Élevage

Publié le 29/04/2016

La coopérative Elitest organisait début avril une journée consacrée à son schéma de sélection. Dédié aux éleveurs partenaires de la démarche, ce rendez-vous a réuni plus de 120 personnes. Bilan du schéma en race prim’holstein, les biotechnologies en élevage et présentation de la nouvelle station de donneuses à Épinal étaient au programme.

De plus en plus prégnant en élevage, le progrès génétique passe par la sélection et l’insémination artificielle. Convaincus de cela, les responsables de la coopérative Elitest se sont lancé un défi de taille : créer un schéma de sélection. « Depuis le 1er janvier 2013, nous sommes sortis de Gênes Diffusion, et avons repris notre indépendance. Dès lors, le conseil d’administration a mené une réflexion politique sur notre approvisionnement en doses holstein », explique Damien Tiha, président d’Elitest. Gardant à l’esprit que la génétique et ses orientations devaient rester entre les mains des éleveurs, le conseil d’administration a décidé d’engager la coopérative dans la création. Consciente d’être une petite entreprise de sélection, avec 150 000 Inséminations artificielles premières (IAP) en holstein, Elitest s’associe à d’autres partenaires pour garantir une offre large et de qualité à ses adhérents. « Fin août 2013, le bilan comparé des deux populations de mères à taureaux d’Évolution et d’Elitest nous a permis de constater que nous avions un déficit assez important au niveau des mères à taureaux, puisque nous avions un niveau largement en dessous de celui d’Évolution, indique Damien Tiha. Nous avons donc décidé de mettre en place un noyau de sélection sur Elitest, avec un objectif d’une centaine d’éleveurs partenaires. Nous avons établi des contrats, un système d’indemnisation, l’achat de mâles. » La coopérative décide donc de co-investir avec des partenaires comme Évolution dans l’achat d’embryons, avec un contrat de Schéma d’objectif de 500 embryons par an pendant trois ans, débuté en 2013. « À ce jour, nous sommes aux deux-tiers du chemin, avec à peu près 1 000 embryons achetés, soit un investissement de 600 000 euros, partagé pour moitié entre les éleveurs partenaires et la coopérative Elitest », précise Damien Tiha. L’appui de 111 éleveurs partenaires Le schéma Elitest compte 150 000 femelles prim’holstein, inséminées chaque année. « Sur ces 150 000 femelles, on essaie de trouver les génisses les plus intéressantes pour les proposer en génotypage, explique Thibaut Perreau, responsable génétique holstein Elitest. Parallèlement, nous implantons chez nos éleveurs partenaires des embryons issus de mères à taureaux Elitest, ainsi que d’autres que nous achetons à l’étranger. Nous espérons en tirer 500 femelles par an, que nous génotyperons, pour atteindre 110 femelles contractées au final. À partir de ces 110 femelles, nous aurons 350 mâles génotypés, nous permettant d’en faire entrer 20 en station et d’en diffuser 10 tous les ans. » Pour atteindre cet objectif, Elitest travaille avec un noyau dur de 111 éleveurs partenaires, qui participent activement à la création génétique, soit par le génotypage, soit par la mise en place d’embryons. « Petit à petit, le schéma monte en puissance, avec le premier taureau diffusé, Helitest. Les premières génisses sont entrées en station femelle : 5 à Plounevezel (Évolution) et 26 à Épinal (Elitest). Les premières femelles d’Helitest sont par ailleurs en âge d’être inséminées. Trois nouveaux mâles seront mis en service en cuve en juin prochain, trois autres mâles sont attente de production sur notre site alsacien à Brumath », se réjouit Philippe Sibille, directeur d’Elitest. Les biotechnologies au service de l’élevage Au cours de la matinée, les participants à cette journée partenaire Elitest ont pu suivre une conférence sur les biotechnologies au service de l’élevage, présentée par Serge Lacaze, responsable d’une station de biotechnologie dans le Sud-Ouest. « Le groupe coopératif Auriva, pour lequel je travaille, collecte 5 500 embryons in vivo et 600 embryons in vitro, multi-races », déclare-t-il. La station de biotechnologies de Denguin, dans les Pyrénées-Atlantiques, compte 120 animaux, dont 60 en production en tout temps. « Nous pratiquons environ 200 collectes in vivo par exercice. Démultiplier au maximum les meilleurs animaux, préparer la génération suivante et proposer aux éleveurs de bénéficier de l’amélioration génétique par l’insémination animale, tel est l’ambitieux programme qu’Auriva souhaite mener grâce aux nouvelles technologies ! » Les embryons sont tous génotypés, ce qui permet de connaître leur sexe, la valeur génétique des mâles, voire d’éliminer les mâles génétiquement non intéressants. « L’analyse des gènes d’intérêt permet de faire un tri précoce et d’ajuster la production d’embryons aux résultats des analyses et des objectifs, poursuit Serge Lacaze. Le génotypage permet ainsi d’économiser nos receveuses de 50 à 75 %. » Ces évolutions ouvrent de nouvelles perspectives pour l’avenir, comme une valeur génétique des donneuses plus sûre et l’augmentation de la production des embryons des meilleures vaches (Programmes de sélection et éleveurs). « Dans un futur proche, on compte sur une meilleure efficacité de la TE, OPU-FIV et des méthodes d’amplification de l’ADN, conclut Serge Lacaze. Nous pourrons réaliser un diagnostic avant l’implantation des embryons : sexe, génotypage, qualité de l’embryon en relation avec le taux de gestation, activation de gènes spécifiques… Nous sommes dans une autre ère ! » Création d’une station de donneuses L’après-midi, cette journée partenaire s’est poursuivie au siège d’Elitest à Épinal, pour découvrir la grande nouveauté : la station de donneuses, outil indispensable au schéma de sélection Elitest. « C’est une décision majeure, prise par le conseil d’administration en mars 2015, déclare Philippe Sibille. Avec l’avènement de la génomique, nous nous sommes rendu compte que la voie femelle était devenue aussi importante que la voie mâle. C’est pourquoi nous avons décidé d’investir dans une station de donneuses. Nous avons restructuré nos outils, en concentrant le pôle taureaux à Brumath et en transformant le site d’Épinal en station de collecte d’embryons sur génisses. » Pour accompagner ces changements, une équipe de transplantation embryonnaire a été créée. Les salariés de la taurellerie ont également été formés pour leur nouvelle mission. « Nous savons que pour eux, ce n’est pas évident de changer d’orientation professionnelle du jour au lendemain. Mais ils l’ont fait et nous les en remercions », assure Damien Tiha. Les intérêts de la station de donneuses sont multiples : maîtrise des phases d’élevage et de croissance des génisses, délégation des contraintes de TE, optimisation des conditions de réalisation des opérations de reproduction, possible développement de nouvelles techniques d’amélioration de la production d’embryons : biopsie, sexage, génotypage de l’embryons, OPU-FIV… Depuis septembre 2015, 33 donneuses sont entrées en station à Épinal. À la date du 5 avril, 20 collectes avaient été réalisées et 100 embryons viables collectés.

