Élevage

Redressement judiciaire de Copvial SA

Lundi noir pour l'élevage alsacien

Publié le 27/04/2016

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs allaient bon train sur les difficultés du groupe Copvial, sans qu'il n'y ait de démenti. Ce lundi 24 avril, le couperet est tombé : la SA qui gère l'abattoir de Holtzheim a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de grande instance de Strasbourg et est à la recherche d'un repreneur.

Les dettes se sont accumulées à l'abattoir de Holtzheim, la crise de l'élevage et la suspension des cotations au marché au cadran ayant provoqué un effondrement des cours. La perte de débouchés avec la disparition de Coop Alsace et l'acquisition de l'usine de Reichstett n'ont pas arrangé les choses. La gestion de la crise aurait empêché les dirigeants du groupe Copvial de s'atteler de manière efficace au démarrage de cette activité de transformation. Mais pendant ce temps, il fallait continuer à payer les salaires, le rachat de cette activité s'étant accompagné d'une reprise du personnel. Bref, le déficit s'est creusé au fil des semaines pour arriver à la cessation de paiement fixée a posteriori au 31 mars 2016. Un audit a été commandité mais ses conclusions sont restées confidentielles. Un expert a été mandaté fin mars, Michel Maire, spécialisé dans la gestion des outils d'abattage. C'est lui qui aujourd'hui est à la manœuvre pour sauver l'outil au côté du mandataire judiciaire. Concrètement, le placement en redressement judiciaire de la SA, présidée par Jean-Claude Helfer, ce lundi, ne signifie pas la cessation d'activité. C'est le début d'une période d'observation de six mois avec un renvoi pour examen au tribunal le 20 juin prochain, sous l'égide d'un administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, et d'un mandataire, Me Fabienne Jenner, pour représenter les créanciers. À ce stade, Me Weil considère qu'« un plan d'apurement du passif ne sera pas suffisant pour redresser la situation et que la solution passe par un repreneur, local ou extérieur à la région ». Il affirme que des pistes sérieuses sont à l'étude. « Les éleveurs doivent impérativement continuer à livrer, d'une part parce que le paiement à compter du 25 avril leur est garanti et d'autre part, parce qu'il faut préserver la cohésion et l'esprit coopératif pour pérenniser la filière jusqu'au jugement du 20 juin », date à laquelle pourrait intervenir le repreneur. Les modalités (règlement des éleveurs par la SA ou la coopérative) et les délais sont toutefois encore à l'étude juridiquement et devraient être précisés fin de semaine, confirme Michel Maire, pour qui la situation doit être rapidement clarifiée. Garder les clients Car pour l'expert, « tout doit être mis en œuvre pour honorer les commandes de nos clients dans l'attente d'un repreneur en recherche de capacité et qui pourrait apporter du chiffre d'affaires nouveau à l'entreprise. Les commandes partent tous les jours, aussi est-il difficile pour l'instant de mettre en place des mesures de chômage technique. Aujourd'hui, ce qu'il faut faire, c'est assurer qu'il y ait le moins possible d'évaporation de clients et faire fonctionner la chaîne. » « Pour les livraisons qui ont été faites avant le 25 avril, la situation est gelée pour l'instant, il faudra trouver une solution ultérieurement. » précise encore Me Weil. Dans ce type de procédure, la priorité des créanciers se fait dans l'ordre suivant : salariés, dettes fiscales et sociales, les fournisseurs arrivant en dernier. Si globalement quatre semaines de livraison de bétail n'ont pas été réglées, l'entreprise a également accumulé des dettes sociales, notamment auprès de la Caisse d'assurance-accidents agricole et de la Mutualité sociale agricole. La MSA avait mis en place un échelonnement du paiement des cotisations patronales fin décembre pour l'aider à passer ce cap difficile. Ce coup de pouce n'a pas suffi. David Herrscher, son président, regrette « une prise de conscience beaucoup trop tardive » des responsables de l'entreprise de la gravité de la situation. « Copvial, c'est 650 producteurs concernés, mais également plus de 200 salariés. » (Ndlr : 112 à Holtzheim et 78 à Reichstett). Quoiqu'il arrive, la MSA se tient