l’utilisation d’un outil d’aide à la décision confirme l’utilité de cette intervention.

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