Élevage

Ovinpiades des jeunes bergers

Une compétition en mode découverte

Publié le 20/12/2018

Quarante élèves des lycées agricoles d’Alsace ont participé à la finale régionale des 14e ovinpiades des jeunes bergers, mercredi 19 décembre à la ferme Huchot de Preuschdorf. À la clé, deux tickets pour la finale nationale, le premier week-end du Salon de l’agriculture de Paris. Mais la compétition sert avant tout de vitrine à la filière.

Grosse affluence à la ferme Huchot, mercredi 19 décembre. La bergerie plantée au-dessus du village de Preuschdorf, en Alsace du Nord, accueille la finale des ovinpiades des jeunes bergers. Quarante étudiants des lycées agricoles alsaciens bataillent pour décrocher l’un des deux sésames pour la finale nationale, en février à Paris. Toute la journée, les jeunes passent différentes épreuves pratiques et théoriques. Les petits groupes se pressent devant chaque atelier. Ils doivent trier un lot de quinze brebis, immobiliser et évaluer la santé d’un animal et son état corporel, parer des onglons et répondre à un questionnaire sur la génétique et les races… Un parcours du combattant. Surtout pour les moins aguerris. Et ils sont nombreux. « Deux minutes pour parer quatre pattes, c’est chaud quand même », glisse un jeune, quelques instants avant de se jeter dans l’arène. Comme lui, la plupart des participants ne viennent pas de familles de bergers. « Seuls 10 ou 15 % des jeunes ont baigné dans le milieu ovin », confirme Jean-Pierre Saulet-Moës, conseiller à la Chambre d'agriculture et organisateur de la finale. Alors pour préparer les novices, le spécialiste a organisé trois journées d’entraînement en amont. C’est court, mais les étudiants apprennent beaucoup. « Avant je ne savais même pas coucher une brebis », confesse Camille, du lycée d’Obernai. 10 % d'agneaux en plus d'ici 2020 Ces journées permettent aussi d’initier les élèves au métier de moutonnier. « C’est l’esprit des ovinpiades », sanctionne Jean-Pierre Saulet-Moës. La compétition intègre le programme Inn’ovin, porté par l’interprofession de la viande (Interbev). Inn’ovin cherche à assurer la relève d’une filière vieillissante. Un communiqué de l’organisme avance des chiffres inquiétants. « 61 % des éleveurs de brebis allaitantes et 39 % des éleveurs de brebis laitières partiront à la retraite au cours des 15 prochaines années. » En parallèle, Inn’ovin veut augmenter le nombre d’agneaux élevés en France de 10 % d'ici 2020. Pour atteindre cet objectif, pas le choix, il faut recruter de nouveaux bergers. Les ovinpiades éveillent-elles donc vraiment des vocations ? Cinq mille jeunes ont participé à la compétition dans toute la France depuis 2013. Difficile toutefois de savoir combien d’entre eux ont décidé de s’installer en élevage ovin par la suite. Cela n’a pas grande importance aux yeux de Jean-Pierre Saulet-Moës. « Ceux qui ne persévèrent pas auront au moins des bases, explique-t-il. S’ils ont affaire à des moutonniers dans leur vie professionnelle, ils sauront de quoi ils parlent. » « Quand on tombe amoureux des moutons, on n'en sort pas » Même si la majorité des participants ne se lancera pas dans le métier, certains sortent du lot. Comme Dimitri Hundzinger, le favori de la finale. Ce grand blond ne vient pas d’une famille d’éleveurs, mais il aide un berger de Sarrebourg depuis ses 10 ans. « Quand on tombe amoureux des moutons, on n’en sort pas », lance-t-il d’une voix paisible. Il a entamé sa deuxième année d’apprentissage auprès de l’éleveur Sébastien Ory. L'étudiant au CFA d'Obernai évoque avec des étoiles dans les yeux « la transhumance, tous les hivers. 120 km entre Sarrebourg et Toul. » L’apprenti nourrit un rêve : s’installer comme berger. Mais il part de zéro. Alors il est prêt à travailler auprès d’un berger pendant quelques années. Histoire de se faire la main. Le chemin s’annonce semé d’embûches. Mais Dimitri a déjà remporté une victoire mercredi. Il est monté sur la première marche du podium des ovinpiades. Lui et Lucas Lang, son dauphin, iront prouver leurs aptitudes à Paris, en février prochain.

