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Coulées d'eau boueuse

Le pire a - presque - été évité

Publié le 17/05/2016

30, 40 et jusqu'à 50 mm en moins d'une heure, c'est la quantité d'eau que certains sols alsaciens ont eu à absorber dans la nuit du mercredi 11 au jeudi 12 mai. Des trombes d'eau qui ont déclenché quelques inondations et coulées d'eau boueuse. Mais les mesures mises en place pour contrer ce phénomène semblent commencer à porter leurs fruits.

Plusieurs communes ont été touchées par des pluies abondantes ayant entraîné débordements des cours d'eau et coulées d'eau boueuse mercredi et jeudi dernier. Du nord au sud, citons, dans la région de Saverne, les communes de Landersheim, Saessolsheim, Dettwiller et Lixhausen. Un peu plus au sud, le secteur de Geudertheim, Brumath, Kriegsheim, Weitbruch ainsi que celui de Gougenheim, Rohr, Gimbrett. Les communes plus centrales d'Erstein, Colmar et Sélestat ont également été impactées. Dans le Haut-Rhin, Soultz, Jungholtz, Wuenheim et plusieurs communes situées dans la couronne mulhousienne ont également subi des dommages, notamment Pfastatt, Zillisheim, Steinbrunn-le-Haut, Steinbrunn-le-Bas, Brunstatt, Rantzwiller et Flaxlanden. C'est sans doute dans ces trois dernières que les dégâts ont été les plus importants (lire en encadré). Des cultures encroûtées dans les sédiments Dans la plupart des cas, les dégâts « civils » sont restés relativement mesurés : il s'agit surtout de caves et de locaux inondés, de rues et de routes immergées et qu'il a parfois fallu débarrasser de la couche de boue charriée par les coulées d'eau boueuse. Mais les dégâts sont aussi agricoles. En effet, ces pluies se sont abattues sur des sols tout juste semés ou travaillés, entraînement du ravinement, de la perte de terre, d'engrais, un tassement des sols, la formation d'une croûte de battance que les plantules auront du mal à percer… Et encore, « heureusement qu'il n'y a pas eu de grosses chaleurs mais plutôt de légères précipitations tout de suite après ces épisodes : ça a permis de retarder la formation de la croûte et donc aux plantules de passer au travers », constate Rémy Michaël, conseiller spécialisé en érosion à la Chambre d'agriculture d'Alsace. Quant à François Alvès, son homologue dans le Haut-Rhin, il estime que certaines parcelles devront être ressemées au niveau des zones d'accumulation des sédiments, notamment en bas de pente, ce qui ne sera pas toujours techniquement réalisable en fonction des configurations des parcelles concernées. L'ampleur des dégâts est entre les mains de la climatologie : « S'il continue à faire froid, les sols tassés en surface resteront froids plus longtemps, auront du mal à respirer, ce qui se traduira par des maïs bleus, des levées hétérogènes. Mais les adventices, elles, vont continuer à pousser et il sera impossible d'intervenir tant que les sols n'auront pas suffisamment ressuyé », prévient Rémy Michaël. Des mesures qui portent leurs fruits Certes les dégâts occasionnés par ces épisodes de pluies printanières violentes sont toujours aussi impressionnants, mais Rémy Michaël relativise leur ampleur : « Dans le secteur de Brumath, comparé à l'intensité de l'épisode pluvieux, il y a eu relativement peu d'habitations touchées. Une telle quantité de pluie aurait pu faire bien plus de dégâts. » Le conseiller y voit le résultat des mesures qui ont été appliquées pour maîtriser des coulées d'eau boueuse, devenues récurrentes dans les années 2000, notamment « les assolements concertés et l'augmentation de la part des céréales d'hiver ». En effet, ces dernières étant suffisamment développées lorsque surviennent les orages printaniers, elles agissent comme un frein hydraulique, freinant le débit de l'eau et retenant les particules de terres arrachées dans les parcelles encore nues ou tout juste semées. Ainsi, alterner les parcelles de cultures d'hiver et de printemps, mettre en place des bandes enherbées, permet de réduire l'intensité des coulées d'eau boueuse. Rémy Michaël a aussi pu constater l'efficacité du travail du sol simplifié qui, en laissant des résidus de culture en surface, procure aussi une couverture protectrice aux sols. La technique du strip-till, également envisagée, semble peut-être un peu moins efficace : « Un agriculteur m'a rapporté le cas d'une de ses parcelles où il y a eu du ravinement sur la partie travaillée ». « Nous sommes sur la bonne voie », estime donc Rémy Michaël, tout en constatant que « la proportion de terres labourées est encore largement dominante ». Pourquoi ? « C'est essentiellement une question d'habitude. Les agriculteurs aiment avoir un sol bien travaillé au printemps, qui réchauffe vite. Les techniques culturales simplifiées requièrent plus de patience, d'observation, de technicité. Mais ceux qui ont pris le pas ne reviennent pas en arrière. Et quand ils peuvent comparer, comme en ce moment, le comportement de leurs parcelles avec des parcelles labourées, ils doivent se dire qu'ils ont fait le bon choix ! »

Publié le 15/05/2016

Chaque 8 mai, les viticulteurs de Blienschwiller invitent des chefs à marier dans leur cour d’exploitation des mets à l’un de leurs vins. Les coulisses d’une formule qui fait marcher dans le village.

