A la une

Publié le 18/07/2023

À Dingsheim, dans le Kochersberg, Antoine Burger a construit deux poulaillers. En se lançant dans la production de poulets Label rouge, il espère sécuriser son revenu face aux aléas climatiques qui frappent de plus en plus souvent les grandes cultures.

Lorsqu’il rentre dans l’un de ses deux poulaillers, construits à l’extérieur du village, Antoine Burger est accueilli par les doux piaillements des poussins, arrivés une semaine plus tôt des Couvoirs de l’Est. Mis en service le 13 février dernier, le bâtiment héberge sa deuxième bande de poulets. Ils seront livrés à l’abattoir Siebert, à Ergersheim ou chez René Meyer, à Wingersheim-les-Quatre-Bans au terme de leurs 84 jours d’élevage : c’est Alsace Volaille, l’association à laquelle il adhère, qui répartit les volailles en fonction des besoins des abatteurs. Le jeune éleveur s’est installé sur la ferme familiale en 2021 après trois ans de salariat à l’extérieur. Il a pris la suite de son père, Georges, qui continue de lui apporter son aide : « Mon projet, c’était de créer un atelier qui ne soit pas dépendant de la météo. Avec la grêle, la sécheresse, les cultures sont de plus en plus exposées », constate Antoine, qui se souvient d’avoir subi les deux calamités voici deux ans. Depuis, toutes les cultures de l’exploitation sont assurées, y compris les 35 ha de betteraves qui ne l’étaient pas jusque-là. « Il fallait que l’activité soit compatible avec les travaux des champs et qu’elle ait de l’avenir », justifie Antoine, pour expliquer son choix d’un atelier avicole et du poulet Label rouge en particulier. « Chaque bâtiment fait 400 m2. Avec une densité de 11 poulets/m2, cela fait 4 400 poulets par bâtiment. Ils ont de la place. Ils peuvent sortir dehors à partir de 42 jours d’élevage grâce aux trappes qui leur donnent accès à un parcours extérieur. » Antoine, qui a investi 300 000 € dans la construction des deux poulaillers, a aménagé 1 ha de parcours autour de chaque bâtiment. Il y a planté des arbres fruitiers qui fourniront de l’ombre aux volailles lorsqu’ils auront grandi. En raison de la grippe aviaire, qui a obligé les éleveurs à confiner les poulets, sa première bande n’a pu sortir que pendant les 15 derniers jours d’élevage, ce qui a occasionné un léger pic de mortalité. La deuxième bande pourra se réfugier dans les rangs de maïs semé à l’intérieur du parcours, maintenant que les restrictions sont levées.   Un appui technique pour celui qui débute En tant qu’éleveur débutant, Antoine bénéficie d’un appui technique prodigué par Mario Troestler, responsable volailles de chair au Comptoir agricole, et par Thomas Kelhetter, d’Alsace Volaille. La réussite de l’atelier passe notamment par la gestion de l’alimentation. Les poulets reçoivent trois formules d’alimentation différentes : démarrage, croissance et finition. L’éleveur table sur 30 t d’aliment par bande, qu’il achète à Comptoir agricole nutrition animale et stocke dans deux silos séparés. La distribution est entièrement automatisée. Antoine sait qu’il doit être attentif aux transitions alimentaires : mal gérées, celles-ci peuvent pénaliser la croissance des animaux pendant quelques jours, ce qui influe sur le poids final. L’objectif est d’atteindre 2,4 kg de poids vif au moment du départ à l’abattoir. Les conditions d’ambiance à l’intérieur des bâtiments ont aussi leur importance : deux sondes renseignent sur la température. Le déclenchement du chauffage comme l’ouverture et la fermeture des volets, qui conditionnent la ventilation, sont commandés automatiquement en fonction des informations recueillies et des besoins des animaux. Ces automatismes, bien qu’optionnels et représentant un surcoût, facilitent la vie de l’éleveur et lui apportent une tranquillité qu’il apprécie. « C’est l’avantage des bâtiments récents, qui sont aussi mieux isolés que ceux d’autrefois grâce à des panneaux sandwich plus épais et un sol en béton », souligne-t-il. Tous ces éléments concourent à maîtriser la consommation en énergie, autre paramètre influant sur les performances d’un atelier volailles. Une maîtrise qui a ses limites : Antoine a pu le constater avec la flambée récente des prix du gaz, utilisé pour chauffer ses bâtiments d’élevage. Alors qu’il les avait équipés pour brûler du gaz de ville, il a finalement fait machine arrière en installant deux citernes de propane, plus économique. La hausse des coûts de l’énergie a eu d’autres conséquences, indirectes cette fois. Elle a pénalisé la consommation de poulets label, une partie des ménages préférant se replier vers du poulet standard. Ce qui a poussé Alsace Volailles à porter le vide sanitaire à six semaines, contre quatre semaines au minimum. « Six semaines, c’est long », constate Antoine, freiné dans ses élans par la conjoncture. À plus long terme, le jeune éleveur sait que toute construction nouvelle de poulailler sera fonction de la demande.

