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Le mal-être des agriculteurs

Identifier la détresse en amont

Publié le 22/06/2016

Le monde agricole est mis à rude épreuve, ces derniers temps. Ces difficultés, il est dur de les surmonter tout seul. Mais demander de l’aide n’est pas évident. La Mutualité sociale agricole d'Alsace s'investit auprès de ses adhérents pour les aider à franchir le cap. Un numéro spécial a été mis en place pour intervenir le plus tôt possible.

C'est bien connu, les agriculteurs ont les pieds sur terre. Mais il arrive un moment où même le chêne le plus solidement enraciné finit par trembler sur ses bases lorsque les éléments se déchaînent. Alors que les attaques médiatiques contre le monde agricole se multiplient, la crise de l'élevage et les déboires de l'abattoir régional provoquent chez certains un sentiment d'impuissance, voire de désarroi. Parfois aussi, la colère devant tant d'infortune se double d'un profond mal-être. Les agriculteurs sont généralement bien entourés par une famille qui les chérit, qui comprend mieux que personne leurs difficultés puisqu'elle les partage au quotidien. Ils peuvent aussi compter sur la solidarité du monde agricole qui n'est pas un vain mot. Cependant, dans certaines situations, on se sent seul - à tort ou à raison - et on se referme sur soi-même, plutôt que d'appeler à l'aide. Éviter le passage à l'acte désespéré Pourtant, tout un dispositif a été mis en place pour épauler les agriculteurs en détresse. Un dispositif dont la Mutualité sociale agricole est le pivot central. Sensible au mal-être des agriculteurs, la MSA d'Alsace a ouvert un numéro dédié au signalement des situations de détresse, le 03 88 81 75 95, ces appels aboutissant chez des professionnels formés à l'écoute. Mais elle va beaucoup plus loin, comme elle l'indique dans la plaquette résumant l'ensemble des mesures mises en place. En plus des aides financières pouvant être accordées (lire en encadré), élus et salariés de la MSA d'Alsace se mobilisent pour identifier les situations de détresse et accompagner les adhérents en grande fragilité. Ils mettent tout en œuvre pour apporter un soutien moral et psychologique aux agriculteurs en souffrance. « Notre ancrage dans la ruralité est notre force de frappe », affirme David Herrscher, président de la MSA d'Alsace. 1 200 adhérents ont ainsi pu être accompagnés ces derniers mois par les conseillers sociaux. L’un des enjeux majeurs est d’identifier le plus précocement possible les adhérents en difficulté, afin d’agir au plus vite et d’éviter des drames. C’est pourquoi la MSA mise sur tous ses réseaux pour signaler les situations de détresse. Élus, partenaires agricoles et leurs techniciens, centres de gestion, personnels MSA, tous sont mobilisés et à l’écoute des adhérents sur le terrain. Un incendie, des propos inquiétants, une situation financière délicate sont autant de points de vigilance et d'alerte. Dès qu’une situation de fragilité est repérée et confirmée, l’adhérent est orienté vers les conseillers sociaux de la MSA afin de bénéficier d’un accompagnement et, si nécessaire, d’aides financières. Un accompagnement à plusieurs dimensions En 2011, la MSA a mis en place un plan de prévention du suicide des agriculteurs. Elle a créé des cellules spécialisées, composées de médecins et de travailleurs sociaux pour prendre en charge les situations de détresse. En 2014, un numéro d’écoute téléphonique national s’est ajouté au dispositif, Agri-écoute. Le n° 09 69 39 29 19 d'Agri-écoute est disponible 7 jours/7 et 24 h/24 et apporte aux appelants un premier soutien par une écoute anonyme et confidentielle, quel que soit le moment de la journée ou de la nuit, face au découragement, lorsque l’on ressent le besoin de parler à quelqu’un, d’être écouté ou de se libérer d’une étreinte d’angoisse. Faites connaître ce numéro autour de vous ! Ce service d’écoute permet d’éviter un éventuel passage à l’acte et peut faire office de premier sas vers une démarche d’accompagnement plus approfondi. Depuis la crise de 2015, la MSA d’Alsace a créé en plus une cellule locale « filière en crise ». Cette cellule permet de prendre en charge immédiatement l’adhérent, de l’informer et de déclencher une coordination pluriprofessionnelle pour rechercher des solutions concertées et personnalisées. Le cas échéant, de soutien financier, de soutien psychologique et d’accompagnement vers le changement. Un exemple probant de l’intérêt du guichet unique MSA. La MSA propose en outre des aides spécifiques à caractère social et familial pour accompagner de manière plus personnalisée ses adhérents : pour des dépenses de santé particulières, l’aide aux études ou aux vacances des enfants ou bien pour financer un service de remplacement, ou avec un service de médiation aborder les conflits au sein de la famille ou entre associés… De même, pour faciliter la rencontre avec des professionnels de santé et d’accompagnement psychologique, elle peut prendre en charge des consultations chez un psychologue ou un psychothérapeute, un professionnel à l'écoute qui fera des propositions de prise en charge en fonction des besoins et des attentes. Cette crise s’enracine, mais le conseil d’administration de la MSA compte aller de l’avant. Il œuvre pour que soit réinstauré un système de préretraite pour les exploitants en fin de carrière confrontés à des difficultés insurmontables. Il renforce les partenariats avec les acteurs locaux et agricoles pour partager l’information et répondre le plus justement aux besoins des adhérents. Il travaille notamment étroitement avec les centres de gestion pour conseiller au mieux leurs clients et identifier rapidement les situations préoccupantes. David Herrscher l’affirme : « Il faut que le partenariat et les échanges d’information entre OPA fonctionnent encore plus en 2016. Pas de partenariat sans solidarité. »

