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Lancement de la fraise d'Alsace 2016

Moins de temps pour en profiter

Publié le 10/06/2016

La saison des fraises a officiellement été inaugurée le 7 juin à Soultz. Si la quantité et la qualité sont bien là, les pluies tombées ces dernières semaines devraient laisser moins de temps aux libres cueilleurs de remplir leurs paniers.

Au pied du Grand Ballon, l'orage gronde. Dans la parcelle de fraises de Jean-Paul Kessler, les cueilleurs de la journée s'affairent à remplir leur panier. Les trombes d'eau menacent, il faut faire vite. Du reste, il ne faudra pas tarder pour savourer les fraises de cette campagne 2016. « Avec la pluie qui tombe en ce moment, la saison sera raccourcie d'une semaine au moins par rapport aux autres années », explique le président de l'association des producteurs de fraises d'Alsace, Olivier Grinner, en introduction du lancement officiel de la saison qui s'est tenu le 7 juin à Soultz. Si les premières fraises alsaciennes sont déjà commercialisées depuis quelques semaines, ce n'était pas encore le cas partout. « Désormais, les libres cueilleurs peuvent y aller. Les fraises sont arrivées à maturité », poursuit-il. Elles ne devraient pas avoir de mal à trouver preneur tant elles sont « demandées » par les consommateurs. Chaque année, les spots de libre cueillette en Alsace sont pris d'assaut par des consommateurs en quête de « qualité » et de « fraîcheur ». Un peu à l'image de la tendance actuelle vers les circuits courts. « À la différence près que la libre cueillette a démarré dans les années 1980 en Alsace, une époque où on ne parlait pas vraiment de filières courtes », souligne Olivier Grinner. Que le client soit « content » Jean-Paul Kessler fait partie de ces « précurseurs de la fraise ». Après avoir repris l'exploitation familiale en 1979, il abandonne l'élevage en 1982 pour se lancer dans les céréales et la fraise. « À l’époque, on n'était que deux dans toute l'Alsace à proposer cela. Aujourd'hui, on est plus d'une trentaine. » Si la culture de céréales (maïs, blé, colza, orge) occupe la majorité de sa sole (environ 100 hectares), la culture de fraises reste conséquente avec pas moins de 5 hectares. Le tout mené dans une démarche d'agriculture raisonnée, sans désherbant chimique et avec le minimum d'insecticide. « Nous faisons ceci pour le respect du fruit et du consommateur », justifie le producteur qui passe près de 1 500 heures par an pour effectuer le binage manuel de ses parcelles. Un travail harassant qui est un peu compliqué cette année avec l'enchaînement quasi journalier des précipitations. « D'habitude, le Grand Ballon arrête les orages en hiver et au printemps. Là, ça fait trois mois que nous avons deux à trois orages par jour. Du coup, nous avons de l'eau tout le temps. Il y a deux semaines, la parcelle de fraises était immergée dans 30 centimètres d'eau », témoigne-t-il. Cela n'empêche pas la vingtaine de variétés de fraises qu'il cultive d'être suffisamment savoureuses pour ses clients. Et sa clientèle, Jean-Paul Kessler y tient. « On doit faire le maximum pour qu'ils soient contents. Après 34 ans dans le métier, ça serait dommage de les perdre. » Désireux de toujours améliorer la qualité de ses produits, il envisage d'aller encore plus loin à moyen terme en convertissant l'ensemble de son exploitation en mode de production biologique. « Ça sera l'occasion de prouver qu'on peut produire de la fraise bio sur des grandes surfaces. »

Publié le 08/06/2016

Lundi 6 juin, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs du Bas-Rhin ont convié des parlementaires alsaciens à une visite d'exploitation agricole. L'occasion de leur exposer quelques points que les responsables syndicaux souhaitent voir évoluer pour aider le monde agricole à sortir d'une crise agricole, à la fois généralisée et qui s'éternise.

