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Consommation

Par ici, les jeunes !

Publié le 24/07/2023

Les Français boivent moins de vin, de nombreuses études en attestent. Dans ce contexte, toutes les entreprises vinicoles cherchent à renouveler leur clientèle, en s’adressant notamment aux jeunes générations. Mais comment les attirer vers le vin quand d’autres boissons leur tendent les bras ?

« La majorité des consommateurs de vins d’Alsace ont dépassé la quarantaine, voire la cinquantaine. On le remarque aussi bien au caveau qu’à travers la vente en ligne et par correspondance », pose Célia Langlois, attachée de direction à la Cave de Ribeauvillé. Comment faire pour attirer les jeunes*, qui consomment moins de vin que leurs aînés, voire pas d’alcool du tout ? Pour une cave comme Ribeauvillé, réputée pour la mise en avant des terroirs, la question a trouvé un début de réponse avec le lancement, début 2022, de deux vins sans alcool : un assemblage de sylvaner et de muscat, et un mousseux 100 % muscat. À sa sortie, Ribo - nom commun à ces deux références qui ne bénéficient pas de l’appellation Alsace - est le premier vin désalcoolisé commercialisé par un opérateur de la région. La cible : ceux qui ne consomment pas d’alcool, donc potentiellement les jeunes. Tendance de fond ou aventure sans lendemain ? Cette incursion dans le monde des « no-low » (les boissons sans alcool ou peu alcoolisées), qui ne concerne qu’un faible volume, soit une centaine d’hectolitres, se poursuit. « Nous sommes en train de travailler sur une nouvelle mouture du vin tranquille, car la première ne nous satisfaisait pas totalement. Nous voulons que les consommateurs retrouvent dans nos vins désalcoolisés ce profil sec, droit, fruité, qualitatif qui caractérise nos vins », confie Célia Langlois. La Cave de Ribeauvillé va aussi revoir le contenant. La version tranquille de Ribo sera embouteillée dans une bouteille de type bourguignon plutôt qu’une bouteille bordelaise. « La modernisation passera par l’habillage et l’étiquette », mais pas par la mise en canette : il ne faudrait pas pousser le bouchon trop loin. « Nous souhaitons quelque chose de fun, coloré, moderne, mais qui reste élégant. » Pas question d’en dire plus pour le moment : le nouvel habillage est en cours de développement. Un nouveau contingent de 13 000 bouteilles est prévu cet automne, pour une commercialisation en fin d’année. Désacraliser la consommation Chez Bestheim, la volonté de séduire des consommateurs plus jeunes n’est pas nouvelle. « Il y a six ans, nous avons sorti la gamme Ice dans l’objectif d’intégrer de nouveaux modes de consommation, indique Agathe Prunier, cheffe de projet marketing. Et c’est une tendance qui s’amplifie avec les années. » La gamme Ice, reconnaissable à ses bouteilles sleevées*, se décline aujourd’hui en trois produits : deux crémants demi-secs, dont un rosé, et un mousseux 100 % muscat, à boire sur des glaçons, voire en cocktail. La coopérative leur a dédié un stand spécial de 20 m2, dans le hall 6 de la FAV. L’ambiance, la musique, les lumières donnent le ton : sur cet espace, tout est pensé pour « les jeunes qui veulent faire la fête ». « La consommation de vins est très sacralisée, au point que certains jeunes n’osent pas en déguster. Avec ces cuvées Ice, qui jouent sur la fraîcheur et le fruité, ils ne se sentent pas obligés d’être des connaisseurs. » Agathe Prunier tente la comparaison avec la bière, boisson très appréciée des jeunes, qui se consomme sans façon et sans initiation particulière. « Nous, les acteurs du vin, avons des efforts à faire pour simplifier la lecture et la compréhension de nos cuvées. » C’est dans cet esprit, par exemple, que Bestheim a sorti sa gamme Hopla, cinq vins qui ne s’embarrassent ni de nom de cépage, ni de nom de lieu et encore moins de millésime : le brut, le blanc sec, le rouge charpenté, le blanc moelleux et le rosé sont « faciles à décoder, à accommoder et à boire ». Conçue pour être éphémère, la gamme Hopla entame sa quatrième année d’existence, avec un succès qui perdure dans les trois boutiques de la coopérative. Les influenceurs à la rescousse L’utilisation des canaux digitaux fait partie intégrante de la stratégie de Bestheim. La coopérative a procédé à une refonte complète de son site web et accentué sa présence sur les réseaux sociaux depuis environ deux ans. « Nous travaillons avec des influenceurs pour promouvoir notre image de marque. Si l’on veut toucher une cible plus jeune, c’est indispensable », juge Agathe Prunier, qui s’appuie sur les services d’une agence pour sélectionner les influenceurs susceptibles de recommander les produits de la cave : C’est madame qui choisit le vin, M. et Mme Apéro, Marlène Delolmo pour n’en citer que quelques-uns. « Avec le temps, nous connaissons mieux les personnes avec qui nous sommes susceptibles de collaborer. Marlène Delolmo, par exemple, a une préférence pour les vins tranquilles. Nous ne lui proposons pas de collaboration pour les crémants. Les créateurs de contenus ont leurs goûts, comme tous les consommateurs. »   Pour toucher les jeunes, la Cave de Ribeauvillé mise plutôt sur la participation à des événements locaux, comme la Foire aux vins d’Alsace ou, tout récemment, la Tournée des terroirs organisée par le Civa pour les 70 ans de la Route des vins. Elle a également noué un partenariat avec le club de handball de Sélestat, le réputé SAHB : à chaque match à domicile, la cave dresse son stand et investit l’espace VIP pour y faire découvrir ses vins. Célia Langlois envisage l’organisation d’événements « sympas et conviviaux » à destination des jeunes, mais pas seulement. Les after-works en sont la préfiguration. La Cave de Ribeauvillé s’est également investie dans un partenariat avec l’Université de Haute Alsace qui l’amènera à intervenir, dès la rentrée, auprès des étudiants de licence pro Marketing et commerce du vin et Viticulture-œnologie. Une façon de porter l’image de la cave auprès de ces futurs professionnels du vin qui seront peut-être un jour, des prescripteurs. À moyen terme, la coopérative souhaite définir « une vraie stratégie commerciale et marketing » lui permettant de dynamiser ses ventes auprès de ses différentes cibles, en particulier les jeunes. Un chantier de longue haleine et qui ne fait que commencer.

