A la une

Bar Alsace Rocks !

De près et de loin

Publié le 28/07/2022

Les amateurs de vins affluaient de partout dans le monde, lundi 25 juillet, au bar de l’interprofession, estampillé Alsace Rocks !. Verdict : les vins d’Alsace ont la cote. Les dégustateurs témoignent.

Olivia et Oscar, 32 et 33 ans, infirmière et développeur informatique, à Göteborg en Suède « C’est notre premier jour en France, s’exclame Olivia, ravie. Nous sommes venus ici tout spécialement pour la Foire aux vins. Nous avons cherché sur Google où est-ce qu’il y avait des festivals autour du vin et c’est le seul qu’on ait trouvé, pour l’instant. Nous sommes des amateurs de vins mais non des professionnels. Le vin est devenu un hobby pour nous, durant les confinements, à cause du Covid-19. » « Nous avons troqué notre table de cuisine pour une cave à vins, ajoute Oscar, rieur. Nous avons investi beaucoup d’argent déjà, pour découvrir les vins. Présentement, nous buvons un pinot gris. Nous aimons le vin sec. Notre préféré reste le gewurztraminer, avec ses notes de litchi et de fleurs. Et ce sont surtout les vins naturels, qui nous attirent. » Pour ces Suédois, les pinots gris et gewurztraminers nature sont donc des blancs secs.   Lou et Gaëtan, 20 et 21 ans, étudiants à Clermont-Ferrand « Nous sommes venus voir Damso et PLK, ce lundi soir, en concert. Mais nous aimons aussi le vin, surtout le blanc moelleux. Nous sommes donc arrivés plus tôt pour découvrir la foire et déguster quelques verres. C’est une très bonne idée ces concerts dans ce cadre : sans cela, nous ne serions pas là. Nous ne sommes pas plus connaisseurs que cela. Nous n’aurions donc jamais parcouru tous ces kilomètres, juste pour goûter du vin, mais là la combinaison est parfaite. Nous sommes heureux de boire un verre avant le concert. Et surpris par le large choix que propose le bar ! Nous ne savions pas du tout que l’Alsace est une aussi grande région vinicole. Nous sommes impressionnés », raconte Lou, épatée aussi par le vignoble alentour et la taille de la Foire aux vins. « On a choisi le bar Alsace Rocks parce qu’il est cool, dans tous les sens du terme, plaisante Gaëtan. La salle est fraîche. Il y a le cabaret en face, de la musique. Et nous avons été très bien conseillés. Nous avons demandé un blanc sucré et fruité. Le barman nous a proposé cette bouteille : un gewurztraminer de 2020, du domaine Ginglinger-Fix, à Voegtlinshoffen. Il est excellent ! C’est exactement ce qu’on recherchait. »   Franck, 56 ans, agent général d’assurances, à Colmar « Je viens à la Foire aux vins depuis que je suis gamin. J’ai été bercé par la FAV ! Ce soir, nous avons amené notre fils au concert de Damso, et nous en profitons pour faire un arrêt aux stands. C’est la première visite de l’année et le bar Alsace Rocks est le premier où l’on déguste. Vu les températures de ces derniers jours, j’ai choisi pour mes convives et moi de commencer par quelque chose de léger mais de gourmand : un crémant rosé de la maison Bott, à Ribeauvillé. C’est rafraîchissant. Le second verre, que l’on boit actuellement, est un classique : un crémant blanc, un chardonnay brut AOC, nommé Égérie, de Dopff et Irion à Riquewihr. C’est leur cuvée vedette. Pour se faire le palais, le crémant, c’est ce qui passe le mieux. Celui-ci a des notes d’agrumes. Après ces bulles, ces vins frais, je goûterai un vin tranquille, un pinot blanc, plus sec, avec le repas », programme ce quinqua, entre deux souvenirs de jeunesse, partagés avec son épouse et ses amis.

Publié le 27/07/2022

La récolte de moutarde blanche, en Alsace, vient de s’achever, avec presque trois semaines d’avance. Là où la culture a été arrosée, par les pluies ou l’irrigation, les rendements s’annoncent exceptionnels, tant elle a profité du soleil.