Le rendez-vous était fixé à Kleingœft, au Gaec de la Prairie, une exploitation laitière. Devant une assemblée constituée de responsables des filières agricoles locales, de syndicalistes, d'élus à la Chambre d'agriculture d'Alsace, de représentants de l'administration et de parlementaires, Thierry Willem, l'un des associés du Gaec créé il y a 22 ans, raconte : « J'ai créé ce Gaec avec un couple qui est aujourd'hui parti à la retraite ». Pour les remplacer, Jacques Adloff s'est installé en hors cadre familial en 2005, après avoir suivi un cursus agricole. Une installation qui, pour être durable, s'est accompagnée de la reprise d'une autre exploitation agricole. La quantité de travail a donc elle aussi augmenté. Elle est abattue par Jacques Adloff, Thierry Willem, son épouse salariée, un autre salarié à temps partiel. « Nos enfants nous donnent aussi un coup de main, ce qui n'est pas négligeable », précise Thierry Willem. Pour vivre de la production de lait, le Gaec a mis en œuvre plusieurs actions pour limiter ses charges. Thierry Willem est ainsi président de la Cuma de la Zorn, ce qui lui permet de mutualiser les charges de mécanisation avec les 13 autres membres du groupement. Les associés travaillent aussi à l'amélioration de l'autonomie alimentaire du troupeau : « Nous avons augmenté la part des prairies dans l'assolement, et nous cultivons du méteil, un fourrage très riche en protéines du fait de la présence de légumineuses comme le pois, la féverole ou la vesce. Mais ce n'est pas toujours facile à réussir. » Durant sa carrière, Thierry Willem a régulièrement investi dans ses bâtiments d'élevage avec en ligne de mire « le bien-être animal et nos conditions de travail ». Dans l'étable, équipée d'une salle de traite en 2 x 8 avec décrochage automatique, les vaches laitières sont réparties en deux lots. D'un côté les vaches fraîchement vêlées, de l'autre les vaches en fin de lactation. Les deux lots reçoivent des rations adaptées à leur potentiel de production, afin d'optimiser le coût de l'alimentation. L'étable est équipée d'un système de raclage automatique pour récupérer les effluents d'élevage qui transitent par un séparateur de phase. Les éleveurs obtiennent d'un côté une phase liquide plus facile à épandre, de l'autre une phase solide, recyclée comme litière dans les logettes, avec des économies de paille à la clé. Prix du lait : intégrer les coûts de production Le Gaec de la Prairie a optimisé tout ce qui pouvait l'être. Et pourtant, comme tant d'autres éleveurs, Thierry Willem est inquiet : « Le prix du lait est catastrophique. On ne sait pas comment va se terminer l'année… » Thierry Willem livre son lait à la coopérative Unicoolait, sous contrat avec Lactalis. En 2015, la coopérative a pu revaloriser le prix payé par Lactalis de 20 € pour 1 000 litres, pour atteindre 320 €/1 000 l. Mais actuellement ce prix est passé à 270 €, un prix inférieur au prix de revient, et est annoncé à 260 € pour l'été. « Lactalis a un comportement inacceptable, ce sont eux qui paient le moins bien le lait », dénonce Denis Ramspacher, vice-président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), qui estime que le prix d'équilibre, qui permettrait aux éleveurs de continuer à investir pour rester compétitifs se situerait plutôt à 350 €. Didier Braun, responsable du groupe lait à la FDSEA du Bas-Rhin, ne mâche pas non plus ses mots envers Lactalis : « Cet industriel est un des leaders mondiaux de la transformation du lait. Il devrait donc être exemplaire sur la répartition des marges. Mais on a l'impression que son développement s'est fait sur le dos des producteurs. » « Dans la construction du prix de lait, il faut partir des coûts de production et légiférer en ce sens, car nous ne sommes pas en position de force face aux centrales d'achat