MSA d’Alsace

Objectif bien-être

Publié le 14/07/2023

La MSA d’Alsace se mobilise contre le mal-être en agriculture. Lors de son assemblée générale du 6 juillet, elle a rappelé sa volonté de détecter le plus tôt possible toute personne en situation de détresse, ou présentant des risques suicidaires, via son nouveau réseau de sentinelles bénévoles. En parallèle, le développement du dispositif MonParcoursPsy facilite la consultation d’un psychologue avec le remboursement d’un certain nombre de séances.

Le mal-être en agriculture n’est plus une fatalité comme l’a rappelé la MSA d’Alsace lors de son assemblée générale du 6 juillet à Colmar. « C’est malheureusement une réalité de notre société : la population agricole fait partie des catégories socioprofessionnelles particulièrement exposées à la souffrance psychique. Les rapports parlementaires réalisés sur le sujet montraient notamment que, malgré les nombreuses mesures mises en place, il n’existait ni diagnostic national partagé de ces actions déployées sur tout le territoire pour repérer et accompagner les agriculteurs sujets au mal-être et au risque suicidaire, ni coordination de ces mesures. Mais depuis l’année dernière, les choses bougent au niveau national et au niveau local », indique le président de la MSA d’Alsace, David Herrscher.     Une feuille de route de la prévention du mal-être et pour l’accompagnement des agriculteurs en difficulté a été présentée le 23 novembre 2021 par les ministres de l’Agriculture et de la Santé et le secrétaire d’État chargé des Retraites et de la Santé au travail. Elle vise à mobiliser et coordonner l’ensemble des acteurs autour de la détection et de l’accompagnement des situations de mal-être, de l’écoute des personnes en difficulté et de l’accès aux droits. Cette nouvelle ambition se traduit notamment par une stratégie articulée autour de trois axes : humaniser, allers vers et prévenir et accompagner. Le 31 janvier 2022, une circulaire interministérielle est venue préciser les modalités d’organisation et de gouvernance au niveau local.     Des sentinelles pour repérer le mal-être En Alsace, un comité plénier a été installé, ainsi que deux comités techniques au niveau départemental (67 et 68). Toutes ces instances sont copilotées par les deux DDT et la MSA. L’une des priorités est la mise en place d’un réseau de sentinelles en Alsace. Celles-ci ont pour missions et rôles principaux de repérer et orienter les situations de mal-être. Il s’agit de détecter les situations de fragilité, prévenir les situations de détresse en aidant les personnes à se diriger vers un dispositif d’accompagnement adapté ou en lançant une alerte auprès des services compétents. « Ces sentinelles sont des personnes volontaires, majeures et en activité professionnelle ou non. Il s’agit d’un engagement personnel, ce sont des bénévoles », tient à préciser David Herrscher.   Une vingtaine de personnes se sont déjà inscrites aux sessions de formation prévues à l’automne suite aux deux réunions d’information qui ont eu lieu fin mai 2023 pour présenter le dispositif. Ces formations ont pour objectif de donner les clés et outils de travail afin de mieux repérer et orienter les situations de mal-être (comment aborder les notions de suicide et mal-être, quelle attitude adopter, quels mots utiliser, etc.). Au final, l’objectif serait de constituer un réseau d’une centaine de sentinelles en Alsace. Les personnes intéressées peuvent prendre attache avec Nathalie Vaudeville, responsable des travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace et référente du dispositif « Sentinelles ».     En complément, la MSA accompagne certains adhérents via le service social. Une ligne téléphonique est assurée par les travailleurs sociaux, appelée la ligne « détresse ». Elle est ouverte du lundi au vendredi de 8 h à 19 h. Elle est actuellement très sollicitée avec un signalement par jour effectué en moyenne. Depuis 2020, le nombre d’adhérents accompagnés a augmenté de 21 %. Ce sont des non-salariés agricoles à 67 % et des salariés à 33 %. En 2022, ils étaient 156 à être suivis pendant quatre mois en moyenne par les travailleurs sociaux de la MSA d’Alsace. Le dispositif MonParcoursPsy monte en puissance Depuis le 12 mars 2022, la MSA d’Alsace propose aussi le dispositif MonParcoursPsy qui permet à toute personne, en fonction de ses besoins, de bénéficier de séances remboursées chez un psychologue inscrit et recensé auprès des autorités de santé publique. « Le recours aux soins psychologiques est encore un angle mort ou point faible de notre société pour des raisons à la fois sociétales et culturelles mais aussi, jusqu’à ce dispositif, organisationnelles et financières. Ce dernier frein, l’aspect financier, est en train d’être levé grâce à ce dispositif MonParcoursPsy. En effet, le bénéfice de la prise en charge par l’assurance maladie a été étendu l’an dernier aux consultations de psychologues, et non plus seulement réservé aux consultations de psychiatre », développe le directeur de la MSA d’Alsace, Arnaud Crochant.     Jusqu’à huit séances par année civile (40 euros la première séance, 30 euros les suivantes) sont remboursées. Pour bénéficier de ce dispositif, il faut d’abord consulter son médecin, puis prendre un rendez-vous chez un psychologue partenaire (coordonnées sur le site monparcourspsy.sante.gouv.fr), réaliser la ou les séances, régler le psychologue directement, et transmettre les documents (lettre d’adressage du médecin + feuille de soins du psychologue) à la MSA d’Alsace pour être remboursé. En 2022, 61 adhérents ont bénéficié de ce dispositif, soit un montant total de prise en charge de près de 14 000 euros.

