A la une

Publié le 20/07/2016

Des cicadelles vectrices de la flavescence dorée (Scaphoideus titanus) viennent d’être identifiées dans l’aire d’appellation. Ce qui change notablement la donne de la vigilance envers la maladie dans le vignoble alsacien.

Qu’on se rassure : pour déclencher la lutte insecticide obligatoire, il faut la maladie déclarée sur des plants porteurs du phytoplasme responsable de la flavescence dorée (FD), et il faut l’insecte vecteur, la cicadelle au nom taxonomique de Scaphoideus titanus. Jusqu’à présent, quelques pieds flavescents avaient été identifiés dans le vignoble alsacien, de façon très éparse, avec peut-être une introduction par des bois contaminés en pépinière provenant d’autres régions viticoles déjà touchées par la maladie. Mais le petit insecte piqueur suceur, vecteur du phytoplasme, donc susceptible de propager la maladie, n’avait jusqu’alors pas été identifié en Alsace. Quand bien même on trouvait ici ou là un pied contaminé, le vignoble bénéficiait donc d’une relative tranquillité vis-à-vis de cette maladie qui décime des vignobles plus méridionaux.Depuis la semaine dernière, les choses semblent changer. C’est Philippe Kuntzmann, de Vitisphère-Alsace, qui « au cours d’un prélèvement pour comptage en acariens et en typhlodromes, dans une vigne à proximité de Colmar », a identifié des larves de Scaphoideus titanus. L’identification a été validée par le laboratoire d’entomologie de l’Anses.Après avoir procédé à l’élevage des larves, il a obtenu un adulte. Et il se trouve que la cicadelle de la flavescence dorée est bel et bien installée dans la parcelle observée. « Avec une densité de sept larves pour cent feuilles. » Pas de quoi déclencher des traitements donc, puisque le phytoplasme infectieux n’est pas présent et qu’il faut les deux - l’insecte et le parasite, sorte de protoplasme informe qui obstrue les vaisseaux de sève - pour déclencher les traitements. Plus de génotypage, de prospection… Cependant, la présence de la cicadelle de la FD, va notablement changer la donne de la surveillance de la maladie dans le vignoble alsacien. Et il va falloir recourir à davantage d’analyses de génotypes dès lors qu’un pied présente la maladie. En effet, le simple aspect visuel d’un pied flavescent ne permet pas de distinguer s’il s’agit de FD ou de la maladie du bois noir. Et même s’il présente les symptômes, il peut aussi être atteint d’un autre phytoplasme, celui de la jaunisse de l’aulne, qui ne présente pas de risque de transmission épidémique par S. titanus. Seule une analyse poussée permet de dire si le pied malade est infesté par un phytoplasme de la FD à transmission épidémique par Scaphoideus titanus.En tout état de cause, la présence de l’insecte vecteur ne va pas manquer de relancer le débat sur la nécessité d’obtenir une traçabilité en pépinière totalement étanche, avec des bois indemnes de phytoplasmes. Car si un pied est atteint, la présence de l’insecte vecteur fera que la lutte insecticide risque d’être rendue obligatoire par arrêté préfectoral. Par ailleurs, les campagnes de prospection rapprochée menées dans le vignoble seront également à l’ordre du jour. Celles pratiquées en Bourgogne ont montré à ce jour leur efficacité pour raisonner la lutte à la zone touchée, et pour endiguer la maladie.

Jeunes Agriculteurs. Canton de Haguenau

Myrtilles & Cie

Publié le 19/07/2016

Dimanche 24 juillet, le ferme Brandt-Arbogast ouvre ses portes à Harthouse. Ce sera l’occasion de déguster un repas 100 % local, préparé par les exploitants agricoles avec les produits de leur ferme et de collègues alentour. Et de faire le plein de vitamines - sans sucre ajouté - avec les myrtilles de la ferme.

