Élevage

Alsace Lait

Repenser le modèle

Publié le 24/04/2019

Alsace Lait fête ses 40 ans. La coopérative va devoir réinventer un nouveau modèle économique pour retrouver la rentabilité procurée par les produits frais pendant 25 ans. Un moment charnière.

Des conditions climatiques sèches, des trésoreries malmenées, des matières premières agricoles vendues à des prix très bas, un marché européen victime de la concurrence de pays tiers... C’est un tableau peu réjouissant qu’a dressé Michel Debes, président d’Alsace Lait, lors de l’assemblée générale de la coopérative, mardi 16 avril, à Hœrdt. Celui d’un marché des produits laitiers où 1 % d’offre en plus se traduit par une baisse des prix de 10 % et où de nouvelles tendances de consommation se dessinent. Les négociations avec la grande distribution sont toujours tendues. Malgré la loi EGAlim, « aucune négociation n’a tenu compte des prix de revient, indique Michel Debes. Dans le domaine laitier, grâce au travail syndical, nous avons réussi à faire passer des augmentations sur les produits frais. » Pour les produits sous marque de distributeurs, dont les négociations sont en cours, « une augmentation des prix est nécessaire pour faire face à la hausse des charges et rémunérer les producteurs ». « Volontaires pour aller vers plus d’herbe » Espérant tirer son épingle du jeu, la coopérative a fait le choix de la segmentation. En 2018, 48 producteurs lui ont livré du lait de prairie. Un volume de 28 millions de litres. Ce lait est transformé en fromage blanc pour l’export. Par ailleurs, tous les producteurs sont passés à une alimentation sans OGM de leur troupeau. Ce qui permet à l’entreprise de proposer du lait frais et de la crème label rouge. D’autres produits suivront en 2019, indique le président d’Alsace Lait. Malgré le surcroît de contraintes généré par ce mode d’alimentation, compensé par une prime de 10 €/1 000 l, « nous n’arrivons pas à dégager une plus-value », reconnaît Michel Debes. En étant parmi les premières laiteries à se lancer dans le non-OGM, la coopérative alsacienne a voulu à la fois aller dans le sens souhaité par les consommateurs, mais aussi permettre aux éleveurs d’être plus autonomes dans leur approvisionnement en protéines. « Nous sommes volontaires pour aller vers plus d’herbe, vers des plantes sans intrants. La société nous le demande mais ne veut pas le payer », regrette le responsable. Pour l’instant, Alsace Lait n’a pas choisi de s’orienter vers le lait bio car cela exige un circuit de collecte et des installations spécifiques. « Aujourd’hui, les entreprises qui collectent du lait bio ont un site dédié. Si les politiques veulent que nous allions dans ce sens, il faut nous donner les moyens de construire ailleurs », prévient Michel Debes. 2019 : année charnière La coopérative a réalisé un chiffre d’affaires de plus de 105 millions d’euros (M€) en 2018. Mais elle dégage un résultat déficitaire de 2,50 M€, contrairement aux trois autres sociétés du Groupe (Savoie Yaourt, la holding et la filiale au Canada), qui sont bénéficiaires. « Nous devons repenser le modèle qui a été le nôtre pendant 25 ans. Les produits frais sont aujourd’hui moins consommés et il y a une surcapacité de production de 20 % au niveau national », constate Michel Debes. Frédéric Madon, directeur général de la coopérative, confirme : le marché de l’ultra-frais est en recul en volume comme en valeur. « Les seuls segments où il y a des relais de croissance sont les segments de niche comme le lait de chèvre, de brebis ou le lait bio. » Pour que le marché retrouve son équilibre, il faudrait fermer l’équivalent d’une usine, affirme-t-il, alors même que de nouvelles capacités de production se créent et vont rentrer en service fin 2019. Dans ce contexte, le défi, pour Alsace Lait, consiste à redéfinir quels produits mettre sur le marché, pour quels clients et avec quels volumes, relève Michel Debes. 2019 sera une année charnière, prévoit Frédéric Madon. Les challenges qui attendent la coopérative sont nombreux : il lui faudra d’abord redresser ses marges, ce qui passera par une augmentation des prix payés par la grande distribution, dont la pression sur les prix est « intolérable » depuis trois ans. Il lui faudra aussi « desserrer l’étau au niveau des fournisseurs et continuer à travailler sur le mix produit pour éviter une trop forte dépendance » à un marché. Il ne s’agit pas de sortir de l’ultra-frais, précise Frédéric Madon, mais de « penser le modèle différemment, ce qui nécessitera un arbitrage fort, non pas dicté par l’amont, mais par l’aval. »  

