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Cultures spéciales

Le houblon a eu chaud

Publié le 27/09/2022

La sécheresse mais encore plus la chaleur estivale ont fragilisé le houblon, cette campagne 2022. Si les rendements risquent d’être inférieurs à ceux de l’année passée (exceptionnelle), sur les variétés précoces surtout, la plante permanente a bien résisté et il est encore trop tôt pour les estimer. Les dernières lignes seront ramassées, fin septembre. Un nouveau ravageur a été vu pour la première fois cette année : la chenille du bombyx étoilé ou antique, bien jugulée par le biocontrôle.

Jean-Louis Jost cultive du houblon sur 14 ha, à Hohatzenheim, sur la commune de Wingersheim-les-Quatre-Bans, à équidistance de Saverne, Haguenau et Strasbourg, et en plein cœur de la zone houblonnière alsacienne, au centre de Brumath, Hochfelden et Truchtersheim. L’aromate de la bière, c’est 50 à 60 % de son chiffre d’affaires. Débutée le 29 août, pour les variétés précoces, sa récolte a été stoppée trois jours, pour une reprise le 5 septembre. Elle doit être déjà finie aujourd’hui, tandis que certains de ses confrères ramasseront encore les dernières lignes la semaine prochaine. Si les dates de récolte sont habituelles, puisque le houblon stagne lorsque les conditions ne sont pas adéquates, il a eu chaud. Conjuguées au manque d’eau, les fortes chaleurs estivales impactent le rendement, selon ses premières observations. « Environ 30 % de moins qu’en 2021, selon les variétés et les parcelles… voire même moitié moins ; entre 1 et 1,7 t », pense-t-il. Bernadette Laugel, technicienne au Comptoir agricole, confirme que le houblon a eu soif (seuls trois ou quatre exploitants l’irriguent, sur une quarantaine de producteurs en Alsace) et a souffert des hautes températures, cette campagne. « Mais il a bien résisté car c’est une plante permanente, s’empresse-t-elle d’ajouter. L’avantage avec cette météo, c’est qu’il n’y a pas eu de maladie, mais les acariens (les araignées rouges, NDLR) ont été très présents. Heureusement, dans la plupart des cas, des traitements ont pu être réalisés à temps. » Jean-Louis Jost confirme : les araignées rouges lui ont posé problème, ainsi qu’un nouveau ravageur, observé pour la toute première fois cette année dans la culture… « La chenille du bombyx étoilé ou antique, un papillon », lâche précisément Bernadette Laugel. L’intrus a été jugulé heureusement le plus souvent, et ce, grâce au biocontrôle. À voir s’il réapparaît l’an prochain. La technicienne relève aussi la présence des pucerons, cette année : maîtrisée. C’est donc, avant tout, la météo qui impacte les rendements. Antoine Wuchner, le directeur commercial pour la filière houblon du Comptoir agricole, attend pour avancer des chiffres que tout ait été livré à la coopérative, mais il admet qu’en variétés précoces, un rendement inférieur de 30 % à celui de 2021 est redouté. « Une filière dynamique » Jean-Louis Jost livre chaque semaine, depuis mi-septembre, le Comptoir agricole à Brumath. « Nous avons la capacité de stocker un peu. On livrera donc encore après la récolte », dit-il. Lui cherche le houblon dans les champs. Ses trois salariés travaillent à la cueilleuse. Avec l’un d’eux, il élève les fleurs odorantes au séchoir. « Je les étale et je vérifie que ce soit bien homogène, une demi-heure plus tard », explique Jean-Marie Frantz, tout en s’affairant à ratisser les cônes. Au bas de la tour de séchage, le houblon est stocké. Il y reprend un peu d’humidité, avant d’être mis en sacs de 60 kg environ, et livré. « L’optimal, c’est entre 10,5 et 11 % d’humidité », spécifie Jean-Louis Jost. Sinon, les cônes risquent de s’effeuiller. Sur quatre agriculteurs à Hohatzenheim, ils sont deux à cultiver du houblon. « Avec les prix des fils et de l’électricité qui ont plus que doublé, ainsi que les salaires qui augmentent, je me retrouve à 2 000 voire 2 500 euros de charges en plus à l’hectare, qu’avant le Covid-19, confie Jean-Louis Jost. Cette campagne n’est pas évidente. Une partie de ma récolte est contractualisée et tant mieux, mais les contrats datent d’il y a trois, quatre, ou cinq ans. » Autrement dit : on ne gagne pas à tous les coups mais c’est le jeu. « Nous ne sommes pas là pour nous enrichir mais pour vivre honnêtement », rappelle celui qui produit aussi du maïs, du blé et du foin, et gère un atelier de veaux de boucherie, par intégration. Jean-Louis Jost, 51 ans, a un message pour la jeunesse. « Dans le houblon, il y a des places à prendre. On peut commencer par de petites surfaces. C’est une filière dynamique, dans laquelle les anciens peuvent faire bénéficier de leur expérience », milite Jean-Louis, sachant que le houblon est une culture qu’on met en place pour au moins quinze ans, au regard de l’investissement. Le plus souvent, on en cultive même toute sa carrière, sait l’agriculteur : « Ici, on cultive du houblon, depuis cinq générations. ». Son fils, qui poursuit ses études au lycée agricole d’Obernai, est intéressé pour prendre la relève mais Jean-Louis lui conseille de voir ailleurs, avant de revenir sur la ferme. « J’étais moi-même, cinq ans serveur à Kirrwiller, avant de travailler ici. Et c’était une expérience enrichissante », assure-t-il. Les langues se délient à mesure que le temps passe… Fierowe ! Et qu’est-ce qu’on boit pour fêter la fin de la journée ? Une bière, bien sûr !