Publié le 03/12/2018

En sept ans, Élitest a perdu plus de 20 % de ses adhérents sur l’ensemble de sa zone de couverture. Mais l’activité d’insémination a augmenté, notamment en Alsace, où la coopérative tenait récemment ses assemblées de section.

Un nombre d’adhérents en baisse, mais une activité qui ne faiblit pas et qui s’enrichit de nouveaux services : tel est le bilan de l’activité de la coopérative Élitest, dressé par Philippe Sibille, son directeur, et Luc Voidey, directeur technique, lors des trois assemblées de section qui se sont déroulées en Alsace les 21 et 22 novembre. Celles-ci précèdent l’assemblée générale, qui aura lieu le 11 décembre dans la Meuse. Plus de 52 000 IAP bovines ont été réalisées dans les deux départements alsaciens durant la campagne 2017-2018, soit une hausse de 2,41 %. Ici, comme dans les autres zones couvertes par la coopérative (Meuse, Moselle, Vosges, Haute-Marne), la coopérative commercialise des doses d’un large éventail de races, en laitier comme en allaitant. Il s’agit d’être en phase avec la demande, y compris sur des races confidentielles dans la région (jersiaise, brune) et avec les démarches de filière dans lesquelles certains éleveurs sont engagés. L’activité porcine, en baisse, est passée sous la barre des 45 000 doses sur l’ensemble de la zone Élitest. En bovins, l’activité d’Élitest est marquée par la montée en puissance de la génomique, du sexage et le développement du croisement industriel. La génomique est l’une des innovations les plus importantes dans le domaine de la génétique de ces 50 dernières années. En renforçant la précision des index, elle permet de trier les femelles et de gérer les accouplements de manière plus efficace, explique Philippe Sibille. Les éleveurs utilisant la génomique peuvent placer des doses sexées sur leurs meilleures femelles et faire du croisement sur les moins intéressantes. « Un tiers de doses sexées, un tiers de doses conventionnelles, un tiers de croisement : on va vers ce modèle », indique le directeur d’Élitest. Le génotypage se développe Désormais disponible en routine dans les élevages, le génotypage des femelles se développe : plus de 4 500 génisses prim’holstein en ont bénéficié dans la zone Élitest en 2017-2018, contre 3 200 durant la campagne précédente, soit une augmentation de 50 %. En montbéliarde, l’augmentation est de 30 % d’une campagne sur l’autre. Alors que cette prestation commence à être proposée en charolais, la vosgienne est la seule race où toute la population femelle est génotypée, précise Philippe Sibille. Cette évolution est liée à la baisse du coût du génotypage, passé en quelques années de 115 à 40 €. La coopérative propose un tarif unique quelle que soit la race, avec une dégressivité en fonction du nombre d’animaux génotypés. Depuis quelques mois, grâce à l’outil Génocellule développé par le Contrôle laitier, le génotypage est aussi utilisé pour maîtriser les cellules, ce qui permet « d’amortir d’autant mieux son coût ». En charolais, la technique peut être utilisée sur les mâles, ce qui permet de gérer la monte naturelle et d’éviter les tares génétiques. Le cap des 30 000 doses sexées L’utilisation des semences sexées se développe, elle aussi, depuis dix ans : elle a augmenté de 12 % lors de la dernière campagne. « On pense passer le cap des 30 000 doses sexées posées l’an prochain », prévoit le directeur d’Élitest, qui se réjouit que même les petites races y aient accès. Le taux de fécondance des doses sexées est en voie d’amélioration, même s’il est moins bon qu’en doses conventionnelles. Le croisement industriel, qui consiste à accoupler les femelles laitières avec des taureaux