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En marge de la rencontre à Bruxelles

Les élus alsaciens rencontrent Anne Sander

Publié le 04/06/2016

En marge de la réunion de la Commission européenne à Bruxelles, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont souhaité échanger avec l’eurodéputée Anne Sander pour avoir son ressenti après cette rencontre de crise, mais aussi lui faire parvenir leurs revendications.

Denis Ramspacher, membre du bureau de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), et Nicolas Urban, pour les Jeunes Agriculteurs, ont échangé pendant plus d’une heure avec Anne Sander, deux jours après l’audition par les parlementaires européens de plusieurs responsables laitiers européens. Anne Sander a déploré que Phil Hogan « renvoie la balle aux États membres », le commissaire européen à l’Agriculture reconnaît bien qu’il y a une crise du fait d’un déséquilibre offre-demande, mais n’est pas favorable à ce que la Commission européenne finance des mesures, alors que l’enveloppe de 420 millions d’euros, mise en place après la mobilisation du 7 septembre, n’est pas entièrement consommée. Pour Anne Sander, il ne faut surtout pas prendre le risque de diminuer notre production de manière individuelle, mais bien de le faire collectivement, d’où la nécessité d’une politique européenne. De plus, « bien que les coûts et les charges soient inégaux selon les pays, la situation est difficile dans tous les pays », a-t-elle insisté. C’est bien au niveau européen que la FNPL cherche la solution, a rappelé Denis Ramspacher. D’ailleurs plusieurs rencontres ont eu lieu à Bruxelles pour travailler à une réduction de la production laitière. Seulement la FNPL fait le constat que les pays qui utilisent la politique de stockage d’intervention sont les mêmes qui continuent de surproduire massivement, ce n’est pas normal. La FNPL a donc lancé un manifeste européen dans lequel elle exhorte les États membres et la Commission européenne à réagir : « L’orientation par les marchés ne peut constituer la base unique d’une politique ou une finalité politique en elle-même. La croissance, la préservation et le développement des emplois, la gestion des territoires sont les ressorts sur lesquels se bâtissent des politiques européennes responsables et ambitieuses. Quand les marchés dysfonctionnent, il est du devoir des politiques d’intervenir. C’est un des fondements de l’Europe depuis plus de 60 ans. Le marché, rien que le marché, comme seule issue est un suicide collectif. » Outre ce sujet central, cet échange a permis d’évoquer d’autres thèmes tel que l’étiquetage des produits, le Traité transatlantique et l’accord négocié avec la Nouvelle-Zélande. Pour ce dernier, la députée assure qu’il existe un réel risque de concurrence sur nos marchés actuels.

La filière des asperges d’Alsace prend l’eau

La pire situation depuis 20 ans

Publié le 31/05/2016

Après un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid, voici l’eau ! Les producteurs d’asperges d’Alsace n’ont jamais connu d’enchaînement climatique aussi catastrophique, avec des aspergeraies inondées, des investissements lourds de mises en terre perdus, et des charges sociales et en personnel incompressibles qu’il faudra assumer malgré tout.

