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Publié le 31/07/2022

Le mois de juillet 2022 s’annonce comme le 3e le plus chaud depuis que les données météorologiques sont enregistrées en Alsace. Il est aussi extrêmement sec. Végétation et animaux d’élevage sont mis à mal par ces conditions extrêmes. Les agriculteurs tiennent comme ils peuvent.

À part un orage mercredi, qui s’est localement traduit par des dégâts de grêle sur les bans d’Ottrot, Bischoffsheim, Rosheim et Biederthal, Liebenswiller, Leymen et Neuwiller, il n’a pas plu au mois de juillet en Alsace. Rien. Nada. Pas une goutte. Soit 22 à 23 jours sans pluie. Ce qui n’est « pas dans les normales en Alsace », pose Christophe Mertz, météorologue à Atmo-Risk. Inévitablement, le mois de juillet va s’achever sur un net déficit en précipitations, «- 70 à - 90 % par rapport à la moyenne mensuelle ». À ce déficit hydrique s’ajoute un régime de températures élevées. « Nous avons échappé aux températures records de plus de 40 °C qui ont été enregistrées dans d’autres régions françaises, mais le mercure est monté jusqu’à 38-39 °C. Et puis, sur le mois, c’est la constance de cette vague de chaleur qui est marquante », pointe le météorologue. Cela se traduit par un nombre de jours où la température dépasse 30 °C, supérieur à la normale, avec pas moins de douze jours à plus de 30 °C. Les températures moyennes des maximales de l’après-midi sont aussi anormalement élevées : 29,8 °C. Ce qui place ce mois de juillet à la 3e place des mois de juillet les plus chauds depuis que les données météorologiques sont enregistrées en Alsace, après 2006 et 2015. D’ici la fin du mois, les températures ne devraient pas significativement baisser, mais rester tout de même à des niveaux plus raisonnables, avec des maximales oscillant entre 28 et 32 °C. Mais aucune précipitation significative n’est annoncée. #Sécheresse en #Alsace, toujours pas d'amélioration jusqu'au mois d'Août... Les modèles sont quasi unanimes, les quantités de pluie à prévoir ces 10 prochains jours resteront minimes et localisées... pic.twitter.com/ea1R69NrVI — ATMO-RISK (@atmorisk) July 25, 2022 Des maïs qui souffrent, d’autres qui résistent Dans ce contexte, la principale grande culture encore en place, le maïs, s’en sort relativement bien, selon les secteurs. Les précipitations du mercredi 20 juillet ont été les plus abondantes dans le secteur de Colmar, avec de l’ordre de 40 mm, ce qui a permis de lever le pied sur l’irrigation. Mais plus au nord et au sud de cet épicentre, les quantités reçues ont été bien moindres. Et, avec les températures élevées, ces maigres précipitations n’ont quasiment rien changé pour le maïs. Aussi, dans certains secteurs non irrigués, ils souffrent, avec des feuilles qui jaunissent, qui s’enroulent. Par contre, comme le cycle du maïs est très précoce, les températures caniculaires sont arrivées juste après la floraison. Jean-Louis Galais, responsable du service Productions végétales à la Chambre d’agriculture Alsace (CAA), n’est donc pas spécialement inquiet sur ce point. Une chose est sûre : les ensilages seront précoces. Animaux : baisse de production et surmortalité à la marge Les températures élevées ont des impacts sur les animaux, que ce soit lors des pics de très forte chaleur, ou du fait qu’ils soient exposés à une longue période de températures élevées. Il y a tout d’abord une baisse de production généralisée. En effet, toutes espèces confondues, la chaleur induit une baisse de la consommation d’aliment, qui se traduit par une baisse de la production de lait, une croissance plus lente des animaux. « Jusqu’à 36 °C, l’impact se limite à une baisse de la production. Au-delà, il y a un risque de mortalité », indique Arnaud Schmitt, docteur vétérinaire au sein du cabinet vétérinaire FiliaVet à Sélestat. Sachant que ce seuil ne correspond pas forcément à la température extérieure, mais à celle ressentie par les animaux. « Dans un bâtiment rempli d’animaux vivants, qui dégagent de la chaleur, la température peut monter très vite. » C’est ce qui explique que, dans les élevages de volailles, la mortalité est souvent plus élevée dans des bâtiments bien remplis d’animaux en fin de croissance que dans ceux abritant des poussins au démarrage, ou ceux où la densité est moins élevée. C’est ce qu’illustre l’expérience d’Alexandre Fornes, éleveur de poulets de chair dans deux bâtiments d’élevage d’une capacité de 12 000 poulets chacun. Mardi 19 juillet, au plus fort de la canicule, il a perdu 56 poulets dans un bâtiment qui en contenait 11 000. Dans le second bâtiment, seuls trois volatiles ont succombé à la chaleur. La seule différence entre les deux bâtiments était une densité de volatile moins élevée dans le second. Il faut souligner que les bâtiments en question sont modernes, aérés, ventilés, et que les volailles ont accès à un jardin d’hiver ainsi qu’à un parcours extérieur, comme le stipule le cahier des charges des établissements René Meyer de Wingersheim, que l’éleveur respecte strictement. Le cas d’Alexandre Fornes n’est pas isolé. « Malgré les précautions et les actions