Kientzheim

Vins de majestés

Publié le 20/06/2016

Sa Majesté la reine des vins d’Alsace et ses deux dauphines ont choisi le château de la confrérie Saint-Étienne d’Alsace pour présenter les vins qui marqueront leur règne.

Laëtitia Pantzer, reine des vins d’Alsace 2015, Joséphine Spannagel et Alix Roeckel, ses dauphines, avaient invité près de 150 personnes pour la présentation officielle des vins de règne, vendredi 10 juin au château de la confrérie Saint-Étienne à Kientzheim. Parmi la nombreuse assistance dans le grand caveau des chapitres, il y avait les représentants du Civa, de l’Association des chefs d’Alsace et de la confrérie, partenaires de cette sympathique manifestation ; à leur côté, des représentants du monde de la viticulture, des parents, des amis et des délégations de plusieurs confréries viniques alsaciennes : les Bienheureux du Frankstein de Dambach-la-Ville, les Rieslinger de Scherwiller, les Amis du Kaefferkopf d’Ammerschwihr, Saint Urbain de Kintzheim et la Corne d’Ottrott. À présent que les vins sont en bouteilles, ayant atteint une jeune maturité, les majestés ont dévoilé leur choix qui restera le témoin de leur éphémère pouvoir. La reine Laëtitia travaille au domaine Pierre et Frédéric Becht de Dorlisheim ; c’est donc un vin de ce domaine, un subtil assemblage de gewurztraminer, de riesling et de muscat qui porte ses couleurs. Un vin vif et expressif avec ses notes dominantes d’épices et de rose. Joséphine Spannagel est originaire de Katzenthal et pour elle, le riesling issu du grand cru granitique Wineck-Schlossberg, sec comme il se doit, élaboré par son papa Vincent et son frère Patrice, était incontournable ! Enfin, Alix Roeckel ne pouvait que choisir le vin que son grand-père lui avait dédié à sa naissance et que le domaine familial Gérard Metz d’Itterwiller élabore chaque année, lorsque la météo veut bien collaborer : un grand pinot gris issu d’une récolte en surmaturité. Un vin floral, à la mache fruitée et d’une sucrosité harmonieuse. Puis elles passèrent dans l’assistance et chacune servit son vin en dégustation. Dans un peu moins de deux mois, le règne prendra fin, mais leurs vins qui s’annoncent de bonne garde resteront encore longtemps le souvenir d’une année riche en événements et en rencontres.

Lancement de la plateforme internet ApproAlsace

Du producteur au restaurateur

Publié le 18/06/2016

Avec la plateforme internet ApproAlsace, les cantines de restauration collective peuvent désormais accéder à une vaste gamme de produits alsaciens en quelques clics seulement. De quoi faciliter les débouchés pour les agriculteurs engagés dans les filières courtes.

