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Inondations dans le Centre-Alsace

La grosse crue dans les prairies

Publié le 21/04/2016

Moins d'un an après, les parcelles agricoles du Centre-Alsace nagent à nouveau sous les eaux de l'Ill. Une situation « inacceptable » pour les responsables syndicaux après les « promesses » et les « annonces » faites en 2015 par les autorités compétentes. Plus que des indemnisations, les agriculteurs réclament avant tout des solutions pour empêcher, en amont, l'apparition des crues.

Cela ressemble un peu à un mauvais disque rayé. Il y a un peu moins d'un an - le 7 mai pour être précis -, plusieurs agriculteurs se réunissaient en masse entre Muttersholtz et Ebersheim pour alerter les pouvoirs publics sur les conséquences « désastreuses » des inondations en Centre-Alsace. Pour les exploitants touchés, le message était clair : « Plus jamais ça ! ». Cela aura duré jusqu'au week-end dernier. Deux journées de pluie ont suffi à faire ressortir l'Ill de son lit. Et le ressuyage des parcelles devrait prendre un peu de temps malgré l'optimisme du responsable du service régional de la gestion de l'Ill, Benoît Grandmougin, qui souligne que le « pic » est passé à Muttersholtz. « Le problème, c'est que la nappe est pleine à ras bord. Cela ne va pas être aussi facile », lui répond un exploitant du secteur. Pour les responsables de la FDSEA et des JA du Bas-Rhin, ce sont les gouttes d'eau qui font déborder une coupe déjà trop pleine. « L'an passé, il y a eu des promesses et des annonces. Mais au final, les mêmes maux conduisent au même désastre », se désole le syndicat majoritaire qui a souhaité du coup donner une petite piqûre de rappel aux autorités compétentes. Mercredi matin, seuls les représentants de la Région ont répondu présents à la réunion organisée à la mairie d'Ebersheim. « Nous allons rencontrer les services du préfet prochainement », assure le secrétaire général de la FDSEA 67, Gérard Lorber. Un fourrage sans « valeur alimentaire » En se rendant aux abords des parcelles inondées qui jouxtent la D321, le conseiller régional en charge du comité de gestion de l'Ill, Bernard Gerber, a pu mesurer le « désastre » que représentaient ces énièmes crues sur les terres agricoles. Comme l'an passé, ce sont près de 2 800 ha de prairies et de cultures qui sont touchées. « Et autant un maïs semé le 15 mai peut être acceptable, autant une prairie inondée de la sorte n'est plus exploitable pour la saison à venir. On l'oublie souvent, mais c'est la prairie qui souffre le plus des crues », explique Gérard Lorber. Un désarroi d'autant plus compréhensible quand on sait que la première coupe d'herbe représente en Alsace 70 % de la production annuelle. Et ce n'est pas deuxième coupe qui est vraiment en mesure de sauver les meubles tant les conditions météo sont variables d'une année à l'autre. L'été 2015 en est un très bon exemple. « Du coup, on se retrouve avec un fourrage qui n'a pas de valeur alimentaire et donc, pas de valeur financière. C'est encore plus désastreux étant donné la situation économique difficile que vivent les agriculteurs depuis plusieurs mois maintenant », se désole le secrétaire général de la FDSEA du Bas-Rhin. Autre souci : les prairies ne sont pas assurables - contrairement à d'autres cultures - mais sont en revanche éligibles aux indemnisations des calamités agricoles. Si cette alternative peut paraître séduisante de prime abord, sa mise en œuvre reste « complexe » reconnaît Gérard Lorber. « Pour en bénéficier, il faut qu'au moins 30 % de sa surface ait été impactée. » Derrière, il