Domaine Kumpf et Meyer à Rosheim

Des lianes dans l’herbe

Publié le 21/07/2023

La question de la gestion de l’inter-rang revient régulièrement sur le tapis. Parmi les nombreuses solutions envisageables, en figure une qui requiert à la fois d’être capable de lâcher prise, de faire confiance aux équilibres naturels, et de bien connaître la physiologie de la vigne : celle de laisser pousser des lianes dans de l’herbe, jusqu’à la mort du couvert, qui précède la fructification de la vigne.

Le domaine Kumpf et Meyer s’étend sur 15 ha dans les environs de Rosheim. Depuis décembre 2010, il est cogéré par Sophie Kumpf et Julien Albertus. Petits-fils de viticulteur, titulaire d’un BTS viti-oeno, ce dernier a fait ses armes chez plusieurs vignerons, dans le Sud, en Alsace, et chez un caviste, avant d’être embauché par Sophie Kumpf. Sa mission : donner une direction au domaine. Pour Julien Albertus, qui ne voulait pas « faire du vin pour faire du vin, mais faire du vin de lien, de terroir », la ligne directrice est toute trouvée : le domaine sera converti à l’agriculture biologique. Poussé par sa fibre environnementale, il tient aussi à remettre de l’herbe dans des vignes qui étaient jusqu’alors conduites de manière traditionnelle : « Le cavaillon était désherbé, et l’inter-rang fauché avant même que l’herbe ait poussé. » Transition dans les vignes et dans les têtes « La transition a demandé des adaptations, tant en termes de moyens que de mentalités », rapporte Julien Albertus. Mais, petit à petit, il a atteint ses objectifs. Dès 2012, il entame la conversion en bio. À cette époque, le sol n’est déjà plus travaillé qu’une fois par an sur l’inter-rang, et deux à trois fois par an sous le cavaillon, pour qu’il reste « propre ». En 2016, la progression vers l’enherbement permanent connaît un bond en avant. Julien Albertus investit dans un rolofaca, et un châssis plus adapté pour travailler le cavaillon au disque, une technique qui permet « de scalper l’herbe, la soulever, et la laisser sur place ». Pour gérer l’enherbement de l’inter-rang Julien Albertus utilise son rolofaca, mais « souvent mal », affirme-t-il aujourd’hui, après avoir appris de ses diverses expérimentations qu'« un seul passage suffit, quand l’herbe est mûre ». En 2017, il investit dans un semoir, afin de réaliser des semis sous couvert dans l’inter-rang. « J’ai mené plein d’essais, dans l’espoir de trouver la formule idéale : à faible densité, à densité élevée, à différentes périodes… J’en suis arrivé à la conclusion que, pour avoir un bon résultat, ce qui compte c’est la préparation du lit de semence. Pourtant l’objectif est de moins travailler le sol, de dépenser moins d’énergie et de temps. En outre, les résultats de ces semis sont très dépendants des conditions météorologiques, sur lesquelles on n’a aucune prise. » Résultat, en 2021, année où il obtient ses plus beaux résultats de semis, Julien Albertus décide de jeter l’éponge : « J’ai vu ce qu’il fallait faire pour que ça fonctionne, et ça ne me convenait pas. » Less is more L’année suivante, il sème encore 6 ha, mais laisse faire la nature sur les autres. C’est la révélation : « Il y avait trois fois plus de biomasse avec l’enherbement naturel qu’avec l’enherbement guidé. J’ai attendu que cette herbe spontanée mûrisse et puis je l’ai couchée. » Et c’est tout. Tout naturellement, Julien Albertus conclut : « Mieux vaut laisser