A la une

Publié le 10/08/2022

À l’automne 2022, auront lieu les premiers semis d’ail alsacien à destination du groupe Colin, pour un nouveau produit : l’ail déshydraté origine Alsace. Une dizaine de producteurs bas-rhinois, recrutés par l’Interprofession des fruits et légumes d’Alsace (Ifla), se lancent. En attendant, les épices et aromates Colin seront à découvrir, du 22 au 25 septembre, au Plus grand show des fruits et légumes d’Alsace, à Illkirch-Graffenstaden.

« En octobre et en novembre 2022, les volontaires planteront chacun un demi-hectare d’ail, dans le Kochersberg et le long du Rhin. Ils récolteront en juin 2023 environ 7 ha au total », résume Éric Colin, actuel dirigeant et fils du fondateur du groupe Colin. L’Ifla a recruté une dizaine d’agriculteurs désireux de tester cette culture, avec le spécialiste en épices, aromates, ingrédients et bases culinaires, pour la restauration et l’industrie, mais aussi depuis peu pour les particuliers. « Deux types de cultivateurs se lancent avec nous : ceux qui sont déjà producteurs et augmentent ainsi leurs surfaces, et des céréaliers qui souhaitent se diversifier avec une culture spéciale », indique-t-il. L’industriel investit 350 000 euros (hors bâtiments) pour créer cette filière alsacienne d’ail destiné à être déshydraté ; preuve qu’Éric Colin y croit et s’inscrit sur le long terme, insiste-t-il. Déjà cultivateur de moutarde douce d’Alsace sur la ferme familiale, puisqu’il est lui-même fils et gendre d’agriculteur, Éric Colin va bien sûr aussi expérimenter la culture d’ail en plein champ. « C’est plus compliqué qu’une céréale. Il faut sortir faire des tours de champs régulièrement. En fonction des sols, de l’irrigation ou pas, la technicienne de Planète Légumes, Anaïs Claudel, programmera le passage de la planteuse et de la récolteuse-arracheuse, achetées par le groupe. Je tiens à la remercier, ainsi que Pierre Lammert, le président de Planète Légumes, Fabien Digel, son directeur, et Yannick Wir, le responsable d’équipe, et Laura Freudenreich, la chargée d’études technico-économiques. Sans eux, je n’y serai jamais allé », admet Éric Colin, reconnaissant.     Origine France et Alsace Même si l’ail déshydraté alsacien cartonne, le chef d’entreprise rappelle que les quantités cultivées ne seront jamais énormes : « C’est un condiment, donc 1 % de l’assiette », justifie-t-il. Quasiment toute la production d’ail est mécanisée, sauf l’opération de tri sur tapis, comme pour les oignons et les pommes de terre. Arrivé sur le site de Mittelhausen, l’ail sera pré-séché pour qu’il se conserve au frigo pendant neuf mois, si besoin, à 0 °C. « Il perd 20 à 30 % d’humidité lors de cette première étape », précise Éric Colin qui s’est inspiré de ce qu’il a vu dans d’autres pays mais a tout réinventé « à sa sauce ». « Cette transformation de l’ail en France, ça n’existe pas encore », ajoute-t-il. C’est à Gunsbach, dans le Haut-Rhin, que les gousses seront déshydratées et mises sous vide ensuite, « tout au long de l’année ». À côté des deux sites industriels alsaciens, deux sites commerciaux se partagent la commercialisation, à Heidelbreg, en Allemagne, et à Rennes. Le groupe Colin emploie 320 salariés et vise un chiffre d’affaires de 90 millions d’euros, en 2022. Aujourd’hui, le groupe a recours à plusieurs centaines de tonnes d’ail du sud-ouest de la France. La demande française étant en constante augmentation pour l’ail séché sous-vide, Éric Colin se tourne vers les agriculteurs alsaciens pour répondre aux besoins et, surtout, développer l’origine France et Alsace, puisque « le consommateur veut de plus en plus connaître le pays ou la région d’origine des produits qu’il savoure », dit-il. Le groupe importe encore des bulbes de pays étrangers, aussi.    

