Grandes cultures

Témoignage de Michel Schaub à Breuschwickersheim

Maïs : des situations très hétérogènes

Publié le 14/09/2018

Agriculteur à Breuschwickersheim, Michel Schaub décrit une campagne caractérisée par des situations très hétérogènes, qui s’expliquent essentiellement par des précipitations extrêmement localisées, plus ou moins bien valorisées en fonction des types de sol.

Michel Schaub cultive une cinquantaine d’hectares de SAU, dont 10 ha de blé, 9 ha de betteraves sucrières, 27 ha de maïs et 4 ha de prairies et autres SIE, notamment des bandes enherbées, mises en place sur les chemins préférentiels de l’eau depuis que les coulées d’eau boueuse sont devenues un phénomène récurrent. « Avec d’autres agriculteurs de Breuschwickersheim et des villages alentour, nous pratiquons aussi des assolements concertés. Tout le monde est gagnant car cela permet de limiter le phénomène », précise-t-il. Jusqu’en 2006, Michel Schaub était également éleveur. Mais pour poursuivre cette activité « il aurait fallu investir, ou m’associer ». Il a préféré arrêter. Pour compenser l’absence de déjections animales, il pratique des échanges paille/fumier. Mais, au bout de 12 ans à ce régime, il constate tout de même que ces sols sont « moins aérés, moins riches ». Michel Schaub ne sème jamais ses maïs avant le 7-8 avril, afin de ne pas exposer les semis au risque de gel. Cette année, il a semé ses maïs du 14 au 19 avril, soit dans une fenêtre de tir assez serrée, pour profiter de bonnes conditions. Sa politique en matière de choix variétal consiste à panacher des variétés cornées - « leur potentiel de rendement est moins bon que celui de variétés plus tardives, mais il est compensé par des primes » - et des variétés tardives, plus intéressantes en termes de rendement : « Je vais jusqu’à des indices de 360 voire 400 exceptionnellement, mais pas au-delà car je poursuis aussi l’objectif de pouvoir moissonner dans de bonnes conditions. » Le début de la campagne était prometteur : les levées se sont bien passées et « les maïs étaient jolis au départ. » Mais la hausse du mercure les a fait monter très vite, avec des insertions d’épis hautes, ce qui a eu tendance à les fragiliser, « en plus d’une pression pyrale importante ». Pour lui, le point crucial de la campagne a été les précipitations à la floraison. En ce qui le concerne, la plupart de ses parcelles ont eu assez d’eau pour que la fécondation se fasse, mais pas assez pour qu’elle soit optimale : « Les épis sont assez grands, mais ils ne sont pas remplis jusqu’au bout. » Et le manque d’eau risque aussi d’avoir affecté le Poids de mille grains (PMG). Ce qui caractérise le plus cette campagne, c’est l’hétérogénéité des situations : « Avec les pluies d’orage, avec la même variété et des densités de semis identiques on constate des différences visuelles de maturité et de potentiel de rendement en fonction des secteurs. » En effet, les précipitations ont été extrêmement localisées : « On a eu un épisode avec 40 mm à Entzheim, 15 mm à Breuschwickersheim et 0 à Hurtigheim. Ici, on a eu sporadiquement 10 à 25 mm, mais avec nos sols, cela a suffi à sécuriser le rendement ». Du 140-150 q/ha comme du 70-80 q/ha En effet, l’hétérogénéité des situations s’explique à la fois par les quantités d’eau reçues, mais aussi par les types de sol : « En sol profond, une précipitation est mieux restituée qu’en sol superficiel. » Ces différentiels s’observent parfois au sein d’une même parcelle, « par exemple entre des maïs situés en haut et en bas de pente nous avons pu constater jusqu’à six points d’humidité d’écart », rapporte Michel Schaub. Ce qui lui fait dire que les rendements seront extrêmement hétérogènes : « Certains récolteront peut-être des parcelles à 140-150 q/ha, mais il y en aura aussi à 70-80 q/ha. » Pour sa part, Michel Schaub a déclenché l’opération moisson exceptionnellement tôt : le 22-23 août, par une parcelle de maïs denté, à 30 % d’humidité, mais qui avait versé. Puis il a continué avec les variétés cornées, à des taux d’humidité compris entre 24 et 27 %. « J’aurais pu attendre encore un peu, mais je ne voulais pas risquer l’égrainage », indique-t-il. Sur la parcelle versée, il a obtenu un rendement de 72 q/ha, et ne pense pas dépasser un rendement moyen de 110 q/ha : « Je reste sceptique. Ça a l’air pas trop mal, mais ça dépend des secteurs, et puis il y a aussi eu quelques dégâts de sangliers. » Pour faire face aux périodes de sécheresse prolongée Michel Schaub va en priorité revoir ses critères de choix variétal, pour des variétés plus rustiques. Et puis il y a l’irrigation : « On en parle de plus en plus. Ça s’est déjà fait dans le secteur, en puisant dans de petits cours d’eau. Mais pour moi ce n’est pas une bonne solution. Si on investit pour s’équiper en matériel d’irrigation, il faut que ça fonctionne. Or, en puisant dans les cours d’eau on s’expose au risque de restriction d’irrigation. L’autre solution serait d’investir en commun dans des puits d’irrigation car il y a des sources, mais y accéder représente un coût. » De tels investissements ne figurent pas dans les intentions à court terme de Michel Schaub, qui envisage plutôt de travailler sur des techniques culturales, comme la couverture des sols : « J’essaye déjà de laisser mes Cipan en place le plus longtemps possible. » Mais il se dit freiné par la perspective de devoir investir dans du matériel : « J’ai un tracteur de 1964 qui roule encore. Mais si j’investis, ce sera dans le sens de nouvelles techniques culturales. » Quant à modifier son assolement, Michel Schaub est sceptique : « Avec la chrysomèle, j’avais fait plus de blé et moins de maïs. Mais le maïs reste une culture qui donne de bons résultats car elle est bien adaptée à la région. »

