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Publié le 13/10/2020

Depuis le 1er octobre, les quatre marques alimentaires du Grand Est ont un site internet « Savourez Grand Est ». Objectif : les rendre plus visibles aux yeux des distributeurs nationaux comme internationaux.

En ces temps un peu spéciaux, pas de ruban à couper ni de champagne à partager pour bon nombre d’inaugurations. À la place, il faut fêter virtuellement. Cette nouvelle pratique a aussi du bon. « C’est la première fois que nous réunissons autant de distributeurs concurrents. Je me demandais ce que ça donnerait. Les échanges ont été riches », se réjouit Jean-Thomas Robichon, directeur de développement à l’Aria (Association régionale des industries alimentaires) Grand Est, au moment de saluer ses auditeurs. Le 1er octobre, une soixantaine d’entrepreneurs, distributeurs, restaurateurs et grossistes ont répondu à son appel pour le lancement du site : « Savourez Grand Est ». Ce projet a été initié par les différentes marques de la région : « Savourez la Champagne-Ardenne ! », « La Lorraine Notre signature », « Savourez l’Alsace » et « Savourez l’Alsace produit du terroir ». Ensemble, elles regroupent des entreprises dont les produits sont fabriqués et/ou transformés sur le territoire. « Savourez Grand Est » n’est pas une nouvelle marque. Il prend la forme d’un catalogue numérique recensant à ce jour 200 entreprises et 3 000 produits. À partir de la page d’accueil, il est possible de les repérer sur une carte ou de les retrouver selon leur catégorie, leur appartenance territoriale, ou encore leur labellisation. Des ponts entre distributeurs et producteurs Ce guidage facile d’accès permet aussi d’en apprendre sur les entreprises répertoriées : chiffre d’affaires, effectif, capacité de production, et surtout, leurs coordonnées. Car le but de ce site est avant tout de « créer des ponts entre la grande distribution et les entreprises de la région », comme le précise Laurine Bernard, chargée de mission pour « La Lorraine, Notre signature ». Une démarche d’autant plus importante que, contrairement à la restauration collective régie par la loi Egalim, « la grande distribution et les restaurants ne sont pas tenus de compter un certain pourcentage de produits locaux parmi ce qu’ils vendent », ajoute-t-elle. Depuis 2018, les différentes marques ont donc uni leurs forces pour aboutir à ce site et leurs efforts sont aujourd’hui salués. « On l’observe de plus en plus, la majorité des consommateurs veulent acheter local, donc c’est important que les grandes surfaces puissent nous identifier, et surtout jouer le jeu de nous mettre en avant dans leurs magasins, car les produits labellisés sécurisent les consommateurs », lance Valérie Siegler, directrice générale de Carola-Wattwiller. Entre intention et réalité des comportements Même enthousiasme chez les distributeurs. « Des plateformes de ce type-là, il en existe, mais avec des informations aussi poussées, c’est la première », reconnaît Mickaël Geslin-Gavand, chef de produit chez Système U. Sans compter que le site annonce aussi les événements et opérations agroalimentaires du Grand Est, « un vrai plus », d’après Yves Paltot. « J’imagine que toutes les informations du site faciliteront le travail d’enseignes qui voudront s’installer », estime le responsable commerce alimentaire du magasin Auchan de