Publié le 09/08/2022

Alors que les éleveurs français font face à une hausse de leurs coûts de production, le prix du lait ne progresse pas suffisamment sur le marché intérieur français pour y faire face. L’équilibre financier des structures spécialisées s’en trouve menacé. Les producteurs de lait lancent l’alerte car, si la tendance ne s’inverse pas, cela pourrait se traduire par des pénuries de produits laitiers, et l’accentuation de la déprise laitière…

Augustin Wack, responsable lait chez les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, est salarié au sein de l’EARL de l’Ancien moulin, gérée par son père, Alain. Sur une cinquantaine d’hectares, ils cultivent de l’herbe, du maïs et du blé. Seul le blé est vendu, le reste des productions végétales sert à alimenter le troupeau, constitué de 75 vaches laitières et leur suite. Mais pour compléter et équilibrer la ration, les éleveurs doivent acheter du maïs et des concentrés. Or, depuis quelques semaines, ils assistent impuissants à une hausse de leurs coûts de production, liés à ceux de l’alimentation, de l’énergie, des engrais… Augustin Wack illustre la situation : « J’achète 300 t/an de concentré. Le prix a augmenté d’environ 100 €/t de décembre à juin, soit une hausse de 30 à 40 %. Et on ne peut pas faire des économies sur l’alimentation des laitières, sinon on risque de dégrader la production de lait. » La seule issue serait que le prix du lait augmente suffisamment pour couvrir ces augmentations. Certes, le prix du lait a augmenté de 50 à 70 €/1 000 litres entre 2021 et 2022. Mais cela ne suffit pas à compenser la hausse des coûts de production. « Le problème, c’est le marché intérieur français qui tire les prix vers le bas », pose Didier Braun, responsable lait à la FDSEA du Bas-Rhin. Une situation d’autant plus rageante et incompréhensible que, dans les pays voisins, le prix du lait augmente dans une tout autre mesure : au mois de juin, la paie de lait en France oscillait entre 410 et 430 €/1 000 litres, contre 470 €/1 000 en Allemagne, et 500 €/1 000 aux Pays-Bas. Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin, a épluché les sites de commandes en ligne dans les supermarchés allemands. Il est formel : « Je n’ai pas trouvé de brique de lait à moins d’un euro, alors qu’en France, on tourne plutôt à 0,70 cts/l » Le prix du lait à 49,4 €/100 kg en juin dans l’UE Il est en hausse de 38,2% par rapport à juin 2021. Il est attendu autour de 50,3 € en juillet. En France le prix du lait de juin 2022 est de 43,8 €/100 kg en hausse de 19,7% par rapport à juin 2021...https://t.co/VgF9yzFw2z pic.twitter.com/gO4qgbdOdc — Cédric Garnier (@CedricGarnier68) August 8, 2022 Personne n'est choqué... 0,10€ le litre ... ? Erreur du stagiaire sûrement @dgccrf @MFesneau @FNPLait @FNSEA @ThRoquefeuil @ChLambert_FNSEA pic.twitter.com/By93EZWhx3 — ?? Marie Andrée Luherne??????? (@MaLuherne56) August 5, 2022 Des pénuries de produits laitiers à venir ? Dans le même temps, le cours du lait sur le marché mondial a explosé. Aussi, pour les entreprises de transformation qui le peuvent, il devient plus intéressant d’exporter le fruit de la collecte laitière sur les marchés mondiaux, au gré de produits industriels type beurre ou poudre, que de le destiner au marché intérieur. En effet, les entreprises de transformation sont elles aussi soumises à des hausses de charges, d’autant que la transformation du lait est coûteuse en énergie. « C’est désolant », commente Didier Braun, qui estime que le prix du lait à la consommation doit augmenter, comme celui des autres denrées. Quant à Yohann Lecoustey, il prend les paris : « Je ne serai pas étonné si, dans deux mois, on assiste à des pénuries de produits laitiers en France, puisque les industriels privilégient l’export, plus rémunérateur, au marché intérieur ». Ajd ce sont les producteurs qui vident les