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SARL Roeckel à Avenheim

Un poulailler en avance sur son temps

Publié le 10/10/2020

Spécialisé dans la production d’œufs, Hervé Roeckel a inauguré son nouveau poulailler le 18 septembre. Par sa conception, le bâtiment, qui accueille plus de 39 000 poules pondeuses, préfigure les ateliers avicoles de demain.

Le 25 septembre, Hervé Roeckel, gérant de la SARL Roeckel, a accueilli 39 900 poules pondeuses dans un nouveau bâtiment inauguré une semaine plus tôt. Un poulailler entièrement neuf et conçu pour un élevage des poules en liberté. Jusqu’ici, la famille Roeckel élevait des poules en cage. Cet investissement lui permet de prendre pied sur un nouveau marché, porteur, celui des œufs en plein air. La construction de ce nouveau poulailler a nécessité une révision du plan local d’urbanisme et l’acquisition de foncier supplémentaire auprès d’autres exploitants agricoles et de la fondation Saint-Thomas. Hervé Roeckel s’est entouré de nombreux professionnels pour mener à bien son projet : le cabinet Performa et la Chambre d’agriculture Alsace sont intervenus pour le montage du dossier ICPE (installations classées) et pour celui du Plan bâtiments, la Région Grand Est a accordé des subventions, le Crédit Agricole a financé le projet, l’architecte Joël Felten a instruit le permis de construire tandis que les entreprises Herrmann TP (terrassement), Léon (maçonnerie) et Serupa, partenaire historique de la famille Roeckel depuis 1992, réalisaient les travaux. En avance sur les objectifs Cette inauguration illustre le dynamisme d’une filière en pleine mutation, a souligné Hervé Roeckel, qui est aussi président de la Sica (société d’intérêts collectifs agricoles) Les producteurs alsaciens et lorrains - il a succédé à Alfred Zacher en décembre dernier. Une filière qui, depuis la mise en service d’un nouveau centre de conditionnement d’œufs situé à Bernolsheim*, ouvre un bâtiment d’œufs plein air et un bâtiment d’œufs bio par an. La transformation des bâtiments de poules en cage en élevage au sol y progresse au même rythme. La filière alsacienne est donc en avance de deux ans sur les objectifs nationaux du CNPO (Comité national pour la promotion de l’œuf), qui est d’atteindre 50 % de la production en mode alternatif (élevage plein air, bio ou en volière) en 2022. Le but est de répondre à la demande et de prendre en compte les attentes des consommateurs, qui réclament davantage de bien-être animal. Les intrusions dans les élevages industriels, qu’Hervé Roeckel juge « condamnables », sont le signe de ces nouvelles attentes, auxquelles les producteurs doivent s’adapter. Le standard de demain Le nouveau poulailler est « un bâtiment toutes options », dont certains équipements ne sont pas encore exigés par la réglementation française, comme le jardin d’hiver, sorte de sas couvert entre le poulailler et l’extérieur, qui permet aux poules de profiter de la lumière du jour sans s’exposer à la pluie ou au vent. Des fenêtres latérales, à raison de 3 % de la surface au sol, sont également aménagées dans le bardage séparant la partie élevage du jardin d’hiver, pour amener une clarté naturelle à l’intérieur du bâtiment. « Je suis persuadé que ce sera le standard de demain, confie le gérant de la SARL Roeckel. Dans quatre ou cinq ans, tous les bâtiments seront comme cela. » L’éleveur a également fait le choix de segmenter l’intérieur du poulailler en compartiments, pour répartir les volatiles en lots de 6 000 poules et limiter ainsi les risques d’étouffement. Le bâtiment est équipé de quatre lignes de volières sur deux étages. Les poules peuvent circuler d’une volière à l’autre et à partir de la 28e semaine, elles ont accès à un parc extérieur de 10 h du matin à la tombée de la nuit : le parc aménagé autour du bâtiment fait 16 ha, soit 4 m2/poule, conformément à la réglementation sur les œufs plein air. La ventilation est 100 % dynamique, ce qui représente un coût par rapport à une ventilation naturelle, mais un coût maîtrisé puisque la ferme Roeckel dispose d’une centrale photovoltaïque en autoconsommation. Cette centrale alimente également le séchoir à fientes, de marque Dorset. « Cela fait plus de dix ans que nous sommes passés des fientes traditionnelles aux fientes sèches dans tous nos poulaillers », explique Hervé Roeckel. Celles-ci renferment 85 % de matière sèche ce qui « atténue toutes les nuisances sauf les poussières ». Les fientes étant sèches, l’élevage est dispensé d’un plan d’épandage et les fientes sont commercialisées sous forme d’engrais organique répondant à la norme NFU 42001. Des automatismes pour simplifier le travail Une attention particulière a été portée à la sécurité, la famille Roeckel ayant perdu un poulailler en 2008 dans un incendie dû à un problème électrique. Le nouveau bâtiment fait donc une large place aux matériaux coupe-feu et toutes les armoires électriques sont centralisées dans deux locaux coupe-feu en maçonnerie. De par sa conception, il est particulièrement fonctionnel et facile à nettoyer. « Tout ce qui est électrique, toutes les amenées d’eau sont enterrées », indique Pierre Cossard, chargé d’affaires élevage chez Serupa, qui y voit aussi un gage de longévité. La ventilation et l’éclairage sont programmables et en cas de problème, l’éleveur est averti sur son téléphone portable. Il peut même changer les réglages depuis son smartphone grâce à une application dédiée. De nombreux automatismes simplifient le travail : le ramassage des fientes est automatique, de même que l’abreuvement et l’alimentation. Celle-ci est distribuée par une chaîne plate. Les œufs sont convoyés par des tapis depuis les nids jusqu’à la salle de conditionnement située à une extrémité du poulailler, où une machine les conditionne en alvéoles. Celles-ci sont empilées par plateaux de six, qu’un robot place sur des palettes sans risque de casse. La présence d’une seule personne est nécessaire sur la chaîne de conditionnement, l’essentiel du processus étant automatique. Le système de ramassage des œufs est conçu de sorte à minimiser les pertes. « En pic de ponte, on arrive à 96, à 97 % d’œufs vendus pour 100 poules, c’est extraordinaire », relève Pierre Cossard.   *Revoir la vidéo sur le nouveau centre de conditionnement d’œufs situé à Bernolsheim :  