prête. Christelle Jamot, directrice de la MSA, confirme que le conseil d'administration souhaite la mise en place d'un plan d'accompagnement des éleveurs dans l'hypothèse où ils devraient assumer des retards de paiement qui tendraient un peu plus les trésoreries. Elle espère pouvoir travailler avec le mandataire pour identifier au plus vite les éleveurs concernés ; ces derniers peuvent également directement se manifester auprès de la MSA. Concernant les salariés, le paiement de leurs salaires et leurs droits sociaux sont garantis pendant la période d'observation. La MSA se prépare également à accompagner au mieux les salariés pour les rassurer sur leurs droits. Du côté du Crédit Agricole, on anticipe également pour faire face à tous les scénarios. « Nous ne pourrons pas régler tous les problèmes mais nous aiderons les éleveurs à régler leurs échéances à court terme » assure Henri Buecher, président de la Caisse régionale Alsace Vosges. Thomas Dutot, responsable du marché de l'agriculture, précise que tout sera mis en œuvre pour faire face aux impasses de trésoreries qui seraient liées au dossier. La coopérative n'est pas en cessation de paiement Pour la coopérative Copvial, l'enjeu est de préserver un outil de collecte, au service des éleveurs. Jean-Louis Siegrist, son président, tient à rassurer les éleveurs : « La coopérative n'est pas en cessation de paiement, elle continue d'assumer son rôle, la collecte des animaux et les services techniques. » Rappelons que le groupe Copvial n'est pas propriétaire des locaux de l'abattoir de Holtzheim, qui a été racheté par les membres de la SCI Synergie lors d'un précédent plan de crise, il y a une dizaine d'années ; la SCI rassemble Groupama Grand Est, Crédit Agricole et le Comptoir agricole. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, la priorité est de connaître au plus vite la situation exacte et de savoir comment les éleveurs vont pouvoir être payés. « Il est primordial que l'administrateur donne des garanties sur le paiement des éleveurs pour assurer la continuité de l'abattoir. L'Alsace doit garder des outils, pour organiser une filière totale de viande bovine et porcine du producteur au consommateur. Le juridique va dicter un certain nombre de choix pratiques mais tous les partenaires sont d'accord sur les enjeux à défendre, pour maintenir un outil de transformation proche du bassin de production, répondre aux attentes sociétales sur un approvisionnement de proximité et le bien-être animal sans oublier les salariés et leur famille. » Un point de vue partagé par Thomas Gillig, président des Ja 67. Il estime que le maintien d'un outil de transformation est vital pour la pérennité des débouchés notamment dans la filière porcine où de nombreux jeunes sont installés. « Il faut également des perspectives pour débloquer des dossiers d'installation qui sont actuellement dans les cartons. » Les FDSEA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Chambre d'agriculture d'Alsace et la Copvial organiseront dans les prochains jours une réunion d'information à l'attention des éleveurs avec d'ici là des réponses concrètes sur la question du paiement. Toute la profession agricole est mobilisée, et « nous ferons tout pour trouver des moyens pour aider les éleveurs », précise Franck Sander. La Chambre d'agriculture propose d'ores et déjà aux éleveurs un accompagnement technique et économique, annonce Laurent Wendlinger, son président (lire encadré).  Cet outil d'abattage est, selon les spécialistes, vital pour la filière porcine alsacienne. Car si les gros bovins peuvent être acheminés vers les abattoirs les plus proches dans le Grand Est, il n'en va pas de même pour les porcs, plus sensibles au stress durant le transport. Certains éleveurs de porcs ont cependant déjà exploré d'autres pistes, comme l'abattage en Allemagne. Cette situation pourrait générer une réflexion générale sur les filières d'abattage dans le Grand Est, selon Patrick Bastian, conseiller régional. Car Holtzheim n'est pas le seul abattoir qui doit revoir son positionnement. Ce problème local s'inscrit dans un contexte national délétère pour les abattoirs où à la crise de l'élevage, s'est ajoutée une crise morale sur le bien-être animal.