rayons mais bientôt comme pour d'autres produits alimentaires se sera la pénurie. Et nous ne le voulons pas... Mais si rien n'est fait... Nos vaches iront à la boucherie #ToléranceZero @FDSEA56 @FRSEAOlait @FNPLait @FNSEA @MFesneau pic.twitter.com/DqqNOEa6MN — ?? Marie Andrée Luherne??????? (@MaLuherne56) August 3, 2022 Pour les syndicalistes, cette particularité française est liée à la concentration de la grande distribution, et au système de négociations des prix du lait, qui sont toujours ardues et qui, en plus, ont pris du retard face à une hausse des charges galopante. Pour Yohann Lecoustey, « la distribution scie la branche sur laquelle elle est assise » car, à force d’être payés au lance-pierre, « les éleveurs sont tentés d’arrêter la production de lait dès qu’une opportunité d’alternative se présente ». Et même, sans aller jusque-là, pour limiter leurs coûts de production, « les éleveurs peuvent être tentés de vendre des animaux dans la filière viande, d’autant que le prix de la viande a augmenté ». Mises bout à bout, ces stratégies défensives engendrent un phénomène de déprise laitière, déjà bien réel, et qui pourrait s’accentuer. La sécheresse enfonce le clou La sécheresse va encore venir alourdir les charges des éleveurs, qui vont devoir acheter de l’aliment pour compenser les baisses de rendement. « On n’a pas de prise sur la météo, ni sur les marchés mondiaux. Notre seul levier, c’est le prix du lait », explique Didier Braun. Aussi, les producteurs attendent de pied ferme les prochaines négociations sur le prix du lait, qui auront lieu en septembre. Et comme la loi Egalim, censée encadrer les relations commerciales au sein des filières agricoles, peine à produire ses effets, ils attendent aussi un discours plus clair de la part du gouvernement. La revalorisation du prix du lait ne grèvera pas davantage les budgets des ménages, assurent-ils. « Pour le consommateur, la hausse du prix du lait ne se traduira que par quelques centimes de plus par litre de lait ». De leur côté, les éleveurs font déjà des efforts pour optimiser leurs coûts de production. Ainsi, l’EARL de l’Ancien moulin adhère à une Cuma. « Cela nous permet de bénéficier de matériels performants et en bon état à un prix abordable », indique Alain Wack. À la clé, des économies de charges mécaniques, mais aussi d’intrants, car leur utilisation est optimisée. Adhérer à une Cuma leur apporte aussi une certaine souplesse d’organisation, car ses membres s’entraident lors des grands chantiers. « Cela nous permet de nous libérer de certaines astreintes, et d’être réactifs quand il le faut. Par exemple, cette année, avec la sécheresse, nous allons devoir commencer les ensilages bien plus tôt que d’habitude », rapporte Augustin Wack. C’est avec le même souci d’optimisation des coûts et de préservation de l’équilibre entre vie professionnelle et familiale que les éleveurs ont investi dans un robot de traite : « Certes, il faut s’en occuper, mais c’est plus souple que la traite ». Grâce à ces adaptations, ils arrivent à dégager deux revenus sur une surface modeste. Mais désormais, ils craignent d’arriver au bout de ce qu’il est possible de faire. Pour les éleveurs, il faut arriver à faire en sorte que les efforts soient mieux partagés tout au long de la filière. Car, pour que des jeunes s’installent et prennent la relève des éleveurs qui vont partir à la retraite, il faut un prix du lait rémunérateur. Donc si le prix n’augmente pas significativement à la rentrée, ils emploieront d’autres moyens pour se faire entendre qu’une sympathique conférence de presse. Action @FDSEA56 #ZeroTolerance #PrixLait. Sans prix corrects les éleveurs vont disparaitre. Chaque maillon de la filière DOIT contribuer et particulièrement la #GMS! @MaLuherne56 @FNPLait @FRSEA_Bretagne pic.twitter.com/O1GDLTfuUA — FDSEA du Morbihan (@FDSEA56) August 3, 2022  