Redressement judiciaire de Copvial SA

Lundi noir pour l'élevage alsacien

Publié le 27/04/2016

Depuis plusieurs semaines, les rumeurs allaient bon train sur les difficultés du groupe Copvial, sans qu'il n'y ait de démenti. Ce lundi 24 avril, le couperet est tombé : la SA qui gère l'abattoir de Holtzheim a été placée en redressement judiciaire par le tribunal de grande instance de Strasbourg et est à la recherche d'un repreneur.

Les dettes se sont accumulées à l'abattoir de Holtzheim, la crise de l'élevage et la suspension des cotations au marché au cadran ayant provoqué un effondrement des cours. La perte de débouchés avec la disparition de Coop Alsace et l'acquisition de l'usine de Reichstett n'ont pas arrangé les choses. La gestion de la crise aurait empêché les dirigeants du groupe Copvial de s'atteler de manière efficace au démarrage de cette activité de transformation. Mais pendant ce temps, il fallait continuer à payer les salaires, le rachat de cette activité s'étant accompagné d'une reprise du personnel. Bref, le déficit s'est creusé au fil des semaines pour arriver à la cessation de paiement fixée a posteriori au 31 mars 2016. Un audit a été commandité mais ses conclusions sont restées confidentielles. Un expert a été mandaté fin mars, Michel Maire, spécialisé dans la gestion des outils d'abattage. C'est lui qui aujourd'hui est à la manœuvre pour sauver l'outil au côté du mandataire judiciaire. Concrètement, le placement en redressement judiciaire de la SA, présidée par Jean-Claude Helfer, ce lundi, ne signifie pas la cessation d'activité. C'est le début d'une période d'observation de six mois avec un renvoi pour examen au tribunal le 20 juin prochain, sous l'égide d'un administrateur judiciaire, Me Claude-Maxime Weil, et d'un mandataire, Me Fabienne Jenner, pour représenter les créanciers. À ce stade, Me Weil considère qu'« un plan d'apurement du passif ne sera pas suffisant pour redresser la situation et que la solution passe par un repreneur, local ou extérieur à la région ». Il affirme que des pistes sérieuses sont à l'étude. « Les éleveurs doivent impérativement continuer à livrer, d'une part parce que le paiement à compter du 25 avril leur est garanti et d'autre part, parce qu'il faut préserver la cohésion et l'esprit coopératif pour pérenniser la filière jusqu'au jugement du 20 juin », date à laquelle pourrait intervenir le repreneur. Les modalités (règlement des éleveurs par la SA ou la coopérative) et les délais sont toutefois encore à l'étude juridiquement et devraient être précisés fin de semaine, confirme Michel Maire, pour qui la situation doit être rapidement clarifiée. Garder les clients Car pour l'expert, « tout doit être mis en œuvre pour honorer les commandes de nos clients dans l'attente d'un repreneur en recherche de capacité et qui pourrait apporter du chiffre d'affaires nouveau à l'entreprise. Les commandes partent tous les jours, aussi est-il difficile pour l'instant de mettre en place des mesures de chômage technique. Aujourd'hui, ce qu'il faut faire, c'est assurer qu'il y ait le moins possible d'évaporation de clients et faire fonctionner la chaîne. » « Pour les livraisons qui ont été faites avant le 25 avril, la situation est gelée pour l'instant, il faudra trouver une solution ultérieurement. » précise encore Me Weil. Dans ce type de procédure, la priorité des créanciers se fait dans l'ordre suivant : salariés, dettes fiscales et sociales, les fournisseurs arrivant en dernier. Si globalement quatre semaines de livraison de bétail n'ont pas été réglées, l'entreprise a également accumulé des dettes sociales, notamment auprès de la Caisse d'assurance-accidents agricole et de la Mutualité sociale agricole. La MSA avait mis en place un échelonnement du paiement des cotisations patronales fin décembre pour l'aider à passer ce cap difficile. Ce coup de pouce n'a pas suffi. David Herrscher, son président, regrette « une prise de conscience beaucoup trop tardive » des responsables de l'entreprise de la gravité de la situation. « Copvial, c'est 650 producteurs concernés, mais également plus de 200 salariés. » (Ndlr : 112 à Holtzheim et 78 à Reichstett). Quoiqu'il arrive, la MSA se tient