Médecines vétérinaires alternatives

Encourager et encadrer

Publié le 13/04/2019

Conséquence du phénomène d’antibiorésistance, de plus en plus d’éleveurs se tournent vers les médecines alternatives. Mais sans trop savoir sur quel pied danser entre réelle efficacité et charlatanisme, manque de références et de protocoles de soins, réglementation trop floue ou trop stricte…

Homéopathie, acupuncture, ostéopathie, aromathérapie, phytothérapie… La liste des médecines non conventionnelles (aussi appelées médecines alternatives, naturelles, douces…) est longue. Et elles ne sont pas réservées aux humains. Les animaux aussi ont droit à des pratiques thérapeutiques non conventionnelles. Et les éleveurs y ont même de plus en plus recours. Effet de mode ? Pas vraiment. « Il y a des effets », affirme Catherine Lutz, vétérinaire qui met parfois en œuvre des traitements alternatifs, notamment à base de plantes. Après tout, c’est ce que les éleveurs utilisaient avant l’essor des médicaments de synthèse, dont certaines matières actives copient ou s’inspirent d’ailleurs largement de molécules naturelles. Contrer l’antibiorésistance Si la vétérinaire met en place ces traitements alternatifs, c’est qu’il y a « une demande des éleveurs », constate-t-elle. Plusieurs raisons peuvent être invoquées pour expliquer cette tendance. La première, c’est la volonté d’économiser des frais vétérinaires. Et c’est une bonne raison, estime Catherine Lutz, bien placée pour savoir que les vétérinaires ruraux se font rares, et qu’il est dès lors profitable aux éleveurs de pouvoir soigner les petits bobos eux-mêmes. En outre, les « médicaments alternatifs » sont en général moins chers et utilisés à faibles doses.   La deuxième raison : agir en préventif et « c’est très bien, estime Catherine Lutz, c’est même l’objectif de ces techniques ». Prendre le mal à la racine, avant qu’il ne s’installe. La troisième, c’est que les antibiotiques ne sont plus aussi efficaces qu’il y a quelques années. Les éleveurs et les vétérinaires le constatent : il y a des cas de résistance. Pourquoi ? « Les antibiotiques ont été mal utilisés, en systématique, en préventif, avec des posologies inadaptées… Or sous-doser un antibiotique, c’est un peu comme vacciner la bactérie contre la substance active. Il est aussi important de bien respecter la durée des traitements, pour bien éradiquer les bactéries pathogènes », détaille Catherine Lutz. Car l’usage inapproprié des antibiotiques favorise le phénomène d’antibiorésistance, un phénomène naturel par lequel des bactéries deviennent résistantes aux antibiotiques par des phénomènes de mutation, d’acquisition de gènes de résistance… « C’est une préoccupation majeure en termes de santé publique », informe Catherine Lutz. Naturel mais pas inoffensif Pour contrer ce phénomène, l’État a mis en place un plan Écoantibio. Il a d'abord abouti à la réduction de la consommation d’antibiotiques. Désormais le plan est entré dans une deuxième phase. Elle consiste entre autres à développer les mesures de prévention des maladies infectieuses et faciliter le recours aux traitements alternatifs. Il y a encore du pain sur la planche. À commencer par la formation des vétérinaires : « Les médecines alternatives ne sont pas enseignées dans le cursus de formation », indique Catherine Lutz. Conséquence : les professionnels manquent de références, de méthodologie. Pourtant, il en faut. Car qui dit « naturel » ne dit pas « inoffensif ». Les huiles essentielles, en particulier, contiennent des molécules aux effets puissants, potentiellement toxiques. Il faut donc savoir les utiliser. Des freins Mais les choses bougent. Il existe des protocoles de traitements validés par des vétérinaires et « un groupe de travail a été créé pour harmoniser les pratiques », informe Catherine Lutz. Cependant des freins subsistent. L’État, qui d’un côté incite à « faciliter le recours aux traitements alternatifs », veut aussi protéger les citoyens du charlatanisme qui n’est jamais bien loin. La réglementation est donc stricte et les praticiens marchent sur des œufs.   En outre les « médicaments alternatifs » sont aussi moins standardisés. Les produits à base de plantes n’ont pas strictement la même composition en fonction du millésime, du lieu de production… Théoriquement, il faudrait donc analyser ces produits pour vérifier leur composition. Car, si elle est défaillante, l’efficacité du traitement peut être altérée. Il s’agit aussi de reconnaître les limites de ces médecines et des compétences des vétérinaires et des éleveurs. « Les vétérinaires ne peuvent pas maîtriser toutes ces médecines, observe Catherine Lutz. Et il faut savoir distinguer ce qui marche vraiment de ce qui relève du charlatanisme. »