mises en œuvre par les éleveurs pour protéger leurs animaux, il a pu y avoir des pertes, notamment dans les élevages de volailles », rapporte Arnaud Schmitt. La société d’équarrissage Atemax, elle, n’a enregistré « aucune différence significative dans les enregistrements des enlèvements d’animaux trouvés morts entre ce mois de juillet et ceux des trois dernières années », rapporte Sophie Grégoire, directrice de la communication, qui précise que « nos statistiques sont complètes, exhaustives et régulières », mais qu’il faut les mettre en relation avec l’évolution du cheptel total. Néanmoins, ces données sont plutôt encourageantes, car elles tendent à démontrer que les mesures de surveillance et de protection des élevages mises en place par les éleveurs sont efficaces. Enfin, il existe aussi une mortalité secondaire liée aux fortes chaleurs, notamment pour les bovins : « Les organismes des animaux sont fatigués de lutter contre la chaleur. Ce qui fait qu’ils peuvent succomber à d’autres pathologies, comme des infections, qu’ils auraient surmontées sinon, du fait d’une altération de leur immunité », explique le vétérinaire. La baisse de production par contre, est quasiment inévitable, car les bovins sont pourvus de radiateurs internes, leur rumen, qui fait qu’ils entrent en stress thermique à partir d’un THI (Temperature humidity index) de 68, qui correspond à une température de 22 °C à une humidité relative de 50 %. Aérer, ventiler, soutenir Dans tous les cas, la baisse de production et la mortalité peuvent être limitées. La mesure de base consiste à bien concevoir les bâtiments, tant en termes d’orientation que de matériaux, de systèmes d’ouvertures, d’accès à l’eau et à la nourriture… Puis, « au regard des évolutions climatiques, investir dans des systèmes d’aération et de brumisation, ce n’est plus du confort mais une nécessité pour pouvoir continuer à produire dans des conditions à peu près normales. De plus en plus d’élevages sont équipés. Ceux qui ne le sont pas encore sont encouragés à le faire », poursuit Arnaud Schmitt. Pendant les épisodes caniculaires, les éleveurs peuvent soutenir leurs animaux par la diététique, par exemple en supplémentant l’eau d’abreuvement en réhydratants et/ou en vitamine C, « un antioxydant qui aide à passer le cap ». Il est aussi conseillé d’éviter de nourrir les animaux pendant les heures les plus chaudes, car la digestion augmente leur température corporelle et parce que l’apport de nourriture provoque des mouvements qui, eux aussi, contribuent à réchauffer l’atmosphère des bâtiments. « Mieux vaut donc nourrir les animaux le soir, lorsque la température redevient plus clémente », indique Arnaud Schmitt, qui précise que le cabinet vétérinaire a envoyé des mails avec des recommandations à ses clients en amont de l’épisode de très fortes chaleurs des 18 et 19 juillet. Enfin, face au constat de l’effet de la densité de population dans les élevages, l’abaisser de manière préventive en été pourrait devenir une piste à envisager. « Cela se fait déjà dans les bâtiments vieillissants d’élevage de poulets de chair. Mais, dans la plupart des situations, surtout si la reproduction se fait sur place, c’est difficile à gérer, car il faudrait anticiper la baisse de densité des mois avant, et aussi parce que faire repartir la reproduction à la hausse ensuite ne se gère pas si facilement. Ça peut donc se faire, mais à la marge, dans les systèmes sans reproduction. » Transports, risque d’incendies… La sécheresse a encore d’autres impacts sur l’aval des filières, notamment le transport fluvial, parce que le débit du Rhin est faible, ce qui impose aux transporteurs de revoir leurs volumes de cargaison à la baisse. Enfin, dans le sud de la France, en Gironde, dans l’Hérault, et même en Bretagne, la sécheresse s’est traduite par des incendies. Les surfaces brûlées en France ont atteint des records : « Avec plus de 40 000 ha de végétation brûlés, l’année 2022 bat des records de précocité et d’intensité depuis 2003, l’année de la grande canicule », a tweeté Serge Zaka, agrométéorologue à ITK. On y est ! L'incroyable percée des surfaces brûlées en France atteint des records ! Avec plus de 40000ha de végétation brûlés, l'année 2022 bat des records de précocité et d'intensité depuis 2003, l'année de la grande #canicule.#Gironde #Landes #incendies [1/2] pic.twitter.com/fVRi5FWqZx — Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) July 20, 2022 Les agriculteurs ont été sur le front avec les pompiers pour combattre ces incendies, utilisant tracteurs et tonnes à lisier pour épandre de l’eau afin de freiner la propagation des flammes. Les agriculteurs se mobilisent aux côtés des pompiers pour arroser les pistes ! Bravo ! ??#jaimelespaysans #agriculteur #agriculture #agricultrice #eleveur️ #gironde #feu #incendie #testedebuch #landiras #mobilisation #aide pic.twitter.com/wtTsIsfr2v — Jaime Les Paysans (@JaimeLesPaysans) July 19, 2022 Le rôle de l’agriculture, et plus particulièrement du pastoralisme comme moyen de prévention contre les incendies, a également été mis en avant sur les réseaux sociaux.