École des jeunes présentateurs

21 jeunes formés à la présentation d'animaux

Publié le 26/04/2016

Présenter des animaux à un concours de race, ça ne s'improvise pas, loin de là. 21 jeunes se sont familiarisés avec les arcanes de ce sport de professionnel en vue de leur participation au concours des jeunes présentateurs qui aura lieu le samedi 21 mai dans le cadre du Festival de l'élevage de Brumath.

Présenter des vaches ou des génisses lors d'un concours de race requiert une somme de connaissances insoupçonnées. Pas question d'arriver avec un animal pas très bien préparé, ni entraîné et mis en valeur. Tout un art que 21 jeunes passionnés ont pu aborder dans le cadre de l'école des jeunes présentateurs, organisée par le Club Holstein 68 et le Syndicat de la race prim'holstein du Bas-Rhin, et qui s'est déroulée les 9 et 10 avril dans l'enceinte du Gaec Wilt à Dachstein. Pas moins d'une dizaine de formateurs (Olivier Wilt, Nicolas Brodbeck, Alexandre Wintzenrieth, Bruno Dietmann, Philippe Hofstetter, Guillaume Hofstetter, Perrine Ludwig, Salomé Vieux, Claudia Kreiss, Jean-François Dintinger et Daniel Schwartz) sont intervenus pour initier ces jeunes alsaciens, âgés de 17 à 20 ans, aux arcanes des concours de race. Pour la plupart, il s'agissait d'élèves de l'enseignement agricole, ou de jeunes installés ; des enfants d'éleveur, ou des jeunes qui nourrissent une passion pour l'élevage. Suffisamment pour y consacrer un week-end entier durant les vacances scolaires. Magnifier les animaux Durant les deux jours de formation, les participants ont tourné entre trois ateliers. Le premier était consacré à la sélection et à la préparation des animaux en amont d'un concours. Il faut en effet savoir repérer les animaux qui ont le meilleur potentiel, et dont les défauts peuvent être corrigés par une préparation soignée. L'animal sélectionné, il faut l'éduquer à manger dans un seau, à marcher doucement et calmement, et lui concocter une ration adaptée. Le deuxième atelier était réservé au clippage, une discipline qui consiste à savoir mettre les animaux en valeur en les lavant pour préparer le poil, puis en les tondant de manière à affiner certaines zones et à en mettre d'autres en relief. Ainsi, la seconde journée de formation a été presque exclusivement consacrée à la préparation de la ligne de dos, qui doit s'effectuer avec la plus grande précision. Le troisième atelier a permis aux élèves de se familiariser avec les règles et les gestes de présentation des animaux. Un des principaux objectifs, c'est de faciliter le travail du juge. Et puis les animaux doivent être positionnés de la manière la plus avantageuse possible par rapport au juge. Les génisses doivent paraître les plus longues possible. La position des pattes relève donc d'une grande importance, et c'est au présentateur de savoir quelle patte la vache doit mettre en avant, et de le lui faire savoir en appliquant une pression sur la patte concernée. Le présentateur doit aussi en permanence veiller à ce que la ligne de dos soit bien droite, quitte à remettre la queue de l'animal en place. Les organisateurs tiennent à remercier Copvial et Alsace Lait qui leur ont fourni de quoi préparer les repas pris en commun au cours du stage, ainsi que le lycée agricole d'Obernai, où les participants étaient logés pour la nuit du 9 au 10 avril. Rendez-vous samedi 21 mai au plan d'eau de Brumath pour voir évoluer ces 21 jeunes présentateurs avec leurs génisses et constater les bénéfices de cette formation un peu particulière.

Organisme de sélection de la race vosgienne

« La valeur ajoutée doit revenir aux façonneurs de paysage »

Publié le 18/04/2016

L’Organisme de sélection de la race vosgienne a réussi à fédérer les éleveurs du massif autour d’un projet : la création du fromage Cœur de massif. L’OS est également impliqué dans le déploiement d’un nouveau schéma de sélection basé sur la génomique.

