Grandes cultures

Récolte du maïs semences

Ne pas en perdre un grain

Publié le 16/06/2023

Tracer le maïs semences du champ au client final est un impératif pour le Comptoir agricole. Au fil des années, la traçabilité a été progressivement automatisée et informatisée. Grâce à la jointure entre la traçabilité durant la récolte et durant la transformation à l’usine, elle est désormais complète, du champ au client final.

Alors que les maïs semences poursuivent leur cycle, le Comptoir agricole prépare déjà la campagne de récolte 2023. Ce sera celle de l’utilisation de l’outil de traçabilité GeoCrops qui a été testé en 2021 en parallèle du système papier, et en 2022 seul, avec « très peu de soucis, et une bonne fluidité », rapporte Arnaud Waldy, technicien de production de semences au Comptoir agricole. « Ce logiciel, développé par la société QuestInnov, spécialisée dans l’élaboration d’outils destinés aux industries semencières, permet de se passer des fiches papier qui accompagnaient la cinquantaine de bennes dédiées à la récolte du maïs semences, du champ jusqu’à l’usine, et qui pouvaient se perdre ou s’abîmer en cours de route. » Désormais, les bennes sont suivies uniquement grâce à un système de code-barres qui permet de les identifier. En outre, les deux corn-pickers qui effectuent la récolte sont suivis grâce à des balises GPS. « Dans 95 % des cas, les deux corn-pickers travaillent en même temps sur la même parcelle. Grâce à leur géolocalisation, il est possible de savoir, à distance, où ils sont, la vitesse à laquelle ils avancent, s’ils sont en mode travail ou à l’arrêt », détaille Arnaud Waldy. Au-delà d’avoir un suivi du chantier de récolte en temps réel, cela permet aux équipes du Comptoir agricole de prévoir de manière plus précise le nombre de bennes nécessaires au transport de la récolte d’une parcelle. « Une fois qu’une benne est remplie, ce qui correspond à environ 10 t de maïs semences, on connaît la surface qui correspond à une benne. Et on sait donc combien il faut de bennes pour réceptionner la récolte de la parcelle entière. » Une information importante qui permet d’optimiser le chantier de récolte : « Avant, on estimait la quantité de bennes au jugé. Il arrivait donc qu’il reste des bennes vides, qu’il fallait transporter à nouveau jusqu’à la parcelle suivante, ce qui faisait perdre du temps et demandait plus de manutention », rappelle Arnaud Waldy. Désormais, la récolte est optimisée. « Par sécurité, il y a souvent une ou deux bennes de trop quand même, mais ça n’est pas gênant car il y a de toute manière une remorque porte caisson qui va de parcelle en parcelle », précise le technicien. Des sécurités entre grains des champs et grains d’usine Ce système permet aussi de faire correspondre chaque benne à un numéro de contrat, qui correspond lui-même à un agriculteur et une variété. Ainsi identifiée au champ, la remorque est prise en charge par un transport partenaire qui la dépose sur le site de Marlenheim, où elle suit la procédure d’entrée. C’est-à-dire qu’elle est pesée et scannée avant d’être placée en ventilation. Une étape qui permet de dessiquer les épis, soit avec de l’air froid, soit avec de l’air chaud, pour les variétés plus difficiles à effeuiller, ou pour les épis récoltés plus humides. À ce stade, la traçabilité passe du logiciel GeoCrops à l’outil GUS (Gestion usine de semences) : « Les deux outils communiquent de manière automatique depuis deux ans », précise Arnaud Waldy. En outre, la communication entre les deux systèmes inclut des mesures de sécurité : « Quand une benne pleine passe de GeoCrops à GUS, elle disparaît de GeoCrops. Et quand une benne est vidée dans GUS, elle réintègre GeoCrops. On sait donc qu’elle est disponible et peut servir à aller collecter une nouvelle variété, chez un autre agriculteur, donc sous un autre numéro de contrat ». Une fois la benne vidée dans la chaîne d’effeuillage, elle est déclarée vide et peut réintégrer le processus de récolte. Son contenu, lui, poursuit le processus de transformation : tri, séchage en cellules (là aussi le code-barres permet de savoir ce que contiennent les différentes cellules de séchage), égrainage, stockage, calibrage, ensachage, expédition… À noter que, comme les bennes, les cartons qui servent au stockage des grains sont identifiés, tracés, et qu’une fois vidés de leur contenu, ils retournent dans le circuit pour accueillir le fruit d’un nouveau contrat. Rien ne se perd donc : ni les grains, ni les bennes, ni les cartons.

Produits phytosanitaires

Moins, mieux et dans l’ordre !

Publié le 06/05/2023

Mercredi 29 avril, le Comptoir agricole retrouvait ses adhérents sur son site de Maennolsheim pour un atelier technique en partenariat avec Syngenta sur la thématique des produits phytosanitaires. Au programme : buses, applications et recettes de bouillies.