prête. Christelle Jamot, directrice de la MSA, confirme que le conseil d'administration souhaite la mise en place d'un plan d'accompagnement des éleveurs dans l'hypothèse où ils devraient assumer des retards de paiement qui tendraient un peu plus les trésoreries. Elle espère pouvoir travailler avec le mandataire pour identifier au plus vite les éleveurs concernés ; ces derniers peuvent également directement se manifester auprès de la MSA. Concernant les salariés, le paiement de leurs salaires et leurs droits sociaux sont garantis pendant la période d'observation. La MSA se prépare également à accompagner au mieux les salariés pour les rassurer sur leurs droits. Du côté du Crédit Agricole, on anticipe également pour faire face à tous les scénarios. « Nous ne pourrons pas régler tous les problèmes mais nous aiderons les éleveurs à régler leurs échéances à court terme » assure Henri Buecher, président de la Caisse régionale Alsace Vosges. Thomas Dutot, responsable du marché de l'agriculture, précise que tout sera mis en œuvre pour faire face aux impasses de trésoreries qui seraient liées au dossier. La coopérative n'est pas en cessation de paiement Pour la coopérative Copvial, l'enjeu est de préserver un outil de collecte, au service des éleveurs. Jean-Louis Siegrist, son président, tient à rassurer les éleveurs : « La coopérative n'est pas en cessation de paiement, elle continue d'assumer son rôle, la collecte des animaux et les services techniques. » Rappelons que le groupe Copvial n'est pas propriétaire des locaux de l'abattoir de Holtzheim, qui a été racheté par les membres de la SCI Synergie lors d'un précédent plan de crise, il y a une dizaine d'années ; la SCI rassemble Groupama Grand Est, Crédit Agricole et le Comptoir agricole. Pour Franck Sander, président de la FDSEA du Bas-Rhin, la priorité est de connaître au plus vite la situation exacte et de savoir comment les éleveurs vont pouvoir être payés. « Il est primordial que l'administrateur donne des garanties sur le paiement des éleveurs pour assurer la continuité de l'abattoir. L'Alsace doit garder des outils, pour organiser une filière totale de viande bovine et porcine du producteur au consommateur. Le juridique va dicter un certain nombre de choix pratiques mais tous les partenaires sont d'accord sur les enjeux à défendre, pour maintenir un outil de transformation proche du bassin de production, répondre aux attentes sociétales sur un approvisionnement de proximité et le bien-être animal sans oublier les salariés et leur famille. » Un point de vue partagé par Thomas Gillig, président des Ja 67. Il estime que le maintien d'un outil de transformation est vital pour la pérennité des débouchés notamment dans la filière porcine où de nombreux jeunes sont installés. « Il faut également des perspectives pour débloquer des dossiers d'installation qui sont actuellement dans les cartons. » Les FDSEA du Bas-Rhin et du Haut-Rhin, la Chambre d'agriculture d'Alsace et la Copvial organiseront dans les prochains jours une réunion d'information à l'attention des éleveurs avec d'ici là des réponses concrètes sur la question du paiement. Toute la profession agricole est mobilisée, et « nous ferons tout pour trouver des moyens pour aider les éleveurs », précise Franck Sander. La Chambre d'agriculture propose d'ores et déjà aux éleveurs un accompagnement technique et économique, annonce Laurent Wendlinger, son président (lire encadré).  Cet outil d'abattage est, selon les spécialistes, vital pour la filière porcine alsacienne. Car si les gros bovins peuvent être acheminés vers les abattoirs les plus proches dans le Grand Est, il n'en va pas de même pour les porcs, plus sensibles au stress durant le transport. Certains éleveurs de porcs ont cependant déjà exploré d'autres pistes, comme l'abattage en Allemagne. Cette situation pourrait générer une réflexion générale sur les filières d'abattage dans le Grand Est, selon Patrick Bastian, conseiller régional. Car Holtzheim n'est pas le seul abattoir qui doit revoir son positionnement. Ce problème local s'inscrit dans un contexte national délétère pour les abattoirs où à la crise de l'élevage, s'est ajoutée une crise morale sur le bien-être animal.