Grandes cultures

Suspendues à l’eau

Publié le 13/07/2023

La moisson avance à grand pas, avec des résultats hétérogènes selon les types de sol. Sans surprise, l’eau constitue le principal facteur limitant l’expression du plein potentiel des grandes cultures.

Le maïs, culture alsacienne numéro 1 en termes de surface, est dans une situation « hypercritique » lorsqu’elle n’est pas irriguée, rapporte Christian Lux, du Comptoir agricole. Les irrigants, eux, sauvent la mise, mais en cravachant, avec déjà pas moins de quatre tours d’eau au compteur en ce début de mois de juillet. Les conséquences du manque d’eau sur le maïs sont amplifiées par un événement inédit dans la carrière de Christian Lux : « Les maïs ont été semés dans des conditions plutôt humides, avec parfois un lissage des raies de semis et, surtout, quasiment plus d’eau après, ce qui a entraîné une importante rétractation des sols, en particulier les plus argileux. Résultat, l’ancrage du maïs a été fragilisé par ces importantes fentes de retrait, tant et si bien que des pieds ont versé et que des maïsiculteurs ont irrigué pour faire tenir les maïs. » Ces maïs n’ont évidemment pas une capacité d’exploration de la réserve utile optimale. Cette dernière étant quoi qu’il en soit plus souvent vide que pleine, « le rendement va être impacté. On est au stade 8-10 feuilles. On ne peut plus viser une année record, notamment dans le Bas-Rhin, où 80 % de la sole dédiée au maïs n’est pas irriguée ». La programmation est d’ores et déjà affectée. Et la floraison débute dans des conditions qui ne sont pas propices à la fécondation. En effet, les températures élevées rendent le pollen moins actif et les soies moins réceptives. Conclusion de Christian Lux : « On est sur la corde raide. » Les orages du 11 au 12 juillet ont chahuté quelques maïs, ont apporté de l’eau, mais parfois pas tant que ça. « Il faudra encore d’autres orages pour arriver au bout du cycle », prévient Christian Lux. Côté chrysomèle, la pression est variable selon les secteurs. « Elle reste raisonnable dans les secteurs non irrigués avec rotation. » Dans le Haut-Rhin, les niveaux de captures « explosent les compteurs » dans la Hardt et jusqu’au sud de Strasbourg, rapporte Florence Binet, ingénieure régionale à Arvalis - Institut du végétal. Résultat : des nécroses racinaires importantes du fait des larves, et des adultes qui consomment soies et feuilles. Malgré cela, l’irrigation, et une pluviométrie plus généreuse dans le sud de la région permettent de sauver la mise au maïs. Le maïs semences va bien. Par contre, ses cultivateurs irrigants, eux, sont fatigués d’irriguer. « Il n’y a pas eu d’eau depuis le 8 mai. Donc il y a déjà eu parfois six à sept tours d’eau », rapporte Alain Weissenberger, responsable de la filière maïs semences au Comptoir agricole. Le Haut-Rhin a été un peu plus arrosé, il y a eu un peu de répit, mais dans le Bas-Rhin, il n’y avait