« Cette année est marquée par de bonnes conditions de semis et une levée régulière, commente Fabien Metz, de l’EARL du Relais, à La Wantzenau, qui cultive 14 ha de moutarde. La campagne a été trop sèche pour qu’on soit inquiété par les insectes, notamment les méligèthes. Mais selon les types de sol et la pluviométrie, ou l’irrigation, en termes de rendement, on passe du simple au double car, juste après la floraison, en mai, une période chaude a stressé la moutarde. » La moutarde aime la chaleur et le soleil mais il lui faut un minimum d’eau, jusqu’à la fin de la floraison, pour se développer. Fabien Metz pense ainsi avoir récolté 20 q/ha, sur ses terres irriguées, quand il estime avoir ramassé seulement 10 q/ha, là où il n’y avait pas d’eau. Le rendement moyen se situe entre 12 et 15 q/ha. Cette campagne 2022 a été particulièrement chaude et sèche. Les graines qui sont d’habitude récoltées à 9 % d’humidité ont d’ailleurs été récoltées à 6 % d’humidité, un bon point, et avec presque trois semaines d’avance, mi-juillet, ajoute l’agriculteur. « Ça devrait être une bonne année » Le conseiller Pierre Geist, qui suit la culture de moutarde, à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), détaille : « La moutarde blanche, qui permet la fabrication de la moutarde douce, est semée fin mars, entre la betterave et le maïs, si les conditions le permettent. Cette année, il a plu de temps en temps, juste ce qu’il faut pour que le désherbage soit efficace, et les températures ont permis une croissance rapide. Les parcelles étaient donc propres. La renouée a été maîtrisée, début mai. Il y avait par ailleurs, très peu d’altises, peu de pression des ravageurs. Les méligèthes ont été traitées là où le stade d’intervention a été atteint, mais un seul traitement a suffi. » Au 10 mai, avec huit jours d’avance, les premières moutardes sont arrivées au stade bouton floral caché. Mi-mai, elles ont fleuri. Fin mai, sur 20 à 30 % des parcelles, les tenthrèdes de la rave qui n’avaient pas été détectées plus tôt, ont été traitées. « Ça devrait être une bonne année, constate Pierre Geist, ni trop sèche, ni trop humide. Les premières récoltes ont eu lieu le 16 juillet. On attend les retours du Comptoir agricole, qui collecte. » La coopérative stocke, trie, nettoie et vend les graines de moutarde à Alélor. Le conseiller de la CAA souligne qu’il n’y a pas eu de verse en 2022, les tiges étant de 10 à 20 cm plus courtes que d’habitude ; il n’y a donc pas eu de pertes de grains. Une marge brute équivalente à celle du maïs En Alsace, la filière moutarde a été créée en 2008 par Alélor. Elle regroupe, aujourd’hui, une vingtaine d’agriculteurs, qui cultivent, cette campagne, deux fois 40 ha, au total. Puisque les conditions climatiques étaient favorables, fin juin, un second semis de moutarde a été opéré, après l’orge ou le blé, pour récolte en octobre. Cette culture secondaire, en dérobé, qui n’engage que peu de frais, pourra être un complément pour l’exploitation. De 60 à 70 % des besoins d’Alélor sont couverts, grâce à la graine locale, ce qui lui a permis de faire fonctionner l’usine sans arrêt, contrairement à d’autres en 2022. En effet, le Canada et l’Ukraine, les deux plus gros producteurs mondiaux, n’ont pas pu répondre à la demande cette année ; respectivement à cause d’un dôme de chaleur ayant détruit la moitié de la production et de la guerre. Alain Trautmann, le directeur d’Alélor, avait anticipé ce scénario. « On a voulu cette filière locale, 100 % Alsace, pour moins subir les pressions extérieures, moins dépendre des producteurs monopolistiques et éviter les variations de prix. Nous avons aujourd’hui une culture stable, qui ne demande pas de logistique profonde ; une culture française, alsacienne, qui est rémunératrice », énumère Alain Trautmann. Pierre Geist précise : « S’il y a un bon rendement, en moutarde, la marge brute est équivalente aux autres productions : blé, maïs. » « Ça fluctue un peu », admet Fabien Metz. La moutarde n’est donc pas encore l’or jaune, malgré les pénuries mondiales de graines. Casser le cycle de la fusariose du blé Mais elle a des atouts indéniables, techniques et agronomiques. « Depuis treize ans, l’itinéraire technique est rôdé », conclut Pierre Geist. « La moutarde revient tous les cinq ans dans ma rotation, enchaîne Fabien Metz, entre le soja et le blé, et deux ans de maïs. En 2009, je cherchais une troisième culture pour allonger ma rotation. J’en suis satisfait. Le blé est mieux protégé de la fusariose. J’ai réduit de moitié les fongicides sur la céréale. Aussi, je travaille moins le sol avant le blé. » L’appui de la CAA et l’organisation locale de la filière le motivent aussi. Six cultivateurs de moutarde d’Alsace sont en bio. Elle ne bénéficie pas d’IGP. Alélor produit 1 000 à 1 200 t de ce condiment, à l’année, soit 1 % du marché français. En 2022, 60 t sont allées à l’entreprise agroalimentaire Daunat.    