Le double rendez-vous des saveurs invite pour 13 h. Mais les premiers fans déambulent dans les rues de Blienschwiller à peine midi passé. Un peu plus tard, à l’ombre de l’avancée procurée par la Metzig, l’ancienne boucherie du village, Emeline, la secrétaire du syndicat d’initiative local, pointe les inscrits qui commencent à faire la queue. Quatre viticultrices assurent les arrières en remettant porte-verre, verre et fascicule comportant le « plan de route ». Chaque cour y est indiquée par une lettre attribuée de façon aléatoire afin que les participants partent dans les deux rues principales du village sans a priori. « Chacun commence où il veut » complète Jérôme Meyer, vigneron indépendant et président du syndicat d’initiative, organisateur de la manifestation. « La dispersion est rapide » commente sobrement André Kientz, situé aux premières loges, sa cave étant installée dans la Metzig. Comme les quatre premières, cette cinquième édition fait le plein. Les gens ont réservé sur le site www.blienschwiller-alsace.fr et ont payé en ligne afin de fluidifier les opérations à leur arrivée. « Le nombre de places est volontairement limité pour ne pas verser du gastronomique dans le traiteur. Nous offrons 350 places payantes parce que c’est le nombre d’habitants du village en temps normal » précise Jérôme. L’initiative de créer le double rendez-vous des saveurs est venue de Michèle Metz, épouse d’Hubert et viticultrice. Cette version courte du sentier gourmand est conçue comme une opération de promotion collective d’un village, de ses viticulteurs et de ses vins. Un cahier des charges fixe quelques règles communes comme proposer un fruit différent dans chaque cour aux enfants, une animation culturelle, telle une exposition de tableaux ou la prestation d’un caricaturiste. Ce cadre accorde assez de souplesse à chacun pour organiser comme il l’entend la réception des visiteurs avec par exemple une mini basse-cour au centre de la cour ou un livre d’or. Chaque viticulteur invite bien entendu le restaurateur de son choix. Certains tandems se reforment chaque année mais pour Jérôme Meyer, « l’idéal est de changer de partenaire à chaque édition ». Le plus souvent, le viticulteur choisit le vin qu’il veut mettre en avant et le restaurateur cale l’amuse-bouche qui se marie avec. Mais l’inverse ou un échange entre les deux acteurs sont également possibles. « Nous nous sommes vus deux fois et mis à table pendant près de deux heures avant de nous décider pour une volaille qui convient bien à notre muscat Belle amie 2015 » confie Peggy Kremer, du domaine du Racème. Pour éviter que les participants ne dégustent dix rieslings dans autant de cours, les viticulteurs mentionnent dans un tableau en ligne, dès qu’ils ont décidé, le vin qu’ils ont retenu, selon le principe « premier inscrit, premier servi ». La variété des cépages et des vinifications doit primer. Céline Metz a par exemple sélectionné un rosé de presse non macéré pour accompagner du porc laqué et sa choucroute. « Etre nombreux est une force » Le prix demandé au visiteur n’a d’autre ambition que de couvrir le coût des matières premières servies. Pour la première fois cette année, les viticulteurs sont indemnisés pour les bouteilles ouvertes. L’aspect commercial n’est pas prioritaire même si ici ou là, des bouteilles sont proposées en libre dégustation en cave. « Les retombées directes sont difficilement mesurables » reconnaît Jérôme Meyer. La formule entend plutôt enclencher un rapport gagnant-gagnant entre le viticulteur et le restaurateur, leurs deux clientèles pouvant s’additionner. L’essentiel est dans la manière de communiquer et l’impression qu’en garde le public. « Ici, je suis au contact de mes clients. Dans ma cuisine, ils ne me voient pas. Cela rajeunit notre image » évalue Didier Roeckel, du restaurant à La Couronne, à Scherwiller, occupé à cuisiner du canard et à adresser les visiteurs à Jean-Marie Straub qui les attend prêt à leur servir un pinot noir barriqué 2012. « Notre chance, c’est d’être nombreux. C’est une force. Les gens osent pousser la porte des caves et y rester » enchaîne-t-il. Au sein des petits groupes, on entend parler beaucoup français, pas mal allemand, voire russe ! Sébastien vient la quatrième fois pour « savourer cuisines et vins différents » et rompre avec « l’habitude de toujours fréquenter les mêmes tables ». Nicolas s’est laissé tenter il y a trois ans après avoir entendu une annonce à la radio. Il est là en famille et « apprécie l’association des mets et vins du terroir ». Sylvio est Autrichien. Il revient après une pause de trois ans avec deux amies néerlandaises. Ils sont quasiment certains de ne pas repartir le coffre vide. Denise et Katrin ont exprès fait la route depuis Stuttgart. Le 8 mai est leur seule escapade dans le vignoble alsacien de l’année. Comme pour la majorité des participants, il y a certes « les vins et les amuse-bouches » mais aussi, « l’architecture du village et la manière de le découvrir en s’y baladant de cour en cour ». Un impact total pour le double rendez-vous des saveurs !

