À quelques jours de la moisson
Les semis précoces sauvent la mise
À quelques jours de la moisson
Publié le 28/06/2023
De la mi-mai au 20-21 juin, 80 % du territoire alsacien n’a pas reçu une goutte de pluie. Les blés finissent donc leur cycle sur les rotules. Le potentiel de rendement semble néanmoins préservé, à la faveur de semis précoces qui ont entraîné un remplissage en amont de cette période. Mais on a eu chaud !
Alors que les moissonneuses-batteuses sont dans les starting-blocks, le bilan de la campagne peut être dressé. Pour être exhaustif, il faut remonter à la récolte des maïs 2022, qui a été précoce, fin août - début septembre, avec des rendements assez décevants, mais aussi, par conséquent, des reliquats azotés élevés. Les parcelles ayant été libérées tôt, bon nombre d’agriculteurs ont fait le choix de semer les blés plus tôt. La majorité des parcelles a été semée de début à fin octobre. Seuls les blés de betteraves ont été semés plus tard, jusqu’en décembre, et dans des conditions de sol pas toujours adaptées. Si la précocité des semis est aujourd’hui ce qui sauve la mise, en sortie d’hiver, elle a causé quelques frayeurs. En effet « la densité n’a pas toujours été adaptée à la précocité des semis », pointe Julien Schotter, technicien au Comptoir agricole. Après un hiver plutôt doux et humide, les blés ont tallé fort, et la densité d’épis était très importante. La douceur hivernale a aussi rendu les blés très dynamiques : « Ils ont eu jusqu’à quatre semaines d’avance sur un cycle classique, ce qui fait que le stade épi 1 cm a pu être atteint le 5 mars », indique Julien Schotter. En avril, les blés étaient tellement en avance que « nous étions inquiets face à un risque de gel des épis, qui n’a finalement pas eu lieu ». La fraîcheur du mois d’avril a eu l’avantage de calmer un peu les blés, qui conservent malgré tout une dizaine de jours d’avance lorsqu’ils abordent la floraison, vers le 15 mai. Résultat des courses, le remplissage des grains débute lui aussi précocement, et sous des températures clémentes. À ce stade, les blés affichent une densité de 730 épis/m2 en moyenne, soit dans la fourchette haute, et une programmation de 35 à 40 grains par épis en moyenne, rapporte Julien Schotter. Risque mycotoxine minime « La phase de remplissage dure généralement de cinq à six semaines, avec en général quatorze jours échaudants. Cette année, il y en a eu dix. Les conditions stressantes sont arrivées alors que la phase de remplissage était déjà bien avancée », indique Julien Schotter, qui précise aussi que, sur l’ensemble du cycle du blé « il y a eu autant d’eau que l’an passé » et que « selon les experts, si on a eu 30 mm avant l’épiaison, le blé a quasiment de quoi finir son cycle ». Le rendement semble donc préservé. Du moins pour les agriculteurs qui ont semé tôt. La donne sera sans doute différente pour les blés qui ont été semés tard, qui sont parfois encore verts, et qui font leur remplissage dans des conditions de stress hydrique et de températures élevées. Sans oublier que leur qualité d’enracinement laisse parfois à désirer, les limitant dans leur capacité à prospecter le sol pour valoriser la réserve utile. « Pour ces blés-là, le remplissage risque d’être pénalisé par l’échaudage. Mais, pour les blés qui ont été semés tôt, et même pour ceux qui ont été semés à des dates classiques, dans de bonnes conditions, nous pensons que le potentiel de rendement est bon, voire supérieur à celui de l’an passé », résume Julien Schotter. Plusieurs autres facteurs ont joué en la faveur des blés : « Les conditions météorologiques n’ont pas du tout été propices au développement des maladies cryptogamiques. Si bien que le risque mycotoxines est très faible cette année ». Un peu de rouille de brune a pu se développer fin mai. Juste de quoi rappeler que la protection contre les maladies cryptogamiques est « toujours utile ». Certes, la double protection n’était pas forcément nécessaire cette année, « mais on ne pouvait pas le prévoir ». Par contre, les conditions météorologiques ont été favorables à la valorisation de tous les apports d’azote. Il y aura donc du blé alsacien à moudre cette année. Mais, il s’en est fallu de peu : « Si on n’avait pas eu ces dix jours d’avance sur le cycle ça aurait été beaucoup plus compliqué », conclu Julien Schotter. Feux de moisson : prévenir et protéger Le risque de feux est une nouvelle donne en Alsace et dans le Grand Est depuis l’été 2022 et particulièrement dans les forêts. Toutefois les zones agricoles ne sont pas épargnées, surtout durant les moissons des céréales d’hiver. Cette période de travail estival sur une végétation sèche et avec des températures élevées est risquée, d’autant plus si le vent est fort. Le travail de moissonnage peut provoquer des étincelles et donc un éventuel départ de feu sur les pailles et/ou une fuite d’huile ou de carburant et ce surtout sur les sols pierreux de la Harth, du Ried et de l’Alsace bossue. Un feu de moisson peut enflammer une machine, monopoliser les pompiers... Pour limiter le risque, des précautions sont à prendre : vérifier le bon fonctionnement des engins agricoles, l’intégrité des fils électriques, l’entretien des filtres et courroies, l’absence de fuites ; prévoir une tonne à eau et un déchaumeur à proximité des travaux ; vérifier les extincteurs dans les engins ; avoir un téléphone à disposition ; organiser les récoltes à proximité des axes routiers en dehors des heures ou des jours de grande circulation ; privilégier les récoltes avant 12 h ou après 16 h en cas de risque d’incendie élevé. En cas de feu : prévenir les pompiers au 112 ; arroser les zones voisines du feu ou créer une tranchée coupe-feu avec le déchaumeur ; organiser l’accueil et le guidage des secours. Pour connaître le risque de feu au jour le jour, vous pouvez consulter la météo des forêts.