Chambre d’agriculture Alsace et Collectivité européenne d’Alsace

« La vraie inflation va arriver maintenant »

Publié le 24/07/2022

Entre la hausse de leurs coûts de revient et la peur de perdre des marchés, les agriculteurs se retrouvent pris en tenaille. Jeudi 13 juillet, la sortie conjointe de la Chambre d’agriculture et de la Collectivité européenne d’Alsace a permis d’attirer l’attention sur un phénomène qui touche de nombreuses filières agricoles.

Producteur de poulets de chair, Damien Schultz a accueilli les représentants de la Chambre d’agriculture (CAA) et de la collectivité européenne d’Alsace (CEA) jeudi 13 juillet sur son exploitation. Située à Artolsheim, en Centre Alsace, l’EARL de la Basse-cour est une ferme de polyculture-élevage qui a diversifié ses activités avec des asperges, des pissenlits et des légumes de saison. À Frédéric Bierry, président de la CEA, Damien Schultz explique que la conjoncture actuelle profite aux céréaliers, mais pas aux éleveurs. Ceux-ci subissent en effet l’augmentation des coûts de l’aliment. Pour l’instant, le mécanisme d’indexation des prix de reprise des volailles sur le coût des matières premières a permis de limiter les dégâts. Mais il est inquiet : « La vraie inflation va arriver maintenant. » Fabriquer l’aliment à partir de ses propres céréales ne serait pas pertinent, juge Damien Schultz. L’éleveur d’Artolsheim met le doigt sur l’une des particularités de la filière volailles : un cycle de production très court, où toutes les étapes sont calées en fonction des besoins des abatteurs. Si chaque éleveur se met à produire son aliment, le risque est de perdre en performance et de désorganiser la filière, dit-il. Les éleveurs ne sont de toute façon pas autosuffisants en protéines, ajoute Mario Troestler, responsable des productions avicoles chez Lorial. Ils achètent du soja qui contient 44 à 45 % de protéines extrêmement digestibles. « Le soja, c’est LA protéine des volailles. On peut le produire en Europe, mais c’est autant de céréales en moins. » Autre préoccupation de la filière avicole : la possible baisse de la consommation due au retour de l’inflation. Pour Damien Schultz, qui vend essentiellement en filière courte, rien ne sert de produire si le consommateur n’est pas prêt ou pas en capacité d’acheter. Pour se démarquer du poulet standard et se placer en grande distribution, l’abattoir Siebert a créé la marque Poulet du Grand Est. Au président de la CEA, qui tique sur le nom, Cyril Besnard, directeur commercial de l’abattoir Siebert, précise que la dénomination Alsace est réservée au poulet label rouge. Depuis le lancement de cette marque Poulet du Grand Est, « on n’a jamais vendu autant de volailles locales en grande distribution. On a trouvé notre place dans la plupart des enseignes ». Cyril Besnard constate que cette initiative a permis de créer « une vraie chaîne de valeur qu’on arrive à respecter ». La gamme proposée « garantit un socle à tous les maillons de la filière et une vision à long terme ». La crainte de la rentrée Néanmoins, le directeur commercial des volailles Siebert s’inquiète de l’évolution des ventes à la rentrée. Jusqu’ici, l’abattoir a réussi à répercuter la hausse des coûts de revient mais pendant combien de temps va-t-il pouvoir le faire ? Comment vont évoluer les ventes en septembre-octobre ? Denis Nass, président de la CAA, se fait l’écho d’autres filières confrontées à la même situation : « Dans le lait, c’est tendu. » Mario Troestler insiste sur la structuration de la filière et sur le mécanisme d’indexation, qui permet d’encaisser les fluctuations de coûts en les répercutant sur le prix final. « Cela n’existe pas en œufs ni en porcs. » Le responsable des productions avicoles chez Lorial pointe également les efforts faits pour améliorer le bien-être animal, même dans une production non labellisée : animaux à croissance lente, limitation de la densité, lumière naturelle… Mais les éleveurs ne peuvent élever indéfiniment les standards de production sans conséquence sur les prix. « 50 % du poulet consommé en France est importé », précise Mario Troestler. Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, rebondit : avec la baisse du pouvoir d’achat, les consommateurs se détournent des produits biologiques, voire de la production locale. Une partie du lait bio est désormais écoulée en lait conventionnel. De ce fait, le surcoût de production n’est plus compensé. Franck Sander met en cause la grande distribution qui, selon lui, n’accepte pas de répercuter les hausses et « qui marge trop sur nos produits ». « La hausse des prix qu’on connaît aujourd’hui, c’est comme si tout le monde mangeait bio (au prix d’hier) », affirme-t-il encore, pour relativiser la hausse des prix de l’alimentation. La CEA dépense 22 millions d’euros (M€) pour l’alimentation dans les collèges. « C’est nous qui payons mais nous n’avons pas la main » sur les approvisionnements, indique Frédéric Bierry. Ce sont les gestionnaires des collèges, dépendant de l’Éducation nationale, qui ont cette compétence. La CEA se bat pour la récupérer. Son président reconnaît que l’alimentation est un véritable enjeu, aussi bien dans les collèges que dans les Ehpad. Mais avec la hausse du coût de l’énergie, « il va falloir rogner ». Et faire en sorte que la hausse des coûts ne pèse ni sur les ménages ni sur les agriculteurs, ajoute-t-il. « Depuis l’après-guerre, la part du budget consacrée à l’alimentation diminue, réagit pour sa part David Herrscher, président de la MSA d’Alsace. Il faut faire comprendre que ce temps-là est terminé. » Pour la CEA, la priorité est d’assurer les besoins vitaux des concitoyens, quitte à reculer certains projets non essentiels. « C’est pour ça qu’on investit 2 M€ dans l’abattoir de Cernay. » Chercher les poussins… à Orléans La question de la souveraineté alimentaire est posée. Pour qu'elle soit assurée, il faut des producteurs, mais ceux-ci ne représentent qu’un maillon de la filière. Dans le cas de la volaille, il faut aussi un accouveur, en amont, et des abatteurs. Or, le devenir des Couvoirs de l’Est, qui approvisionnent les éleveurs de volailles en poussins, est incertain. L’outil est « en fin de vie industrielle » et son propriétaire est proche de la retraite, indique Mario Troestler. « Si on ne règle pas ce problème, il n’y aura plus de couvoir dans le Grand Est et il faudra chercher les poussins à Orléans. » Le président de la CEA se dit prêt à travailler sur ce dossier, en lien avec la profession. « Si on veut être autonomes, il faut que tout le monde mette des billes et qu’on ait une visibilité sur le long terme », insiste Franck Sander.

Pages

Les vidéos