Malgré la crise de l’élevage, les éleveurs de vosgiennes gardent le moral : le lancement réussi du fromage Cœur de massif, courant 2015, leur donne de l’espoir, a expliqué Florent Campello, président de l’Organisme de sélection de la race vosgienne, mardi 22 mars, à la Maison du Temps libre de Belmont, où se déroulait l’assemblée générale de l’OS. « Après avoir conquis son territoire, après avoir été sauvée de la disparition, et avoir vu remonter ses effectifs, notre race vosgienne a maintenant son fromage. Ce projet fédérateur est unique dans la crise actuelle », s’est réjoui Florent Campello.  Sur le plan technique, les éleveurs sont en attente d’une révolution génétique liée à l’arrivée de la génomique. « Des index officiels sortent début mars 2016 pour nous aider à faire évoluer génétiquement nos troupeaux mais aussi pour permettre à la race de se maintenir sur nos exploitations en répondant à l’évolution et à la modernité actuelle des marchés », a souligné le président de l’OS vosgienne. D’autres défis attendent l'organisme de sélection. « Le règlement zootechnique va nous amener à d’autres responsabilités et à réinventer l’OS de demain. » Dans ce contexte, Florent Campello se dit attaché à « garder l’éleveur au centre des préoccupations ». Les éleveurs doivent garder des filières courtes, « car la valeur ajoutée ne doit revenir qu’aux façonneurs de nos paysages de massif. Par votre travail quotidien avec vos animaux, vous nous permettrez de collecter des données qui vous appartiennent, des performances qui nous permettent de faire des accouplements et aussi faire évoluer notre race. Ces données sont le cœur des enjeux de demain, elles sont les vôtres. Vous en êtes les seuls propriétaires. » Le président de l’OS vosgienne plaide pour le maintien des spécificités de l’agriculture de montagne. « Le massif, pour rester un poumon vert et blanc pour l’est de la France, doit pouvoir respirer, car s’il ne conserve pas ses espaces en herbe qui font sa couleur, c’est son attractivité touristique qui risque d’en pâtir et donc son économie générale. » Les inséminations en race pure au sommet Les quatre commissions de l’OS vosgienne se sont réunies une trentaine de fois au cours de l’année écoulée. Dominique Valdenaire a rendu compte de leurs travaux, en particulier ceux de la commission génétique, qui assure la transition vers un schéma de sélection génomique. L’OS vosgienne compte 186 adhérents, soit une trentaine de plus qu’en 2014, a relevé Philippe Caussanel, directeur du service élevage de la Chambre d’agriculture d'Alsace. Un peu moins de la moitié des cheptels sont également adhérents au Contrôle laitier, pour un effectif de 1 183 vaches contrôlées. Elles affichent une production moyenne de 4 124 kg, contre 4 082 kg l’année précédente. Le nombre des femelles vosgiennes est en augmentation au niveau national, et particulièrement dans le Haut-Rhin, deuxième département en nombre de femelles vosgiennes derrière les Vosges, et premier en nombre de femelles contrôlées. À noter aussi que sur la zone Elitest, le nombre des inséminations artificielles en race pure a atteint 3 657. « Ce nombre n’a jamais été aussi élevé », constate le directeur du service élevage, mais il est en baisse sur le croisement. Plusieurs vosgiennes ont dépassé les 50 000 kg de production dans leur carrière, a indiqué Mélanie Gutzwiller, technicienne de l’OS vosgienne. Pomacle, du Gaec Schoeffel, a franchi le cap des 70 000 kg, Tosca, de l’EARL Wehrey, et Amser, d’Yvan Pierrez, pointent à plus de 60 000 kg. Quelques nouvelles vaches font leur entrée dans le club des animaux à plus de 50 000 kg : Simone et Alouette, de l’EARL Wehrey, Tarabiscot du Gaec du Vacceux, Uranie, du Gaec de la Fourrière et Utopie, de la ferme Holschlag. « Tous les ans, entre cinq et dix vaches sont ainsi récompensées, c’est la preuve qu’elles vieillissent bien », a commenté Mélanie Gutzwiller. Le service SMS proposé par l’OS vosgienne pour l’achat et la vente d’animaux fonctionne de manière satisfaisante : 48 SMS ont été envoyés aux adhérents. Ils ont débouché sur 29 ventes et 19 achats, soit un total de 108 animaux échangés. Quant au site internet, il est de plus en plus visité, avec une pointe de près de 7 000 connexions en février 2016, lors du Salon international de l’agriculture. 120 mères support pour le schéma de sélection Quatre taureaux de testage sont actuellement disponibles en doses sexées : Jumbo (Lancelot x Baron), Ivanhoé (Herbert x Ouragan), Jodler (Veto x Osiris) et Jaguar (Brave x Tango). D’autres sont rentrés en station pour une utilisation la saison prochaine : Jamesbond, Jules, Léon, Loustic. Deux autres sont nouvellement sortis en 2015. Il s’agit de deux fils d’Osiris, ayant des profils très différents : Diabolo est un taureau laitier par excellence, améliorateur en lait et en taux, utilisable sur génisses. Dartagnan, lui, est très améliorateur en morphologie, bon en cellules et donne des naissances faciles, ce qui le rend également utilisable sur génisses.  Le nouveau schéma de sélection repose sur 120 mères support triées sur index génomique et sur ascendance. « On tient compte de certains critères rédhibitoires : ce n’est pas parce qu’une vache est à 160 d’Isu qu’elle va être mère support », a précisé Philippe Caussanel. Pour sélectionner les mères support, la commission génétique a fait le choix de génotyper une génération de femelles par hiver : 222 femelles ont été prélevées dans cet objectif cet hiver, l’objectif étant de génotyper un maximum d’animaux. Chez les mâles, une cinquantaine de veaux mâles seront génotypés annuellement, l’objectif étant d’en garder une dizaine pour les rentrer en station. « On en retiendra quatre à six selon les années ».

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