faut savoir faire preuve de patience. « Les dossiers déposés en 2015 n'ont toujours pas été instruits à l'heure actuelle… », témoigne-t-il. « Il faut étudier toutes les options » Si se faire indemniser est un moindre mal pour les agriculteurs, ces derniers souhaitent avant tout que ces crues disparaissent purement et simplement du paysage du centre-alsacien. Cela aurait pu être fait il y a une trentaine d'années mais, pour des raisons « idéologiques », le projet d'endiguement de l'Ill est resté dans les cartons : « Certains pensaient qu'en endiguant le cours d'eau, les surfaces concernées passeraient toutes en maïs. Sauf qu'aujourd'hui, la prairie est devenue le pire des problèmes. C'est une culture qu'on a voulu conserver à tout prix et on en paie le prix aujourd'hui », constate, amèrement, Gérard Lorber. Si ce projet n'a, selon lui, aucune chance d'être remis aux goûts du jour, des alternatives existent et impliquent - entre autres - la Région, responsable du cours d'eau de Colmar à Strasbourg. Bien consciente de la problématique, la collectivité a engagé en 2014 un plan de gestion de l'Ill de 19 millions d'euros s'étalant sur une dizaine d'années. Objectif : restaurer les berges de l'Ill pour éviter les chenaux dans les parcelles, entretenir la ripisylve, et restaurer certains barrages. L'entretien des fossés - dont certaines ont disparu - est aussi au programme. Le service de gestion de l'Ill s'efforce aussi de supprimer les embâcles, de boucher les brèches dans les berges et de piéger les flottants pour faciliter la décrue. Des actions concrètes qui, pour l'instant en tout cas, ne produisent pas les effets escomptés. « Il faut aller plus loin et étudier toutes les options qui permettraient d'atteindre notre objectif », estime Gérard Lorber. La principale piste évoquée est la création de nouveaux bassins de rétention en amont des zones les plus touchées par ces crues. « Des projets existent, mais leur mise en œuvre dépend aussi des services de la navigation et des graviéristes », explique Bernard Gerber. Parmi les pistes évoquées, il y a l'agrandissement de la retenue de Didenheim. « On a une possibilité de doubler sa capacité », précise l'élu régional. Des travaux bienvenus qui devraient permettre à l'ouvrage de mieux échelonner la pluviométrie issue du Sundgau. « Autant on arrive à bien réguler les flux ouest-est qui tombent sur le massif vosgien, autant les flux sud-ouest qui tombent sur le sud de l'Alsace sont plus problématiques », reconnaît Benoît Grandmongin. Vers un gestionnaire unique de l'Ill ? Dans ces conditions, il est aussi essentiel de bien « anticiper » la pluviométrie à venir, et ses conséquences éventuelles pour les cours d'eau de la région. « La prévention et une analyse fine de la situation en amont sont autant de solutions pour diminuer les risques », considère Bernard Gerber. Mais plus que tout, ce dernier réclame la création d'un établissement public regroupant tous les structures responsables de l'Ill, de l'amont à l'aval, pour n'avoir au final plus qu'un interlocuteur. « Aujourd'hui, il y a le syndicat mixte de l'Ill dans le Haut-Rhin qui fait du très bon travail depuis des années, il y a la Région, le SDEA, etc. Pour être plus efficace dans la gestion de ce cours d'eau, il ne faudrait plus qu'un seul interlocuteur qui serait ainsi plus efficace pour mener les actions nécessaires. » Une idée qui fait son chemin mais qui reste à concrétiser. Pour l'instant, une réunion entre les différents organismes et prévue le 12 mai prochain pour faire un point sur les actions menées en 2015.

