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Vignerons indépendants d’Alsace (Synvira)

Millésime 2022 : « Plus de peur que de mal »

Publié le 08/10/2022

Les vignerons indépendants d’Alsace tirent un bilan plutôt positif de la récolte 2022 qui s’achève. En dehors des secteurs touchés par la sécheresse ou la grêle, elle se révèle plus abondante que prévu et de qualité.

Président du syndicat des vignerons indépendants d’Alsace (Synvira), Francis Backert ne cache pas son soulagement : « Plus de peur que de mal », dit-il à propos de la récolte 2022, dont le plus gros est à présent rentré. La sécheresse estivale avait fait craindre une deuxième année maigre consécutive : pendant la deuxième quinzaine d’août, les prévisions étaient tombées à 800 000 hl - à peine plus que le millésime 2021. Elles semblent ne pas se vérifier : « On fera certainement 900 000 hl. Les plus optimistes parlent même 950 000 hl, ce qui correspond à un rendement de 61 hl/ha. » Explication : les petites pluies de la fin août, même si elles sont tombées de manière inégale, « ont fait énormément de bien. La vigne s’est mise à reverdir ». L’aoûtement des bois et la mise en réserve, qui conditionnent la récolte suivante, devraient être corrects, en déduit Francis Backert, qui s’exprimait le 29 septembre à Dorlisheim, lors d’une conférence de presse. Ceux qui, comme lui, ont coupé des raisins pour sauver la vigne ont fait « un sacrifice utile », juge-t-il. Toutefois, la situation varie selon les secteurs : ceux qui se caractérisent par des terres profondes et ont été bien arrosés font le plein du rendement avec, de surcroît, une très belle qualité. Ailleurs, tout dépend : du côté de Châtenois et Scherwiller, et d’une manière générale sur les terroirs granitiques comme le Brand ou le Frankstein, les vignes ont souffert de la sécheresse. Du côté d’Ottrott, la grêle est tombée à deux reprises et a fait des dégâts conséquents, rapporte Catherine Schmitt, vice-présidente du Synvira. Elle prévoit une récolte en rouge amputée de moitié sur son domaine. Pierre Bernhard, également vice-président du syndicat, constate que certains cépages ont mieux résisté à la sécheresse que d’autres. C’est le cas des pinots, pinot noir et chardonnay en particulier, dès lors qu’ils sont enracinés suffisamment profondément. Pinot noir : identifier les terroirs propices « Avec le pinot noir et le chardonnay, on se rapproche de l’encépagement bourguignon », relève Francis Backert qui voit se dessiner des ressemblances entre les deux vignobles « d’ici quelques décennies » en cas de changement de l’encépagement actuel. Comme d’autres professionnels, il croit dans les possibilités de développement du pinot noir en Alsace, « un cépage qu’on peut récolter à la maturité que l’on veut, entre 12° et 14,5 ° ». Le chardonnay, quant à lui, est « mondialement demandé ». Pas question, pour autant, de planter du pinot noir n’importe où. « Si l’on veut des pinots noirs de grande expression, il faut identifier les terroirs propices. C’est un défi pour les années à venir. » Il faudra aussi adapter les porte-greffes pour qu’ils résistent davantage à la sécheresse. Les choix sont d’autant plus difficiles que le changement climatique est rapide, observe pour sa part Pierre Bernhard. Même si les chiffres de la récolte 2022 restent à confirmer, les premières perspectives sont cohérentes par rapport au niveau des mises en marché : sur 12 mois glissants, celles-ci s’établissent à 986 000 hl à fin août. « On va continuer à puiser dans nos stocks de manière raisonnée », se réjouit le président du Synvira, qui espère un retour pérenne à une situation de marché équilibrée. Les stocks actuels, de l’ordre de 20 mois pour les alsaces génériques et 27 mois pour les crémants, traduisent selon lui « une situation saine » qui met les vignerons indépendants à l’abri d’éventuelles pénuries.

Publié le 05/10/2022

La Région Grand Est continue à apporter son soutien à la filière fruits et légumes, via un nouveau contrat de filière. Elle fait de même avec la filière truffes d’automne.