pousser ce qui vient spontanément. Car c’est ça, qui est adapté au contexte. Les semences du commerce sont obtenues ailleurs, dans d’autres conditions. Donc non seulement elles représentent une charge, mais en plus elles ne sont pas forcément adaptées à notre contexte, donc elles poussent mal, et ne remplissent pas la fonction attendue. Sans compter que les produire consomme des terres et des intrants, de l’énergie. » Une touche de rolofaca Julien Albertus laisse donc désormais place à l’enherbement naturel sur près de 80 % des parcelles du domaine, avec succès. Cet enherbement naturel est géré de différentes manières. « Les traitements phytosanitaires sont réalisés au quad (lire aussi pages 28-29), ce qui a tendance à coucher l’herbe à chaque passage. » Puis, quand l’herbe est mûre, elle est couchée au rolofaca : « C’est très facile et ça forme un très beau paillage », assure Julien Albertus.     Le cavaillon, lui, est géré au cas par cas, selon les années. En 2021, année poussante, il y a eu un passage de disque. Pas plus, car le sol était détrempé. Résultat : « L’herbe s’est arrêtée au premier fil et n’a pas gêné la suite des opérations. » En 2022, Julien Albertus a investi dans un intercep Facamatic de Boisselet. Un investissement qui se solde par un échec : « Il y avait un dysfonctionnement donc je ne l’ai pas utilisé. » Quoi qu’il en soit, cette même année, en raison du manque d’eau, l’herbe n’est pas montée sur le cavaillon, où il y en avait beaucoup moins que sur l’inter-rang. « C’est sans doute lié à l’historique du travail du cavaillon, mais je n’ai pas assez de recul pour l’affirmer », rapporte le vigneron. En 2023, il utilise, après réparation, le Facamatic qui procure « un joli paillage ».     Problématique hydrique Pour Julien Albertus, la problématique de la compétition hydrique entre la vigne et l’enherbement, est un faux débat, à plus d’un titre. Il égraine ses arguments. « Pour pousser, la vigne a besoin de carbone, qu’elle se procure via la photosynthèse, et d’éléments minéraux, qu’elle puise dans le sol. Au début de sa période végétative, elle puise dans ses réserves, à peu près jusqu’à la floraison, où elle commence réellement à aller prospecter dans le sol. Or ce moment coïncide avec la fin du cycle de l’herbe. » En outre, la présence d’herbe, qui est couchée au sol, contribue à avoir un sol riche en matière organique, avec une bonne capacité d’infiltration et de rétention de l’eau. Alors que d’autres parcelles ravinent sous l’effet de fortes pluies, l’eau s’infiltre dans les parcelles enherbées. « Autant d’eau qui pourra alimenter l’herbe, et la vigne. » Enfin, le fait de laisser pousser l’herbe et, surtout de la laisser en place, alimente la vie du sol : « Les racines qui restent dans le sol vont être propices à l’installation de symbioses mycorhiziennes, qui vont créer une capacité de prospection supérieure à celle qui prévalait sous un inter-rang travaillé. » Mais pour que ce système fonctionne, Julien Albertus insiste : « L’herbe doit être couchée seulement quand son cycle est fini, sinon elle va repartir et, ce faisant, elle va repomper de l’eau dans le sol. Une catastrophe au niveau de la gestion hydrique. Alors qu’une fois couchée, l’herbe bien mûre forme un paillage qui a un effet allopathique, empêchant d’autres espèces de s’installer trop rapidement. » Un confortable matelas pour aller jusqu’aux grains de raisin.

