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Production de greffons et de porte-greffes

Le Civa cherche des partenaires hors AOC

Publié le 23/08/2022

Le Civa recherche de nouveaux partenaires pour agrandir son parc de vignes mères de greffons ou de porte-greffes. La production de bois constitue une possible source de diversification pour des agriculteurs ou des viticulteurs possédant des parcelles en dehors de la zone AOC.

Depuis 1978, le service Prospection et multiplication de matériel clonal (SPMC) du Civa est en charge de la multiplication de greffons certifiés en Alsace. Son parc de vignes mères de greffons s’étend sur une trentaine d’hectares, répartis en 260 parcelles du nord au sud de l’Alsace. Il s’est lancé plus récemment dans la plantation de vignes mères de porte-greffes sur une surface de 2 ha. Pour des raisons sanitaires, l’interprofession a décidé, début juin, de développer son parc de vignes mères en dehors de la zone AOC. « L’objectif est de se prémunir d’un potentiel foyer de flavescence dorée », explique Arthur Froehly, responsable du pôle technique de l’interprofession. L’Alsace étant jusqu’ici épargnée par ce fléau, il faut veiller à ne pas l’« importer » par l’intermédiaire du matériel végétal. Cette précaution vaut aussi pour les maladies virales telles que l’enroulement et le court-noué ou les maladies dues à un phytoplasme comme le bois noir. 6 ha dans les trois prochaines années « Nous nous sommes fixé comme objectif de trouver 6 ha dans les trois prochaines années, indique Arthur Froehly. C’est une première étape. Nous souhaitons mettre un coup d’accélérateur sur la recherche de nouveaux partenaires car le parc de vignes mères au sein de l’AOC se réduit. Nous testons régulièrement les vignes mères. Dès qu’on détecte de l’enroulement ou du court-noué, on radie la parcelle concernée et on n’utilise plus les bois qui en sont issus. » L’an dernier, ce sont ainsi 2 ha de vignes mères de greffons qui ont été écartés : une majorité pour des raisons sanitaires, le reste pour cause de vieillissement, sachant que la durée de vie ordinaire d’une parcelle est de l’ordre de 20 à 25 ans. « Pour pouvoir répondre à la demande des pépiniéristes viticoles, il nous faut un parc suffisamment dimensionné », résume encore le responsable du pôle technique du Civa. Les difficultés d’approvisionnement en greffons rencontrées sur la campagne 2021-2022 plaident plus que jamais dans ce sens. Pour être éligible, une parcelle doit remplir certaines conditions, en plus d’être située hors de la zone AOC : « Elle doit être éloignée au minimum de 500 m, voire 1 km du vignoble et ne pas avoir porté de vignes. Nous serons attentifs à ce qu’il n’y ait pas de vigne ensauvagée, par exemple. » Une fois la parcelle retenue, le SPMC envisage deux scénarios selon la motivation du partenaire : soit il met simplement sa parcelle à disposition en échange d’un loyer, auquel cas le Civa prend en charge la plantation et délègue l’entretien à un prestataire ; soit il s’implique dans la culture et touche le revenu de la production de greffons. Dans ce dernier cas de figure, sachant qu’un hectare de vigne mère de greffons produit entre 270 et 450 fagots de 1 000 yeux à 30 € HT/fagot, il peut espérer une rémunération comprise entre 8 100 €/ha et 13 500 €/ha. « C’est une diversification possible pour une exploitation qui n’est pas forcément viticole mais qui est prête à investir dans un matériel adapté », souligne Arthur Froehly. Le SPMC ne fixe aucun minimum de surface, ni de limite de distance par rapport au vignoble. « Si des producteurs du Sundgau ou du Kochersberg sont intéressés, ce n’est pas un problème. Entre plusieurs candidats, le choix se fera en fonction de différents paramètres, notamment par rapport à la situation actuelle du parc de vignes mères et de la capacité des candidats à prendre en charge et entretenir les vignes. » Un protocole sanitaire à respecter Pour limiter le risque de contamination, ces candidats devront respecter un protocole sanitaire incluant, pour ceux qui cultivent déjà des vignes, le nettoyage du matériel avant l’intervention dans les vignes de production de bois ainsi que le port de vêtements et de chaussures dédiés pour éviter de transporter des larves d’insectes d’une parcelle à l’autre. « L’objectif est de produire des plants de qualité, sans risque de contamination, rappelle Arthur Froehly. C’est un projet de filière de bout en bout. » Pour les partenaires prêts à s’engager dans l’exploitation des vignes mères, les investissements seront partagés : « Le Civa fournira les plants de catégorie base issus de prémultiplication, sur la base d’un coût de 3,50 € à 4 € le plant. Le palissage sera pris en charge par l’exploitant, la rémunération lui permettra de couvrir l’investissement de départ. » L’équipement en filets paragrêle et en moyens de lutte antigel, pour sécuriser la production des plants de vigne, sera étudié « au cas par cas ». Le SPMC souhaite également développer les vignes mères bios afin de répondre à la demande de bois certifiés bio des pépiniéristes. L’idéal serait d’atteindre 50 % de la production en bio d’ici une dizaine d’années, tout en maintenant la coexistence avec un parc de vignes mères conventionnelles.  