Publié le 09/10/2020

Annoncée lors de l’assemblée de section de l’usine d’Erstein, la décision du groupe Cristal Union de produire des betteraves bios en Alsace a trouvé un large écho dans la campagne alsacienne, nombre d’agriculteurs bio souhaitant se lancer dans cette culture pour diversifier leur assolement. Du sucre bio alsacien sur nos tables, c’est pour bientôt !

Alors que la campagne sucrière vient de démarrer à l’usine d’Erstein, de nombreux producteurs se demandent pourquoi Cristal Union s’est lancé dans la production de sucre de betterave bio. Stanislas Bouchard, directeur commercial du groupe Cristal Union, explique : « Notre objectif est de répondre à la demande de nos clients industriels et grand public qui sont intéressés par un sucre de betterave bio, naturel et de qualité, produit localement. Nous avons aussi souhaité répondre à la demande des agriculteurs bio qui nous sollicitent pour développer cette nouvelle culture et enrichir leur assolement. » Cristal Union est le premier groupe sucrier à avoir lancé une production de sucre de betterave bio en France, indique-t-il. Après une phase d’expérimentation à grande échelle dès 2018, avec 25 producteurs sur 150 ha de betteraves en mode bio, le groupe a produit en 2019 plus de 3 000 t de sucre bio provenant de 450 ha de betteraves à Corbeilles-en-Gâtinais, la première usine du groupe certifiée pour la production de sucre bio. « En 2020, nous avons doublé les surfaces de betteraves bio avec près de 1 000 ha. » Les perspectives de marché pour le sucre de betterave bio sont prometteuses. La demande est croissante, les clients cherchant à limiter leurs achats de sucre bio importé de très loin pour privilégier le sucre blanc de betterave produit en France et dans certains autres États européens. « Outre le sucre bio, nous constatons également une forte demande en alcool bio, notamment pour des applications cosmétiques, mais aussi en pulpes surpressées pour l’élevage. Notre objectif est donc d’augmenter progressivement la production de betteraves bio. » Une surface minimum de 250 ha pour démarrer L’Alsace est concernée au premier chef par cette décision stratégique. Dès la prochaine campagne, les agriculteurs alsaciens pourront à leur tour se lancer dans cette production porteuse d’avenir, indique Laurent Rudloff, responsable agrobetteravier de l’usine d’Erstein. Le démarrage d’une production de sucre bio à l’usine d’Erstein nécessite une surface d’au moins 250 hectares certifiés AB. Cette production permettra en outre un élargissement de la gamme Erstein, avec du sucre bio. « Nous nous adressons à tous les agriculteurs ayant déjà une partie de leur exploitation certifiée bio et qui souhaitent diversifier leur assolement avec une nouvelle culture de printemps, indique Laurent Rudloff. En mode bio, la valorisation du sucre nous permet d’allonger le rayon d’approvisionnement jusqu’à 150 km, en France comme en Allemagne. » Tous les betteraviers se posent une question : la rémunération des betteraves bio sera-t-elle différenciée pour compenser le risque encouru ? Oui, répond Bruno Labilloy, directeur agricole de Cristal Union. Le prix d’achat des betteraves bio est constitué d’un prix à la tonne à 16° livrée, assorti d’une prime fixe à