Influenza aviaire

En Alsace, Noël est sauf !

Publié le 26/09/2022

« Il manque un tiers de la production, lâche Cédric Nonnenmacher, du Gaveur du Kochersberg. Mais il y aura du foie gras de chez nous, pour les fêtes de fin d’année. » Même son de cloche, chez ses confrères. Ouf ! Noël est (presque) sauvé. Par contre, aucun retour à la normale n’est prévu avant mi-2023. Les couvoirs de canetons de l’Ouest, première zone d’accouvage en France, ont subi de telles pertes à cause de l’épizootie de grippe aviaire que certains même, ne s’en relèveront pas.

« 2022 est une année tristement inédite. C’est celle de la pire crise sanitaire qu’on ait connue, dans la filière avicole, en France et en Europe. Deux épisodes d’épidémie d’influenza aviaire se sont succédé, à l’aller de la migration, de décembre 2021 à février 2022, dans le Sud-Ouest français, et au retour, dans les pays de la Loire, de fin février à mai 2022. Et c’est la quatrième année en six ans que ces bassins de productions, les seconds de France en volaille de chair et les premiers en accouvage pour les pays de la Loire, sont touchés par la grippe aviaire. Les éleveurs là-bas, n’en peuvent plus. En 2021 déjà, ils ont été frappés. 20 millions de volailles ont été abattues en 2022 dans tout le pays, pour juguler le virus ; 45 millions en Europe et autant au Canada », cadre d’emblée Jean-Michel Schaeffer, éleveur de volailles à Geispolsheim et président d’Anvol, l’association nationale interprofessionnelle de la volaille de chair. En Alsace, aucun cas d’influenza aviaire n’a été détecté, cette année, mais les éleveurs gaveurs et producteurs de foie gras alsaciens n’ont pas reçu le nombre de canetons attendus. Environ un tiers du foie gras alsacien ne sera pas produit, en 2022. Les Alsaciens se sentent bien sûr, moins à plaindre que leurs confrères de l’Ouest, mais ils ne toucheront aucune aide. « Le poulet a moins souffert. Les petites espèces, telles la pintade ou le canard à rôtir (de Barbarie), ont été très impactées. Et dans l’accouvage de canards gras ou mulards, les dégâts, c’est du jamais vu. Plusieurs milliers d’éleveurs sont concernés au total. Ils seront indemnisés pour pertes sanitaires ou pour pertes économiques (durant le vide sanitaire) à 100 %. D’autres bénéficieront du plan Adour dans le Sud-Ouest, un projet de dédensification, accompagné financièrement. Au total, un milliard d’euros d’aides sera versé à toute la filière, dans les zones touchées par l’épizootie. C’est un montant conséquent accordé par l’État. L’Alsace est en zone indemne. L’interprofession a milité pour un accompagnement mais juridiquement, au niveau européen, il est impossible d’aider une zone indemne. La France a dû obtempérer », explique Jean-Michel Schaeffer, aussi maire de Geispolsheim. La filière alsacienne en péril Fin juillet, l’interprofession est intervenue auprès des couvoirs des pays de la Loire notamment, qui produisent 75 % des canetons mulards français, pour que les éleveurs gaveurs producteurs de foie gras non indemnisés puissent bénéficier d’une partie du volume de canetons nécessaires. Si de petites livraisons avaient eu cours précédemment, plus de 10 000 canetons sont arrivés en Alsace cet été. 5 000 sont encore arrivés mi-septembre. Trop tard, les derniers, pour être sur les étals avant les fêtes de fin d’année. Trop peu pour que les producteurs alsaciens « rattrapent » les 30 % de foie gras manquants de 2022. Mais « chaque pierre portée à l’édifice est la bienvenue », philosophe Gilbert Schmitt, de la Ferme Schmitt, à Bischoffsheim. Il est, de loin, le plus impacté par les conséquences de cette crise sanitaire en Alsace. « Début 2022, nous suivions la crise de loin. Notre fournisseur vendéen de canetons était rassuré. En mars 2022, son couvoir a été touché et on n’a plus reçu de poussin du tout, car il n’y en avait plus un seul. Nous aurions pu trouver 20 à 30 % du volume dont on a besoin ailleurs, mais ce n’était pas rentable de payer les salariés pour cela. On a donc arrêté totalement cet été. Les derniers canetons sont arrivés en