La race montbéliarde en Suisse

Histoire d’une vache de caractère

Publié le 13/08/2022

Elle porte un nom bien français, mais trouve ses origines en Suisse, dans le canton de Berne. La montbéliarde a, au fil des siècles, séduit les éleveurs de part et d’autre de la frontière. À travers son histoire, parfois rocambolesque, on comprend la passion qui entoure la belle tachetée.

La montbéliarde trouve ses racines au XVIIe siècle, dans les montagnes bernoises. Des éleveurs mennonites de la région, fuyant les persécutions religieuses, s’installent en Pays de Montbéliard, emportant avec eux leurs troupeaux de race simmental. Jusqu’à la fin du XIXe siècle, les éleveurs ne se soucient guère de la race de leurs bovins. Ce qui compte alors, c’est la capacité de la bête à produire le lait nécessaire pour faire vivre les familles. L’apparition de la sélection génétique change la donne. L’appellation « montbéliarde » apparaît pour la première fois en 1872 à la foire de Couthenans en Haute-Saône. Les mennonites l’appelaient jusqu’ici la « race d’Alsace », mais l’annexion de la région par l’Allemagne rend la dénomination moins attrayante. En France, la montbéliarde est officiellement reconnue et inscrite sur le registre officiel des races françaises par le ministre de l'Agriculture en 1889. La nuit du 12 mai 1967 En Suisse, l’histoire de la montbéliarde est plus tourmentée. En effet, l’insémination artificielle bovine est longtemps interdite chez les Helvètes. Et c’est seulement en 1966 qu’est créée la fédération des sélectionneurs de bétail bovin. Quelques mois plus tard, des dissidents vaudois tentent de se procurer des semences de montbéliardes auprès de leurs voisins francs-comtois. L’histoire raconte que dans la nuit du 12 mai 1967, ils traversent la frontière, en toute illégalité, afin de ramener le précieux trésor. Un événement qui mènera finalement à l’obtention de la légalisation de la race. Cet acharnement résonne aujourd’hui avec la passion des éleveurs suisse. C’était le « Far West », version suisse évidemment, racontent les éleveurs venus témoigner devant de leurs confrères alsaciens*.     Aujourd’hui, l’Usem, l’union suisse des éleveurs de la race montbéliarde, travaille au développement de la race. Un engagement porteur puisque c’est une des seules qui progresse encore dans le pays, et ce de manière considérable. La répartition des élevages est néanmoins hétérogène, et les cantons de Vaud, de Neuchâtel et du Jura prédominent. Comme en France, la montbéliarde se plaît dans les régions vallonnées ou montagneuses, ce qui n’est pas sans rapport avec sa réputation. Elle est connue pour être fonctionnelle, robuste, bonne travailleuse et moins demandeuse d’attentions que d’autres races. Ses trayons supplémentaires sont un atout de plus, tout comme le gène sans corne. Le génotypage est quant à lui plutôt en retard comparé à la France. Malgré tout ces attraits, en Suisse, on lui préfère souvent la red holstein, la référence, témoigne Éric Gerber, juge à Habsheim et éleveur à Vendlincourt. Et il est vrai que, en Suisse allemande particulièrement, on lui reproche souvent d’être caractérielle. Une race mieux valorisée Le pays sait néanmoins tirer le meilleur de la race. Elle est d’ailleurs bien mieux valorisée qu’en France. Sa mixité permet une très bonne valorisation des veaux et des vaches de réforme. En Suisse, le pâturage – qui représente 70 % de la SAU du pays - est également bien ancré et valorisé grâce à une large production fromagère : AOP Gruyère, Tête de moine… S’ajoutent à cela un lait mieux rémunéré et des primes diverses qui existent pour saluer la qualité du produit. Un aspect qui a de quoi interpeller les éleveurs français. Il faut dire que si leurs homologues suisses sont particulièrement protégés par l’État, les contreparties sont des coûts de production bien plus élevés et une réglementation importante, que ce soit en matière de bien-être animal ou de régularité de la production. « Il faut aller au bout de la comparaison, insistent les Suisses. Même s’il faut admettre que l’élevage suisse est mieux soutenu qu’ailleurs. »

Publié le 12/08/2022

Ce dimanche 7 août a eu lieu la 5e édition de la fête des bergers à Preuschdorf. Après une trêve forcée, le public s’est fait une joie de se rendre dans le Parc régional des Vosges du Nord. Au programme, visite de la ferme Huchot avec ses différents ateliers de production et le magasin de vente directe et présentation du projet de valorisation de la laine Mos-Laine.

