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Publié le 14/09/2022

Les maïsiculteurs irrigants ont irrigué quasiment en non-stop, durant cette campagne 2022. Débutée le 10 juin, l’irrigation a démarré quelques jours plus tôt qu’une année standard. Elle a fini le 10 août, soit dix à vingt jours plus tôt qu’à l’accoutumée. Jonathan Dahmani et Patrice Denis, conseillers irrigation à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), pensent que cette année de fortes chaleurs et de sécheresse va « marquer ».

« Puisque les variétés sont plus tardives, aujourd’hui, on peut dire qu’on est plus précoce qu’en 2003, sur l’irrigation et la maturité », estime Patrice Denis, conseiller irrigation à la CAA, basé à Obernai. 2022 sera une année « marquante », selon lui, au même titre que 2003, caniculaire et très sèche. Les agriculteurs ont débuté l’irrigation du maïs le 10 juin, cette campagne, soit quelques jours plus tôt qu’à l’accoutumée, pour finir le 10 août, dix à vingt jours plus tôt qu’une année standard. Et les irrigants n’ont quasiment pas eu de pause. À part fin juin, où des orages avaient balayé presque toute l’Alsace (40 mm relevés à Gambsheim, par exemple), les maïsiculteurs équipés et autorisés ont arrosé non-stop. Fin juin, certains avaient donc juste fermé les robinets une semaine à dix jours. « Les températures élevées à très chaudes ont fait beaucoup de mal au maïs non irrigué », constate Jonathan Dahmani, conseiller irrigation à la CAA, basé à Sainte-Croix-en-Plaine. Selon lui, il y a quatre catégories de maïsiculteurs : les irrigants bien équipés, les irrigants qui disposent de matériel d’appoint, les non-irrigants qui dépendent de la réserve en eau dans le sol (pour qui cet été a été catastrophique), et les irrigants qui ont subi des restrictions préfectorales car sur des rivières affectées par la sécheresse. « C’est très difficile pour la dernière catégorie car ils ont perdu le bénéfice de ce qu’ils avaient pu produire, grâce à l’irrigation », sait Jonathan Dahmani. Dans le Haut-Rhin, pour la première fois, des niveaux de crise ont été atteints ; dans le Bas-Rhin, en 2020, une partie de la Bruche était déjà en crise. Cette année, la Lauch et la Fecht, dans le Haut-Rhin, ont particulièrement subi la sécheresse. Dans le Bas-Rhin, la Bruche, toujours. « Les niveaux de restriction, cette année, n’avaient jamais été atteints auparavant. C’est une année très particulière », observe Patrice Denis. Des rendements hétérogènes « Les rendements passeront du simple au quintuple, selon les situations, de 20 à 160 q/ha », table Patrice Denis. Les stades sont arrivés rapidement : par exemple, la floraison, fin juin et début juillet, alors qu’elle a lieu vers le 14 juillet, d’habitude. « Et cette avance, on l’a gardée. Elle s’est même amplifiée », ajoute le conseiller irrigation. Fin juillet, l’humidité du grain flirtait avec les 70 %. « Puis, on a perdu un point par jour », note Jonathan Dahmani. Au 10 août, quand la plante avait atteint le stade nécessaire pour arriver à maturité sans eau, entre 45 et 50 % d’humidité étaient mesurés dans les grains. Sur les 150 000 ha de maïs alsacien, seuls 60 000 ha sont irrigués, soit un gros tiers. « La majeure partie du maïs n’est pas irriguée, en Alsace », pointe Patrice Denis. Et seuls 17,3 % de la SAU totale sont irrigués en Alsace, rappelle-t-il encore. Mais, puisque ce sont majoritairement des champs de maïs (89 % de toutes les cultures irriguées en Alsace, selon les chiffres de 2020), l’image du maïs gourmand en eau est répandue. Or, si le maïs est arrosé, c’est qu’il ne pleut pas assez au moment où il a besoin d’eau pour se développer… Et c’est en été. Rien de sorcier. Sur les 7 000 exploitations alsaciennes, on compte 1 500 irrigants, soit 21 % des agriculteurs. Les deux tiers sont Haut-Rhinois. 82 millions de m3 sont prélevés pour l’irrigation, en Alsace, provenant à 90 % des eaux souterraines. Devant l’agriculture, l’industrie et les canaux, - voire l’énergie et l’eau potable, dans le Bas-Rhin -, sont bien plus consommateurs d’eau, selon les derniers chiffres publiés dans la presse locale alsacienne, provenant d’Eau France.