Pour limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, plusieurs solutions sont envisageables. La première est de ne plus en utiliser, ou moins. Par exemple en ayant recours au travail du sol mécanique pour remplacer les herbicides, en laissant davantage les sols couverts pour ne pas laisser de fenêtre d’installation aux adventices, en ne traitant que sur le rang… Des solutions qui fonctionnent, mais pas partout. Aussi est-il aussi nécessaire de traiter mieux. Dans ce domaine, il existe par exemple désormais tout un panel de buses, qui permettent de mieux répartir les produits phytosanitaires, de limiter leur dissémination par dérive, bref d’optimiser la pulvérisation. Encore faut-il réussir à choisir les buses les plus adaptées à chaque usage dans l’offre du marché. C’est pourquoi Arnaud Schleiffer, technico-commercial pour Syngenta en Alsace, présente l’application Optibuse qui compile l’ensemble des marques de buses, et permet de choisir les plus adaptées en renseignant le volume de bouillie, la vitesse d’avancement, l’écartement entre les buses… Gratuit, l’outil permet de trier les buses par marques et donc de choisir celles qui limitent au mieux la dérive dans les conditions d’utilisation de l’agriculteur. Pour bien faire, il s’agit aussi de « changer les buses tous les quatre ans », précise Arnaud Schleiffer. Protéger l’environnement et les agriculteurs Autre outil qui permet de traiter mieux : l’application Quali’Cible, un outil cartographique gratuit, qui fournit les conditions d’applications autorisées de différentes spécialités en fonction de la localisation des parcelles et de leur situation par rapport aux zones de captage. « Ces outils sont développés pour être utilisés, mais aussi pour démontrer que les fabricants de produits phytosanitaires élaborent des outils pour qu’ils soient bien utilisés », pointe Fabrice Bouchet, expert en agriculture durable chez Syngenta. Objectif : éviter l’interdiction de certains produits. Pour le S-metolachlore, la stratégie n’a pas suffi. Les agriculteurs ont jusqu’en 2025 pour finir leurs stocks. Ensuite, il faudra se passer de cette matière active herbicide. « Nous aurons d’autres solutions, assure Fabrice Bouchet. Mais elles seront aussi cherchées, donc trouvées. D’où l’intérêt de limiter la dérive, les doses, de cibler au plus près les traitements, car moins les produits vont au sol, mieux c’est. » Une nouvelle version de Quali’Cible est en cours d’élaboration. Elle comprendra d’autres zonages : Natura 2000, ZNT, où les buses anti-dérive sont d’ailleurs obligatoires.     Limiter les effets indésirables des produits phytosanitaires, c’est aussi lutter contre leur impact sur la santé des utilisateurs. C’est dans cet objectif que onze firmes se sont rassemblées pour élaborer un connecteur universel de bidons aux pulvérisateurs, baptisé Easyconnect, au tarif de 2 500 €. Pour l’instant, cette version est manuelle, c’est-à-dire que c’est à l’agriculteur de verser la quantité de chaque produit, une fois le bidon connecté, dans la cuve, à l’aide des graduations. Déjà une prochaine version, équipée d’un programmateur qui permettra de prélever automatiquement le volume voulu, est en cours d’élaboration. Autre atout d’Easyconnect : les bidons et les bouchons peuvent aller dans la même sache Adivalor pour être recyclés.     D’abord les ingrédients solides, puis liquides Bien utiliser les produits phytosanitaires, c’est bien comprendre comment ils fonctionnent. Or, l’époque où les agriculteurs utilisaient des produits à large spectre, formulés pour garantir une efficacité maximale, est révolue. Aujourd’hui, il revient aux agriculteurs d’élaborer leur propre recette. Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement du Comptoir agricole, a donc exposé le rôle des différents ingrédients dont disposent les agriculteurs. Mais d’abord, il a rappelé qu’un produit phytosanitaire doit être « efficace, sélectif, stable, sûr et facile d’utilisation ». Pour résoudre cette équation, les agriculteurs disposent des matières actives, qui sont efficaces sur leur cible, et d’adjuvants qui ont différentes fonctions : étaler, faire adhérer, faire pénétrer, humecter, empêcher le lessivage, limiter la dérive, assurer la qualité de la bouillie (pH et dureté de l’eau, éviter la formation de mousse…). L’adjuvantation dépend de nombreux facteurs, dont la météo : « Certains produits doivent pénétrer dans les feuilles pour agir, donc traverser la cuticule, dont l’épaisseur dépend de l’âge de la plante et des conditions météorologiques. Quand il fait chaud et sec, la plante se lignifie, la cuticule devient plus épaisse, et il faut donc d’autant mieux adjuvanter les matières actives », illustre Christian Lux. L’adjuvantation dépend aussi des espèces : « Les graminées notamment, sont peu mouillables, les gouttes coulent facilement. » À l’inverse, le maïs au printemps pousse très vite et sa cuticule est fine. Dès lors, l’utilisation d’huiles entraîne un risque de brûlures. Après avoir livré quelques astuces d’expert pour être efficace mais pas trop agressif, Christian Lux passe au second point de son propos : l’ordre d’introduction des produits dans la cuve des pulvérisateurs. Car, comme en pâtisserie, cela a son importance ! Et là aussi, la première distinction se fait entre les produits secs (poudres, granulés) et les produits liquides, pouvant être à base d’huile ou d’eau. La pratique valant mieux que de longs discours, Christian Lux propose aux agriculteurs de donner l’ordre d’introduction des ingrédients de deux bouillies. Un exercice auquel les agriculteurs ont su répondre sans trop d’hésitations ni d’erreurs. Retenons que les adjuvants correcteurs de bouillie se mettent en premier (l’anti-mousse par exemple, afin d’éviter que la suite ne déborde), puis les ingrédients solides, puis les ingrédients liquides, d’abord ceux formulés dans l’eau puis ceux formulés dans l’huile, et enfin les adjuvants type huiles et mouillants. Enfin Christian Lux rappelle l’importance de bien nettoyer le pulvérisateur entre deux traitements différents, « surtout quand il y a du colza et/ou de la betterave dans l’assolement ».