avril 2022. Les derniers canards gras ont été abattus le 12 juillet. L’EARL Au pré de l’oie à Bischoffsheim, où mon frère Stéphane élevait des canards jusqu’au gavage, avant qu’ils n’arrivent chez moi, a subi une perte d’exploitation de 85 %. La SAS Ferme Schmitt perd 30 % de son chiffre d’affaires environ, et on y est passé de cinquante à trente salariés. La production de foie gras, d’avril à juillet, nous l’avons gardée pour les fêtes de fin d’année », dévoile Gilbert Schmitt, qui vend principalement sur les marchés, en direct, et un peu aux grandes et moyennes surfaces. La Ferme Schmitt, qui ne proposera par contre, plus de magret ni de cuisses de canard de l’élevage local à Noël, a modifié ses recettes depuis le printemps, pour y inclure plus de dinde et de poulet. L’influenza aviaire a encore une autre incidence sur l’activité des Schmitt. Gilbert élevait encore à Erstein, jusqu’au 19 septembre dernier, des races rustiques, dont la poule noire d’Alsace. Or elles ne supportent pas d’être confinées. À cause de l’épidémie et des mesures de protection sanitaire, il va donc passer au poulet jaune, toujours en bio. « C’est une parenthèse », espère-t-il. Depuis treize ans qu’il relance la race locale, il reprendra l’élevage, au moins à titre personnel, assure-t-il. « Je laisse passer 2022, avant de me décider pour quoi que ce soit, poulets et canards. J’ai besoin de 500 canetons, par semaine. Nous sommes fragiles, nous ne pouvons pas bricoler. Et si Noël est sauvé, la filière alsacienne non ! Je remets aujourd’hui en cause sur ma ferme, un modèle qui date de 1977. Je suis de plus en plus commerçant », confie-t-il.     D’autres coups/coûts « En un an, on a perdu 25 000 canetons, sait Nicolas Lechner, éleveur à Pfettisheim dans le Kochersberg, et président de l’association des producteurs de foie gras d'Alsace Gänzeliesel, qui compte une dizaine de membres actifs. Que va-t-il advenir ? Avant, la grippe aviaire s’éteignait, en été. Cette année, l’Ouest a été impacté, non-stop. Et un foyer a été déclaré récemment, en Meuse ». Cédric Nonnenmacher, du Gaveur du Kochersberg, à Woellenheim, est incapable de prévoir une livraison en 2023. Il vendra son foie gras à Noël, mais il en aura produit un tiers de moins que l’an passé. « Nous espérons des jours meilleurs », souffle Nicolas Lechner. À Soultz-les-Bains, la Maison Doriath a aussi réussi à encore s’approvisionner en canetons pour assurer les fêtes de fin d’année. Et, pour pouvoir assurer elle-même le transport des animaux, l’entreprise familiale a investi dans des camionnettes. Mais, à plus long terme, c’est l’expectative. Les projets d’évolution sont donc mis en stand-by. Deux autres chocs ont bousculé ou vont bousculer la filière avicole : l’augmentation des matières premières, le coût de l’aliment pour les volailles donc, qui représente 65 % du coût de production, et celui de l’énergie. « Le prix de l’aliment n’a fait qu’augmenter, durant la période Covid. Février 2022, nous pensions avoir atteint un plateau, avec son doublement. Mais suite à la guerre en Ukraine, il a encore doublé ! », rappelle Jean-Michel Schaeffer. Avec Anvol, il a expliqué les indicateurs de production, a justifié la flambée des prix, si bien que les contrats ont pu être renégociés par les éleveurs. Avec l’augmentation du prix de l’énergie, aujourd’hui, c’est 7 à 10 % de plus que devrait s’acheter une volaille… « Si le prix de l’aliment se maintient, cela permettra d’absorber un peu le coût de l’énergie », estime le président. Mais impossible de prédire l’avenir. « Nous ne nous enrichissons pas, insiste-t-il, conscient que le consommateur paie sa volaille plus cher. Il faut que ça s’arrête. Nous ne dormons plus tranquilles. »

À Illkirch-Graffenstaden

Les fruits et légumes en majesté

Publié le 23/09/2022

Le Plus grand show de fruits et légumes de France se déroule jusqu’à ce dimanche 25 septembre à Illkirch-Graffenstaden, près du carrefour du Baggersee. Les scolaires et le grand public y sont attendus en nombre. Les professionnels ont aussi leurs propres rendez-vous.