Un nouveau contrat de filière a été signé le 23 septembre entre la Région Grand Est et la filière fruits et légumes. Il court jusqu’en 2025 et prend la suite du précédent contrat de filière, qui portait sur la période 2017-2021. La signature a eu lieu dans le cadre de l’inauguration du plus grand show des fruits et légumes de France, à Illkirch-Graffenstaden. Philippe Mangin, vice-président de la commission Agriculture, bioéconomie, viticulture et forêt, a profité de cet événement pour saluer l’organisation de la filière fruits et légumes du Grand Est, qui fait sa force. 1 000 dossiers ont été aidés dans le cadre du contrat de filière 2017-2021, pour un montant de 10 millions d’euros (M€). Convaincue qu’il existe encore des possibilités de développement dans ce domaine, la Région continuera à soutenir ce secteur en donnant la priorité au renforcement de la compétitivité des exploitations, à l’installation et à la formation des jeunes, à la promotion des filières de qualité, à la recherche et l’expérimentation. Dans ce nouveau contrat de filière, qui porte sur un montant équivalent, la Région a revu les critères d’accessibilité, signale Bertrand Perrin, président d’Univers des fruits et légumes du Grand Est : les exploitations sollicitant des aides de la Région devront répondre aux exigences du référentiel HVE (Haute valeur environnementale). Si les grandes actions restent identiques à celles du précédent contrat, un nouvel investissement est éligible : la construction de bâtiments de stockage et de conditionnement des fruits et légumes. Sur ce chapitre, les aides de la Région Grand Est viendront en complément des aides européennes, précise Bertrand Perrin. Redynamiser la production des truffes d’automne Lors de cette inauguration, un autre contrat de filière a été signé : celui de la filière truffes d’automne. Ce contrat 2021-2023 est orienté autour de cinq enjeux, dont l’augmentation des surfaces de plantation pour maintenir le potentiel de production et redynamiser la filière. 15 ha de nouvelles truffières avaient été plantées lors du précédent contrat 2018-2020. Il vise également à former et à accompagner les trufficulteurs sur le plan technique et à renforcer les actions de recherche et de développement. La création de trois truffières pilotes de référence, dont une située à Wasselonne, s’inscrit dans ce cadre. Le contrat de filière inclut également des aides à l’amélioration de la structuration de la filière et au développement d’actions de communication autour des truffes du Grand Est. En 2022, la Région Grand Est consacre plus de 112 000 € à cette filière, dans le but de la pérenniser. Un peu plus de la moitié de ce budget est affectée à 16 projets de nouvelles plantations pour une surface totale de 21 ha. Ces 21 ha sont essentiellement localisés dans l’ancienne région Champagne-Ardenne, précise Amandine Rivière, qui anime l’association. Quelques hectares sont situés en Lorraine, mais à ce jour, aucune nouvelle plantation n’est enregistrée en Alsace. La formation de nouveaux producteurs et l’appui technique qui leur est apporté mobilisent 25 000 € pour l’année en cours. La Région soutient aussi l’organisation de journées techniques collectives et de marchés aux truffes pour un montant de 24 000 €.

Publié le 30/09/2022

À Schopperten, près de Sarre-Union, Lionel Reeb élève des bovins salers pour leur viande. Une activité qui l’occupe à plein temps depuis qu’il a quitté son poste de formateur dans un CFPPA mosellan.

