Alsace Soja’Tour 2018
Le soja progresse en plaine d’Alsace
Alsace Soja’Tour 2018
Publié le 22/06/2018
Année après année, le soja prend une place de plus en plus importante dans le paysage agricole local. Alternative économiquement intéressante au trio de tête des grandes cultures - maïs, blé, colza - c’est aussi une culture peu exigeante en intrant, donc intéressante dans un contexte d’évolution des pratiques agricoles vers moins d’intrants.
La sole régionale de soja ne cesse d’augmenter depuis plusieurs années. Afin de respecter la réglementation en matière de diversification des rotations, d’isoler du maïs semences… Mais pas seulement : « Le soja est une culture bas intrant et une légumineuse. Elle constitue une bonne tête de rotation, se récolte tôt, donc n’occasionne pas de tassement des sols », décrit François Lannuzel, conseiller agricole à la Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA). Mais le soja n’est pas non plus une panacée. Le désherbage, notamment, est assez technique. C’est pourquoi la CAA veut affiner ses connaissances sur cette culture et mène des essais en ce sens. Trois rendez-vous étaient organisés dans le cadre de l’Alsace Soja’Tour 2018, dont un à La Wantzenau, sur une parcelle de Fabien Metz. « Je cultive du soja sur cette parcelle depuis deux ans. D’abord pour isoler du maïs semences. Mais j’y vois aussi un intérêt agronomique », précise-t-il. Pour la récolte, Fabien Metz adhère à une Cuma, ce qui permet de mutualiser l’investissement et de sécuriser la récolte. Le soja a été semé le 20 avril, après un déchaumage et un faux semis. Aucune fumure de fond n’a été apportée, par contre, Fabien Metz a réinoculé la parcelle avec du rhizoflo (lire en encadré). Des bénéfices agronomiques difficiles à chiffrer « Avec un rendement moyen de 35 q/ha, le soja en système non irrigué permet de dégager une marge de quelque 900/ha en débouché alimentaire. Les charges opérationnelles s’élèvent à 440 €/ha, les principaux postes étant la semence et l’inoculation, suivis par le désherbage », explique Fabienne Boizet-Noel, conseillère grandes cultures à la CAA. En débouché non alimentaire, la marge est moindre, mais Fabien Metz tempère : « Si on n’a pas suffisamment de débouchés alimentaires, on peut aussi faire de la semence fermière ce qui permet de réduire le poste des semences dans les charges de l’année suivante ». Et Fabienne Boizet-Noel renchérit : « Le revenu généré par le soja est équivalent, en moyenne, à celui d’une céréale ou d’un maïs dans un contexte de prix céréaliers bas ». Un constat à prendre avec des pincettes en raison du faible pas de temps sur lequel il est établi : moyenne 2016-2017 pour le soja. Mais qui ne prend pas non plus en compte les bénéfices agronomiques induits par la culture, difficiles à chiffrer : reliquat azoté, amélioration de la structure du sol… En outre, le soja était, l’an dernier, éligible à une prime Pac de 40 €/ha, dont le montant est amené à évoluer en fonction des surfaces de protéagineux et de légumineuses plantés en France. En effet, le budget alloué à cette prime est divisé par le nombre d’hectares concernés en France. Par ailleurs, les conseillers rendent attentifs les producteurs : « Le soja pouvait jusqu’à présent entrer dans les SIE. Désormais il ne peut plus être considéré comme tel dès lors qu’il reçoit un traitement phytosanitaire ». Peu sensible aux ravageurs et aux maladies, le soja est néanmoins susceptible de développer du rhizoctone brun, dont l’agent pathogène est présent en Alsace, tout comme du sclérotinia. Mieux vaut donc ne pas faire plus de deux sojas d’affilée sur une même parcelle. « Le blé est la culture qui a le meilleur effet dépressif sur les maladies et les adventices du soja », indique François Lannuzel. La principale difficulté dans l’itinéraire technique d’un soja, c’est le désherbage. D’une part parce que la culture est peu couvrante en début de cycle, il convient donc de réguler efficacement les adventices. D’autre part parce qu’un certain nombre de produits homologués provoquent un phénomène de phytotoxicité sur le soja. Et doivent par conséquent être utilisés avec prudence et parcimonie. Une nouvelle matière active homologuée François Lannuzel a présenté la synthèse de cinq essais menés depuis 2011 sur des infestations d’adventices mixtes. Il en ressort que les stratégies incluant un traitement de prélevée sont très sécurisantes. Autre stratégie qui fonctionne : effectuer deux passages, un en prélevée à doses réduites, pour revenir en post-levée, par exemple avec du Pulsar. Les stratégies de post-levée intégrale donnent des résultats plus hétérogènes, en lien avec le stade plus développé des adventives, dans des conditions de traitement optimales plus difficiles à obtenir, notamment pour les produits qui requièrent des conditions poussantes. Néanmoins, les stratégies à deux traitements de post-levée peuvent s’avérer intéressantes sur des sites peu infestés. Une autre synthèse de trois essais démontre l’efficacité du binage. Il est possible de le coupler aux traitements chimiques, ce qui permet d’en réduire les doses, donc l’IFT, tout en conservant une bonne efficacité. Et le binage permet d’effectuer un rattrapage de sécurité. Par contre, comme pour le désherbage chimique, il faut réunir des conditions de traitement adaptées. La nouveauté pour cette campane, c’est l’homologation sur soja du métobromuron, une urée substituée à action racinaire, à mode d’action systémique, qui est préconisée pour les traitements de prélevée à la dose de 3 l, ou 2 l en sols sableux ou présentant moins de 3 % de matière organique, afin d’éviter la phytotoxicité. Le spectre de cette molécule est assez large, puisqu’elle a une action sur les dicotylédones et les graminées. Par contre, elle présente un risque de transfert vers les eaux souterraines. Il convient donc de l’éviter dans les zones de captage et autres secteurs à risque. « Il s’agit d’un produit d’association, à combiner avec du Mercantor, ou du Prowl, ou à rattraper avec du Pulsar. Nous le testons depuis trois ans, et nous avons constaté un gain d’efficacité par rapport au Prowl ou au Mercantor seuls, notamment sur chénopodes, sétaires et digitaires », décrit François Lannuzel, qui commente : « Ce n’est pas une révolution mais une nouvelle corde à notre arc pour alterner les familles chimiques ». La réunion s’est achevée par la visite d’un essai où la CAA teste différentes stratégies de désherbage : prélevée light suivie d’un rattrapage au Pulsar, pré + post avec ou sans adjuvantation, prélevée + post-levée précoce, différentes modalités d’application du Pulsar, que ce soit en termes de doses ou de stades… Résultats après la moisson !