de race à viande, progresse. Il a doublé depuis la campagne 2012-2013 et représente désormais 5,5 % des IAP laitières. La moitié des inséminations de croisement sont réalisées avec du blanc bleu belge. Élitest propose aussi de la semence de taureaux angus, stabiliser et vosgienne, trois races acceptées dans le cahier des charges Herbopack développé par EMC2 pour Charal. En plus de la vente des semences, la coopérative a élargi son activité aux services liés à la reproduction. Les inséminateurs d’Élitest ont ainsi réalisé plus de 115 000 échographies et 34 000 palpers. Près de la moitié d’entre eux sont formés au suivi de reproduction, une prestation qui concernait 235 élevages et près de 25 000 femelles durant le dernier exercice. Dans le cadre du plan sanitaire d’élevage, la coopérative propose la synchronisation des chaleurs. L’aide aux femelles allaitantes synchronisées sera reconduite en 2018-2019, signale à ce sujet Philippe Sibille. Transplantation : un noyau dur en Alsace Dans le domaine de la transplantation embryonnaire, 199 collectes ont été réalisées en élevage, dont 77 en Alsace, où réside « un noyau dur d’éleveurs » intéressés. Les résultats sont en amélioration avec un peu plus de cinq embryons viables par collecte. La coopérative prélève également des embryons sur des génisses stratégiques rentrées en station pour servir de mères à taureaux. « On va essayer d’atteindre 40 à 45 embryons par génisse contre une trentaine aujourd’hui », indique Philippe Sibille, précisant que pour ces génisses, la moyenne est de 7,6 embryons par collecte. Depuis un an, Élitest dispose des équipements et d’une technicienne capable de réaliser des biopsies et du génotypage d’embryons, ce qui permet de ne poser que les embryons à plus de 180 d’Isu. L’objectif est d’« économiser » 15 à 20 % de femelles receveuses. La coopérative continue à entretenir le noyau femelles sur la zone Élitest : elle a réalisé 1 300 accouplements à cette fin sur des femelles génotypées à plus de 150 d’Isu. 350 femelles sont nées des accouplements de l’année dernière à 166 points d’Isu en moyenne, précise Luc Voidey. De plus, dans le cadre du schéma de sélection prim’holstein, 211 mâles ont été génotypés. Neuf d’entre eux ont été achetés et sont entrés en taurellerie à Brumath et cinq mâles ont été diffusés sur l’exercice suivant. À noter que depuis 2015, 14 taureaux prim’holstein nés sur la zone Élitest ont été diffusés. En montbéliarde, le schéma Umotest fonctionne sur le même modèle. Le règlement zootechnique européen est en train d’évoluer. Philippe Sibille a donné les grandes lignes du nouveau règlement, qui confie aux organismes de sélection des missions nouvelles : en plus de l’orientation de la race, ils doivent se charger de la tenue du livre généalogique, du contrôle de performances sur les nouveaux caractères et de l’évaluation génétique. Jusqu’alors, c’était l’Inra qui était en charge de l’évaluation génétique. Le coût était supporté par l’État. « Depuis le 1er novembre, la profession doit prendre le relais », indique Philippe Sibille. D’où la création de GenEval, un organisme financé par les éleveurs et chargé de calculer les index, « sans rupture par rapport à ce qui se faisait précédemment ». Autre dossier intéressant les éleveurs, le projet régional de partage des données d’élevage Harmony. Il s’agit de constituer une base de données régionale où chaque organisme fait remonter ses données et peut récupérer celles des autres. Ce partage des données n’est possible qu’avec le consentement des éleveurs, précise le directeur d’Élitest. Il vise à mieux les conseiller en croisant les informations venues d’horizons divers.