Chrysomèle des racines du maïs

La surveiller pour bien lutter

Publié le 27/03/2023

La chrysomèle des racines du maïs fait désormais partie de la liste des ravageurs du maïs en Alsace. Une lutte efficace contre l’insecte passe par un suivi attentif des populations, afin de mettre en place les mesures qui s’imposent. La plus efficace est la rotation à l’échelle territorialisée pour couper les vivres à l’insecte.

On ne présente plus la chrysomèle des racines du maïs. Rappelons tout de même que ce sont les larves de ce ravageur qui causent le plus de dommage au maïs, en consommant leurs racines, et que, de ces larves, émergent des adultes, généralement début juin, qui vont s’accoupler, et produire une nouvelle génération de larves, en pondant dans le sol. Rappelons aussi que, depuis que le ravageur a été détecté en Alsace, sa population n’a cessé de croître, malgré les différents dispositifs de lutte mis en place. L’année 2022 a été particulière. En effet, les adultes ont émergé particulièrement tôt, le 20 juin, et de manière très groupée. Le climat, chaud et sec, n’est sans doute pas étranger à cette accélération du rythme de l’insecte. En outre, la majorité de l’envol a eu lieu fin juin début juillet, puis « quasiment plus rien, alors que d’habitude, les envols sont réguliers de juillet à août », décrit Florence Binet, d’Arvalis - Institut du végétal, qui avance une hypothèse pour expliquer ce phénomène : les traitements effectués pour maîtriser les populations de pyrales ont pu avoir un effet sur la chrysomèle en réduisant le nombre d’adultes en juillet. Mais cette diminution du nombre d’adultes ayant aussi été observée dans des parcelles non traitées, ce n’est pas la seule explication.     Une chose est sûre, ce décalage du cycle de la chrysomèle a pénalisé son suivi : « Les pièges ont été installés trop tard, nous avons donc raté le début et les deux premières semaines de vol. Il nous manque une part significative des informations. Si bien que nous ne pouvons pas nous prononcer sur la dynamique de la population en 2022 », indique Florence Binet. Cette année, Arvalis va poser des cages d’émergence dans les parcelles de maïs bien en amont, pour anticiper un éventuel avancement des dates d’émergence et ne pas louper les premiers vols des adultes. Car c’est à ce moment-là que les agriculteurs doivent poser les pièges de détection qui doivent permettre de quantifier le nombre d’adultes par mètre carré dans les parcelles, critère qui détermine les moyens de lutte à mettre en œuvre (cf tableau). La rotation devant être appliquée « de préférence de manière territorialisée, en concertation avec les voisins, pour plus d’efficacité ». Cibler les larves, vérifier l’état des racines Côté lutte insecticide, pas de changement : « Il convient de privilégier la lutte contre les larves car ce sont elles qui pénalisent le rendement, avec des traitements au semis, sous forme de microgranulés », souligne Florence Binet. Lutter contre les adultes sera moins efficace, voire contreproductif. La campagne précédente a très bien illustré les effets secondaires délétères des insecticides sur les auxiliaires : « Les traitements effectués contre la pyrale ont eu des effets sur les populations d’auxiliaires qui, d’habitude, modèrent celles d’acariens. Résultats : les acariens ont proliféré dans les parcelles, ce qui n’a pas aidé des maïs déjà soumis au stress hydrique et thermique », décrit Florence Binet. Pour la campagne suivante, la spécialiste encourage les agriculteurs à équiper leurs parcelles des pièges qui vont leur permettre de prendre les bonnes décisions. Ainsi qu’à régulièrement aller constater les dégâts, en déterrant quelques pieds de maïs afin d’observer leurs racines, pour voir si elles sont consommées, nécrosées… En effet, Florence Binet l’a constaté : « En situation irriguée le maïs compense les attaques de chrysomèles en refaisant des racines. Du coup l’impact du ravageur est moins visible qu’en situation non irriguée. Mais il n’empêche que, même si le maïs arrive à compenser les nécroses racinaires grâce à l’irrigation, le potentiel de rendement est pénalisé. Car l’énergie que le maïs produit à refaire des racines, il ne la met pas dans les composantes du rendement. »

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