Forêt et changement climatique

État d'urgence

Publié le 20/07/2023

Sous l’effet du changement climatique, les forêts brûlent. Que ce soit à petit feu ou dans des incendies ravageurs. Leur capacité à stocker du carbone, donc à atténuer le changement climatique s’en trouve amputée. Déjà, les spécialistes ne croient plus à la capacité d’adaptation naturelle des peuplements tant le climat s’emballe. L’heure n’est plus au maintien du potentiel de production, mais au maintien d’un couvert végétal.

Dans la vallée de la Doller, le sapin n’est plus le roi des forêts. Et sa verdure vire au rouge, signe d’un dépérissement lié au changement climatique. En 2019, 12 000 m3 de bois sec y ont été récoltés contre 500 m3 en 2016. Depuis, la tendance ne s’est pas inversée, au contraire. Par contre, les acteurs de la forêt ont pris la mesure de la problématique, et des études sont en cours pour tenter d’adapter le peuplement forestier à un changement climatique qui s’emballe. C’est dans ce contexte que le service forêt de la Chambre d'agriculture Alsace et l’association forestière de la vallée de la Doller, de la Thur et environs ont organisé, vendredi 30 juin, une réunion d’information sur l’impact du changement climatique sur la répartition future des essences forestières et la sélection d’essences de reboisement. Christian Piedallu, ingénieur de recherche à AgroParistech, a introduit le propos en présentant des cartes qui font froid dans le dos. En effet, l’Alsace figure dans l’œil du cyclone du changement climatique. Les températures estivales ont augmenté un peu partout, mais l’Alsace est particulièrement dans le rouge. Et les précipitations, si elles devraient rester stables en moyenne, vont se raréfier en été, et là aussi, l’Alsace risque d’être particulièrement soumise à un régime sec. Cela a déjà - et aura encore davantage à l’avenir - un effet sur les aires de répartition des essences, qui sont, pour schématiser, limitées au nord par le froid, et au sud par le régime hydrique. « Ces aires de répartition n’ont jamais été fixes. Mais elles évoluent sur des pas de temps beaucoup plus long que ce à quoi nous assistons actuellement », indique Christian Piedallu. En peu de temps, l’Alsace risque donc de devenir une région adaptée aux essences méditerranéennes. Mais la communauté scientifique est de moins en moins encline à penser que la capacité d’adaptation naturelle des peuplements peut suivre la cadence du changement climatique. Il va donc falloir agir pour soutenir cette évolution. Adapter les itinéraires de gestion Les modélisations en cours mettent en évidence une remontée des aires de répartition vers le nord pour de nombreux types d’arbres. Pour le sapin, il y a aussi une remontée en altitude des zones qui lui sont favorables. Dans les zones qui deviennent inadaptées aux essences en place, les peuplements dépérissent. De nombreux paramètres influencent l’intensité du phénomène : âge, type et mélange d’essences, densité, structure, microclimat. Certains ont un effet particulièrement négatif : l’âge des arbres, leur position de dominé, la pureté du peuplement, l’exposition au stress hydrique, qui explique qu’il y a davantage de mortalité en haut de versant et sur les versants sud… Autant de paramètres qui expliquent que certains peuplements sont plus résistants que d’autres : « Dans certains secteurs, le peuplement est acclimaté au stress hydrique, il résiste donc mieux au changement climatique », pour l’instant. Ces éléments permettent de cartographier la probabilité de dépérissement et d’adapter les actions au niveau de risque. Il peut s’agir de faire évoluer le peuplement en place pour améliorer sa résilience, ou de remplacer les espèces en place par d’autres. Quel que soit le niveau de risque, Christian Piedallu annonce la couleur : « Il n’y aura pas de solution miracle. » Par contre, certaines mesures doivent être mises en place dès