Jamais la production d’asperges d’Alsace n’a subi un tel enchaînement de conditions climatiques défavorables : un été sec, un hiver trop doux, un printemps très froid et une récolte sous des trombes d’eau. Avec les orages dévastateurs de ces 28 et 29 mai, on peut même parler de déchaînement et d’acharnement climatique : aspergeraies inondées, inter-buttes ravinées, kg de boues collés aux bottes rendant la récolte harassante, bâches sens dessus dessous… Très tardive à cause du printemps exceptionnellement froid, la production 2016 n’a pour ainsi dire pas connu de réel démarrage et la voici déjà engloutie sous les eaux, avec de surcroît un ciel éternellement lourd qui plombe le moral. « La pire année qu’on ait connue » Après déjà trois années bien mauvaises, cette quatrième année 2016 est « la pire qu’on ait connue », témoigne Jean-Jacques Nonnenmacher, président de la coopérative de Hoerdt. « Du jamais vu », ajoute Jean-Charles Jost, président de l'association pour la promotion de l'asperge d'Alsace. Les producteurs d’asperges d’Alsace tirent donc la sonnette d’alarme et en appellent aux pouvoirs publics. Réunis chez Rémy Friess, producteur à Rohr, ce mardi matin en présence de la FDSEA du Bas-Rhin, et de son président Franck Sander, ils ont d’abord dressé le bilan de « la saison catastrophique » déjà quasiment terminée et regardé ensemble ce qu’il va être demandé. « Une demi-année en volumes » « Les parcelles sous mini-tunnel sont entrées en production mi-avril, celles sous bâche noire et blanche traditionnelle début mai. Le 8 mai, nous avons enfin connu des températures de saison. Et nous avons eu une production normale seulement autour du week-end de la Pentecôte », commente Jean-Charles Jost. Hormis ce répit de Pentecôte, la météo n’a pour ainsi dire pas permis de production : froid avant, précipitations incessantes et orages dévastateurs après. « On s’achemine vers une demi année en volumes », estiment les producteurs. Des pertes en fond importantes Las ! Les pertes ne se limitent pas à la seule production annuelle, l’asperge étant une plante pérenne. Les pluies de ces derniers jours ont inondé les parcelles : or « les plantations inondées ne vieillissent pas, l’asperge déteste la stagnation d’eau », expliquent les producteurs qui envisagent de devoir replanter les aspergeraies avant l’heure. « Il faut compter 25 000 €/ha d’investissements de mise en terre, puis deux années avant de commencer la récolte, c’est colossal », indique Jean-Charles Jost. Les griffes, la formation des billons, le nylon, auxquels s’ajoutent le matériel de conditionnement, et bien sûr la main-d’œuvre. Cette dernière représente en année normale 50 % du prix de revient. Cette année, elle pèsera au bas mot 75 % : « Le travail est physiquement très dur, le rendement horaire est faible, il faut sortir tous les jours, débâcher et rebâcher le billon pour au final un rendement faible, expliquent les producteurs. Nos charges de main-d’œuvre explosent ! » « On prend ce dossier très au sérieux » « On prend ce dossier très au sérieux, on va faire notre maximum », indique Franck Sander. Pour les producteurs, la saison est déjà pratiquement achevée et déjà se profile l’heure du bilan. Ils vont devoir faire face aux charges incompressibles, payer les salaires, les charges sociales, avec ce coût horaire qui a explosé. Une fin de saison qui laisse place à une certaine forme d’exaspération face à ces charges, doublée d’une ambiance morose. « Beaucoup d’autres productions viennent de subir les aléas climatiques, mais pour les asperges, force est de constater que nous sommes déjà à l’heure du bilan, la saison étant pratiquement close, constate Franck Sander. Nous allons demander l’enclenchement du système des calamités agricoles, en précisant bien qu’on a affaire à un enchaînement climatique et climatologique exceptionnellement défavorable depuis l’été dernier. Il suffit de voir les volumes écoulés par la coopérative pour constater le sinistre. » Par ailleurs sur la question des charges, Franck Sander a souligné les récents acquis : baisse de charge sociale avec le passage de 45 à 35 % et la possibilité de calcul sur l’assiette n - 1. « Même si on ne peut pas se satisfaire de la situation, ces deux dossiers étaient en négociation depuis longtemps et viennent suite aux fortes mobilisations. Nous avons d’autres demandes que nous continuerons d’appuyer pour réduire les distorsions de concurrence notamment. » La filière des asperges vient par ailleurs de consentir de gros investissements pour la vente locale, le conditionnement. Les producteurs voudraient un allégement des charges s’ajoutant au début de convergence opéré depuis l’été dernier sur le taux de charges allemand.

Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin. Groupe vin

Faire reconnaître un terroir : mode d’emploi

Publié le 30/05/2016

La réunion du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin se tenait le 19 mai dernier à la Maison de l’agriculture à Schiltigheim. Au programme de la soirée, la hiérarchisation et la manière de faire reconnaître un terroir en appellation. Un dossier présenté par Yves Dietrich, membre de l’Inao.

