Élevage

Publié le 19/11/2014

Les poissons d'aquaculture souffrent d'une image d'élevages intensifs, où les poissons sont entassés les uns sur les autres, bourrés d'antibiotiques et gavés de farines animales. Ils sont donc boudés des consommateurs attentifs à la qualité de leur alimentation, mais aussi des chefs restaurateurs qui leur reprochent une mauvaise tenue à la cuisson. Et si tout cela n'était que préjugés ?

Face à l'étal du poissonier, faut-il préférer du poisson d'élevage ou du poisson sauvage ? Pour permettre aux consommateurs et aux restaurateurs de faire leur choix en toute connaissance de cause, le Centre interprofessionnel des produits d'aquaculture (Cipa) a entamé il y a deux ans une campagne d'information sous forme de déjeuners - tables rondes un peu partout en France. Lundi 17 novembre, c'était au tour de l'Alsace-Lorraine d'accueillir cette opération, qui s'est déroulée au lycée professionnel Aristide Briand de Schiltigheim. Pour les professionnels de l'aquaculture, l'objectif est triple. Il s'agit de sensibiliser les élèves et les professeurs des lycées hôteliers au travail du poisson d'aquaculture, de démontrer aux chefs restaurateurs que l'aquaculture française sait produire des poissons d'élevage de qualité. Et de faire passer ce message auprès du consommateur par voie de presse. Pour y parvenir, les cuisines du lycée avaient été approvisionnées en différents poissons, d'élevage et sauvages. Au cours de ce repas, les participants ont donc pu comparer de la daurade et du bar élevés dans la ferme aquacole marine Aquanord Ichtus, située à Gravelines près de Dunkerque, et les mêmes poissons issus de la pêche en haute mer. Résultats : pour la daurade, 36 % des convives ont préféré la daurade d'élevage et 64 % la daurade sauvage. Pour le bar : 54 % ont préféré le poisson d'élevage, 36 % le poisson sauvage et 9 % des convives ne se sont pas prononcés. Des résultats mitigés donc, et à prendre avec des pincettes, puisque les conditions nécessaires à une analyse sensorielle au sens strict n'étaient pas réunies : tous les convives n'avaient pas les mêmes morceaux et les recettes n'étaient pas particulièrement adaptées à l'exercice puisque la daurade était servie en croûte de citron et le bar enveloppé dans une feuille de brick. En outre, l'échantillonnage n'était pas représentatif avec 25 convives, pour la plupart issus ou gravitant autour du monde de la gastronomie et de la restauration. Une qualité améliorée Toujours est-il que cet exercice a montré que le poisson d'élevage tire son épingle du jeu d'un point de vue qualitatif. Le Cipa a d'ailleurs demandé à Tugdual Debéthune, chef du Centre culinaire contemporain, de réaliser une étude sur le bar et la truite d'aquaculture. «Nous avons réalisé toute une batterie de tests qui ont démontré la qualité gustative et les vastes champs d'applications culinaires de la truite et du bar d'élevage, et notamment leur bonne tenue à la cuisson», a-t-il affirmé. Yannick Jouan, lui même producteur de truites dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, à Boismont, représentait la Filière lorraine d'aquaculture continentale (Flac). Il a indiqué que l'aquaculture est pratiquée par une trentaine d'entreprises en Alsace-Lorraine, «situées sur de petits cours d'eau, généralement sur les flancs du massif vosgien, du Nord jusqu'au Sundgau». Ici comme partout en France et dans les pays membres de l'Union européenne, la production aquacole est très réglementée et contrôlée, que ce soit en matière de qualité de l'eau, de l'alimentation, des traitements, «qui ne peuvent se faire que sur prescription vétérinaire, et avec très peu d'antibiotiques autorisés pour cet usage». Une alimentation en évolution Le principal écueil des poissons d'élevage, c'est leur alimentation. La plupart des poissons élevés en France sont en effet des poissons carnassiers, ce qui n'est pas sans poser quelques problèmes. Pour leur apporter les protéines dont ils ont besoin, il y a pour l'instant deux options, dont aucune n'est pleinement satisfaisante. Soit elles sont amenées sous forme de farines de pois ou de tourteaux de soja, qui sont d'une part très majoritairement importés et qui d'autre part, en raison de leur cellulose, sont mal assimilés par les poissons qui produisent alors des fecès autrement plus polluants que lorsqu'ils reçoivent des protéines animales. L'autre option, c'est donc de leur apporter des protéines animales. Oui mais lesquelles ? Les farines et huiles de poisson sont montrées du doigt parce qu'elles contribueraient à la surexploitation des océans, bien qu'elles soient essentiellement produites avec des poissons déclassés (trop petits, trop d'arêtes...), les surplus et les chutes issues de la transformation des espèces commerciales. En outre, la recherche a permis d'améliorer l'indice de transformation des poissons d'élevage, c'est-à-dire qu'il faut de moins en moins de poissons sauvages pour produire une quantité équivalente de poissons d'élevage, en tous cas moins que ce que ces poissons carnassiers consommeraient dans leur milieu naturel. Enfin, l'utilisation des protéines issues d'animaux terrestre, interdite depuis la crise de l'ESB, est à nouveau autorisée, hormis les farines de ruminant. «Concrètement, cela veut dire que les fabricants d'aliments peuvent intégrer des farines animales de poulets, de porcs, issues du recyclage des sous-produits des abattoirs, et donc mettre moins de farines de poisson ou de tourteaux de soja». Une solution économique et écologique, si on considère les économies d'énergie, la valorisation des déchets d'abattoir et la moindre pollution de l'eau qu'elle représente, mais peu appréciée des consommateurs.