maintenant : ne plus planter les espèces à risque élevé de dépérissement, favoriser la régénération naturelle avec les espèces présentes plus résistantes à la sécheresse en espérant une adaptation, implanter des espèces plus méridionales, favoriser la diversité des essences et les structures de peuplement hétérogènes, préserver les sols, mélanger les essences, gérer la ressource en eau, en gérant la surface foliaire pour que l’eau arrive au sol, en pratiquant des éclaircies progressives… Les coupes rases et les fortes mises en lumière sont de toute manière à proscrire, pour limiter le stress hydrique. Mieux vaut pratiquer une sylviculture à couvert continu, avec des éclaircies légères, par petites touches, pour garder une ambiance forestière (ombrage, lumière diffuse, eau… ). Diversifier les peuplements Conseiller forestier à la Chambre d'agriculture Alsace, Samuel Jehl rappelle que les peuplements mélangés affichent de meilleures croissances et productivité que les purs car les différentes essences n’exploitent pas les mêmes ressources, et donc les utilisent mieux. Certaines essences ont un enracinement pivotant, d’autres superficiel. Les mélanger permet d’optimiser l’exploration de la réserve utile des sols. En outre, chaque essence a ses propres besoins (autécologie) et les essences interagissent entre elles (synécologie). Des interactions qui ont tendance à rendre les peuplements mélangés plus résilients. Ainsi, la nuisibilité du scolyte est moins élevée dans un peuplement diversifié que pur. En outre, chaque essence a des atouts et faiblesses, donc « choisir des essences qui ont des sensibilités différentes constitue une assurance face au changement climatique ». Samuel Jehl cite l’exemple d’un peuplement composé à 30 % de hêtre et 70 % d’épicéa. « Le hêtre, avec sa forme d’entonnoir, amène l’eau dans la futaie. Résultat, les 70 % d’épicéas sont aussi productifs qu’en peuplement pur ». Problème : les hêtres font partie des essences condamnées par le changement climatique à plus ou moins long terme… Autres exemples : chêne sessile et pin laricio, épicéa et chêne rouge… « Les peuplements monospécifiques, il faut tirer un trait dessus, se diriger vers des pratiques plus adaptées comme la futaie irrégulière, à couverture continue », encourage Samuel Jehl, qui reconnaît que « ces méthodes engendrent un suivi moins facile, un surcoût, et parfois des échecs ». En outre, ces adaptations des itinéraires de gestion vont inévitablement impacter l’aval de la filière, qui va aussi devoir s’adapter. Dans la salle, d’autres propositions émergent : élaguer les arbres pour qu’ils soient moins hauts, ou encore rétribuer les externalités positives des forêts, notamment lorsqu’elles piègent du carbone, ce qui augmenterait la capacité d’investissement dans la forêt, donc sa capacité à piéger du carbone, et donc sa capacité à tempérer le changement climatique ! Dans les cas les plus extrêmes, mieux vaut dès à présent implanter des espèces plus résistantes au stress hydrique et au coup de chaud. Avec la difficulté qu’elles doivent aussi être capables de résister au gel hivernal. Pin laricio de Corse, chêne rouge, chêne pubescent, cèdre de l’Atlas, sont quelques essences citées par Samuel Jehl, qui insiste : « Le choix des essences passe par un diagnostic de station. » Il convient également de rester dans les clous de la réglementation. Ainsi, pour bénéficier de certaines aides, il convient de choisir des essences qui figurent sur une liste des matériels forestiers de reproduction (MFR). Une liste qui contient très peu de nouvelles essences, donc qui ne facilite pas l’adaptation au changement climatique. En conclusion, Christian Piedallu, encourage les forestiers à « tenter des expériences », mais aussi à « gérer l’incertitude », car ce qui est sûr « c’est qu’il n’y a plus de certitudes ! »    

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