qui imposent leurs règles du jeu », renchérit Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, ouvrant le bal des revendications énoncées face à Guy-Dominique Kennel et Claude Kern, sénateurs ; Laurent Furst, Antoine Herth et Patrick Hetzel, députés ; et Anne Sander, députée européenne. Car l'objectif de cette rencontre, c'était bien de faire passer quelques messages avant que les parlementaires débattent notamment de la loi Sapin II, qui encadre les relations entre les producteurs et les metteurs en marché, et de la loi biodiversité, « qui nous impose un certain nombre de choses qui pourraient fragiliser nos filières ». À quand une compensation agricole ? Concernant la loi Sapin II, les responsables professionnels agricoles souhaitent que les parlementaires fassent en sorte qu'elle impose davantage de transparence aux metteurs en marché, « par exemple en étant plus contraignante sur la publication de leurs comptes », demande Didier Braun qui exige aussi « davantage de transparence sur l'origine des produits entrant dans la fabrication des plats transformés ». Fabien Metz, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, s'est exprimé sur la loi biodiversité : « Nous vivons de la nature et de la biodiversité, mais nous estimons aussi que cette loi ne doit pas tout mettre sous cloche, ni figer des situations qui feront que nous serons confrontés à des dégâts. » Le principe de non-régression de la biodiversité, qui n'a d'ailleurs pas été adopté par le Sénat, inquiète en premier les agriculteurs, car il sous-tend le principe de compensation, qui veut que si une zone naturelle est artificialisée, l'équivalent de trois à cinq fois cette surface doive être renaturé ailleurs. Des surfaces qui sont généralement prises au monde agricole : « La construction d'une éolienne équivaut à 2 ha de terres à renaturer, qui seront prises à l'agriculture. Mais comment la perte que cela représente est-elle compensée auprès de l'agriculteur ? On n'en parle jamais. » Or l'accès au foncier reste un dossier brûlant, comme le rappelle Laurent Fischer, trésorier de la FDSEA du Bas-Rhin, qui regrette de voir 1 700 ha de terres agricoles acquises par des investisseurs étrangers dans le Berry, et des zones d'activité se construire alors que d'autres sont à l'abandon à Lingolsheim, La Vigie ou encore au Port-du-Rhin. En outre, le principe de non-régression pourrait avoir des conséquences économiques directes sur les exploitations, d'ores et déjà confrontées à des difficultés à gérer certaines espèces : « Quand les dégâts sont trop importants, il faut avoir le courage de revoir le classement des espèces pour qu'elles soient considérées comme nuisibles. » Redonner un cap à l'agriculture Les parlementaires se sont montrés sensibles aux arguments des agriculteurs, ont posé des questions sur les leviers d'action à manœuvrer, mais ont aussi insisté sur les difficultés à faire bouger les lignes face à une « majorité fragile et divisée, qui a donc du mal à laisser l'idéologie et les symboles s'effacer devant le pragmatisme, analyse Antoine Herth. Ainsi, le dossier des néonicotinoïdes est l'otage de la volonté politique de montrer que le gouvernement se préoccupe d'écologie ». Patrick Hetzel confirme, par exemple, que le lobby anti-néonicotinoïde a été « considérable » et qu'en matière de protection phytosanitaire il y a « un travail collectif de communication à mener afin de faire passer le message de leur utilisation de plus en plus raisonnée ». Conscient de la gravité de la situation - « 14 % des exploitations agricoles seraient à la limite du dépôt de bilan » -, Antoine Herth exhorte les agriculteurs à « se projeter dans l'avenir, à élaborer une stratégie de reconquête ». Pour sa part, il appelle de ses vœux qu'un cap soit enfin redonné à l'agriculture.