École des jeunes présentateurs

21 jeunes formés à la présentation d'animaux

Publié le 26/04/2016

Présenter des animaux à un concours de race, ça ne s'improvise pas, loin de là. 21 jeunes se sont familiarisés avec les arcanes de ce sport de professionnel en vue de leur participation au concours des jeunes présentateurs qui aura lieu le samedi 21 mai dans le cadre du Festival de l'élevage de Brumath.

Présenter des vaches ou des génisses lors d'un concours de race requiert une somme de connaissances insoupçonnées. Pas question d'arriver avec un animal pas très bien préparé, ni entraîné et mis en valeur. Tout un art que 21 jeunes passionnés ont pu aborder dans le cadre de l'école des jeunes présentateurs, organisée par le Club Holstein 68 et le Syndicat de la race prim'holstein du Bas-Rhin, et qui s'est déroulée les 9 et 10 avril dans l'enceinte du Gaec Wilt à Dachstein. Pas moins d'une dizaine de formateurs (Olivier Wilt, Nicolas Brodbeck, Alexandre Wintzenrieth, Bruno Dietmann, Philippe Hofstetter, Guillaume Hofstetter, Perrine Ludwig, Salomé Vieux, Claudia Kreiss, Jean-François Dintinger et Daniel Schwartz) sont intervenus pour initier ces jeunes alsaciens, âgés de 17 à 20 ans, aux arcanes des concours de race. Pour la plupart, il s'agissait d'élèves de l'enseignement agricole, ou de jeunes installés ; des enfants d'éleveur, ou des jeunes qui nourrissent une passion pour l'élevage. Suffisamment pour y consacrer un week-end entier durant les vacances scolaires. Magnifier les animaux Durant les deux jours de formation, les participants ont tourné entre trois ateliers. Le premier était consacré à la sélection et à la préparation des animaux en amont d'un concours. Il faut en effet savoir repérer les animaux qui ont le meilleur potentiel, et dont les défauts peuvent être corrigés par une préparation soignée. L'animal sélectionné, il faut l'éduquer à manger dans un seau, à marcher doucement et calmement, et lui concocter une ration adaptée. Le deuxième atelier était réservé au clippage, une discipline qui consiste à savoir mettre les animaux en valeur en les lavant pour préparer le poil, puis en les tondant de manière à affiner certaines zones et à en mettre d'autres en relief. Ainsi, la seconde journée de formation a été presque exclusivement consacrée à la préparation de la ligne de dos, qui doit s'effectuer avec la plus grande précision. Le troisième atelier a permis aux élèves de se familiariser avec les règles et les gestes de présentation des animaux. Un des principaux objectifs, c'est de faciliter le travail du juge. Et puis les animaux doivent être positionnés de la manière la plus avantageuse possible par rapport au juge. Les génisses doivent paraître les plus longues possible. La position des pattes relève donc d'une grande importance, et c'est au présentateur de savoir quelle patte la vache doit mettre en avant, et de le lui faire savoir en appliquant une pression sur la patte concernée. Le présentateur doit aussi en permanence veiller à ce que la ligne de dos soit bien droite, quitte à remettre la queue de l'animal en place. Les organisateurs tiennent à remercier Copvial et Alsace Lait qui leur ont fourni de quoi préparer les repas pris en commun au cours du stage, ainsi que le lycée agricole d'Obernai, où les participants étaient logés pour la nuit du 9 au 10 avril. Rendez-vous samedi 21 mai au plan d'eau de Brumath pour voir évoluer ces 21 jeunes présentateurs avec leurs génisses et constater les bénéfices de cette formation un peu particulière.

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