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Publié le 31/07/2023

Pour les géologues et pédologues*, le vin présente un avantage : il offre une occasion unique de goûter le sol. Une dimension sensorielle gustative qui s’ajoute à la vue, au toucher et à l’odorat. Pourtant ce lien au goût n’est pas si évident, d’autant que la géologie à l’échelle des parcelles est sujette à interprétations. Qu’en disent ces scientifiques ?

Claude Sittler, Jean-Paul Party, Yves Hérody, Claude et Lydia Bourguignon, Dominique Schwartz, Philippe Duringer, Quentin Boesch, Yannick Mignot… Nombreux sont les géologues et les pédologues qui se sont penchés sur la géologie du vignoble alsacien. Complexe s’il en est, cette géologie présente la particularité de s’étaler sur les quatre ères géologiques. Un cas unique, dit-on dans le monde viticole. Même les représentations cartographiques de la géologie s’y perdent et ne sont pas toujours bien en rapport avec la réalité du terrain, où les failles et les éboulis se mêlent aux dépôts éoliens, lacustres et marins, ou encore à l’activité volcanique comme au pied de l’Ungersberg de Bernardvillé et Reichsfeld ou sur le Rangen de Thann. Le terrain de jeu privilégié des sommeliers En Alsace, le sol du vignoble peut être constitué de roches sédimentaires comme les fameux grès des Vosges ou de roches métamorphiques comme les granites. On y trouve également des roches volcaniques, schisteuses, marneuses, calcaires, gréseuses, granitiques, ou constituées de limons et de loess profonds. Une telle variété de substrats géologiques est rare. Il en résulte un véritable jeu d’exploration pour les sommeliers qui peuvent réfléchir aux influences que la géologie peut exercer sur le vin d’Alsace. En particulier avec le riesling qui est régulièrement cité comme étant le cépage le plus marqué par le terroir. Exceptionnelle, en effet, est la variété des rieslings alsaciens. Un Rangen (volcanique) Schoffit, un Frankstein (granite) Beck-Hartweg, un Muenchberg (grèsovolcanique) Wolfberger, un Florimont (calcaire) Jean Geiler n’ont rien de commun sur le plan gustatif, excepté la vivacité du plus rhénan des cépages. D’ailleurs Pascaline Lepelletier, meilleure sommelière nationale et meilleure ouvrière de France, souligne dans la Revue du vin de France : « l’audace de l’appellation des vins d’Alsace » et des « vins d’expression très forte, qui sont limites, même, parfois ». Même propos pour le sommelier de la Villa Lalique à Meisenthal, Romain Iltis, auréolé des mêmes titres, pour qui les géologies du vignoble alsacien constituent « un terrain de jeu exceptionnel » pour l’apprenant. Le fossé rhénan, une fissure de 5 000 mètres de profondeur En reprenant un peu de fil de l’histoire au cours de ces 4 milliards d’années, on ne peut passer à côté d’une séquence essentielle de l’histoire géologique de la région : l’effondrement du fossé rhénan. À tout seigneur, tout honneur. Laissons à la docteure en géologie et également vigneronne à Ribeauvillé, Yannick Mignot, et son compagnon Jean Baltenweck, du domaine Clef de sol à Ribeauvillé, le soin d’en parler. « Il faut imaginer une immense plaque continentale qui va de la dorsale médio-océanique Atlantique au Pacifique : la plaque eurasienne. » Et quand une plaque d’une telle surface repose sur une sphère, alors « elle subit des contraintes, s’étire en surface ». En certains endroits, elle se déchire en profondeur. C’est à la faveur de cette « distension est-ouest » que s’est produit un effondrement vertical, « de l’ordre de 5 000 m de profondeur au niveau de Rouffach et de 2 300 m au niveau de Ribeauvillé. Depuis tant de millénaires, le tout s’est bien sûr comblé de sédiments, éboulis, dépôts marins… ».           Failles, éboulis, érosions, dépôts… Le terme d’effondrement donne une vision chaotique et assez brusque du phénomène. Il n’en est rien. « Ça a commencé il y a 50 millions d’années ». Et cela se poursuit jusqu’à aujourd’hui, à chaque tremblement de terre. « Nous sommes sur une plaque continentale. Il ne faut pas imaginer que c’est parfaitement stable », explique la géologue. « À un moment, lorsque cet effondrement est passé sous le niveau de la mer, celle-ci s’est engouffrée. D’abord par le nord, ensuite par le sud. Et on a donc la situation suivante : un bras de mer dans le fond du fossé, sous un climat chaud tropical », poursuit la géologue qui conte la scénographie géologique de la fin de l’ère tertiaire, à l’Oligocène, il y a 50 millions d’années donc. Pas si longtemps finalement au regard des 4 milliards d’années de notre bonne vieille Terre. On retrouve cette géologie oligocène sur des crus comme le Hatschbourg ou des traces sur le Clos Saint Landelin. Autre regard, très académique, celui de Quentin Boesch, géologue au CNRS à Strasbourg, qui s’intéresse aussi au fossé rhénan. Le géologue Olivier Dequincey (ENS Lyon) résume son propos : « Une complexité tectonique couplée aux mécanismes d’érosion conduit à la mise à l’affleurement d’une grande diversité de terrains propices à la viticulture. » Quentin Boesch identifie « trois principaux champs de fractures à Saverne, Ribeauvillé et Guebwiller. S’ajoute un phénomène de morcellement des terrains en une multitude de compartiments, séparés par des failles ». Les limites d’une carte en 2D Difficile d’y voir clair dans une telle complexité. Néanmoins, le Civa a financé dans les années 1990 une vaste étude sur le sujet. C’est l’agronome et géologue Jean-Paul Party et son entreprise Sols conseils qui s’y est collé. Ce qui a donné quatre tomes de cartes géologiques qui servent de base aujourd’hui à la description des grands crus d’Alsace. Le problème d’une carte, c’est qu’elle est en deux dimensions, or il y a des phénomènes d’éboulis, d’érosion, de dépôts… C’est pourquoi, le pédologue Yves Hérody s’est attaché à constituer des fiches faciès, c’est-à-dire des fiches pédogéologiques à partir de parcelles types du vignoble dont on est certain que la vigne repose sur un seul et unique substrat, et pas sur une succession de couches. Pour le vigneron, la question est de savoir sur quel type de géologie il cultive la vigne et en quoi cette géologie influence sa pédologie, puis son vin. Il peut ensuite adapter son agronomie. Cette science n’est pas exacte et il y a autant d’interprétations du terroir que de géologues et de pédologues. Certains sont sensibles à l’effet de la matière organique, d’autres à la biologie des sols comme facteur révélateur du terroir. Yves Hérody, qui officie au sein de l’association Vignes Vivantes en Alsace, s’est attaché à proposer des conduites agronomiques en fonction des substrats géologiques. Exemple parmi tant d’autres, la gestion des bois de taille n’est pas la même selon que le sol est acide comme sur les granites, ou basique sur les calcaires.           D’autres pédologues sont sensibles à la question de la matière organique comme Dominique Schwartz. Mais il y a beaucoup de limites à l’observation : « Quand on fait des analyses de sols, souvent le prélèvement est superficiel. Or on peut avoir un pH de 7,5 en surface et 8,9 à 50 cm », d’où des problèmes mal identifiés. « Pour les viticulteurs souvent c’est la roche qui importe. Nous (les pédologues) séparons le sol de la roche. Le sol, c’est 30 % de roche, 30 % de topographie, 30 % de vie. » Selon Dominique Schwartz, la vigne peut descendre à 10 m de profondeur quand le sol est fissuré, mais elle peut aussi rester en surface. « Cette image selon laquelle la partie racinaire serait le miroir de la partie aérienne est complètement fausse, ça dépend du sol et des réserves hydriques. »