Strasbourg-Hautepierre. Lui travaille avec 90 producteurs et artisans alsaciens, soit 15 % de ses fournisseurs. « À mon sens, on peut faire plus, c’est toujours mieux que d’importer des citrons d’Israël. Mais entre l’intention des consommateurs d’acheter local et leur capacité à mettre la main à leur portefeuille, il y a un fossé, et il faut en être conscient », constate-t-il. Vers une interactivité régionale ? Malgré tout, il est déterminé à valoriser le local, tant que les producteurs continueront à miser sur la qualité, source de fidélisation avec les consommateurs. « À l’issue de la réunion pour le lancement du site, j’ai tout de suite commandé un échantillon de produits à la biscuiterie Marinette, qui fabrique des biscuits personnalisés, en Lorraine. « Savourez Grand Est » nous permettra aussi de proposer des produits d’autres départements, car tous nos clients ne sont pas originaires d’Alsace », ajoute Yves Paltot. Et la réciprocité vaut aussi pour certains producteurs alsaciens qui espèrent profiter du site pour exporter leurs biens « au-delà des frontières ». « Le site va nous donner de la visibilité, c’est génial », trouve Jérémy Flippes, le dirigeant de Moi, Moche et Bon, une marque de jus de fruits estampillés « anti-gaspi », membre de « Savourez l’Alsace ». L’entreprise strasbourgeoise, créée en mai 2017, commercialise ses produits dans une centaine d’établissements variés : supermarchés, hôtels et restaurants. Le lancement du site tombe à pic car l’entreprise veut développer sa stratégie commerciale. « L’année dernière, nous avons vendu 150 000 bouteilles mais il faudrait écouler quatre fois plus pour que l’entreprise fonctionne bien », détaille le dirigeant. D’autres accueillent le nouveau site avec une légère appréhension. « Et s’il nous mettait en concurrence plutôt ? », se demande Jean-Pierre Saulet, l’animateur de l’association des éleveurs Agneaux Terroir d’Alsace, adhérente de « Savourez l’Alsace Produits du terroir ». « Les entreprises qui rayonnent dans tout le Grand Est vont sûrement être favorables à ce genre d’actions. Nous, nous misons tout sur l’Alsace, pour la production et la vente. Cela a un coût mais cela répond à un gage de qualité, et c’est grâce à ça que nous avons pu bâtir des relations sincères et durables avec nos clients, chaque éleveur étant en lien permanent avec son boucher, rapporte le représentant d’un groupe qui compte 21 éleveurs et travaille avec 25 grandes surfaces du Bas-Rhin et du Haut-Rhin. Devons-nous craindre l’arrivée d’agneaux « Grand Est » sur notre marché, qui ne rempliront pas les mêmes critères mais seront moins chers ? » Yves Paltot, du groupe Auchan Strasbourg, se veut rassurant. « En termes de déontologie, personne ne changera de partenaire en cours de match, sauf si le producteur nous dit qu’il ne peut plus suivre. » Les initiateurs du site, eux, confirment leur intention positive, et veulent en faire une vraie vitrine des produits régionaux, ailleurs en France, voire à l’étranger. « Déjà le site est visible de partout, argumente Jean-Louis Robichon, de l’Aria Grand Est. Nous prévoyons aussi d’imprimer des catalogues avec tous les produits afin de le présenter lors de salons. » En attendant, son équipe s’engage à alimenter régulièrement le catalogue en ligne avec de nouvelles entreprises, afin de dépasser l’engouement du début et conserver la curiosité des acheteurs.