40 000 m2 de surface d’exposition en plein air, 30 tonnes de courges et de coloquintes, 20 à 25 tonnes de pommes et autres fruits et légumes, une centaine de variétés de tomates, 46 mini-potagers de 13 x 7 m avec 58 légumes différents… C’est un jardin vraiment extraordinaire qui a ouvert ses portes jeudi 22 septembre à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg. L’interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), fidèle à son habitude, a déployé les grands moyens pour cet événement dédié à la promotion des fruits et légumes. Le plus grand show de fruits et légumes en France - c’est ainsi qu’elle a baptisé l’événement - vise à la fois les scolaires et le grand public, souligne Pierre Lammert, président de l’Ifla et de la station d’expérimentation Planète Légumes. Les deux premières journées, jeudi 22 et vendredi 23 septembre, sont dédiées aux classes de l’Eurométropole de Strasbourg. Les écoliers, de la maternelle au CM2, peuvent admirer, toucher, sentir, croquer les fruits et légumes sous toutes leurs formes, grâce à la quarantaine d’ateliers mis en place sur les stands à leur intention. L’interprofession a travaillé en amont avec les services de l’académie pour que la visite revête un caractère pédagogique et qu’elle s’inscrive dans les objectifs d’apprentissage des enseignants. 150 groupes étaient attendus. Samedi 24 et dimanche 25 septembre, la manifestation est davantage orientée vers le grand public. Un jardin éphémère mais géant « Ce sera une occasion unique de découvrir un jardin éphémère aussi grand », promet Fabien Digel, directeur de l’interprofession. Depuis mars, les professionnels s’activent pour semer, replanter, désherber, arroser et faire en sorte que les potagers et les vergers soient au meilleur de leur maturité durant ces quatre jours. Tortue, ours, chouette, crocodile… Des animaux reconstitués grâce à des structures métalliques de plusieurs mètres de haut garnies de courges et, de fruits et légumes colorés apportent un côté spectaculaire à l’exposition. Ils sont illuminés, lors des deux nocturnes du vendredi et du samedi (jusqu’à 23 h), qui débutent à 19 h 30 par un after-work, animé par le groupe Sawadee. Des démonstrations de sculptures de légumes, des séances de contes, des spectacles autour des fruits et légumes et des conférences autour des questions de nutrition et de santé sont au programme de ces quatre jours. Il y est question de la place des fruits et légumes dans notre histoire culinaire (vendredi à 15 h, samedi à 16 h, dimanche à 14 h 30 et 16 h 45), des nouveaux enjeux du diabète (samedi à 14 h 30), mais aussi de ce qu’il faut mettre dans son assiette pour être en bonne santé (vendredi à 14 h). La nouvelle miss Alsace, Camille Sedira, anime plusieurs séances de dédicace sur le site (vendredi à 18 h et dimanche à 15 h). De nombreuses manifestations culinaires autour des fruits et légumes sont proposées : jeudi et vendredi par le lycée hôtelier et le CEFPPA d’Illkirch, durant le week-end par la blogueuse Leïla Martin qui met son talent au profit des fruits et légumes d’Alsace. Ceux-ci sont également intégrés dans l’offre de restauration. Qu’il s’agisse des boissons ou des petits plats disponibles à l’espace restauration, l’Ifla privilégie l’origine locale : choucroute d’Alsace IGP, pâté en croûte-crudités, tarte aux pommes d’Alsace, bar à salade, jus de pommes-rhubarbe ou pommes-framboises spécialement réalisés pour l’occasion. Plusieurs manifestations professionnelles se greffent sur le programme, dont les rencontres techniques de l’Irfel (association française des stations d’expérimentation en fruits et légumes). Les producteurs de fruits et légumes d’Alsace et leurs partenaires de la Chambre d’agriculture Alsace et de Planète Légumes fêtent également les 20 ans de la création de la station d’expérimentation, le jeudi soir. Rien ne se perd Compte tenu du nombre de visiteurs attendus - plusieurs dizaines de milliers - les organisateurs ont prévu quatre parkings. Trois exploitants ont mis à disposition des parcelles à cet effet. S’ils n’empruntent pas les transports en commun, les visiteurs pourront aussi laisser leurs véhicules sur le parking-relais tout proche ou, le dimanche, sur le parking d’Auchan Baggersee. L’Ifla a également été attentive au devenir des fruits et légumes utilisés pour cette manifestation : tout ce qui est consommable sera récupéré par la Banque alimentaire du Bas-Rhin, dont les locaux sont tout proches, et redistribué aux associations d’aide alimentaire.

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