Publié le 28/07/2023

Le Paysan du Haut Rhin et l’Est Agricole et Viticole récompensent chaque année la meilleure nouveauté du Parc agricole de la Foire aux vins. Pour cette édition, le prix de l’innovation a été décerné au concessionnaire alsacien Baehrel Agri pour le robot Naïo Jo.

Le concessionnaire Baehrel Agri, du groupe Agro-Rhin, a une longue histoire avec le vignoble alsacien. En effet, sa maison mère se situe à Marlenheim, un lieu important de la viticulture alsacienne puisqu’il s’agit de la porte d’entrée de la célèbre Route des vins. L’entreprise couvre 90 % de l’Alsace avec la marque Massey Ferguson. En plus de ses tracteurs, elle propose de nombreux matériaux agricoles et viticoles. Elle ne cesse d’innover pour apporter les meilleures solutions possibles à ses clients, notamment pour les viticulteurs. « On a pris parti il y a deux ans d’aller dans les nouvelles technologies adaptées au vignoble alsacien », dit Guillaume Becker, responsable commercial de Baehrel Agri. C’est chose faite avec le robot de Naïo Technologies, le « Jo », qui s’est vu récompensé par notre prix de l’innovation 2023 de la FAV. « C’est une vraie reconnaissance pour nos équipes. C’est un travail de longue haleine, il faut persévérer car quand on apporte du changement, il y a toujours une partie du public qui n’est pas prêt à le recevoir », continue Guillaume Becker. Un robot 100 % électrique et autonome En quoi ce « Jo » est-il aussi innovant pour nos vignes alsaciennes ? Cette belle bête multitâche d’environ 850 kg a pour objectif d’aider les viticulteurs dans l’entretien du sol (sous le rang et dans l’inter-rang) et le désherbage des vignes. « On y accroche à l’arrière des outils standards de viticulture, comme des lames interceps, des griffons et autres outils adaptés aux chenillards », explique Honoré Bacquenois, responsable commercial pour la zone nord-est France de Naïo Technologies. Sa particularité, c’est qu’il est 100 % électrique et autonome. « Des projets robotiques en agriculture et viticulture ça existe depuis très longtemps mais il faut souvent les recharger. Avec Jo, c’est résolu : il a une autonomie de 8 heures, ce qui donne sens au projet », affirme Guillaume Becker. Simple d’utilisation, Jo est un gain de temps pour les viticulteurs, qui n’ont pas à être derrière lui. « On a des retours positifs. Il est capable de détecter les obstacles, de faire demi-tour dans une zone étroite, comme ce que l’on peut avoir en Alsace », lance Honoré Bacquenois. Le prix de l’innovation sera remis à Baerhel Agri ce lundi 31 juillet sur le stand des journaux à la Foire aux vins. Le robot Naïo Jo sera la vedette du stand du concessionnaire, qui espère le faire connaître dans le vignoble alsacien.