Publié le 02/04/2019

Sept éleveurs de volailles bas-rhinois ont remporté le concours national « Agriculteurs d’avenir », destiné à encourager l’agroforesterie. Les paysans alsaciens ont planté 5 900 arbres entre fin février et début mars. Avec une préoccupation majeure : le bien-être de leurs poules.

Une quinzaine de personnes s’affaire sur la parcelle de Kevin Goetz. Le 12 mars, l’éleveur bio de Witternheim a invité famille et amis à une journée un peu spéciale. Ils vont planter des haies entre le bâtiment d’élevage de poulets et l’étable. Cent mètres de terrain vague transformés en mini-forêt. « On va poser environ 2 000 plants », renseigne le jeune agriculteur, tarière à la main et gouttes de sueur sur le front. Kevin Goetz est le dernier des sept lauréats alsaciens du concours « Agriculteurs d’avenir » à installer ses haies. Le programme a rendu son verdict en fin d’année dernière. Il vise à promouvoir l’agroforesterie en France. Le concept des éleveurs bas-rhinois ? Améliorer les parcours extérieurs de leurs volailles. « Les haies attirent les poulets dehors » Jusqu’à présent, les poulets restent cantonnés aux abords immédiats des bâtiments. Ils ne s’aventurent pas à découvert par peur des rapaces et autres prédateurs. Courageux mais pas téméraires. « Les haies les protègent et les attirent dehors », explique Gaëtan Puglisi, bénévole à l’association Haies vives d’Alsace. Le jeune homme apporte son expertise technique aux agriculteurs. Les arbres coupent aussi le vent et rafraîchissent l’air en été. Des arguments imparables pour se dégourdir les pattes. « C’est bien si les poules galopent », appuie Gaëtan. Autre avantage du terrain arboré : la nourriture. Ici, pas question de planter des lignes de thuyas. Stériles et étrangers à la végétation locale. « On essaie de reproduire ce qui se fait dans la nature », témoigne Céline Wisson, coordinatrice à Haies vives d’Alsace. Les volontaires plantent des dizaines d’essences différentes. Fusain, prunellier, noisetier… Les fruits de ces arbres fournissent un complément alimentaire aux animaux. « Cela favorise aussi la biodiversité et diminue le nombre de parasites », ajoute Chloé Schneller, conseillère de l’agence Bio en Grand Est. 55 500 € d’économie L’idée de planter des arbustes trotte dans la tête des sept Alsaciens depuis un moment. « On réfléchissait à ce projet depuis deux ans », confirme Kevin Goetz. Les compères découvrent le concours lors de l’assemblée générale de l’association de producteurs Plumes bio du Grand Est. Ils décident alors de tenter leur chance. Bingo. Ils font partie des 35 lauréats de toute la France. La récompense ? Une aide financière pour l’achat des plants. Ils reçoivent ainsi 12 000 € de la part du concours. Les études et l’expertise technique de Haies vives d’Alsace sont prises en charge par la Région Grand Est et l’Agence de l’eau Rhin Meuse. Au total, 55 500 € économisés. Mais Kevin Goetz l’assure : « On se serait lancé même sans le concours. » Quand on aime on ne compte pas.   Les candidatures sont ouvertes jusqu’au 30 avril (suivre le lien).

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