Publié le 06/08/2018

Dans les régions les plus en avance, la récolte du maïs fourrage pourrait démarrer dès la mi-août, avance Arvalis - Institut du végétal.

Arvalis - Institut du végétal publie une carte des dates prévisionnelles de début des récoltes des maïs fourrage établie le 20 juillet. Elle précise, par région, la période possible de début des chantiers de récolte pour des scénarios climatiques à venir chauds, et montre que la maturité s’est encore accélérée. L’objectif est de sensibiliser éleveurs, Cuma et entreprises de travaux agricoles de l’avancement de la maturité des maïs pour déclencher les chantiers de récolte à temps. Une dernière carte sera publiée début août. Comment est construite la carte ? Pour chaque région, les experts d’Arvalis - Institut du végétal ont défini le groupe de précocité dominant et la date médiane des semis en 2018. Avec les données météo de l’année en cours et les données statistiques sur les semaines à venir, il est possible de prévoir une période à laquelle le stade de récolte sera atteint. Cette prévision est régulièrement mise à jour pour prendre en compte le climat de l’année. Afin d’étaler la période de chantier, et pour éviter les récoltes tardives à taux de matière sèche trop élevé, la carte propose une période de début de récolte par région. Visiter les parcelles pour organiser les chantiers de récolte La période de début de récolte figurant sur la carte correspond aux maïs les plus avancés de chaque région. Elle prend en compte les températures relevées depuis le 13 juillet. Ce qui explique que, pour certaines régions (Nord-Est, Centre, Sarthe), les périodes de début de chantier proposées sont avancées de 2 à 5 jours par rapport à la carte du 13 juillet, et que les premières récoltes sont estimées avant le 15 août. Il revient à chaque éleveur de vérifier la maturité de ses maïs par les méthodes habituelles (observation de l’état des plantes, de la maturité des grains). Les chantiers se déroulant sur environ un mois, Arvalis - Institut du végétal recommande de commencer les récoltes suffisamment tôt dans la saison pour ne pas les finir à des taux de matière sèche trop élevés. La plage optimale de récolte des maïs fourrage se situe entre 31 et 35 % de matière sèche plante entière. La période à laquelle ce stade est atteint est fonction du groupe de précocité de l’hybride cultivé, de sa date de semis et des conditions climatiques. Le suivi des sommes de températures depuis le semis, ou depuis la floraison femelle (sortie des soies), permet de prédire la période optimale de récolte. Trois à quatre semaines après la sortie des soies (stade repère de la floraison) l’observation des grains permet de mieux prédire la date optimale de récolte. À cette date, on commence à voir la lentille vitreuse à l’extrémité des grains des couronnes centrales des épis. Pour les variétés à grains dentés, on commence à observer une dépression au sommet du grain. La lentille vitreuse, jaune dorée et difficilement rayable à l’ongle, correspond au dépôt d’amidon vitreux à l’extrémité du grain. La plante entière est alors, selon son gabarit et l’état des feuilles, entre 24 et 26 % de matière sèche. Si l’appareil végétatif est développé et les feuilles vertes, la plante est entre 23 et 25 % de matière sèche. Si l’appareil végétatif est court et les feuilles sèches sous l’épi, la plante est entre 26 et 28 % de matière sèche. À partir du stade d’apparition de la lentille vitreuse, il reste 6 à 8 points de matière sèche à acquérir pour atteindre le stade optimal de récolte, soit 32 - 33 % de matière sèche plante entière. Cela représente 140 à 180 degrés jours, soit 15 à 25 jours selon les régions, la période de récolte et le scénario climatique de la fin de l’été et de l’automne… En situation de déficit hydrique, l’évolution du pourcentage de matière sèche peut être très rapide, un demi-point par jour, voire jusqu’à un point en condition extrême. Pour bien comprendre l’importance de la bonne maturité des grains et visualiser la méthode d’observation de remplissage du grain au champ visionnez la vidéo d’Arvalis - Institut du végétal :  