Association des communes forestières d’Alsace

Cette tempête silencieuse qui frappe les forêts

Publié le 12/10/2020

Les changements climatiques affectent profondément la forêt alsacienne. Les maires des communes forestières d’Alsace, réunis récemment en assemblée générale, s’interrogent sur les moyens d’y faire face, avec des ressources limitées.

« La forêt n’est pas en bonne santé quelles que soient les essences en place, les sols, les expositions, les altitudes. » Le constat a été dressé par Pierre Grandadam, président de l’association des communes forestières d’Alsace (ACF), lors de l’assemblée générale annuelle de l’association, qui a eu lieu le 19 septembre à Wangenbourg-Engenthal, dans le Bas-Rhin. « Nos arbres peinent à s’adapter aux changements climatiques. Nous devons récolter trop de bois en urgence pour mal les vendre sur un marché saturé, quels que soient les produits. Nous voulons reconstituer les forêts rasées après sécheresse et tempêtes mais comment financer les travaux quand les ressources forestières sont réduites à néant et que parfois la forêt coûte plus qu’elle ne rapporte ? » Faire face ensemble Le diagnostic de Jean-Pierre Renaud, directeur territorial de l’ONF Grand Est, rejoint celui de Pierre Grandadam. « La situation actuelle est beaucoup plus grave qu’après la tempête Lothar de 1999, qui avait mis à terre de nombreux hectares de forêt, reconnaît-il. Cette crise est une tempête silencieuse qui s’inscrit dans la durée et la gravité. Elle a commencé par la crise des scolytes, mais aujourd’hui l’ensemble des essences de la région est impacté : le frêne avec la chalarose, le chêne avec les chenilles processionnaires, le sapin et le hêtre qui subissent les conséquences de la sécheresse. Il est important de faire face ensemble à cette crise. » Et si les aides de la Région ont bien permis d’envoyer un maximum de bois dans le Sud-Ouest pour désengorger le marché, elles ne concernaient malheureusement que l’épicéa, regrette Jean-Pierre Renaud. Face à cette situation, le directeur territorial de l’ONF Grand Est préconise de récolter au plus vite les bois encore verts pour pouvoir les valoriser et de réfléchir sur la gestion des forêts en prévision de l’évolution du climat. Aux maires de Weitbruch et de Marckolsheim qui se demandent quelles essences planter, Jean-Pierre Renaud répond qu’il est important de construire les forêts de demain sur la diversité des essences et des peuplements afin d’éviter des forêts trop homogènes, plus sensibles aux ravageurs. Cette diversité, qui s’obtient par régénération naturelle, favorise la résistance et la résilience des peuplements. Récolter les bois d’abord « Nous ne connaissons pas l’arbre magique qui sera bien à sa place pour les cent ans à venir », reconnaît pour sa part Pierre Grandadam, rappelant que « la forêt est une école d’humilité ». Alain Lesturgez, directeur général de la Fédération nationale des communes forestières (FNCofor) ne se risque pas non plus à donner des conseils de plantation. Il y aura des échecs, mais il faudra, selon lui, en passer par là pour trouver des solutions. Concernant les dégâts de gibier, la situation est tout aussi préoccupante car ils empêchent la régénération naturelle des peuplements. Les forestiers ont besoin des chasseurs pour préserver le patrimoine forestier, insiste Jean-Pierre Renaud. Les élus sont conscients de la gravité de la situation, comme en témoigne le député Philippe Meyer. La priorité est de récolter les bois, estime Patrick Bastian, conseiller régional, qui assure les communes forestières du soutien de la Région Grand Est. Celle-ci a voté des aides pour reconstituer les peuplements et moderniser les outils de transformation. Elle soutient également les essais de plantation de nouvelles essences plus adaptées au climat de demain. « Tous les acteurs doivent prendre conscience qu’il faut travailler ensemble pour trouver des solutions », souligne Patrick Bastian. Thierry Carbiener et Christine Moritz, conseillers départementaux du Bas-Rhin, vont dans le même sens. Il faut travailler au niveau de la région Grand Est, estime pour sa part Jean-Pierre Michel, vice-président de la FNCofor, qui fait part de la création en cours d’un comité des communes forestières du Grand Est. Véronique Klein signale quant à elle que la Chambre d’agriculture Alsace, dont elle est vice-présidente, s’est dotée d’une commission Forêt depuis le début de cette mandature. Elle travaille en bonne intelligence avec les communes forestières sur la restructuration du foncier forestier et se tient aux côtés de la filière bois-forêt pour envisager l’avenir.   Revoir la vidéo sur la visite-conseil de la Chambre d'agriculture Alsace pour redécouvrir sa forêt :     Revoir aussi la vidéo sur la séchresse subie par la forêt alsacienne, depuis cinq ans :    

60e Journées d’octobre et 20e Folie’Flore de Mulhouse

Pas de masque pour la convivialité et l’émerveillement

Publié le 11/10/2020

Les 60e Journées d’octobre et les 20e Folie’Flore de Mulhouse font partie des rares manifestations recevant du public à avoir été maintenues cette année en Alsace. Une « bouffée d’air » pour les exposants, une « bulle de convivialité » pour les visiteurs et une « ode à la nature » et au « vivre ensemble » pour les élus et les représentants du monde agricole.