l’hectare pour un engagement pluriannuel. Pour 2020, ce prix d’achat est de 80 €/t, auquel s’ajoutent 200 €/ha pour la prime pluriannuelle. Les candidats à la production de betteraves bio devront bien sûr se familiariser avec de nouvelles techniques culturales. Mais ils pourront compter sur l’expertise des experts agronomiques pour les épauler. « Le service de R & D agricole du groupe dispose déjà de plus de trois années d’expérience en conduite bio pour délivrer les meilleurs conseils et accompagner les planteurs tout au long de l’itinéraire cultural », indique Michel Butscha, qui suit de près les expériences menées en Champagne et dans le sud de Paris. Maîtriser l’enherbement, un point clé Comme pour la plupart des cultures en mode bio, la maîtrise de l’enherbement est le point le plus exigeant de la culture de betteraves bio. Cependant, les techniques de faux semis et de désherbage mécanique permettent de limiter le désherbage manuel. Les experts agronomiques du groupe ont expérimenté plusieurs matériels de désherbage mécanique à différents stades de développement des betteraves (herse étrille, bineuse à moulinets) qui se sont avérés efficaces. Le groupe a également investi pour expérimenter un prototype de désherbage mécanique sur le rang. « Pour la gestion des bioagresseurs, nous disposons de variétés tolérantes parmi un choix de variétés conventionnelles non traitées », indique Michel Butscha. Les enjeux de cette nouvelle filière sont cruciaux. « La production de sucre de betteraves bio est complémentaire à la production de sucre en mode conventionnel, explique Bruno Labilloy. Chaque hectare compte pour alimenter la sucrerie et faire en sorte qu’elle reste compétitive dans la concurrence internationale exacerbée depuis la fin des quotas. À ce titre, l’essor d’une production de sucre bio permettra de conforter la production de la sucrerie d’Erstein, d’allonger sa durée de campagne, et donc d’accroître sa compétitivité. » La pérennité de l’usine d’Erstein est à ce prix. Laurent Rudloff annonce que Cristal Union organisera prochainement des réunions sur le terrain, en lien avec ses partenaires pour présenter cette nouvelle production, son importance stratégique et ses aspects techniques. Ce sera l’occasion, pour tous les agriculteurs bio intéressés, d’explorer cette piste de développement.     « La France est le premier producteur de #sucre en Europe. C’est une filière qui fait vivre 46 000 personnes. » Sur @RadioClassique, décryptage par @DavidBarroux de l’importance de la dérogation permettant l’utilisation des néonicotinoïdes pour la #betterave. https://t.co/gtfmuQGs7e — Cristal Union (@Cristal_Union) October 5, 2020  

ZNT – Le projet de la FDSEA du Bas-Rhin

Des fleurs pour rapprocher les cœurs

Publié le 07/10/2020

Depuis le 1er janvier 2020, les agriculteurs sont tenus de respecter des zones de non-traitement à proximité des habitations. Dans ce dossier épineux qui avance au rythme un peu lent des consultations publiques, la FDSEA du Bas-Rhin a décidé de prendre le taureau par les cornes. Le 3 octobre, le syndicat a proposé aux maires du canton de Soultz-sous-Forêts une solution pour aménager ces espaces, dans l’espoir de satisfaire les intérêts de tous : agriculteurs, élus et riverains.