Publié le 05/08/2018

« Bien mais pas top ». Voilà qui pourrait résumer la moisson de blé 2018. Par rapport à l’année dernière, le rendement est en baisse, « de 8 à 10 % », estime Christian Lux, responsable du service agronomie au Comptoir agricole. Une baisse imputable à un cumul de facteurs défavorables. Il y a d’abord eu un mois de janvier très humide. « Les excès d’eau ayant entraîné un phénomène d’asphyxie racinaire, et un mauvais développement des racines ». Puis un coup de gel fin avril, qui est intervenu après une période relativement douce, donc sur des blés qui amorçaient leur sortie d’hiver. Le mois d’avril a été relativement sec. Or les systèmes racinaires étant peu développés, les blés ont souffert du manque d’eau, et il y a eu des pertes de talles. En outre, le manque d’eau a pénalisé la valorisation des apports d’azote. Enfin, la fusariose s’est installée en fin de cycle, provoquant l’échaudage de groupe d’épillets. C’est ce cumul de petits accrocs qui a entraîné une perte de rendement d’au moins 5 %. Un constat valable un peu partout en Alsace, « Il n’y a pas de secteur épargné », rapporte Christian Lux. Mais la perte de rendement est plus ou moins importante en fonction des caractéristiques de chaque parcelle. Les sols limoneux, par exemple, sont un peu plus décevants, « mais ce ne sont de toute manière pas les plus adaptés au blé ». La fusariose : une menace sérieuse Cette déception quantitative est heureusement compensée par la bonne qualité des blés. Les PS sont bons, « en moyenne 78 », précise Christian Lux, les temps de Hagberg aussi, la teneur en protéine aussi, avec une moyenne supérieure à 12,5 %, conséquence d’une concentration des protéines liée à la baisse du rendement. Mais en ce qui concerne la teneur en mycotoxines, « on a eu chaud », prévient Christian Lux. Certes les teneurs sont en dessous des seuils réglementaires, mais il aurait pu en être autrement. « Les précipitations fin mai autour de la floraison ont entraîné des contaminations par la fusariose. Heureusement qu’il a fait sec de fin juin jusqu’à la moisson car cela a permis de limiter l’expression des mycotoxines. S’il avait plu davantage la qualité sanitaire aurait sans doute été dégradée », estime Christian Lux, qui incite donc les agriculteurs alsaciens à choisir des variétés tolérantes à la fusariose, même si ce critère n’est pas la priorité des sélectionneurs.

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