Grandes cultures

Grandes cultures

Suspendues à l’eau

Publié le 13/07/2023

La moisson avance à grand pas, avec des résultats hétérogènes selon les types de sol. Sans surprise, l’eau constitue le principal facteur limitant l’expression du plein potentiel des grandes cultures.

Le maïs, culture alsacienne numéro 1 en termes de surface, est dans une situation « hypercritique » lorsqu’elle n’est pas irriguée, rapporte Christian Lux, du Comptoir agricole. Les irrigants, eux, sauvent la mise, mais en cravachant, avec déjà pas moins de quatre tours d’eau au compteur en ce début de mois de juillet. Les conséquences du manque d’eau sur le maïs sont amplifiées par un événement inédit dans la carrière de Christian Lux : « Les maïs ont été semés dans des conditions plutôt humides, avec parfois un lissage des raies de semis et, surtout, quasiment plus d’eau après, ce qui a entraîné une importante rétractation des sols, en particulier les plus argileux. Résultat, l’ancrage du maïs a été fragilisé par ces importantes fentes de retrait, tant et si bien que des pieds ont versé et que des maïsiculteurs ont irrigué pour faire tenir les maïs. » Ces maïs n’ont évidemment pas une capacité d’exploration de la réserve utile optimale. Cette dernière étant quoi qu’il en soit plus souvent vide que pleine, « le rendement va être impacté. On est au stade 8-10 feuilles. On ne peut plus viser une année record, notamment dans le Bas-Rhin, où 80 % de la sole dédiée au maïs n’est pas irriguée ». La programmation est d’ores et déjà affectée. Et la floraison débute dans des conditions qui ne sont pas propices à la fécondation. En effet, les températures élevées rendent le pollen moins actif et les soies moins réceptives. Conclusion de Christian Lux : « On est sur la corde raide. » Les orages du 11 au 12 juillet ont chahuté quelques maïs, ont apporté de l’eau, mais parfois pas tant que ça. « Il faudra encore d’autres orages pour arriver au bout du cycle », prévient Christian Lux. Côté chrysomèle, la pression est variable selon les secteurs. « Elle reste raisonnable dans les secteurs non irrigués avec rotation. » Dans le Haut-Rhin, les niveaux de captures « explosent les compteurs » dans la Hardt et jusqu’au sud de Strasbourg, rapporte Florence Binet, ingénieure régionale à Arvalis - Institut du végétal. Résultat : des nécroses racinaires importantes du fait des larves, et des adultes qui consomment soies et feuilles. Malgré cela, l’irrigation, et une pluviométrie plus généreuse dans le sud de la région permettent de sauver la mise au maïs. Le maïs semences va bien. Par contre, ses cultivateurs irrigants, eux, sont fatigués d’irriguer. « Il n’y a pas eu d’eau depuis le 8 mai. Donc il y a déjà eu parfois six à sept tours d’eau », rapporte Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole. Le Haut-Rhin a été un peu plus arrosé, il y a eu un peu de répit, mais dans le Bas-Rhin, il n’y avait rien eu de significatif jusqu’aux orages de la nuit du 11 au 12 juillet, qui ont d’ailleurs grêlé et/ou fait verser quelques parcelles dans le secteur d’Ostwald, Lingolsheim et au sud de Colmar, où la castration avait commencé, ce qui signifie qu’il va falloir la finir à la main dans ces parcelles. Comme le maïs conso, le maïs semences souffre d’un enracinement limité, « notamment dans les terres difficiles ». La floraison a commencé pour les parcelles le plus précoces, et va s’amplifier au courant de la semaine. La baisse des températures et l’eau qui est enfin venue du ciel et pas de la nappe, arrivent donc au meilleur moment. Blé : un peu mieux que l’année dernière Une bonne partie de la moisson est engrangée. Dans le Bas-Rhin elle se solde par une bonne qualité des grains : PS dans la norme, teneurs en mycotoxines très faibles, bonne teneur en protéine. « Seul le calibre des grains peut faire défaut, en lien avec le manque d’eau », rapporte Christian Lux. A priori, le rendement s’annonce comparable à celui de l’an passé, où il y avait aussi eu une période sèche en fin de cycle. Cette année, elle a été à la fois plus précoce et plus longue, mais comme les rendements sont bons dans les terres profondes, la moyenne pourrait être un peu meilleure que celle de l’an passé : « 74 q/ha contre 72 q/ha », pronostique Christian Lux. Florence Binet corrobore les propose de Christian Lux pour le Haut-Rhin : « Nous allons vers une année moyenne, avec du très bon quand l’échaudage a pu être limité dans les terres profondes, et du moins bon dans les terres séchantes. » Si la moisson est quasiment finie en plaine, le plus gros reste à rentrer dans le Sundgau. Globalement, « le rendement sera là », indique Florence Binet.     Betteraves : l’inquiétude monte dans les terres superficielles Les désherbages ont bien fonctionné, les parcelles sont propres. La jaunisse et la cercosporiose sont bien maîtrisées grâce au suivi consciencieux de l’état sanitaire et à l’application d’un à deux traitements selon les secteurs. Comme il n’y a pas eu de précipitations significatives depuis la mi-mai, l’irrigation a commencé début juin dans les secteurs séchants, rapporte Laurent Rudloff, responsable agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, qui rappelle que 38 % de la surface betteravière alsacienne est irriguée. Si la betterave tient bon dans les terres profondes, l’inquiétude monte dans les terres plus superficielles, où elle commence à souffrir. « Nous espérons la pluie avec impatience », résume Laurent Rudloff. Les fortes chaleurs n’ont que peu d’impact sur la betterave, qui se met en pause en attendant des conditions meilleures. Les orages annoncés pour la soirée du mardi 11 juillet n’inquiétaient pas plus que ça Laurent Rudloff : « La grêle, c’est toujours localisé. Au pire ça crée des portes ouvertes pour les maladies. Mais ça reste de l’eau. » Et c’est toujours ça de pris.