Publié le 28/07/2023

Après une première campagne de recrutement qui a permis d’augmenter la sole betteravière de 10 % entre 2022 et 2023, la sucrerie d’Erstein lance une deuxième vague pour atteindre son objectif de 7 000 ha de betteraves en 2024. Une opération séduction qui a lieu dans un contexte technico-économique particulièrement favorable à la culture.

La betterave ne manque pas d’atouts pour se développer en plaine d’Alsace. Économiques d’abord : avec un prix annoncé à 45 €/t de betterave en 2023, alors que les cours des céréales dévissent, « la betterave doit permettre de dégager une marge brute de 1 000 à 1 500 €/ha de plus par rapport à une céréale », avance Laurent Rudloff, responsable du service agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein. Réglementaires ensuite, car la betterave, dès lors qu’elle dépasse 10 % de l’assolement, permet de gagner un point d’écorégime, souligne Laurent Rudloff. En outre, dans les secteurs concernés par les mesures agro-environnementales (MAE) en faveur du grand hamster d’Alsace, la culture de la betterave donne droit à une prime. Techniques aussi, puisque la culture de la betterave donne accès à ses coproduits, notamment la pulpe surpressée, un ingrédient riche en énergie, qui accroît la production laitière et la croissance des animaux. La betterave est peu exigeante en azote, ce qui permet de réaliser des économies en fertilisants azotés, dont les cours se sont envolés. Elle s’avère adaptée aux étés chauds et secs, qui risquent de devenir la norme en Alsace. Ses besoins en eau sont modérés et elle valorise bien l’irrigation. Lorsque le mercure s’envole, la betterave se met en pause, mais ne meurt pas. Les semis de betterave sont peu impactés par les corvidés. Enfin, la rotation constituant le meilleur moyen de lutter contre la chrysomèle des racines du maïs, la betterave s’avère un bon moyen de lutte : elle ne constitue pas une charge nette, mais permet de dégager une marge, confortable qui plus est. En quelques années, de nouvelles variétés de betteraves ont été mises sur le marché. Certaines sont plus tolérantes à la cercosporiose, ce qui, couplé à l’utilisation de l’Outil d’aide à la décision (OAD) Cerc’OAD, permet de diminuer les traitements contre cette maladie. D’autres ont été développées dans le cadre du système Conviso Smart, qui combine un herbicide à large spectre et des variétés tolérantes à ce même herbicide, une combinaison qui permet de contrôler les adventices avec un nombre d’interventions réduit. Des opportunités à saisir L’aide au développement des surfaces betteravières, lancée en 2023, va être reconduite en 2024. Les nouveaux planteurs, ou ceux qui augmentent significativement la sole dédiée à cette culture (+ 10 % avec un minimum de 2 ha) peuvent bénéficier d’une aide de 250 €/ha, portée à 300 €/ha pour les jeunes, ce qui correspond à peu près au coût des semences, moyennant un engagement de trois ans minimum dans la filière. « Les techniciens de la sucrerie assurent par ailleurs un suivi efficace », pointe Laurent Rudloff. Avec l’usine d’Erstein, l’Alsace bénéficie d’un outil économique performant, dans lequel le groupe Cristal Union investit constamment afin de rentabiliser la production de sucre en Alsace. Enfin, pour encourager de nouveaux planteurs à se faire la main sur la culture sans s’engager, le groupe Cristal Union a mis en place un accès facilité à la filière avec le statut de tiers non associé. Temporaire, ce statut permet de vendre les betteraves à la coopérative sans y prendre de parts. Le prix payé est cependant inférieur à celui touché par les coopérateurs. « Notre objectif reste de convaincre un maximum de planteurs d’adhérer à la coopérative, car c’est la condition de la durabilité de la filière », souligne Bruno Labilloy, directeur agricole du groupe Cristal Union. Il conclut : « Tous les voyants sont au vert. C’est le moment de se lancer dans la culture de la betterave. Y compris les planteurs qui ont arrêté. »

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