Chambre d'agriculture d’Alsace

La ferme-auberge du futur

Publié le 22/11/2018

Dans le cadre d’une étude sur la ferme-auberge du futur, la Chambre d'agriculture d’Alsace a organisé trois réunions de créativité, en partenariat avec l’université de Savoie Mont-Blanc, animées par les étudiants de licence professionnelle Valorisation des produits et espaces montagnards.

La Chambre d'agriculture d’Alsace (CAA) réalise une étude sur la ferme-auberge du futur pour Alsace Destination Tourisme (ADT) grâce à l’appui du commissariat du Massif des Vosges. Elle concerne 56 fermes-auberges situées sur trois départements (Haut-Rhin, Bas-Rhin et Vosges) qui adhèrent à des chartes ou cahiers des charges (Bienvenue à la ferme, Association des fermes-auberges du Haut-Rhin et Gîtes de France du Bas-Rhin). Dans ce cadre, trois réunions de créativité ont été organisées au chalet du Champ du Feu à Belmont, à la Maison de la montagne à La Bresse et à la ferme-auberge du Grand Ballon, auxquelles ont participé des membres du comité de pilotage et des acteurs du territoire : fermiers-aubergistes, conseillers régionaux et départementaux, élus locaux, représentant d’offices de tourisme, du parc naturel régional, techniciens. « Nous avons sollicité l’université de Savoie Mont-Blanc pour établir un partenariat. Les étudiants ont donc animé les trois réunions. Cet exercice leur permet de mettre en pratique ce qu’ils étudient en cours et d’avoir une expérience concrète en situation professionnelle. Ils viennent de différentes régions et ont des profils complémentaires puisqu’ils sont issus du monde agricole, environnemental ou du tourisme. Ces thèmes sont précisément le fil conducteur des problématiques des territoires de montagne », explique Noémie Bureth, qui pilote l’équipe de travail de la CAA. « Ces rendez-vous ont permis aux participants d’avoir un large aperçu de la réalité que nous vivons dans nos fermes et nos auberges, précise Serge Sifferlen, président de l’Association des fermes-auberges du Haut-Rhin, qui a assisté aux trois rencontres. À chaque fois, les produits de la ferme ont été mis en évidence. À chaque fois également, nous avons pu mieux comprendre les problèmes d’accessibilité aux différents lieux, mais également les thématiques liées à la signalétique, au haut débit, à la ressource en eau, à la nature. » Des changements de comportement chez les clients Les groupes de travail ont participé à des ateliers créatifs sur la tradition et la modernité de la ferme-auberge. Les professionnels ont notamment insisté sur la nécessité de préserver ces exploitations familiales, de garder les menus traditionnels proposés, d’assurer la pérennité des circuits courts avec une transformation à la ferme, et de faire le lien avec les consommateurs. Ce qui n’empêche pas d’évoluer et de proposer de nouvelles recettes pour les repas, d’utiliser la modernité technologique par le biais des réseaux sociaux, des sites internet ou du haut débit. Dans tous les cas, il y a la nécessité de garder une agriculture adaptée à son milieu, avec des pratiques agricoles de proximité et pérennes, sans course à la productivité. Les fermiers-aubergistes observent un changement de comportement de leurs clients, de plus en plus curieux et ayant de nouvelles demandes. Il faut savoir les écouter, tout en cherchant à maintenir une offre de qualité. Les étudiants ont proposé aux participants de réfléchir aux potentiels de vente et aux différents profils de clients. Les professionnels constatent que les consommateurs sont de plus en plus exigeants. Il faut donc être à l’écoute, maintenir une large offre, tout en la faisant évoluer afin de séduire le plus grand nombre. Mais une chose est sûre : le concept de ferme-auberge en Alsace, c'est le reflet de l’identité du massif des Vosges, c’est un attrait touristique qui se démarque des autres régions de l’hexagone.

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