Joseph Hemmerlé, chercheur, apiculteur, auteur

Donner à voir l’invisible

Publié le 29/07/2022

Chercheur à l’Inserm sur l’utilisation de biomatériaux pour l’élaboration de dispositifs médicaux, Joseph Hemmerlé est aussi un grand passionné d’apiculture. Il allie ses compétences et sa culture scientifique à sa passion pour donner des conférences et écrire des ouvrages de vulgarisation sur le monde infiniment complexe des abeilles.

Joseph Hemmerlé aime l’infiniment petit, ce qui ne se voit pas, mais qui fait la matière : les atomes, leur organisation en cristaux. C’est la trame de son parcours professionnel, débuté par des études dans l’électronique, complétées par une formation en microscopie qui l’emmène aux Pays-Bas. « Mon premier travail a consisté à réparer des microscopes électroniques », se rappelle-t-il. Attiré par la recherche, il retourne sur les bancs de l’université, jusqu’à obtenir un doctorat en biophysique, qui lui permet de travailler avec le Dr Robert Frank, à la faculté dentaire de Strasbourg. Réunis par une passion commune pour l’infiniment petit, les deux hommes étudient la structure des dents, l’émail, la dentine… « Ce qui m’a le plus passionné, c’est la capacité du corps à fabriquer des cristaux. D’un point de vue atomique, il n’y a pas de différences entre le diamant, le rubis, nos os, nos dents. Ce qui fait la différence, c’est l’organisation des atomes en cristaux. La cristallographie, l’organisation de la matière en cristaux, n’est pas visible à l’œil nu. Elle n’est pas apparente, mais elle donne leurs caractéristiques et propriétés aux matériaux », explique le scientifique. Pour mieux comprendre l’organisation de la matière dans le corps humain, il se spécialise au gré d’un postdoctorat sur la microscopie électronique en transmission de haute résolution, qui le mène au Royaume-Uni. De retour en France, Joseph Hemmerlé et Robert Frank mènent des travaux remarqués sur l’application de techniques de métallurgie à l’élaboration de prothèses pour le corps humain. « J’ai alors intégré un laboratoire de recherche sur les biomatériaux, ce qui m’a permis de poursuivre mes travaux sur l’élaboration de dispositifs médicaux plus durables et plus pointus. » Des travaux qui, en 2013, ont été récompensés par le prix de l’innovation de l’Inserm.     Durant l’année de sa thèse, Joseph Hemmerlé prend quelques vacances en Savoie. Lorsqu’un essaim se pose à proximité de son gîte, il appelle, vaguement inquiet, le propriétaire qui se trouve être un apiculteur. « Il est venu en sandales, avec un parapluie dans lequel il a fait tomber cette masse d’abeilles. J’étais subjugué. Pour moi, il était comme un dompteur de bêtes dangereuses », se remémore Joseph Hemmerlé. Il échange avec son sauveur, qui lui met entre les mains un ouvrage sur l’apiculture. « Je l’ai dévoré », sourit-il. Immédiatement, il fait le lien avec sa passion pour les cristaux : « Le monde des abeilles est régi par une organisation hyperstructurée qui n’est pas apparente. » Piqué au vif par la passion des abeilles, Joseph Hemmerlé n’en démordra plus jamais. « Je me suis mis à construire des ruches, à aller cueillir des essaims, et à les enrucher. » En 2007, son jardin de Weyersheim accueille 25 ruches, qui produisent une demi-tonne de miel. « J’avais la chance d’avoir un jardin sans voisins directs, dans un environnement varié, avec des tilleuls, des