Installé depuis 2011 à Schopperten, en Alsace Bossue, Lionel Reeb a concilié pendant 10 ans l’élevage avec un emploi de formateur pour adultes au CFPPA de Courcelles-Chaussy, à une heure de chez lui. Côtoyer des personnes ayant un projet professionnel - celui de devenir responsable d’exploitation agricole - lui a beaucoup appris sur le plan professionnel comme sur le plan humain, dit-il. Son père prenant de l’âge, il quitte ses fonctions en juin 2021 pour revenir à 100 % sur l’exploitation. Celle-ci compte 215 ha, dont 70 % de prairies naturelles. Le reste de l’assolement comprend 30 ha de blé et de triticale, dont une partie du grain est vendue, et 35 ha de prairies temporaires. Depuis 2015, Lionel a augmenté la part des surfaces fourragères pour rester dans les contraintes de chargement de la MAE herbe, dont le mode de calcul a changé. « J’ai préféré réduire les céréales et garder la MAE, qui représente quand même une rentrée de 10 000 €/an, même si elle est plafonnée depuis deux ans », indique l’éleveur. Il ne regrette pas ce choix. « Maintenant que j’ai augmenté la part d’herbe, je suis tranquille en fourrage. » L’implantation de prairies temporaires apporte également des bénéfices agronomiques en coupant le cycle des adventices dans les terres labourables. Si le parcellaire a peu évolué depuis son installation, le cheptel, en revanche, est passé de 80 à 130 vaches allaitantes et leur suite. Contrairement à ses parents, Lionel engraisse quasiment tous ses animaux, d’où une charge de travail grandissante pour prendre soin des 350 bovins. Il sait qu’à l’avenir, il lui faudra trouver une solution pour y faire face. La conduite du troupeau a été modifiée, suite à un épisode de BVD (diarrhée virale bovine) intervenu au moment de son installation. « Avant, on avait deux périodes de vêlage : l’automne et le printemps. Avec la BVD, on n’a pas pu mettre à la reproduction les vaches tant qu’elles avaient un veau IPI avec elles. Résultat : on s’est retrouvé avec des vêlages décalés l’année d’après. » Lionel et son père en ont pris leur parti, constatant que l’étalement des vêlages et la création de lots homogènes ont aussi des avantages. « Cela permet de diluer la pression sanitaire donc on a moins de problèmes de santé. Mais c’est aussi un atout en termes de trésorerie, puisqu’on vend des animaux toute l’année », souligne l’éleveur. Un protocole sanitaire pour vacciner les bovins Lionel s’impose une grande rigueur dans la conduite des lots, afin de garder de bons résultats de reproduction. Avec 0,91 veau vivant à 210 jours/vache/an, il se situe au-dessus de la moyenne régionale des élevages allaitants. La mortalité des veaux se situe à 6 % : c’est un point sur lequel l’éleveur est particulièrement vigilant et qu’il souhaite encore améliorer. « L’étalement des vêlages est un levier pour réduire la mortalité. Quand on a un petit lot de veaux malades, on arrive mieux à le suivre. » Lionel a aussi mis en place un protocole sanitaire avec son vétérinaire pour vacciner les bovins contre les principales maladies. Ce protocole, réactualisé tous les ans, tient compte des dates de vêlage et des risques. « Je vaccine beaucoup plus qu’avant : contre la BVD, contre les diarrhées néonatales et ponctuellement contre les pneumonies. » La mort foudroyante de plusieurs broutards l’amène également à vacciner contre l’entérotoxémie. Cette politique contribue à réduire l’usage des antibiotiques, dont l’élevage n’était de toute façon pas un gros consommateur. L’EARL Rosylio est engagée dans plusieurs démarches de qualité qui lui assurent une meilleure valorisation de la viande : les femelles croisées, lorsqu’elles respectent le cahier des charges Prim’herbe (moins de 18 mois et plus de 290 kg de carcasse avec une alimentation à base d’herbe sans antibiotique et sans OGM), partent en filière qualité Carrefour, via l’Apal. Lionel en a placé 26 dans ce circuit l’an dernier, à 302 kg de carcasse en moyenne. 25 à 30 vaches de réforme partent annuellement en label rouge, ou sous label « Le goût de la proximité » vendu dans le rayon boucherie traditionnelle de plusieurs grandes surfaces de la région. Ces deux labels, qui ont chacun leur cahier des charges, assurent à l’éleveur une plus-value de 40 à 50 cts/kg de carcasse. Bien que les prix aient augmenté depuis un an et demi, quelle que soit la catégorie d’animaux, l’écart s’est resserré avec le cours de la viande standard. « Il y a deux ans, le différentiel était de l’ordre de 80 cts/kg de carcasse », constate Lionel. Malgré tout, il reste persuadé qu’ « il faut jouer le jeu. » Sa crainte réside toutefois dans la flambée des coûts de l’engrais, du carburant, mais aussi du matériel agricole, dont il ne sait jusqu’à quand elle va durer.

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