Un léger brouhaha émane du Parc des expositions de Mulhouse. Après des dizaines de manifestations annulées dans le Haut-Rhin et en Alsace, les 60e Journées d’octobre et les 20e Folie’Flore ont finalement été maintenues moyennant le respect drastique des mesures et gestes barrière contre le Covid-19. Seule la traditionnelle balade inaugurale en présence des élus et des organisateurs n’était pas de la partie cette année. Ce qui n’a pas empêché les uns et les autres de pouvoir s’exprimer lors du coup d’envoi officiel de ces dix jours de fête, le 30 septembre dernier. Pour la maire de Mulhouse, Michèle Lutz, les Journées d’octobre et Folie’Flore sont une « ode à la nature » qui rappelle aux uns et aux autres « l’impérieuse nécessité de protéger notre planète » et, à une échelle plus locale, le cadre de vie des Mulhousiens. Dans ce contexte de crise sanitaire et économique, elle croit plus que jamais à un « plan de relance ambitieux » basé sur le développement durable, que ce soit en végétalisant davantage l’espace public, en favorisant la rénovation thermique des bâtiments, en développant les modes de transport « doux », tout comme l’agriculture urbaine, les circuits courts, le respect du cycle alimentaire des saisons afin de contribuer à une consommation « raisonnée et durable ». La présidente des Journées d’octobre et de Folie’Flore, Betty Muller, salue, elle, l’investissement bénévole des paysagistes haut-rhinois qui ont su créer des jardins plus « improbables » qu’à l’accoutumée. « Malgré le contexte, ils ont su faire preuve d’une immense créativité qui prend la forme de bulles de champagne, d’immenses gâteaux et cadeaux. Merci à eux et aux communes partenaires pour ce gros travail. » Si celui-ci permet aux visiteurs de s’évader un peu du contexte anxiogène dans lequel nous vivons en ce moment, le maintien des Journées d’octobre et de Folie’Flore est aussi une bouffée d’air pour tous les commerçants et artisans locaux. « Il faut qu’ils puissent continuer à travailler. C’est indispensable pour notre tissu local, tout comme l’est la convivialité inhérente à ce genre de manifestations », ajoute Betty Muller.   Quelques images automnales de Folie'Flore ?? . Le cocktail ? des 60 ans des Journées d’Octobre est en dégustation libre... Publiée par Parc Expo Mulhouse sur Mercredi 7 octobre 2020   Maintenir le « lien » entre villes et campagne Le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), Denis Nass, voit dans ces Journées d’octobre et Folie’Flore un « lieu d’échange et de rencontres » qui doit perdurer. Un rapprochement entre ville et campagne qui est, à ses yeux, « indispensable » pour résoudre bon nombre de problématiques actuelles : la protection de l’environnement, l’alimentation et le changement climatique. Et que ce soit dans les champs ou dans les rues pavées des communes, le « plus de vert » est confronté au même besoin, celui de l’accès à l’eau. « Sans eau, pas de végétal. Sans eau, pas d’alimentation, c’est aussi simple que cela. Il est donc urgent de réfléchir à des réserves d’eau tant pour les agriculteurs que pour l’ensemble de la population alsacienne. C’est un sujet collectif. » Dans son allocution, Denis Nass est également revenu sur le confinement du printemps dernier et les enseignements « positifs » à en retirer. « Oui, l’épidémie de Covid-19 a aussi eu des effets bénéfiques. Pour les apiculteurs, notamment, qui ont connu une année exceptionnelle. Et pendant qu’ils récoltaient leur miel, les agriculteurs ne se sont jamais arrêtés de travailler alors qu’ils sont fréquemment montrés du doigt au sujet de la disparition des abeilles. Cette année, on a bien vu que ce n’était pas le cas et que le risque qu’on pointe du doigt n’est pas le bon. » Le confinement a aussi déclenché un certain engouement des citoyens pour les producteurs locaux. Mais quelques mois plus tard, le constat est un peu amer pour Denis Nass : « Aujourd’hui, on est pratiquement revenu à la situation de départ. Pourtant, ce lien entre consommateurs et producteurs, entre ville et campagne, est plein de bon sens. Il y a tellement de choses à faire ensemble dans l’alimentation, la production d’énergie et la gestion des déchets. Mobilisons-nous collectivement pour que tous ces projets voient le jour. » Un besoin de « collectif » entendu et partagé par le préfet du Haut-Rhin, Louis Laugier, notamment sur la question de la ressource en eau. « Tout le monde est concerné par cette question, pas seulement les industriels et les agriculteurs. D’où la nécessité de développer une vision globale et partagée sur ce sujet. C’est pour cette raison qu’un comité de gestion de la ressource en eau va être créé prochainement dans le département pour réfléchir collectivement à cette problématique », annonce-t-il.

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