Les festivités ont débuté sur le site avec le défilé des bergers. Habillés de leurs bottes en cuir, de leur longue tunique noire et coiffés de leur chapeau, les bergers ont déambulé sur la route départementale, devant les yeux ébahis des spectateurs. Le troupeau de brebis était guidé par un trio de tête, à savoir Maurice, Stéphane et Florian Huchot. Cette belle image multigénérationnelle a permis de montrer au public que le pastoralisme ovin n’est pas tombé aux oubliettes. À la fin du peloton, la marche était fermée par d’autres bergers qui poussaient les brebis en avant. Du moins bon comme du bon… Mais Tristan Apfel, le président des JA du canton de Woerth, déplore la dégénérescence de l’agriculture dans ce territoire où le faible potentiel des sols n’aide pas. « Il y a de moins en moins d’actifs. Notre secteur compte des exploitations en polyculture-élevage, mais beaucoup sont des doubles actifs. Avec la profession, on essaie de trouver des solutions pour s’installer. Il ne faut pas nous laisser tomber », lance-t-il. Frédéric Bernhard surenchérit : « Dans les cinq prochaines années, on va encore perdre en effectif. Initialement, l’activité principale était le lait, mais elle s’affaiblit à grande vitesse. La diversification se développe petit à petit sur le territoire, avec des ateliers ovins, des poules. Un peu de maraîchage a également commencé mais cette culture est touchée de plein fouet par la problématique de l’eau. » Selon Virginie Ebner, présidente du Syndicat ovin, la ferme Huchot prouve qu’il est possible de vivre de cette activité et ce, sur plusieurs générations. Aujourd’hui, 80 éleveurs adhèrent au syndicat, mais les effectifs sont en perdition comme dans la plupart des régions françaises. « On essaie de redynamiser la filière, avec le concours des Ovinpiades, destiné aux élèves des lycées agricoles. Avec Cobevim, ce sont des acteurs majeurs qui nous soutiennent dans la promotion de notre filière », reconnaît-elle. Sécheresse et prédateurs sont les principales préoccupations Les inquiétudes étaient tournées vers la sécheresse et la prédation. Les produits sont commercialisés grâce au débouché Agneau terroir d’Alsace créé en 2012, à hauteur de 7 500 agneaux par an. Le cours de l’agneau n’a jamais été aussi haut, mais les charges qui augmentent et la sécheresse qui n’en finit pas appauvrissent les marges. « Il va falloir rentrer les agneaux d’herbe en bergerie, et les nourrir en entamant les stocks d’hiver », constate amèrement la présidente du Syndicat. Stéphane Ermann a pris la parole en tant que représentant du comité Élevage Grand Est. Il annonce que le plan loup a coûté 30 millions d’euros au contribuable. L’introduction du loup représente toujours plus de travail pour l’éleveur. Les dégâts sont constatés : 16 victimes auraient été recensées dans le Bas-Rhin depuis le début de l'année. « Le lynx est plus sournois. À l’heure qu’il est, on est incapable d’identifier clairement les dégâts causés par ce prédateur », reprend-il. D’après la présidente du syndicat, si les pouvoirs publics ne font rien, le pastoralisme sera en danger, tout comme les paysages français. Une filière laine enfin de retour sur le territoire ? Du côté des bonnes nouvelles, le projet Mos-Laine a été présenté au grand jour. L’impulsion a été donnée en Moselle, mais le périmètre s’étend sur le Grand Est, pour des questions de volume. Ce projet de valorisation de la laine s’inscrit dans un programme transfrontalier. « La laine, ce n’est pas un déchet. Sa tonte permet de favoriser le bien-être animal des brebis. Leur élevage préserve les prairies, qui sont des stocks de carbone », explique Stéphane Ermann. Ce cercle vertueux permet de construire cette filière qui comprend de nombreux atouts. Toutes les laines, de toutes les races seront utilisées selon un principe : l’éleveur n’est pas la variable d’ajustement. Ce projet de 3,4 millions d’euros a pour but de lancer une usine de feutrage à Bataville, en Moselle, pour la production de panneaux isolants et d’articles en feutre. La construction aurait dû être achevée en 2023, mais vu la conjoncture actuelle, la livraison sera retardée. Nathalie Marajo-Guthmuller, conseillère d’Alsace, salue l’initiative. « Je suis très contente d’entendre que ce projet se monte autour de la valorisation de la laine, matière noble et qualitative. Bravo aux bénévoles, les bras de l’ombre, pour tous leurs efforts », conclut l’élue. Sur les coups de midi, la trentaine de bénévoles présents pour l’évènement s’est activée pour servir l’assiette du berger, remplie de produits locaux dont l’agneau était la pièce maîtresse. Les visiteurs ne sont pas rentrés chez eux la faim au ventre. Un dessert lacté tout droit venu de la fromagerie a terminé le repas. En tout, 700 repas ont été servis, et autant de grillades vendues.     À partir de 17 heures, les fours ont crépité en vue de la cuisson des tartes flambées et pizzas. Les enfants ont pu s’amuser sur la structure gonflable et faire une course de tracteurs à pédales. Les glaces de la ferme ont fait carton plein, pour les petits comme les grands. Des démonstrations de chien de troupeau, de tonte, l’exposition du parc matériel et le marché des producteurs ont permis aux visiteurs de fermer la boucle de cette belle journée. Les messages ont été passés : l’élevage ovin en a assez d’être la cinquième roue du carrosse. La fête des bergers et les différents projets du moment veulent inverser cette tendance et montrer au plus grand nombre que l’élevage ovin a toute sa place en Alsace.

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