Agnès Brandt a repris l’exploitation agricole familiale en 1997 et l’a profondément modifiée. Une pension pour chevaux remplace l’activité laitière. L’ancienne étable accueille désormais des boxes à chevaux : « Cela nous a permis de continuer à utiliser le corps de ferme, à optimiser les lieux pour les rentabiliser. » Et, très vite, la diversification s’amorce. D’abord avec des asperges. Puis avec des petits fruits, et notamment des myrtilles, sur 50 ares. Agnès Brandt, alors seule chef d’exploitation, commercialise toute sa production en direct, à la ferme ou sur les marchés. Peu à peu, cet atelier prend de l’ampleur : « Nous produisons désormais 3 ha de myrtilles de culture, dont 60 % est commercialisé via la coopérative Les Jardins du Ried et le reste en direct. Et nous avons étendu notre gamme aux groseilles, mûres, framboises… » Il y a sept ans, Agnès Brandt a investi dans des locaux adaptés à la transformation. Outre le magasin de vente, il y a donc aussi un local de transformation, un autre de conditionnement, salaison et fumaison, et trois chambres froides : une pour la viande, une pour les achats et une pour les fruits et légumes. La viande n’est pas produite sur place. « C’est Thierry Schweitzer qui nous fournit la matière première et nous qui la salons et la fumons à la ferme », précise Agnès Brandt. Pour le reste, afin de proposer une gamme de produits variés, elle procède à des échanges avec des collègues, par exemple des fraises ou des cerises contre des myrtilles. Grâce à ces investissements, la ferme est en mesure de proposer des soupes, des quiches, des tourtes... Mais, avec les marchés de Neudorf, de Saverne et de Haguenau, cela représente une charge de travail supplémentaire… Tant et si bien qu’après 17 années passées seule à la tête de l’exploitation, Agnès Brandt a été rejointe il y a trois ans par son époux, Cédric. La ferme emploie aussi deux salariés à temps complet, et des saisonniers ponctuellement, en période de récolte. Myrtilles de culture raisonnée Celle des myrtilles bat actuellement son plein, elle est même bien entamée, puisque la moitié du potentiel de production est atteint. « C’est pour que les visiteurs puissent encore profiter de la libre cueillette que nous avons organisé notre porte ouverte à cette date », précise Guillaume Fuchs, président des JA du canton. La parcelle de près de 3 ha d’un seul tenant est conduite avec des pratiques agricoles respectueuses de l’environnement : fauche tardive, perchoirs et nichoirs pour les oiseaux prédateurs des rongeurs, cerf-volant pour effaroucher les étourneaux… Les pieds, dont les plus anciens affichent une vingtaine d’années, sont soigneusement taillés chaque année et irrigués au goutte-à-goutte quand c’est nécessaire. En sortie d’hiver, ils sont traités avec une huile qui détruit la plupart des larves de ravageurs, puis protégés contre le botrytis, la rouille, « mais après la floraison, il n’y a plus aucun traitement », assure Agnès Brandt. En 2014, un nouveau fléau s’est abattu sur les petits fruits : la drosophile suzukii : « Notre production a été amputée de 3 t. Depuis, nous récoltons les fruits fermes, nous ne prenons plus le risque de les laisser mûrir sur pied ». Aussi, pour apprécier tous les arômes des myrtilles, Agnès Brandt conseille de laisser mûrir les fruits encore deux jours après leur cueillette, ils n’en seront que meilleurs ! Idéal pour les diabétiques La productrice ne tarit pas d’éloge sur ce fruit qui fait désormais la réputation de la ferme, mais qu’elle a dû vendre et défendre lorsqu’elle a amorcé sa production il y a 20 ans : « C’est un fruit qui arrive après les cerises, les fraises et les framboises. » Très pauvre en sucre, il est particulièrement adapté au régime alimentaire des personnes atteintes de diabète. Il est aussi réputé pour améliorer la vision de nuit. L’agricultrice signale : « Nous commercialisons aussi un pur jus de myrtille qui rencontre un succès croissant, avec près de 1 000 bouteilles vendues par an. »

Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace - Stéphanie Dumont

Une économiste très opérationnelle

Publié le 15/07/2016

Arrivée en novembre 2015, en remplacement de Béatrice Fischer, Stéphanie Dumont est responsable du service intelligence économique de l’interprofession viticole alsacienne, le pôle qui s’occupe de la collecte du traitement et de la diffusion de l’information économique. « Il y a énormément de données statistiques, il est nécessaire de les digérer et les traduire pour les rendre utiles au vignoble. »