Tour de France Femmes à Grendelbruch

Autour des femmes

Publié le 03/08/2022

Vendredi 29 juillet, pour le premier jour du Tour de France Femmes en Alsace, la FDSEA et les JA du Bas-Rhin avaient sorti le grand jeu : une fresque dans une prairie, des stands pour faire découvrir les produits locaux, l’agriculture de montagne, les métiers de l’agriculture… Les femmes étaient très présentes lors de cet évènement, à l’aune de la place des femmes dans l’agriculture.

« Le mot agricultrice n’est entré dans le dictionnaire qu’en 1961 », glisse Béatrice Cherrier, agricultrice dans la Sarthe. Un symbole fort de l’évolution de la place des femmes en agriculture, qui sont passées de « femmes de », à cheffe d’exploitation à part entière. La parité n’est pas encore atteinte, mais 27 % des chefs d’exploitations sont désormais des cheffes. Et les femmes sont aussi très bien représentées dans l’enseignement agricole : « 50 % d’enseignantes, 60 % d’étudiantes », indique Christine Maillet agricultrice dans la Marne. Avec sa collègue Béatrice Cherrier et Agnès Kerbrat, agricultrice dans le Finistère, elles ont fait le déplacement jusqu’en Alsace pour prêter main-forte à la FDSEA et aux JA du Bas-Rhin, qui tenaient des stands sur la place de l’école à Grendelbruch. « Nous sommes là pour répondre aux questions des gens, pour partager notre expérience », expose Agnès Kerbrat. Les trois femmes ont notamment à cœur d’encourager les femmes à prendre des responsabilités dans les organisations para-agricoles, où elles sont encore minoritaires. Même si, à l’image de Christiane Lambert, première femme à être élue à la présidence de la FNSEA, elles sont de plus en plus nombreuses à s’engager. « La difficulté pour les agricultrices, c’est que leurs vies privée et professionnelle se mélangent. Les fermes sont à la fois leur foyer et leur entreprise. Ça devient vite difficile d’en sortir », témoigne l’une. « Si on n’est pas soutenues par ailleurs, on ne sort jamais de la ferme », renchérit l’autre. Elles listent les acquis des agricultrices : le congé maternité (quand elles parviennent à se faire remplacer), la retraite, qui a augmenté de 150 € pour atteindre 750 € (soit quand même encore moins que les hommes, et sous certaines conditions). Notamment parce que les carrières des agricultrices sont souvent hachées. Il n’est pas rare qu’elles occupent un emploi pour faire bouillir la marmite, avant de rejoindre officiellement la ferme. Il y a donc encore du pain sur la planche avant d’arriver à un traitement égal des hommes et des femmes en agriculture, comme dans le reste de la société. En évoquant le droit à l’avortement qui recule, les trois femmes disent : « Nous devons rester vigilantes pour que ces acquis soient maintenus pour les générations futures, et continuer à travailler pour que les femmes puissent accéder aux mêmes responsabilités que les hommes ». Créer des vocations pour faire perdurer l’agriculture familiale « La FNSEA est partenaire de tour de France depuis trois ans. C’est un événement idéal pour faire la promotion des métiers de l’agriculture car il touche beaucoup de monde, dans tous les territoires ruraux », expose Yohann Lecoustey, directeur de la FDSEA du Bas-Rhin. Or, il est urgent de créer des vocations pour l’agriculture. En effet, la moitié des agriculteurs actuellement en activité partiront à la retraite d’ici dix ans. Leur remplacement se prépare donc aujourd’hui, au risque de voir les fermes s’agrandir, ce qui, à terme, signerait la fin du modèle agricole français basé sur une agriculture familiale. Reste que les installations sont souvent compliquées. « Il y a beaucoup d’administratif. Il faut soutenir les jeunes », témoignent les trois agricultrices. Elles sont donc aussi présentes pour échanger avec des jeunes intéressés par le milieu de l’agriculture, histoire de créer des vocations qui pourraient participer au renouvellement des générations. « Nous nous attachons aussi à promouvoir les métiers de l’agriculture, qui sont nombreux, variés et qui sont des métiers d’avenir, car manger est un besoin vital. » Pour donner de la visibilité à cet enjeu majeur, la FDSEA et les JA du Bas-Rhin ont réalisé une fresque sur ce thème dans une prairie située à proximité du parcours des cyclistes. Elle représente une Alsacienne qui pense à son futur, avec le message « Agriculture ton futur. À ton tour », et un tracteur symbolisé dans une bulle. D’une dimension de 50 m sur 50, cette fresque a d’abord été dessinée par Mathilde Moser, animatrice à la FDSEA du Bas-Rhin, avant d’être reproduite dans le champ par les membres de la FDSEA et des JA du canton de la montagne. « Nous n’avons utilisé que des produits issus du milieu agricole : piquets, bottes de paille, lait de chaux, laine de mouton… », précise Yohann Lecoustey. « Nous avons réalisé la fresque à partir des plans mercredi, puis, après avoir vérifié le rendu grâce à des images prises par drone, nous avons procédé à quelques ajustements. Nous avons par exemple repassé les lettres au lait de chaux pour qu’elles soient plus lisibles », précise Mathilde Moser. La fresque est désormais en lice dans le cadre du Jeu concours « Les agri aiment leur tour », organisé par la FNSEA.   Le syndicat était aussi présent dans la caravane qui ouvre la voie au peloton, avec un char chargé de goodies en tous genres qui ont fait le bonheur des spectateurs, massés en nombre sur le parcours des cyclistes. [ @LeTourFemmes ] ?‍♀️? Ma nature, mon futur, l’agriculture ! En place avec @FDSEA67 ! pic.twitter.com/Q5xnY8iB8P — Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin (@JeunesAgri_67) July 29, 2022  

Pages

Les vidéos