Lancement de la saison des asperges

« Vitaminez votre assiette ! »

Publié le 20/04/2016

Symbole du printemps et de la gourmandise, l'asperge d'Alsace joue désormais l'atout minceur. Les responsables de l'Association pour la promotion de l'asperge d'Alsace sont bien décidés à « donner du peps » à l'image de ce légume auprès des consommateurs alsaciens…

C'est à la coopérative des fruits et légumes d'Alsace, à Hœrdt, qu'a eu lieu le lancement officiel de la saison des asperges, mardi 19 avril. Cette coopérative compte dans ses rangs 45 producteurs d'asperges, indique son président, Jean-Jacques Nonnenmacher. Après trois années difficiles, la campagne 2016 s'annonce bonne, car les buttages se sont déroulés dans de bonnes conditions et les structures des sols sont excellentes. La météo de ce début de campagne n'est pas optimale, cependant, et la production est encore timide. Mais dès ce week-end, les asperges d'Alsace seront présentes dans les étals. « Les aspergeraies sont entrées en production plus tard, cette année, explique le président de l'Association pour la promotion de l'asperge d'Alsace, Jean-Charles Jost, et la récolte n'est pas encore très abondante, mais elle devrait rapidement monter en puissance. » L'association compte 44 membres, en plus de la coopérative hœrdtoise. « Net so nat awer so guet » Deux nouveautés, cette année. Surfant sur la vague des « légumes moches », l'association met l'accent sur les asperges de deuxième catégorie. « Pas moins bonnes, mais un peu moins belles », elles conviennent pour de nombreuses recettes, comme la tourte, la salade, le velouté d'asperge. Avis aux amateurs : des chefs alsaciens renommés ont concocté un livret de recettes intitulé « Gourmandise et bien-être ». À consommer sans modération aucune ! « Nous avons également édité un magazine pour toucher un public plus jeune », annonce Jean-Charles Jost. Il met en avant les bienfaits de l'asperge blanche d'Alsace pour la santé, le bien-être. Certaines stars font une cure détox pour retrouver la ligne à la sortie de l'hiver. Si le cœur vous en dit, osez une cure de 3, 7 ou 15 jours à base de ce légume riche en nutriments, et les effets bénéfiques s'en feront rapidement sentir : les fibres et l'asparagine emporteront les toxines… L'an dernier, l'association a rafraîchi son logo, renouvelé les codes graphiques de sa communication, relooké son site internet et son jeu concours. L'objectif étant d'être en phase avec le positionnement de légume haut de gamme de l'asperge d'Alsace qui marque en quelque sorte le début du calendrier de la production maraîchère régionale, même si salades, radis et rhubarbe sont déjà dans les étals. Un positionnement haut de gamme Ce positionnement haut de gamme est indispensable pour un légume vendu 10 à 12 € la botte en début de saison, même si son prix diminue au fil des semaines. « Nos techniques de production sont identiques à celles de nos voisins allemands, mais nos coûts sont supérieurs, notamment en matière de main-d’œuvre qui représente la moitié du prix de revient », indique Jean-Jacques Nonnenmacher. Et la mécanisation de la récolte n'est pas une option, dans cette filière qui emploie de nombreux travailleurs saisonniers : les Espagnols l'ont certes expérimentée, mais pour des débouchés industriels (soupes, conserves). La vente directe est un formidable atout, explique Jean-Jacques Nonnenmacher : l'asperge est un légume qui pousse sans engrais ni produits phytosanitaires. « Les interventions sur la culture ont lieu après la fin de la récolte. » Adhérer à l'association, c'est s'engager à pratiquer une agriculture raisonnée, dans le respect du cahier des charges contrôlé par Certipaq. L'ouverture de la saison des asperges est toujours un moment attendu par les consommateurs alsaciens, souligne Pierre Lammert, président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace. Il a lancé un appel aux acheteurs : « Valorisez l'asperge locale, mais surtout ne la bradez pas ! » Cette culture nécessite en effet des efforts importants de la part des producteurs qu'il faut faire reconnaître auprès des consommateurs. Le nouveau slogan des fruits et légumes d'Alsace, que l'interprofession entend mettre en avant, « Plus près, plus frais, plus vrai », s'applique à merveille à cette production. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, l'exemple de l'asperge prouve que différents modèles agricoles peuvent parfaitement cohabiter. « C'est un modèle à part, conciliant les petits producteurs qui animent les villages et les grands faiseurs qui approvisionnent la grande distribution et la restauration hors foyer. Il faut être capable de nous organiser en filière pour être plus forts sur le plan commercial. » « En Basse-Zorn, les terres sont propices au maraîchage, et particulièrement à l'asperge », indique le maire, Denis Riedinger. Car si le blanc turion est aujourd'hui cultivé dans toute la région, c'est à Hœrdt qu'il a été introduit en 1873. Cette commune est ainsi la capitale incontestée de l'asperge qu'elle célébrera avec faste le dimanche 8 mai prochain. À leur tour, la conseillère régionale, Marie-Reine Fischer, et le sénateur, Claude Kern, ont vanté les mérites de « la belle dame blanche ».

Organisme de sélection de la race vosgienne

« La valeur ajoutée doit revenir aux façonneurs de paysage »

Publié le 18/04/2016

L’Organisme de sélection de la race vosgienne a réussi à fédérer les éleveurs du massif autour d’un projet : la création du fromage Cœur de massif. L’OS est également impliqué dans le déploiement d’un nouveau schéma de sélection basé sur la génomique.