Après un DESS en analyse économique, Stéphanie Dumont a bifurqué vers les analyses marketing, analyses d’études qualitatives et de sondages d’opinion. Pour un cabinet d’études au service des constructeurs automobiles, elle s’est occupée notamment d’un observatoire sur les tendances des intérieurs de véhicules, puis s’est orientée dans le secteur de la chimie en Suisse pour restructurer un portefeuille de marques d’une entreprise américaine. Elle était enfin chargée de tests de produits et de décryptage de tendances de marchés pour des designers : « J’y testais des prototypes afin de vérifier qu’émotionnellement et fonctionnellement ils reflétaient bien la demande et séduisaient le client ». Des postes très opérationnels donc. « Au-delà de l’animation de l’observatoire économique du Conseil interprofessionnel des vins d’Alsace, ma mission aujourd’hui est de me rapprocher des réalités nationales et internationales, pour produire des données pertinentes, pédagogiques qui puissent aider les acteurs du vignoble à prendre les bonnes décisions », explique Stéphanie Dumont. Pour cette analyste très opérationnelle, intégrer le monde viticole « est un retour aux sources », puisque ses grands-parents étaient viticulteurs dans le Jura près d’Arbois. Certains vignerons ont eu l’occasion d’accueillir chez eux Stéphanie Dumont qui réalise actuellement une enquête de besoins auprès des viticulteurs de différents profils. « Ils me réservent un très bon accueil. J’ai besoin de discuter, de comprendre leurs besoins, qu’ils soient spontanés ou plus ou moins latents. » De beaux chantiers en perspective Les deux pôles intelligence économique et marketing du Civa sont désormais amenés à entretenir des liens étroits, notamment dans le cadre du séminaire sur l’avenir des vins d’Alsace. Un des principaux objectifs assignés à l’économiste du Civa, est d’alimenter les réflexions sur les moyens de revaloriser les vins d’Alsace, « avec un accompagnement proche du terrain ». « Au cours de ce séminaire, on a dressé un portrait des forces et faiblesses des vins d’Alsace, des menaces et aussi des opportunités qui s’offrent à nous. Ce qui nous a permis de hiérarchiser un certain nombre de projets permettant de travailler sur la valorisation des vins d’Alsace. » Le premier axe touche à l’identité des vins d’Alsace : « Des études montrent qu’on a une bonne notoriété en vins blancs, mais l’image des vins d’Alsace mérite d’être précisée. L’idée est d’avoir une stratégie de marque plus forte. Il nous faut avoir une vision globale collective et cohérente qui véhicule de manière claire et précise ce qui nous identifie », précise Stéphanie Dumont. Pas simple. « Cela dit, en Alsace, nous ne sommes pas sur des produits à style standardisé, et c’est une super force, lance Stéphanie Dumont. Car on est très vite agréablement surpris. L’important, c’est d’inciter à spontanément consommer nos vins. Et surtout, les vins d’Alsace ne doivent pas décevoir. Notre force réside aussi dans notre large gamme qui permet de couvrir différentes demandes dans différents contextes. » Il va ensuite s’agir de travailler sur les « valeurs extrinsèques au produit : l’étiquette et la bouteille. Est-ce qu’elles reflètent une identité particulière ? Qu’est-ce qu’elles renvoient comme émotion ? Est-ce que ça séduit ? ». Se pose également la question des prix en sortie de chais et des prix de revient : « On réfléchit à comment aider les vignerons à mieux les maîtriser, souligne Stéphanie Dumont. L’idée serait de faire prendre conscience collectivement de toutes les démarches à mener pour la valorisation des vins et ensuite accompagner les vignerons. » Enfin autre chantier, la connaissance du marché aval : « Il nous faut mieux connaître le consommateur de vin d’Alsace, connaître sa perception des vins d’Alsace, ce qui le motive à acheter, ce qui influence son comportement afin de pouvoir agir sur les leviers de conversion aux vins d’Alsace. »

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