Plusieurs fois par an, l’Amicale des maires du canton de Soultz-sous-Forêts organise des sorties de terrain. Mais, à cause des restrictions sanitaires actuelles, difficile de s’attrouper dans les entreprises. Alors, samedi 3 octobre, le rendez-vous est donné, en plein air, à la ferme de Georges et Mathieu Werly, à Birlenbach. Voilà six ans que le groupe d’élus n’a pas visité d’agriculteurs, les hôtes du jour s’en donnent donc à cœur joie, avec deux objectifs : partager leur savoir-faire et discuter d’une solution concrète pour aménager les fameuses zones de non-traitement. Le fils, Mathieu, casquette vissée sur la tête, introduit d’abord son étable où une cinquantaine de vaches laitières cohabitent et produisent près de 700 000 litres par an, une performance qui tient au robot acquis en 2015 et qui impressionne les 23 élus. Un peu plus haut, c’est Georges, le père, qui présente ses « athlètes de haut niveau » : les futures génisses. Dans ce deuxième bâtiment, certaines apprennent à manger seules de la pulpe de betterave et des fourrages tirés de leurs 110 hectares, à marcher sur du caillebotis, d’autres séjournent pendant leur congé maternité, avant de vêler.     Sur invitation de @FDSEA67 les maires du canton de #Soultz à la découverte du monde #agricole et explications #ZNT @EAVPHR #lAgricultureElleAssure pic.twitter.com/1U3Fq0WfmF — Germain Schmitt (@germain_schmitt) October 3, 2020     Des bandes mellifères de cinq mètres Désormais assis au pied des ballots de paille, les visiteurs reprennent leur fonction, car il faut parler des « zones de non-traitement » imposées par l’État depuis le 1er janvier auprès des habitations, et qui suscitent de nombreux débats. Pour cela, la FDSEA du Bas-Rhin, en collaboration avec les Jeunes Agriculteurs, est venue avec une proposition : sur cinq mètres de large, et non trois comme prévu initialement, les agriculteurs s’engageraient à mettre en place et gérer des bandes mellifères. En retour, les maires verseraient 100 € par bande de 5 m de largeur et 100 m de longueur, pour compenser les pertes de rendement et rémunérer l’entretien des espaces. « Ce n’est pas anodin, en passant de 3 à 5 m, nous voulons surtout tendre la main aux riverains, leur montrer que les agriculteurs sont prêts à faire un effort », développe Yohann Lecoustey, le directeur de la FDSEA 67 devant son auditoire. « Ensuite, nous faisons le choix de couverts mellifères pour trois raisons. D’abord, pour favoriser la biodiversité, comme le souhaite la population, ensuite pour s’inscrire dans la tradition des villages fleuris d’Alsace, enfin pour éviter les dépôts sauvages ou la circulation comme cela peut arriver sur les bandes enherbées », argue-t-il. « Mais, si on attire les abeilles, l’interrompt un maire, les gens pourraient être piqués. Qui en sera responsable ? » Ce à quoi le syndicaliste a une réponse toute trouvée. « La société de consommation nous demande de faire plus pour protéger la nature, donc je rigolerai dans ma moustache si quelqu’un nous reproche la présence d’insectes pollinisateurs. » Il lui faut aussi expliquer la question du coût. « Pour calculer la compensation envers les agriculteurs, nous nous sommes appuyés sur les barèmes de la Chambre d’agriculture, et sur le chiffre d’affaires moyen d’un exploitant auquel on a retiré les charges opérationnelles non réalisées, et ajouté le coût d’implantation », complète le syndicaliste. Quelques moues accueillent son argumentaire. « Mais cette perte doit être compensée par qui ? N’est-ce pas le rôle de l’État ? », demande un élu. « L’État compense rarement », lâche Yohann Lecoustey, cynique et désabusé à la fois. Un investissement justifié C’est pourquoi, avec sa proposition, la FDSEA mise sur la mobilisation locale pour s’attaquer rapidement au problème et surtout y apporter une réponse durable. « Dans votre secteur, nous n’avons pas trouvé de communes concernées par des distances folles, tente de rassurer Yohann Lecoustey. Nous pourrons vous aider à identifier les parcelles cadastrales concernées. » La FDSEA