Malgré la crise de l’élevage, les éleveurs de vosgiennes gardent le moral : le lancement réussi du fromage Cœur de massif, courant 2015, leur donne de l’espoir, a expliqué Florent Campello, président de l’Organisme de sélection de la race vosgienne, mardi 22 mars, à la Maison du Temps libre de Belmont, où se déroulait l’assemblée générale de l’OS. « Après avoir conquis son territoire, après avoir été sauvée de la disparition, et avoir vu remonter ses effectifs, notre race vosgienne a maintenant son fromage. Ce projet fédérateur est unique dans la crise actuelle », s’est réjoui Florent Campello.  Sur le plan technique, les éleveurs sont en attente d’une révolution génétique liée à l’arrivée de la génomique. « Des index officiels sortent début mars 2016 pour nous aider à faire évoluer génétiquement nos troupeaux mais aussi pour permettre à la race de se maintenir sur nos exploitations en répondant à l’évolution et à la modernité actuelle des marchés », a souligné le président de l’OS vosgienne. D’autres défis attendent l'organisme de sélection. « Le règlement zootechnique va nous amener à d’autres responsabilités et à réinventer l’OS de demain. » Dans ce contexte, Florent Campello se dit attaché à « garder l’éleveur au centre des préoccupations ». Les éleveurs doivent garder des filières courtes, « car la valeur ajoutée ne doit revenir qu’aux façonneurs de nos paysages de massif. Par votre travail quotidien avec vos animaux, vous nous permettrez de collecter des données qui vous appartiennent, des performances qui nous permettent de faire des accouplements et aussi faire évoluer notre race. Ces données sont le cœur des enjeux de demain, elles sont les vôtres. Vous en êtes les seuls propriétaires. » Le président de l’OS vosgienne plaide pour le maintien des spécificités de l’agriculture de montagne. « Le massif, pour rester un poumon vert et blanc pour l’est de la France, doit pouvoir respirer, car s’il ne conserve pas ses espaces en herbe qui font sa couleur, c’est son attractivité touristique qui risque d’en pâtir et donc son économie générale. » Les inséminations en race pure au sommet Les quatre commissions de l’OS vosgienne se sont réunies une trentaine de fois au cours de l’année écoulée. Dominique Valdenaire a rendu compte de leurs travaux, en particulier ceux de la commission génétique, qui assure la transition vers un schéma de sélection génomique. L’OS vosgienne compte 186 adhérents, soit une trentaine de plus qu’en 2014, a relevé Philippe Caussanel, directeur du service élevage de la Chambre d’agriculture d'Alsace. Un peu moins de la moitié des cheptels sont également adhérents au Contrôle laitier, pour un effectif de 1 183 vaches contrôlées. Elles affichent une production moyenne de 4 124 kg, contre 4 082 kg l’année précédente. Le nombre des femelles vosgiennes est en augmentation au niveau national, et particulièrement dans le Haut-Rhin, deuxième département en nombre de femelles vosgiennes derrière les Vosges, et premier en nombre de femelles contrôlées. À noter aussi que sur la zone Elitest, le nombre des inséminations artificielles en race pure a atteint 3 657. « Ce nombre n’a jamais été aussi élevé », constate le directeur du service élevage, mais il est en baisse sur le croisement. Plusieurs vosgiennes ont dépassé les 50 000 kg de production dans leur carrière, a indiqué Mélanie Gutzwiller, technicienne de l’OS vosgienne. Pomacle, du Gaec Schoeffel, a franchi le cap des 70 000 kg, Tosca, de l’EARL Wehrey, et Amser, d’Yvan Pierrez, pointent à plus de 60 000 kg. Quelques nouvelles vaches font leur entrée dans le club des animaux à plus de 50 000 kg : Simone et Alouette, de l’EARL Wehrey, Tarabiscot du Gaec du Vacceux, Uranie, du Gaec de la Fourrière et Utopie, de la ferme Holschlag. « Tous les ans, entre cinq et dix vaches sont ainsi récompensées, c’est la preuve qu’elles vieillissent bien », a commenté Mélanie Gutzwiller. Le service SMS proposé par l’OS vosgienne pour l’achat et la vente d’animaux fonctionne de manière satisfaisante : 48 SMS ont été envoyés aux adhérents. Ils ont débouché sur 29 ventes et 19 achats, soit un total de 108 animaux échangés. Quant au site internet, il est de plus en plus visité, avec une pointe de près de 7 000 connexions en février 2016, lors du Salon international de l’agriculture. 120 mères support pour le schéma de sélection Quatre taureaux de testage sont actuellement disponibles en doses sexées : Jumbo (Lancelot x Baron), Ivanhoé (Herbert x Ouragan), Jodler (Veto x Osiris) et Jaguar (Brave x Tango). D’autres sont rentrés en station pour une utilisation la saison prochaine : Jamesbond, Jules, Léon, Loustic. Deux autres sont nouvellement sortis en 2015. Il s’agit de deux fils d’Osiris, ayant des profils très différents : Diabolo est un taureau laitier par excellence, améliorateur en lait et en taux, utilisable sur génisses. Dartagnan, lui, est très améliorateur en morphologie, bon en cellules et donne des naissances faciles, ce qui le rend également utilisable sur génisses.  Le nouveau schéma de sélection repose sur 120 mères support triées sur index génomique et sur ascendance. « On tient compte de certains critères rédhibitoires : ce n’est pas parce qu’une vache est à 160 d’Isu qu’elle va être mère support », a précisé Philippe Caussanel. Pour sélectionner les mères support, la commission génétique a fait le choix de génotyper une génération de femelles par hiver : 222 femelles ont été prélevées dans cet objectif cet hiver, l’objectif étant de génotyper un maximum d’animaux. Chez les mâles, une cinquantaine de veaux mâles seront génotypés annuellement, l’objectif étant d’en garder une dizaine pour les rentrer en station. « On en retiendra quatre à six selon les années ».

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