Publié le 12/05/2016

La fromagerie Monte Ziego, spécialisée dans la collecte et la transformation de lait de chèvre biologique, sise outre-Rhin, cherche à recruter de nouveaux producteurs, y compris en Alsace.

Martin Buhl, gérant de la fromagerie Monte Ziego, située à Teningen, à 20 km outre-Rhin de Marckolsheim, ne tarit pas d'éloges sur les chèvres. Pourquoi faire du lait de chèvre ? Il ne manque pas d'arguments : « C'est une opportunité économique. Le lait de chèvre bio est une matière première recherchée. Et notre projet est d'envergure local. » Ce projet, Martin Buhl l'explique courbe de production de lait de chèvre à l'appui : « Nous devons composer avec un pic de production en été, et une sous-production en hiver. Pour nous affranchir de ces manques de production et aboutir à une production de fromages la plus constante possible, nous voulons accroître notre collecte. » Le surplus estival va donc s'accroître également. Or désormais, les fabricants de poudre de lait infantile sont autorisés à intégrer de la poudre de lait de chèvre dans leur recette. La poudre de lait de chèvre bio est donc devenue une matière première qui intéresse au plus haut point le fabricant Holle « qui est à l'alimentation infantile bio ce que Weleda est à la cosmétique bio », compare Pierre Ott, en charge du développement de ce projet en France. Le surplus de lait collecté en été sera donc absorbé par ce nouveau débouché. Pour ce faire, la société Biopulver GmbH a été créée. La fromagerie Monte Ziego en détient la majorité, et ce sont pas moins de 9 M€ qui ont été investis dans l'outil de production de poudre de lait. Le fabriquant Holle l'achètera via des contrats de livraison établis sur le long terme. Un prix attractif En termes de rémunération, l'avantage comparatif du lait de chèvre bio est indéniable : Martin Buhl annonce un prix moyen de 0,86 €/l. Il détaille : « 0,86 €/l, c'est le prix moyen. Le prix de base est de 0,83 €/l, auquel s'ajoutent des primes en fonction de la qualité, liée à la teneur en protéines et en matières grasses. » En outre du fait de la saisonnalité de la production, la laiterie pratique un prix d'hiver, plus élevé, et un prix d'été. Une chose est sûre : « Le prix du lait de vache est très bas et risque de baisser encore, alors que le prix du lait de chèvre a plutôt tendance à augmenter. » Des investissements réduits Et Martin Buhl a encore d'autres arguments dans sa besace, des plus accessoires - « les chèvres sont de super animaux qui ne sentent pas mauvais », aux plus sérieux : « Ce sont des animaux robustes, faciles à traire et qui développent très rarement des mammites. » Les investissements relatifs à leur élevage sont relativement réduits. D'une part parce que moyennant quelques aménagements, les étables à vaches laitières peuvent être réutilisées. D'autre part parce qu'il est possible de faire beaucoup de choses en auto-construction. Enfin, la fromagerie propose un service de conseil aux producteurs, allant du plan de conversion au projet d'adaptation des bâtiments, en passant par le montage du troupeau, jusqu'à la phase de production : « Nous sommes à l'écoute, nous disposons de références, nous pouvons organiser des visites chez des producteurs… » La fromagerie dispose notamment d'un outil informatique permettant de réaliser des analyses économiques assez poussées. Enfin, Martin Buhl promet aux éleveurs « un partenariat équitable, une coopération à long terme, avec des contrats sur trois ans et des prix discutés de manière transparente. Je veux des producteurs heureux et satisfaits de leur métier, car c'est dans notre intérêt de pouvoir compter sur eux à long terme. »

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