La porte des cantines s'ouvre un peu plus aux circuits courts. Grâce à la nouvelle plateforme internet ApproAlsace initiée par le Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68), en collaboration avec la Chambre d'agriculture d'Alsace, le Département du Bas-Rhin, la Draaf et la Région Grand Est, les professionnels de la restauration peuvent désormais commander leurs produits auprès de producteurs locaux. À l'image de n'importe quelle boutique en ligne, l'acheteur n'a qu'à parcourir le catalogue de produits disponibles, les ajouter à son panier, payer, et attendre la livraison de la marchandise par le producteur. À l’heure actuelle, la plateforme regroupe une centaine d'acheteurs (collèges, restaurants, la société de restauration collective Api Restauration…) et une quarantaine de producteurs venus de toute l'Alsace. Tous sont inscrits dans une démarche qualité : Bienvenue à la Ferme, Savourez l'Alsace - Produits du Terroir, Label Rouge, Agriculture Biologique, etc. Un critère « obligatoire » pour tout producteur désireux de s'inscrire sur le site. Tous les types de production sont les bienvenus : fruits, légumes, produits laitiers, volailles, œufs, viandes, poissons, charcuterie, boulangerie, épicerie. Si dans certains secteurs, certaines catégories de produits sont déjà bien représentées (les produits laitiers dans la région de Colmar par exemple), d'autres secteurs sont un peu retraits. « C'est notamment le cas dans le sud de l'Alsace où nous manquons de producteurs, notamment des maraîchers. Le collège de Saint-Louis rencontre encore pas mal de difficultés pour s'approvisionner », souligne Valérie Simon, du pôle Diversification de la Chambre d'agriculture d'Alsace. C'est elle qui a piloté le développement du site, en lien avec tous les partenaires du projet. Celui-ci s'est mûri « lentement » rappelle le président de l'Interprofession des fruits et légumes d'Alsace, Pierre Lammert. « Il va falloir un peu de temps maintenant pour que cela fonctionne correctement. » Dans les circuits courts, le marché est « énorme » considère de son côté le président du CD 68, Éric Straumann. Le potentiel est effectivement conséquent si l'on additionne toutes les structures de restauration hors domicile (RHD) qui existent en Alsace. « Nous comptons solliciter les maisons de retraite, les maisons pour enfants et les maisons pour handicapés au cours de l'été », annonce Valérie Simon. « On est payé au juste prix » Du côté des producteurs, on voit d'un bon œil l'arrivée de cette plateforme d'approvisionnement en produits locaux. « Trouver des clients n'est pas toujours facile quand on est un producteur artisanal. Le temps nous est compté », témoigne Sandrine Gollentz, de la ferme Motsch-Gollentz à Osenbach. Grâce à ApproAlsace, l'exploitation a pu diversifier sa clientèle pour approvisionner aujourd'hui une douzaine de collèges haut-rhinois. Des structures que Sandrine et son mari David connaissent bien puisque cela fait déjà plusieurs années qu'ils travaillent avec eux. « Sauf qu'avant, cela se faisait par fax et coups de fils. Maintenant, tout est plus fluide et centralisé. En un clic, on peut visualiser toutes les commandes et l'ensemble des yaourts à produire. Les relations entre le producteur et l'acheteur sont professionnalisées », poursuit l'agricultrice. L'autre point essentiel mis en avant par David Gollentz est le « coût environnemental » de ces filières courtes. « On parle de Grenelle de l'Environnement. Mais quand voit le lait qu'on livre en laiterie partir à des centaines de kilomètres de son lieu de production, ça n'a pas beaucoup de sens. En valorisant notre lait à proximité, on gagne en cohérence tout en étant payé au juste prix. » Car ici, pas question d'écouler sa marchandise au-dessous du prix de revient ; chaque producteur a la liberté d'établir une grille tarifaire en fonction du type d'acheteur. Et c'est aussi lui qui choisit à qui il est prêt à vendre et à livrer ses produits. « C'est à chacun de dire ce qu'il peut produire, à quel moment, à quel endroit, et à quelle quantité », détaille Valérie Simon. Le seul bémol, c'est que la plateforme n'offre pas la possibilité de gérer ses stocks de manière dynamique. Une option qui nécessiterait des coûts de développement « trop importants » à l'heure actuelle pour voir le jour. Des produits locaux de plus en plus demandés Pour le Conseil départemental du Haut-Rhin, la création d'ApproAlsace est une « suite logique » au vu de l'engouement suscité par les circuits courts. « Cela va dans la continuité des actions que nous menons depuis plusieurs années pour la valorisation de cette filière », explique Éric Straumann. En 2013, la collectivité a lancé l'opération « Je mange local, c'est génial » dans les collèges haut-rhinois. Une animation qui consiste à faire découvrir aux élèves de menus réalisés à base de produits locaux. Une formule qui a rapidement séduit les établissements scolaires gérés par le Département : 45 % des collèges haut-rhinois ont participé à l'opération en 2016 alors qu'ils n'étaient « que » 10 % en 2013. Les chefs de cuisine comme les enfants ont plébiscité cette opération à en juger les témoignages recueillis par le Département du Haut-Rhin. Du coup, ApproAlsace est perçu comme un « atout » pour les jeunes estime la conseillère départementale Betty Muller. « Ils pourront ainsi devenir les premiers ambassadeurs de ces produits. » Et être aussi en meilleure santé croît savoir le président de la commission Éducation et Jeunesse au CD 68, Pierre Vogt. Cet ancien professeur de sport met en avant le phénomène d'obésité - de plus en plus présent au sein de la population française - pour étayer ses propos. « La santé du corps passe par l'assiette. Nous devons de ce fait apporter une éducation alimentaire aux jeunes générations. Les produits locaux sont à ce titre les plus sains qu'on puisse avoir. »

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