Chez Thierry Grieneisen à Buhl

Apiculteur professionnel ou amateur ?

Publié le 10/11/2014

Thierry Grieneisen est apiculteur à Buhl. Avec Alexis Ballis, animateur de la filière apicole à la Cara, il a reçu deux apiculteurs amateurs en passe de devenir professionnels à Gommersdorf. Pierre Grieneisen y assure la reproduction du cheptel.

Durant dix ans, Thierry Grieneisen était commercial dans le milieu agricole et viticole. Pourtant, en 2006, lorsque son père ne souhaite plus s'occuper seul de ses 60 ruches, il a fait le pari de les reprendre et de développer la production. «On est passé à 100 ruches. Cela a pris deux ans pour tout mettre en place et se poser les bonnes questions». Il a mis fin à son emploi salarié en 2011.  Aujourd'hui, il a 400 ruches en production dans la région Buhl. Son père, Pierre, gère l'élevage et la reproduction à Gommersdorf. Ils espèrent vendre une centaine de reines au printemps. Leur miel est commercialisé à 50 % en vente directe, l'autre partie est revendue en grande surface. Lorsqu'il a pris la suite, Thierry Grieneisen avait déjà des outils de transformations indispensables : un extracteur 24 cadres, un maturateur et une centrifugeuse. «À partir de 250 ruches, il est nécessaire d'avoir une désoperculeuse». Il y a peu, il a investi dans une doseuse sur table tournante et étiqueteuse dérivée d'une étiqueteuse de bouteille de vin. Le père, le fils et Alexis Ballis, technicien apicole à la Chambre d'agriculture de région Alsace (Cara), ont fait visiter ces installations à deux apiculteurs amateurs en phase de professionnalisation. Christophe Sigwald, 46 ans, est apiculteur depuis trois ans à Krautergersheim. «J'aime les travaux extérieurs et comme je n'ai pas de terres, l'apiculture me semblait la solution la moins compliquée». Il a décidé de sa reconversion après un licenciement économique. «Cette année, je suis passé de 30 à 80 ruches. La saison s'est bien déroulée même si, bien sûr, j'ai nourri avec deux tonnes de sirop. Avec 20 ruches en production, j'ai récolté 20 kg de miel par ruche». Plutôt une bonne moyenne par rapport à l'année. Son projet d'installation est prévu pour 2016. «Il est possible d'en vivre» Nicolas Modanese a également débuté l'apiculture il y a trois ans. Ce père de famille de 33 ans est salarié et habite Uffholtz. «J'ai envie d'en faire une activité à temps plein». Il a six ruches, dont trois en production et récolté 60 kg en tout. Il fait partie du groupement de l'Écomusée et «souhaite enrichir mon savoir-faire apicole». Les professionnels les mettent rapidement en garde. Alexis Ballis leur indique que «la retraite agricole n'est pas fantastique». Thierry Grieneisen confirme qu'«il faut que l'activité fasse vivre l'entreprise en elle-même, vous, votre famille et prépare aussi votre retraite». Pierre Grieneisen indique qu'«on ne peut compter que sur sa sueur et son travail. Les 35 h sont faites le mercredi midi !». Alexis Ballis égraine quelques conseils : «Il ne faut pas passer plus de trois minutes par ruche pour pouvoir faire le tour du cheptel chaque semaine. Une personne seule peut s'occuper de 200-300 ruches». Nicolas Modanese en déduit qu'il «faut avoir conscience du sacrifice», il dit savoir que sa place de salarié «est mille fois plus confortable». Le technicien se veut rassurant : «Il n'est pas impossible d'en vivre et de bien en vivre ; mais il peut être bancal de vouloir faire trop de choses : miel, pollen...» En Alsace, il y a 3 000 apiculteurs. «Les amateurs vendent parfois leur miel de sapin à 6 € le kilo alors qu'il vaut 20 € sur le marché en ce moment. Notre travail est de communiquer pour que le public comprenne que le miel est un produit à haute valeur ajouté», explique Alexis Ballis. Il précise qu'en outre, les dépenses principales de l'apiculteur sont le gasoil, les médicaments et sirop. Pour déplacer les ruches, le tire-palette devient vite indispensable «pour éviter l'hernie discale», comme le dit Thierry Grieneisen. «Il faut parfois faire plus attention à son dos en investissant dans du matériel de transhumance plutôt que d'acheter des essaims». Les deux apiculteurs amateurs sont motivés. Ils devraient suivre les conseils de Thierry Greineisen et se tourner vers le service installation de la Cara pour réfléchir à leur projet.

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