Publié le 04/07/2023

Une fois moissonnées, les céréales d’hiver vont généralement laisser la place à des couverts végétaux. De plus en plus de solutions existent pour en tirer le meilleur parti possible. Thierry Kolb, technico-commercial en charge des intercultures et des cultures fourragères au Comptoir agricole a fait le point lors du Rendez-vous de juin organisé par la coopérative.

Les raisons d’implanter un couvert sont nombreuses : piéger des éléments minéraux, voire produire de l’azote avec des légumineuses, restructurer le sol grâce aux racines des plantes, limiter le salissement, produire de la matière organique, préserver la vie du sol en la protégeant des températures excessives… « Les objectifs sont propres à chacun. Mais, une chose est sûre, plus le couvert produit de biomasse, plus les services rendus sont importants », pointe Thierry Kolb. Or pour obtenir le plus de biomasse, le meilleur moyen consiste à laisser les plantes suffisamment longtemps en place. Aussi Thierry Kolb incite les agriculteurs à laisser les couverts en place le plus longtemps possible, jusqu’en décembre, voire en janvier : « Souvent, ils peuvent encore piéger des éléments minéraux. Et, surtout, s’ils sont détruits trop tôt, ils commencent à être minéralisés alors qu’il n’y a rien pour absorber les éléments minéraux libérés ». Espèces, choix variétal, date et méthode d’implantation jouent également. Différentes techniques d’implantation sont envisageables : semoirs à disques, à dents, chisel avec semoir à la volée… Pour Thierry Kolb, la méthode d’implantation la plus efficace est « le semis direct au cul de la moissonneuse-batteuse ». Cela permet de profiter de l’humidité résiduelle laissée dans le sol par la culture pour que le couvert commence à s’implanter. « Parfois on ne voit rien jusqu’en septembre et, à la première pluie, le couvert explose », rapporte le technicien. Autrement dit ce n’est pas parce qu’on ne voit rien qu’il ne se passe rien : les plantules émettent d’abord des racines, et les parties aériennes émergent dès que la quantité d’eau le permet. Si le semis direct donne d’aussi bons résultats, c’est aussi parce que « les graines sont placées dans l’humidité avec le moins de perturbations possible, ce qui limite les levées d’adventices, sachant que le couvert doit impérativement démarrer avant les adventices ». Autre atout de la technique : elle est sobre en carburant. Semis à la volée avant la moisson Les couverts peuvent aussi être semés à la volée avant la moisson. Une technique qui combine deux difficultés : le choix des espèces adaptées, et la technique d’apport des graines dans la parcelle. Pour lever ces difficultés, les semenciers proposent des mélanges spécifiques. Thierry Kolb cite le mélange Radisvolée MAS (pour Méthode Alpha Semences, développée par l’entreprise éponyme), composé de 10 % de phacélie, de 50 % de vesce velue et de 40 % de radis fourrager tardif anti-nématode, et dont les graines sont enrobées sur un support permettant leur semis à l’épandeur jusqu’à une distance de 36 m. Ou encore le mélange Bledor Sys Fly, contenant de la moutarde brune, de la vesce velue et de la vesce pourpre, la moutarde étant enrobée pour être alourdie. « Avec 80 % de légumineuses, il est conçu pour être semé entre deux céréales à paille », indique Thierry Kolb. Le semis à la volée avant moisson donne généralement de bons résultats, à condition de respecter certaines précautions. Il est par exemple conseillé de ne pas semer trop tôt avant la moisson, au risque de voir les plantules s’étioler à la recherche de lumière. Et, après la moisson, il est conseillé de broyer et répartir les pailles pour favoriser la germination du couvert. Dans le créneau des mélanges muti espèces, Thierry Kolb cite RGT Cover hivernal, un mélange complexe d’espèces à cycle long, à semer tôt, de préférence pas avant un tournesol puisqu’il en contient. « Le mélange contient du sorgho, qui peut servir de tuteur aux vesces et favorise la formation de mycorhizes », poursuit Thierry Kolb, qui précise : « C’est un mélange haut de gamme. Il faut compter une soixantaine d’euros par hectares, mais il donne de très bons résultats ». Le mélange RGT Sol Nitro, plus simple, n’en reste pas moins efficace. Il se compose de radis fourrager, de moutarde d’Abyssinie, de vesces et de phacélie. « De manière générale, le rapport C/N d’un couvert ne doit pas dépasser 20, pour éviter que sa dégradation ne crée une faim d’azote. C’est pourquoi, nous privilégions des mélanges qui comprennent des légumineuses et des espèces tardives, qui se lignifient tard », conclut Thierry Kolb.