châtaigniers, des acacias, dans un périmètre suffisamment proche pour pouvoir pratiquer une apiculture sédentaire sans problème. » Quand la profession sert la passion En parallèle de ses travaux de recherche, grâce à ses microscopes, Joseph Hemmerlé scrute le monde des abeilles de fond en comble. « Je me suis d’abord intéressé à la nutrition des abeilles, notamment en pollen, qui constitue leur principale source de lipides et de protéines. Je ramenais des pelotes de pollen au laboratoire. Je les pesais, je les observais au microscope… » Se faisant, il a accès à des connaissances qui échappent aux autres apiculteurs. « J’ai donc voulu les partager. C’est ainsi qu’en 2011 j’ai écrit un article sur le pollen dans la revue Abeilles de France, qui a été assez remarqué. Écrit par un scientifique, il avait l’intérêt d’être vulgarisé pour les hommes de terrain. » À partir de là, Joseph Hemmerlé poursuit son œuvre de vulgarisation. En 2013, il est invité à intervenir dans le cadre du congrès national d’apiculture à Colmar. « J’ai construit une conférence, « L’abeille au microscope », dans laquelle j’utilise des images microscopiques pour expliquer des phénomènes macroscopiques aussi variés que la composition du miel, la structure des alvéoles, l’architecture du nid… » Comme tous ses confrères, Joseph Hemmerlé a été confronté à des problèmes sanitaires dans ses ruches au cours de sa carrière. « Comme trop peu de vétérinaires sont formés à la santé des abeilles, les apiculteurs s’organisent en Groupement de défense sanitaire des abeilles (GDSA), qui forment des agents sanitaires, capables de poser des diagnostics, de donner des conseils de soins… », explique-t-il. Une fois formé à son tour, Joseph Hemmerlé, s’est engagé au sein du GDSA du Bas-Rhin (1 200 à 1 400 apiculteurs) d’abord en tant que trésorier, puis comme vice-président. Il accumule donc des connaissances sur les maladies des abeilles. Toujours pour les partager, il écrit son premier ouvrage « À la santé des abeilles », paru en 2021 aux éditions de Terran. Un ouvrage à la fois académique et teinté d’une certaine ouverture aux techniques apicoles alternatives. L’année suivante, Joseph Hemmerlé réitère l’exercice de l’écriture avec un livre consacré au miel, « Le miel, résurgence d’un remède millénaire », un ouvrage dans lequel il décrit et explique les diverses vertus du miel. Davantage accessible au grand public que le précédent, cet ouvrage a suscité une vague d’intérêt, qui a agréablement surpris le vulgarisateur.   Comment est fabriqué le miel ? De la fleur à la conserve, les explications de Joseph Hemmerlé, apiculteur, ingénieur & docteur en biophysique dans Bienfait pour vous sur #Europe1 pic.twitter.com/ZBCBmwVviA — Europe 1 ??? (@Europe1) April 20, 2022   Aujourd’hui, Joseph Hemmerlé ne travaille plus en laboratoire. Il manage un groupe de chercheurs qui travaillent au sein du Groupe de recherche national (GDR) « Réparer l’humain ». « L’objectif est de fédérer les forces vives de différents instituts de recherche pour éviter les redondances dans les travaux et, au contraire, chercher des complémentarités, fluidifier les échanges de connaissances », décrit le chercheur, devenu organisateur. Un peu comme une abeille au sein d’une colonie très structurée, ou comme un atome dans un cristal bien ordonné.

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