a déjà soumis cette idée de convention entre maires et agriculteurs lors de la consultation publique pour la charte départementale sur les ZNT, en étude actuellement à la préfecture. Même si le texte est rejeté, rien n’empêchera les collectivités et les agriculteurs de signer un contrat de droit privé. Cet automne, Elisabeth Weinling-Hamel, la nouvelle maire de Lobsann, a prévu d’organiser une réunion avec les agriculteurs qui ont des terres en bordure du village, car les relations se tendent avec les 640 habitants du village. Elle leur soumettra cette convention. « C’est la boîte à outils qui va me sauver la vie, s’enthousiasme l’élue. Et la meilleure solution sur le fond, car elle permet de régler les problèmes des risques sur la santé des gens, et de renforcer l’image des agriculteurs. C’est d’ailleurs très appréciable que cette idée vienne d’eux. » La question du coût ne l’inquiète pas trop. Sur sa commune, seule une centaine de mètres entre dans les zones de non-traitement. « C’est un investissement certes pour notre petit budget de fonctionnement, mais une dépense qui se justifie. Je ne veux pas que dans 50 ans, on reproche aux communes de n’avoir rien fait », ajoute-t-elle. Mais, la proposition de la FDSEA est-elle applicable à des communes plus grandes ? Certains maires en doutent. « Moi, j’ai 200 mètres linéaires à couvrir, donc ce ne sera pas trop embêtant, mais pour les agglomérations, ce sera plus compliqué financièrement », évalue Dominique Schneider, maire de Merkwiller-Pechelbronn. En attendant l’aide de l’État Des municipalités du secteur ont d’ailleurs déjà adopté une autre solution, plus accessible. Fraîchement élue au printemps, la nouvelle municipalité de Soultz-sous-Forêts-Hohwiller a conclu avec les agriculteurs de transformer les ZNT, qui couvrent un peu plus d’un kilomètre, en bandes enherbées. « Nous nous sommes inspirés des chiffres prévus pour le dédommagement des surfaces à abandonner contre les coulées de boue, et cela nous revient à quatre fois moins cher que les bandes mellifères », compte le maire, Christophe Schimpf. Mais il ne s’interdit pas d’opter pour un embellissement floral, si l’État apporte la dotation nécessaire. « Normalement, l’État doit verser 0,10 € par m2 pour compenser le manque à gagner, c’est prévu, mais ça traîne. Après, il faudra aussi que les agriculteurs s’y retrouvent », pondère l’élu. Car, les bandes mellifères ne rapporteront rien aux premiers concernés. « Je ne pourrai pas me le permettre », dit franchement Jean Walter, un jeune exploitant de 30 ans. Il possède 40 hectares, dont 20 ares en bordure du village de Lobsann, qui lui rapporte quelque 80 quintaux de blé et 100 quintaux de maïs à l’hectare par an. Il accueille aussi des chevaux en pension. « Je suis déjà obligé d’acheter du fourrage à l’extérieur à cause de la sécheresse, donc je transformerai ces zones en herbage pour ne pas trop perdre, surtout que par endroits, je devrai sûrement sacrifier toute la parcelle, regrette celui qui est déjà passé à l’agriculture raisonnée sur ses parcelles situées entre des maisons. Ce n’est pas tant le fait d’être indemnisé qui m’intéresse, mais de pouvoir continuer à produire. » Ce projet devra donc s’adapter aux besoins de chacun et la FDSEA en est consciente. « Tout cela ne peut être que volontaire et s’il le faut, nous développerons une option herbage », concède Yohann Lecoustey. Avant Birlenbach, la FDSEA a déjà présenté son projet devant les maires de la Communauté de communes du Kochersberg. Une première convention devrait être signée dans les prochains jours à Truchtersheim. « Notre objectif, c’est que tous les maires du département adoptent la même posture. Notre département pourrait être pionnier car, à ce jour, nous sommes les seuls à proposer ça », rêve Yohann Lecoustey. À voir si ce modèle est duplicable ailleurs en France car rares sont les villages où les habitations sont aussi regroupées qu’en Alsace. Mais rien n’est impossible pour gagner en sérénité.

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