Publié le 06/06/2016

La réputation d’un domaine, les mentions et signes figurant sur l’étiquette incitent à l’achat et expliquent le niveau de prix qu’un consommateur consent à payer pour s’offrir une bouteille de vin. Illustration à travers deux études présentées au 23e colloque Enométrics de Colmar des 25, 26 et 27 mai 2016.

Les points décernés au guide Gault & Millau valent de l’argent ! Bernd Frick, de l’université de Paderborn en Allemagne, a précisément chiffré la chose. Cet économiste a analysé 100 000 bouteilles de rieslings de la vallée de la Moselle d’une valeur unitaire de 12 à 13 € plus ou moins bien cotés. Résultat ? Un point en plus au guide correspond à un prix supérieur d’environ 14 % soit un peu plus d’1 € par col. Il a appliqué la même grille en tenant compte de l’adhésion ou non de l’opérateur à VDP (Verband deutscher Prädikatsweine) une association qui regroupe des domaines revendiquant un haut niveau qualitatif de leur production. « Un certain nombre d’acheteurs qui ne sont pas assez connaisseurs pour décider tout seul de l’achat d’une bouteille, sont prêts à payer ce surcoût en contrepartie de la garantie qu’apporte le sigle VDP. C’est leur repère » note Bernd Frick. Ainsi, le metteur en marché qui adhère à VDP, peut espérer vendre sa bouteille 10 % plus cher que le non-membre. Les « bonus » guide et VDP peuvent se cumuler jusqu’à obtenir un écart de prix supérieur de 20 à 25 % à la moyenne. Histoire de vérifier si son constat se confirme, Bernd Frick va renouveler son étude dans un autre vignoble allemand. Il s’attend à des « résultats similaires ». La connaissance de cette perspective de valorisation potentielle supérieure peut évidemment susciter l’ambition de monter en gamme afin de gagner en réputation car comme l’estime Bernd Frick « les maisons réputées ont toujours plus de chances de mieux s’en sortir ». Mais le jeu n’en vaut pas toujours la chandelle. « Les investissements nécessaires qu’ils soient techniques ou humains, sont très élevés. Ils sont inaccessibles à la majorité des domaines, trop petits pour les supporter. Les opérateurs qui les consentent ne doivent pas oublier qu’ils devront très rapidement assumer des coûts fixes plus élevés tout en ayant les moyens d’attendre que la qualité produite leur soit payée à un meilleur prix » poursuit-il. Toutefois, quelle que soit sa réputation, un domaine ne peut pas se permettre une hausse débridée de ses tarifs car « sa production reste en concurrence avec d’autres opérateurs qui sont présents sur le même segment de marché » complète Bernd Frick. Le chercheur rappelle aussi que tous les clients n’ont pas un pouvoir d’achat démesuré et que le marché est susceptible d’offrir des opportunités à des vins de toutes les gammes de prix. Une étude sur les vins d’Alsace Sylvie Rivot et Laurent Grimal, deux enseignants-chercheurs du Bureau d’études théorique et appliquée (BETA) de Strasbourg, ont démarré en novembre 2015 dans la région, une étude sur la disposition de consommateurs « lambda » et « experts » (professionnels du vin, œnophiles, dégustateurs, journalistes…) à payer les vins d’Alsace. Les résultats actuels portent sur 86 participants. Il en manque au moins 34 afin de valider statistiquement les premières tendances résultant du protocole établi (voir encadré). « En dégustation à l’aveugle, tous les consommateurs préfèrent le plus et le moins les deux mêmes vins. Les consommateurs lambda sont en moyenne disposés à payer 20 % de moins que les « experts ». Nous l’expliquons par le fait que ces derniers semblent avoir conscience que le travail de l’élaborateur doit être rémunéré » indique Laurent Grimal. Globalement, le prix moyen des vins dégustés à l’aveugle est supérieur quand le consommateur est uniquement confronté aux informations communiquées sur le vin, comparé à ce qu’il est prêt à donner quand il le déguste à l’aveugle. Une fois qu’il a sous les yeux les informations et le vin, sa disposition à payer faiblit à nouveau. Les deux groupes se différencient sur un autre point. Confronté à la seule information concernant un vin (donc sans le déguster) « le consommateur lambda est prêt à payer plus que « l’expert » si la bouteille présente une distinction. C’est surtout vrai pour la médaille d’or à un concours, ensuite pour la citation à un guide. La seule mention « Vigneron indépendant » provoque une toute petite augmentation de la disposition à payer plus. L’information minimum du type « Pinot blanc 2014 » diminue fortement le prix qu’on est prêt à mettre à moins de 3 € la bouteille ». Pour espérer mieux vendre, faut-il donc multiplier les signes distinctifs sur les bouteilles à l’intention de ce public ? « Non », répond Laurent Grimal. « Des études déjà publiées montrent que l’ajout d’une deuxième mention relève à peine la disposition à payer. À partir de trois, l’effet est nul ». Ce langage des signes est à manier avec précaution envers un public « d’experts ». S’ils sont sensibles à la mention « vigneron indépendant » et à la citation, ils sont totalement réfractaires à la médaille qui leur apparaît comme « dévalorisante ».

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