Publié le 09/09/2022

À quelques jours du démarrage de la récolte de houblon, le Comptoir agricole organisait une réunion technique à l’intention des planteurs. Où il a été question d’un nouveau prototype de pulvérisateur, de nouvelles variétés et d’un piège à spores pour mieux lutter contre le mildiou.

Vendredi 19 août, une grande partie des producteurs de houblon a assisté à la réunion technique organisée par le Comptoir agricole sur le terrain. Sébastien Holtzmann, président de la commission houblon, Michèle Dauger et Bernadette Laugel, du service agronomie et environnement du Comptoir agricole, les attendaient sur une parcelle de l’EARL Fuchs, à Ohlungen, pour découvrir un nouveau pulvérisateur expérimental. Ce prototype a été conçu pour permettre de limiter le coût d’expérimentation des nouvelles molécules phytosanitaires. En effet, a expliqué Christian Lux, responsable du service agronomie et environnement, avant qu’une nouvelle molécule ne soit homologuée, de nombreux tests sont réalisés sur la culture concernée. Le temps de ces tests, la récolte est détruite. « En houblon, cela multiplie par cinq le coût des essais. » D’où l’idée de concevoir un prototype permettant de réduire la surface pulvérisée et donc, de baisser les coûts. Un deuxième objectif est de pouvoir diminuer le volume de bouillie, sans nuire à la qualité de la pulvérisation. Être proche de la ligne Olivier Oberlin et Lionel Wendling, de la société Eurofins, partenaire du Comptoir agricole, ont présenté ce prototype doté de huit cuves, d’une cuve de rinçage et d’un mât de 8 m dépliable et réglable hydrauliquement. 16 buses plates anti-dérive à fente sont réparties le long du mât, ce qui permet de travailler sur toute la hauteur de la végétation. Les techniciens qui ont expérimenté ce pulvérisateur ont travaillé à un volume de 350 l/ha à 2 bars de pression. « Il faut être proche de la ligne et avoir un nombre de buses important pour pouvoir englober la ligne avec le produit et qu’il pénètre sous les feuilles », précisent les techniciens d’Eurofins. Tout en faisant en sorte de ne pas toucher le rang voisin. L’observation des gouttelettes sur un papier hydrosensible permet de constater que « même à 350 l/ha, on touche la cible ». L’expérimentation se poursuivra au moins durant trois campagnes, indique Christian Lux. Deuxième étape de la rencontre, la visite de la banque variétale installée sur une parcelle entre Minversheim et Mommenheim. Cette banque variétale s’ajoute à celle d’Obernai, qui se compose de micro-parcelles. Mise en place en 2020, elle comporte 24 variétés, dont des variétés issues du programme de recherche variétale et des variétés commerciales. « Même si certains numéros sont arrachés chez le producteur, on garde toujours une ligne ici et une micro-parcelle à Obernai au cas où un brasseur nous demande la variété. On ne perd pas ce qui provient de la recherche variétale », précise Bernadette Laugel. La récolte se fait par ligne entière. Un échantillon de chaque variété est conservé et les données recueillies servent à alimenter le programme de recherche. Les participants ont pu comparer l’aspect des différentes variétés à quelques jours de la récolte et échanger sur leur comportement au champ. Mildiou : un outil d’aide à la décision Dans une parcelle de la SCEA Holtzmann, à Wingersheim, un piège à spores a été installé pour suivre l’évolution des contaminations de mildiou et adapter les traitements contre cette maladie. À terme, l’idée est de réduire l’usage du cuivre. Jusqu’à présent, les houblonniers se fient aux bulletins de santé du végétal (BSV) pour décider de leurs interventions. Ceux-ci sont alimentés par les observations des services techniques du Comptoir agricole et des organismes partenaires complétées par des modèles prévisionnels mildiou reposant notamment sur les précipitations et les températures. L’utilisation d’un piège à spores, relevé tous les jours, est une alternative mais « on ne se passera pas de traitements primaires à moins d’avoir des variétés résistantes au mildiou », prévient Bernadette Laugel, qui mentionne également le coût élevé de ce dispositif, qu’utilisent déjà les houblonniers allemands. Le coût d’acquisition est en effet de 6 000 €. En fonction de la périodicité, le relevé du piège et l’interprétation des résultats peuvent mobiliser une personne à raison d’une demi-journée, tous les jours du mois de mai jusqu’à la récolte, ce qui est très lourd. Charençons, pucerons, altises, mildiou, oïdium, acariens… Dans son point sur la campagne en cours, la technicienne fait le tour des ravageurs et maladies qui s’en sont pris au houblon à compter du printemps. Rien de trop alarmant. La nouveauté, en revanche, a été l’apparition du bombyx antique qui a fait « énormément de dégâts dans quelques parcelles ». Leur ampleur a mis la filière en ébullition fin juillet. Il a fallu se mobiliser en urgence pour trouver des produits rapidement efficaces et homologués pour cette culture. L’AGPH (association générale des producteurs de houblon de France), qui a sollicité une dérogation dans le cadre des usages orphelins, l’a obtenue rapidement grâce aux bonnes relations qu’entretient la filière houblon avec les services de la DGAL (Direction générale de l’alimentation). Complément de prix et hausse des charges La récolte étant proche, des consignes sont données pour assurer la réception des balles de houblon dans de bonnes conditions. Les planteurs doivent veiller à livrer des balles de même poids et de même taille au sein d’un lot, pour éviter l’écroulement des piles de balles dans les halls réfrigérés. Marie-Line Hahn, du service qualité, sensibilise également les planteurs aux règles d’hygiène. Il s’agit de préparer la zone de travail avant la récolte et de travailler proprement pour éviter la présence de corps étrangers dans les livraisons. Les houblonniers veilleront également à sécher correctement le houblon pour que celui-ci se conserve. Denis Fend, directeur général du Comptoir agricole, informe des compléments de prix accordés pour la récolte 2021, qui ont atteint jusqu’à 30 % pour certaines variétés. Ceux-ci ont à la fois concerné le houblon conventionnel et le houblon bio. Ils sont d’autant plus appréciés que les houblonniers, comme tous les agriculteurs, font face à une hausse des charges importante. Sébastien Holtzmann s’en est fait l’écho, mentionnant plusieurs rencontres organisées à ce sujet.

