Bestheim, cuvée Qui chasse la lune, récolte le soleil
Expérience sensorielle avec des créateurs de parfum
Bestheim, cuvée Qui chasse la lune, récolte le soleil
Publié le 04/10/2020
Pour le lancement de sa cuvée d’exception Qui chasse la lune, récolte le soleil, les acteurs de Bestheim ont demandé à la maison de parfum strasbourgeoise Serena Galini de restituer l’ambiance du terroir du Strangenberg.
Le terroir du Strangenberg à Westhalten, contigu au Zinnkoepflé, produit de magnifiques pinots blancs que la coopérative Bestheim a pour habitude de vinifier séparément afin d’élaborer des vins de base crémant d’exception. Ainsi, il y a une quinzaine d’années, ce crémant dégusté à l’aveugle parmi des champagnes très haut de gamme était sorti en deuxième position. La publication dans une revue nationale spécialisée en sommellerie avait soulevé une réaction de l’interprofession champenoise qui avait habilement et diplomatiquement répondu qu’on ne compare pas deux tableaux de deux peintres différents. Mais, depuis, Bestheim continuait de surfer sur le succès de son Brut Grand Prestige. Depuis 10 ans en cave Sylvain Kamm, l’œnologue de la coopérative à Westhalten, a durant ces années néanmoins conservé sous le coude la sélection parcellaire. Et, en particulier, celle du millésime 2010 que son prédécesseur Jacques Hauller avait pris soin de mettre de côté dans un coin de cave. Sylvain Kamm a patiemment attendu que les bouteilles maturées 5 ans sur lattes bonifient. Et après cinq années, voici donc dévoilée une sélection de 1 141 flacons numérotés. La sélection a été baptisée « Qui chasse la lune, récolte le soleil », en hommage aux pères fondateurs de la cave coopérative surnommés les mondfangers, ce qui signifie en alsacien les « chasseurs de lune » ; car ces vignerons étaient taxés par leurs pairs de vouloir « décrocher la lune ». Simple démarche marketing penseront certains. Et pourtant, c’est à un lancement officiel des plus originaux, instructifs et dans un lieu insolite et suggestif, que les responsables de la coopérative ont convié la presse, pour le lancement de cette cuvée « fleuron de Bestheim ». Rendez-vous était donné dans la boutique de la maison Serena Galini, où Isabelle Prin, exerce comme créatrice de parfum artisanal et naturel, dans le quartier de la Krutenau à Strasbourg. « Un parfumeur c’est un conteur, il met des mots sur des odeurs » Après avoir enseigné la phytothérapie et l’aromathérapie dans des laboratoires médicaux aux États-Unis, Isabelle Prin s’est consacrée à la création de parfums « de façon très confidentielle » et unique puisqu’elle compose des fragrances personnalisées pour des événements ou des personnes, sur la base d’essences naturelles. Elle travaille en famille, avec son fils et sa fille, et collabore avec le créateur de parfum Antoine Lie. Pour cette cuvée spéciale, l’idée était de plonger le dégustateur dans l’univers du Strangenberg par les parfums. Isabelle Prin, accompagnée des vignerons locaux, Jean-François Lallemand, vice-président de Bestheim et de Sylvain Kamm, l’œnologue, a donc arpenté le terroir. « J’ai tout senti et goûté, et j’ai ensuite assemblé les odeurs ». L’idée était de s’imprégner du lieu et de le restituer : « Un parfumeur c’est un conteur, il met des mots sur des odeurs, et à partir de là il compose ses parfums. Je suis parti de 32 notes différentes. » Problème, en neurosciences, le « câblage » neurosensoriel qui part du siège de l’olfaction, va directement à la conscience et convoque l’émotion, puis la mémoire. D’où la difficulté souvent de reconnaître et nommer une odeur précise. « C’est une boîte noire, confirme Isabelle Prin. C’est ma lecture du terroir sur la base de millions de souvenirs. On a croisé 130 flacons pour arriver à imaginer l’histoire que nous voulions retranscrire. » Une bougie parfumée du terroir Antoine Lie, qui est pour sa part un parfumeur créateur depuis 30 ans au service des grandes marques du luxe, avait déjà effectué un travail de ce type. « C’était pour une cuvée La Grande Dame de Veuve Clicquot Ponsardin. Après m’être imprégné des odeurs en caves, dans les crayères, et à partir des vins et des goûts caractéristiques des Veuve Clicquot, j’avais créé une bougie parfumée. Cette expérience m’a intéressé pour son côté artistique et créatif, alors que mon travail habituel pour les grands parfumeurs est relativement formaté. » « Tout ceci est très subjectif », admettent cependant les deux créateurs de parfum. Rappelons que les cellules neurosensorielles se rattachent aux gènes de l’identité qui contrôlent par exemple l’empreinte des doigts. Autrement dit, en matière d’odorat nous sommes tous daltoniens et percevons différemment une même molécule odorante. C’est pourquoi les parfumeurs accrochent différentes représentations aux odeurs qu’ils perçoivent : « Quand je sens les choses, elles évoquent une texture, une couleur, un volume. Par exemple le citron évoque le jaune vif, ce qui est pointu, rectiligne, et de texture rugueuse. Quand on me demande de reproduire des atmosphères joyeuses, dynamiques, je sais que le citron entre dans une composition pour répondre à ces codes », explique Antoine Lie. « Ce travail de restitution tel que nous l’avons fait pour cette cuvée de Bestheim est très confidentiel, souligne Isabelle Prin. Mais il apporte un plus à l’œnologie dans sa recherche de caractérisation des terroirs. « On n’a pas du tout les mêmes repères que les œnologues, constate Antoine Lie. Exemple, le boisé pour moi fait référence à la mousse. »












