Présenter des animaux à un concours de race, ça ne s'improvise pas, loin de là. Aussi les participants au concours des jeunes présentateurs qui aura lieu ce samedi à Brumath ont-ils bénéficié d'une formation spécifique au mois d'avril. Compte rendu.
Mettre la patte droite en avant, ou la gauche, selon une partition que seuls les initiés peuvent déchiffrer, marcher doucement, faire un tour, se positionner correctement… Présenter des vaches ou des génisses lors d'un concours de race requiert une somme de connaissances insoupçonnées. Pas tout à fait un art, « c'est un sport », estime Nicolas Brodbeck, enseignant en mathématique bilingue au collège de Zillisheim, qui pratique ce sport comme d'autres pratiquent le badminton, par exemple. Un sport où la compétition est rude et où rien ne doit être laissé au hasard pour figurer sur le podium. Il ne suffit pas que la candidate soit belle, il faut aussi savoir le montrer, donc valoriser ses atouts et masquer ses défauts. Les 9 et 10 avril, dans l'enceinte du Gaec Wilt à Dachstein, pas moins de 10 formateurs (Olivier Wilt, Nicolas Brodbeck, Alexandre Wintzenrieth, Bruno Dietmann, Philippe Hofstetter, Guillaume Hofstetter, Perrine Ludwig, Salomé Vieux, Claudia Kreiss, Jean-François Dintinger et Daniel Schwartz) sont intervenus pour initier 21 jeunes alsaciens à la présentation d'animaux aux concours de race. En ligne de mire : leur participation au concours des jeunes présentateurs qui aura lieu ce samedi à Brumath dans le cadre du festival de l'élevage.
Objectif panse ronde
Tout commence au moment du choix de l'animal qui sera présenté. Car il faut que son potentiel soit bon à la base. Les animaux présentant des défauts rédhibitoires sont donc écartés. Il s'agit ensuite de choisir ceux qui ont le moins de défauts. Et, comme l'animal parfait n'existe pas, ceux dont les quelques défauts pourront être le plus facilement masqués par une préparation soignée. Pour aider les élèves à comprendre comment choisir un animal, les formateurs ont procédé avec eux au classement de plusieurs animaux. Un exercice qui leur a permis de se mettre dans la peau d'un juge, de mieux appréhender leurs critères de hiérarchisation. L'animal une fois sélectionné, il faut l'éduquer à certaines particularités propres aux concours : manger dans un seau, marcher doucement et calmement, manger de la pulpe de betterave pour avoir une panse bien ronde… Eh oui, parce que contrairement à nos miss qui doivent afficher un ventre plat, les génisses, elles, doivent avoir une panse ronde !
Le clippage, le contouring version bovin
Avant de défiler, les candidates sont mises en beauté. Elles seront d'abord lavées pour préparer le poil, afin qu'il soit beau et bien blanc. Puis les animaux seront soumis à une séance de tonte façon contouring : le clippage. L'objectif de cet exercice consiste à mettre en valeur les atouts des animaux, leur caractère laitier ou viandeux selon les races, en affinant certaines zones et en en mettant d'autres en relief. Les mauvais ouvriers ayant toujours de mauvais outils, les participants à la formation ont appris à bien choisir leur tondeuse : bon peigne, bon contre-peigne, bon lubrifiant, bon réglage de la tondeuse, reconnaissable à son bruit régulier. Application sur une génisse : au niveau de la tête et du bas des pattes, on tond tout. « En affinant les pattes, on cherche à affirmer le caractère laitier de la génisse », explique Alexandre Wintzenrieth, responsable d'un troupeau à Moernach, qui animait l'atelier clippage avec Bruno Dietmann et Guillaume Hofstetter. Aussi, même si ces zones sont très sensibles et que ça chatouille les candidates, pas de quartier, l'épilation doit-elle être nickel. Sur les flancs, on tond tout sauf 10 cm autour de la ligne de dos ni le ventre : il s'agit d'obtenir un dégradé plus ou moins plongeant. Et la queue dans tout ça ? Elle est également tondue, sauf son extrémité, valorisée façon plumeau. Pour obtenir le meilleur résultat, les formateurs ont conseillé aux élèves de commencer par dégrossir le travail avec une grosse tondeuse et de l'affiner avec une tondeuse plus petite, plus précise. Durant la deuxième journée de formation, l'atelier clippage a été quasiment exclusivement consacré à la préparation de la ligne de dos, qui doit s'effectuer avec la plus grande précision.
Pose avantageuse
Enfin, il faut connaître les règles et les gestes de présentation des animaux. Un des principaux objectifs, c'est de faciliter le travail du juge, qui officie selon un rituel bien établi. Lorsque tous les animaux entrent en marche avant sur le ring, le juge va regarder rapidement tous les animaux. La marche doit alors être la plus douce possible pour laisser au juge le loisir d'apprécier chaque animal. Puis, lorsqu'ils sont tous alignés, il va regarder chaque animal en détail, bassins, largeurs aux ischions… Il faut donc lui laisser suffisamment de place entre les animaux, deux ou trois mètres environs, pour qu'il puisse en faire le tour, se baisser, prendre un peu de recul. À l'arrêt, la position des pattes doit être avantageuse pour l'animal par rapport à la position du juge. La génisse doit paraître la plus longue possible. C'est au présentateur de savoir quelle patte la vache doit mettre en avant et de le lui faire savoir en appliquant une pression sur la patte concernée. Le présentateur doit aussi en permanence veiller à ce que la ligne de dos soit bien droite, quitte à remettre la queue de l'animal en place. Les formateurs ont également appris aux élèves à se positionner dans le ring en fonction du classement proclamé par le juge parfois d'une manière très discrète qu'il faut savoir interpréter.