Publié le 01/09/2022

La Ville de Strasbourg et l’Eurométropole sont gouvernées par les écologistes. Partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace, de Bio en Grand Est, du Syndicat et de l’Agence de l’eau locaux, de la Safer et de Terre de liens, elles favorisent le maraîchage, les circuits courts et l’agriculture bio. Mais il faudra attendre le prochain plan local d’urbanisme intercommunal pour que soient, peut-être, sanctuarisées des terres agricoles.

« Les terres agricoles qui se libèrent, que la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) récupèrent à la fin d’un bail, sont actuellement redirigées vers un usage citoyen », affirme sans détour, Jeanne Barseghian, la maire de Strasbourg. La dynamique quadragénaire met en avant la tradition de cultures vivrières, les jardins familiaux et ouvriers, et aussi la « cité maraîchère » qu’était le quartier de la Robertsau jusque dans les années 1970, pour légitimer sa politique agricole. Celle-ci favorise le maraîchage et les circuits courts, et surtout l’autoproduction « nourricière » par les particuliers et les associations, dans l’espoir que cela crée plus de justice, de santé, d’insertion et de lien social.     Jeanne Barseghian cite ainsi la conception de quatre fermes urbaines, aux Écrivains (à Schiltigheim), à la Cité de l’Ill, au Neuhof et à l’Elsau ; des quartiers prioritaires de l’EMS. La collectivité a récemment remporté l’appel à projet de l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (Anru), Quartiers fertiles, avec son idée de maraîchage entre les tours, sur plusieurs dizaines d’ares. À chaque fois 650 000 €, soit presque la moitié du budget total. « Sur ces terrains, il y aura une mixité d’activités, destinées à améliorer le cadre de vie, créer de l’emploi. La Chambre d’agriculture Alsace (CAA) est associée, depuis le premier jour, en tant que conseil et parce qu’elle est en demande de main-d’œuvre qualifiée. Les Cités fertiles pourront permettre la formation d’ouvriers. » Investir les interstices L’édile enchaîne. « On ne fait pas de promesse quant à la sanctuarisation de friches agricoles, quant à la surface, d’autant plus qu’il faut travailler à la dépollution de certains sols avant de les cultiver, ou explorer d’autres techniques ; Strasbourg étant aussi une terre industrielle. Mais une dimension agricole et alimentaire est intégrée dans un maximum de projets d’aménagements urbains. La part d’espaces dédiés à l’alimentation va ainsi augmenter. Et lorsque le plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) sera révisé, on ira plus loin », assure la maire écologiste. Elle insiste en attendant, sur les interstices à investir en ville, pour se diversifier. Le Bunker comestible, qu’elle cite en exemple, est mis à disposition de la fédération des aveugles Grand Est pour produire des champignons, commercialisés en circuit court. La pression foncière est énorme, dans toute l’EMS. Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à la Ville de Strasbourg, en charge de l’agriculture urbaine, de l’alimentation et de la santé des consommateurs, admet qu’il est aujourd’hui incapable de répondre aux demandes de nouvelles surfaces des quelques exploitants strasbourgeois qui le sollicitent pour pérenniser l’existant. Il grappille trois hectares de ci, un hectare de là, pour une SAU forcément morcelée. Cependant, la municipalité a conscience de ce besoin de terres. « C’est, entre autres, l’objet d’une convention avec la CAA, Bio en Grand Est et Terre de liens. Strasbourg et l’EMS financent 32 actions co-construites à hauteur de 290 400 €, en 2021 et 2022. La CAA est la principale bénéficiaire, puisque partie prenante de toutes les opérations. On travaille sur quatre axes principaux : sécuriser, conforter les entreprises et/ou transmettre ; soutenir les pratiques respectueuses de l’environnement ; développer les circuits courts (il existe d’ailleurs une carte interactive en ligne, des points d’approvisionnement dans l’EMS, NDLR) et retisser le lien entre la ville et la campagne, reconnecter les deux mondes », développe Antoine Neumann. Deux postes ont été créés, Ville et EMS confondues, spécialement pour la préservation de la ressource eau (l’EMS se chargera d’ailleurs des paiements pour services environnementaux, dont le budget propre n’a pas encore été délibéré) et l’économie agricole. Le renouvellement des générations est un enjeu de taille car deux tiers des personnes qui travaillent dans le monde agricole, dans l’EMS, ont plus de 50 ans, savent les élus. Plus de budget pour les questions agricoles « L’agriculture et l’alimentation sont au cœur des différentes politiques publiques : l’économie et l’emploi, la consommation responsable, l’éducation, la santé, les paysages, les déchets. Ce sont deux sujets parmi les plus transversaux. Nous avons donc créé un comité partenarial de l’alimentation avec les structures institutionnelles. Y participent les représentants du monde agricole », ajoute Jeanne Barseghian, qui milite pour une alimentation locale, saine et accessible, mais qui n’est pas dupe des réalités. Même si toutes les terres agricoles de l’EMS étaient vouées à l’agriculture nourricière, il serait seulement possible de combler 8 % des besoins de ses habitants, dont 7 % en légumes, selon un diagnostic réalisé pour la collectivité. Aujourd’hui, 3 % des aliments consommés dans l’EMS sont locaux. S’approvisionner dans toute l’Alsace et la région Grand Est, voire l’Allemagne, est un autre défi à relever. « Les commandes pour les cantines scolaires et la petite enfance vont au-delà des préconisations Egalim, note Antoine Neumann. On achète 30 % de produits bio, dont deux tiers sont des produits bio d’ici. Au total, ce sont 30 % de produits locaux qui se retrouvent dans les assiettes. »     Mais à part quelques exceptions, hors de question de faire du « localisme » en marché public. C’est illégal. Les Verts œuvrent, avec France urbaine (un regroupement des grandes villes françaises), à l’exception alimentaire ; que l’État et l’Europe donnent plus d’autonomie aux communes sur cet approvisionnement-là. « On pousse au maximum de ce qui est en notre pouvoir », lâche Antoine Neumann. La Ville de Strasbourg et l’EMS ont signé le Pacte de politique alimentaire urbaine de Milan, sous l’égide de l’ONU, pour inscrire les collectivités dans une dynamique internationale. Fin 2022, il est prévu qu’elles publient le projet alimentaire partenarial, pour le territoire, visant à lutter contre les gaspillages, accélérer la transition agroécologique et rendre le bio accessible à tous. Strasbourg sera la première ville, au second semestre 2022, à délivrer des ordonnances vertes : une distribution gratuite de paniers de légumes bio aux femmes enceintes, « pour éviter les perturbateurs endocriniens », dixit la maire. Si le budget dédié aux questions agricoles est minime, à Strasbourg, de l’aveu d’Antoine Neumann, « il faut voir l’évolution ». « On est sur des chiffres sans commune mesure par rapport à la précédente municipalité et sur une transformation du territoire », certifie le conseiller. Idem au niveau de l’EMS. Le Tour des fermes (la huitième édition avait lieu fin juin) mobilise toujours plus, d’après la collectivité. La nouveauté cette année, c’est qu’il s’inscrivait dans une semaine de Rendez-vous de l’alimentation… durable, forcément. Intitulée « Qu’est-ce qu’on mange ? », elle a été l’occasion d’offrir des entrées au Grand Show des Fruits et Légumes d’Alsace, qui se déroulera du 22 au 25 septembre 2022, à Illkirch – Baggersee. Les consommateurs, prescripteurs, sont de plus en plus invités à rencontrer les agriculteurs.

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