Une vingtaine de jeunes vignerons ont répondu à l’invitation du président du groupe vin des Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin, Clément Fend, jeune vigneron à Marlenheim, très impliqué dans les dossiers de la viticulture. Les JA avaient invité pour exposer le projet de hiérarchisation des vins d’Alsace et expliquer comment présenter un dossier de reconnaissance en appellation, Yves Dietrich. Membre du conseil de l’Association des viticulteurs d'Alsace et de l’Inao, Yves Dietrich siège dans trois des cinq comités qui constituent l’institution : le comité vin, IGP vin et Agriculture biologique, puisque l’institution a en charge désormais la gestion des labels de qualité ; les deux autres comités étant les autres labels que l’AB, et le Conseil agrément et contrôle de l’Inao (CAC). Yves Dietrich, qui achève son troisième mandat quinquennal, s'est notamment impliqué pour la reconnaissance en appellation des eaux-de-vie alsaciennes. Il préside à l'Inao la commission des vins bios avec pour projet une réglementation de la mention « nature ». L’échelle temps d’un processus de reconnaissance en appellation est telle que le dossier de hiérarchisation devrait concerner plus particulièrement les jeunes viticulteurs, introduit Yves Dietrich. « L’offre en vins d’Alsace que nous proposons aujourd’hui résulte de ce qui s’est mis en place il y a bien longtemps. » D’où une nécessité pour les jeunes « de se projeter dans l’avenir », insiste le représentant de l’Inao, vigneron à Scherwiller. Avant d'énumérer les atouts du vignoble : son climat qui lui permet d’échapper aux fléaux de certaines maladies, une pression phytosanitaire globalement faible, une mosaïque unique de terroirs. Ses faiblesses : une valorisation faible, quelques défauts de notoriété, une appellation pas forcément incontournable dans les linéaires et substituable par d'autres vins, une histoire compliquée et des approches « cépages » obligées d’être remises en question pour les années à venir. Yves Dietrich présente ensuite l’architecture de la nouvelle hiérarchie des vins d’Alsace. « Nous passons de deux à quatre strates : les grands crus, les premiers crus et premiers crus lieux-dits, les crus communaux et crus communaux lieux-dits, et les AOC Alsace et AOC Alsace lieux-dits. Avec à chaque niveau, un rendement différencié. » Quels éléments pour réussir un dossier de reconnaissance en premier cru ? D’entre tous les éléments nécessaires à la réalisation d’un dossier, le plus important est le vin dégusté, insiste Yves Dietrich : « Ce qu’il y a dans le flacon. Clairement, nous identifions les intentions viticoles à la dégustation. Les vins qui se démarquent font saliver, ils participent d’un travail sur le terroir et sur le rendement. » L’exigence qualitative étant posée comme condition sine qua non, il faut ensuite présenter une cohérence d’ensemble d’abord sur les composantes gustatives de base (sucrosité, acidité). Et il faut également « identifier un air de famille, une originalité » inhérents au terroir et communs à plusieurs millésimes. Las ! Le chemin de la reconnaissance n’est à ce point pas accompli. « La valorisation est un point important, avec des grilles de tarification différenciée », d’où l’intérêt de la rémunération à l’hectare plutôt qu’au kg de raisin, note au passage Yves Dietrich, autant « de solutions incitatives efficaces ». Point également notoire : les vignerons doivent faire preuve de mobilisation collective et d’implication dans leurs dossiers. Et donc saisir les opportunités événementielles qui se présentent à eux, pour faire valoir et connaître leur démarche. Les jeunes vignerons se sont montrés interrogatifs sur le « timing » des démarches. En ce qui concerne les premiers crus et crus communaux, le projet a commencé l’année dernière. « Il y a 170 dossiers et une dizaine de dossiers communaux. On a sorti une quinzaine de dossiers types, avec des cas de figure très différents, pour avoir une réponse préliminaire sur ce qui sera possible de présenter », explique Yves Dietrich : cas de premier cru sur deux communes, cas de premier cru enserré dans un grand cru, etc. « Nous sommes face à une situation très ouverte. » L’ODG a donc fait connaître à l’Inao son intention de demander des reconnaissances en appellation. Parallèlement, une petite commission, constituée de représentants vignerons et administratifs, a commencé à procéder à la dégustation des projets : « On en est à la moitié. Les dossiers présentés progressent, car les vignerons tirent des enseignements des dégustations. » Ça prendra du temps, prévient Yves Dietrich. Lorsque le dossier, comportant une batterie de reconnaissances en appellation, sera jugé recevable, il passera au crible juridique, et l’Inao nommera une commission d’enquête composée de trois vignerons d’autres régions, et « ce sont eux qui présenteront le dossier au comité vin, qui recueillera également l’avis du président du Crinao ». Il est donc important de créer des conditions préalables politiquement constructives avec l'instance nationale. Yves Dietrich insiste sur la préparation des dossiers, en premier lieu, le choix des vins : « Nous limitons à dix vins par demande. C’est vous qui choisissez les millésimes. Plus la démarche est individuelle, par exemple un seul vigneron, plus l’exigence est élevée. » La logique veut en effet que l’effet de groupe facilite la possibilité de démontrer une identité de terroir. Selon les textes européens, « toute proposition est recevable, remarque Yves Dietrich, mais l'objectif est d’aboutir. »

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