Fertilisation du blé

Toujours plus près des besoins

Publié le 03/07/2023

Lors du « Rendez-vous de juin » dédié au blé, les adhérents du Comptoir agricole ont pu découvrir un essai consacré à la fertilisation du blé. Objectifs : limiter les charges tout en optimisant le rendement, mais aussi tester différentes formes d’azote ainsi que de nouvelles méthodes de fertilisation.

Les engrais azotés sont chers, et il est fort probable qu’ils le restent. Le Comptoir agricole a donc mis en place un essai, avec Arvalis - Institut du végétal, qui vise à identifier la ou plutôt les stratégies qui permettent d’atteindre la meilleure dose technico-économique d’azote, c’est-à-dire celle qui permet à la fois de limiter les charges et d’optimiser le rendement. La méthode de fractionnement classique (premier apport au tallage, deuxième apport au stade épi 1 cm et éventuel troisième apport) est questionnée, y compris sur la dose qui est apportée ou pas, à chaque stade. L’essai vise aussi à adapter ces pratiques à l’évolution du climat, c’est-à-dire à des printemps qui peuvent être plus secs, à des stades qui peuvent être atteints plus tôt. Par exemple, le stade épi 1 cm est, dans les esprits, corrélé au 15 mars. Mais, de plus en plus souvent, il est atteint plus tôt. Clément Weinsando, technicien au Comptoir agricole, encourage vivement les agriculteurs à effectuer un apport autour de cette date et quand une précipitation significative (15 mm dans les 15 jours qui suivent un apport) est annoncée.  « L’azote doit être disponible quand les besoins de la plante augmentent, et c’est à ce moment-là qu’ils sont les plus élevés », justifie-t-il. Autre élément à prendre en compte : l’exploration racinaire et la valorisation des reliquats azotés. « Ces derniers sont souvent estimés sur les deux premiers horizons, alors que les blés sont capables d’explorer l’horizon sous-jacent lorsque leur enracinement est maximum, c’est-à-dire autour de la floraison. À condition qu’ils aient évolué dans un contexte favorable à leur enracinement. Si ce n’est pas le cas, par exemple lors d’un printemps sec, le développement racinaire, et par conséquent l’exploration du troisième horizon, sont perturbés », décrit Clément Weinsando. Conséquence : une moindre absorption d’eau, d’éléments minéraux… Réduire les doses, oui mais comment ? Dans cet essai, réalisé avec la variété Arcachon semée le 30 octobre à une densité de 400 grains/m2, et avec un objectif de rendement de 90 q/ha, la dose de référence calculée par la méthode du bilan, est de 155 unités/ha. Une dose modérée donc, qui s’explique par des reliquats élevés, indique Clément Weinsando, qui précise aussi que tous les apports d’azote ont été valorisés par une pluie, « ce qui n’est pas toujours le cas ! » Le témoin, qui n’a pas reçu d’azote minéral et n’a donc comme fourniture azotée que les reliquats, présentait le 20 juin, une densité de 700 épis par mètre carré. La modalité dite classique consiste à apporter 40 unités au tallage, 75 au deuxième apport (situé autour du stade épi 2 cm, fin mars, pour des raisons inhérentes au caractère expérimental de l’essai), et 40 unités au troisième apport. La stratégie de réduction de charge a consisté à tester l’apport d’une dose réduite de 40 unités (soit 115 unités) selon différentes modalités : en effectuant l’impasse sur les 40 unités au tallage et en apportant le reste normalement, en effectuant une impasse de 40 unités en fin de cycle, ou en réduisant un peu chaque apport (de 13 unités) pour atteindre une réduction totale de 40 unités. « Il est important de garder à l’esprit que le coefficient d’utilisation de l’azote augmente progressivement jusqu’à la floraison, stade où l’azote est le mieux utilisé, à condition d’avoir de l’eau », souligne Clément Weinsando. Intuitivement, il semble donc plus intéressant d’augmenter la dose au deuxième qu’au premier apport. L’essai comprend aussi une stratégie d’adaptation aux printemps secs. Elle consiste à fractionner la dose totale en deux apports à peu près équivalents. Dans la modalité CHN, où la dose et la période d’apport sont déclenchées par un modèle qui intègre les besoins de la plante et la disponibilité des éléments, trois apports de 30 unités ont été effectués. Une autre modalité a consisté à apporter 50 unités chaque fois qu’une pluie significative était annoncée jusqu’à atteindre 155 unités. Enfin, la dose totale a été apportée avant le 15 mars, en effectuant deux apports à quinze jours d’intervalle. Verdict dans quelques semaines !

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