rien eu de significatif jusqu’aux orages de la nuit du 11 au 12 juillet, qui ont d’ailleurs grêlé et/ou fait verser quelques parcelles dans le secteur d’Ostwald, Lingolsheim et au sud de Colmar, où la castration avait commencé, ce qui signifie qu’il va falloir la finir à la main dans ces parcelles. Comme le maïs conso, le maïs semences souffre d’un enracinement limité, « notamment dans les terres difficiles ». La floraison a commencé pour les parcelles le plus précoces, et va s’amplifier au courant de la semaine. La baisse des températures et l’eau qui est enfin venue du ciel et pas de la nappe, arrivent donc au meilleur moment. Blé : un peu mieux que l’année dernière Une bonne partie de la moisson est engrangée. Dans le Bas-Rhin elle se solde par une bonne qualité des grains : PS dans la norme, teneurs en mycotoxines très faibles, bonne teneur en protéine. « Seul le calibre des grains peut faire défaut, en lien avec le manque d’eau », rapporte Christian Lux. A priori, le rendement s’annonce comparable à celui de l’an passé, où il y avait aussi eu une période sèche en fin de cycle. Cette année, elle a été à la fois plus précoce et plus longue, mais comme les rendements sont bons dans les terres profondes, la moyenne pourrait être un peu meilleure que celle de l’an passé : « 74 q/ha contre 72 q/ha », pronostique Christian Lux. Florence Binet corrobore les propose de Christian Lux pour le Haut-Rhin : « Nous allons vers une année moyenne, avec du très bon quand l’échaudage a pu être limité dans les terres profondes, et du moins bon dans les terres séchantes. » Si la moisson est quasiment finie en plaine, le plus gros reste à rentrer dans le Sundgau. Globalement, « le rendement sera là », indique Florence Binet.     Betteraves : l’inquiétude monte dans les terres superficielles Les désherbages ont bien fonctionné, les parcelles sont propres. La jaunisse et la cercosporiose sont bien maîtrisées grâce au suivi consciencieux de l’état sanitaire et à l’application d’un à deux traitements selon les secteurs. Comme il n’y a pas eu de précipitations significatives depuis la mi-mai, l’irrigation a commencé début juin dans les secteurs séchants, rapporte Laurent Rudloff, responsable agrobetteravier de la sucrerie d’Erstein, qui rappelle que 38 % de la surface betteravière alsacienne est irriguée. Si la betterave tient bon dans les terres profondes, l’inquiétude monte dans les terres plus superficielles, où elle commence à souffrir. « Nous espérons la pluie avec impatience », résume Laurent Rudloff. Les fortes chaleurs n’ont que peu d’impact sur la betterave, qui se met en pause en attendant des conditions meilleures. Les orages annoncés pour la soirée du mardi 11 juillet n’inquiétaient pas plus que ça Laurent Rudloff : « La grêle, c’est toujours localisé. Au pire ça crée des portes ouvertes pour les maladies. Mais ça reste de l’eau. » Et c’est toujours ça de pris.

Pages

Les vidéos