Élevage

Publié le 27/07/2015

Jeune agricultrice installée à Ranspach-le-Haut, Émilie Schmitt est l'une des neuf finalistes du concours « Graines d'agriculteurs » qui se poursuit jusqu'à la fin du mois d'août. Ce concours, qui a lieu chaque année, vise à récompenser des jeunes agriculteurs qui viennent de s'installer. C'est le seul trophée agricole qui donne la parole au public et qui lui permet de devenir un consom'acteur.

Des jeunes qui viennent de s’installer sur une exploitation agricole au cours de ces cinq dernières années, c'est la seule condition pour participer à ce concours. « Graines d'agriculteurs » fédère toutes les instances représentatives agricoles : au niveau national, les Jeunes Agriculteurs (JA), le ministère de l'Agriculture, les acteurs historiques de l’agriculture avec ses différentes filières. « Graines d’agriculteurs » rassemble tout le monde. L’objectif : écouter ces jeunes agriculteurs talentueux, entendre leur vision de l’agriculture de demain, et faire découvrir l'agriculture dans sa diversité. Et peut-être qu’en découvrant ces nouveaux talents, « Graines d’agriculteurs » suscitera des vocations et donnera à certains jeunes l’envie d’entreprendre sur une exploitation agricole ?En 2014, les grandes cultures ont succédé aux jeunes éleveurs de viande bovine de 2013, qui eux-mêmes ont succédé aux jeunes vignerons et maraîchers de 2012, et aux jeunes arboriculteurs de 2011. Les éleveurs laitiers ont été choisis pour cette édition 2015. Un bon support de communication « On m'a appelé en janvier dernier pour savoir si j'étais intéressée pour participer à ce concours. Auparavant, les organisateurs avaient contacté le service « installation » de la Chambre d'agriculture de région Alsace. J'ai accepté de recevoir le dossier d'inscription et de participation. J'ai alors rempli un dossier très complet de plusieurs pages. Afin de répondre aux questions, j'ai effectué des recherches pour avoir toutes les données sur ma propre exploitation. Ma plus grande surprise concerne le coût des traitements phytosanitaires à l'hectare. Cela m'a permis de travailler les chiffres et de découvrir des données sur l'entreprise. J'ai par exemple départagé le chiffre d'affaires laiterie et celui du lait transformé. Cela a pris du temps, mais c'était intéressant et cela devrait me servir pour la pérennité de l'exploitation. La dernière partie du dossier concerne les motivations de l'installation et mon projet. J'ai rendu et renvoyé le dossier à la fin du mois de mars », raconte Émilie Schmitt. Pendant plusieurs semaines, la jeune agricultrice n'a pas eu de nouvelles. Le temps certainement pour les organisateurs d'exploiter toutes les réponses des participants. À la fin du mois de mai, elle est rappelée. On lui signifie qu'elle fait partie des neuf finalistes. C'est la seule en Alsace. « J'ai évidemment été agréablement surprise. Une équipe de production est venue à Ranspach-le-Haut la semaine suivante pour effectuer un tournage me présentant et pour expliquer le fonctionnement de la ferme. Depuis, cette vidéo a été mise en ligne sur le site internet de « Graines d'agriculteurs » comme celles des autres finalistes. Je suis contente d'en être arrivée là. Pas seulement pour moi, mais également pour l'entreprise. C'est un bon support de communication. Les clients sont nombreux à m'en parler. Ils ont vu la vidéo sur le site internet en question et sur Facebook », ajoute Émilie Schmitt. « Je ne regrette rien » Depuis que la vidéo a été mise en ligne, la jeune agricultrice ne sait rien. Elle n'a rien entendu, ne sait pas comment la vidéo est perçue et ne sait pas davantage si les internautes votent pour elle. Ce sera le cas jusqu'à la fin des votes, programmée le 28 août. Les résultats officiels seront communiqués lors de la finale nationale de labour à Metz en septembre. « Nous serons alors prévenus juste avant, mais cela devrait rester secret », précise Émilie Schmitt déjà satisfaite de pouvoir parler de son exploitation. Un concours qui, à ses yeux, permet en tout cas de promouvoir et de valoriser l'agriculture et les installations. Cela fait maintenant trois ans et demi que, pour sa part, elle est officiellement installée. Là également, elle ne regrette rien. « J'ai continué à vendre mes produits sur différents marchés à la ferme et j'ai greffé à mon programme hebdomadaire deux nouveaux marchés. J'exerce un métier passionnant. Il est stressant car on a des responsabilités, mais je ne reviendrais pas en arrière. J'exerce un métier qui me plaît. Il me demande beaucoup d'heures de travail, mais le retour des clients est très valorisant. Le relationnel est positif. Et, depuis quelques mois, je propose également des petits fromages frais en complément de la gamme de produits habituels », conclut Émilie Schmitt qui s'investit également au sein des Jeunes Agriculteurs du canton de Sierentz-Huningue.

Ferme Vogelgesang à Dorlisheim

Du pragmatisme mais pas de promesses

Publié le 05/05/2015

À l'issue du congrès de la FNO, Stéphane Le Foll s'est rendu sur l'exploitation de la famille Jost à Dorlisheim, une exploitation de polyculture-élevage située au coeur de la zone hamster. Les représentants professionnels ont saisi l'opportunité de ce déplacement pour faire le point sur les dossiers du moment. 

Principale annonce de cette visite, le ministre a confirmé que « la quasi-unanimité des 29 propositions formulées dans le rapport Bastian devrait être retenue par le gouvernement d'ici la fin du mois de mai ». Jean-Paul Bastian, président de la Cara, s'était vu confier une mission sur les contrôles dans les exploitations agricoles aux côtés de Frédérique Massat, députée de l’Ariège et Simone Saillant, directrice départementale des territoires du Loiret. Ces propositions visent notamment à clarifier, simplifier et stabiliser le cadre réglementaire, rechercher un allégement de la pression et améliorer la préparation et le déroulement des contrôles sur place. Les responsables des OPA ont profité de ce déjeuner à la ferme pour rappeler au ministre leurs principaux sujets de préoccupation. Jean-Paul Bastian a souligné l'amertume alsacienne sur le budget de la Chambre d'agriculture, qui s'est vu tour à tour prélevée sur son fonds de roulement, baissée son imposition et intégrée dans une grande région qui nécessite une réorganisation complète. Un comble alors qu'elle avait fait le choix de construire quelques mois auparavant une Chambre régionale, engageant ainsi une forte restructuration. Conscient des efforts engagés, le ministre a précisé que la Cara serait prioritaire sur le fonds de péréquation, où sera pris en compte le travail réalisé. L'Alsace a fait ses propositions concernant la mise en œuvre du 2e pilier de la Pac. Mais le plan proposé n'est à cette heure toujours pas validé. Jean-Paul Bastian souhaite que la dynamique de la politique d'investissement agricole ne soit pas cassée par des lenteurs administratives. Stéphane Le Foll a précisé que ces plans régionaux étaient en cours de validation à Bruxelles. Néanmoins, il a assuré que sur l'ensemble des politiques transversales, comme l'installation, l'État assurait la période transitoire pour ne pas freiner les projets. « En tout état de cause, les plans devraient être validés avant fin juin. » Dégager du stockage ce qui peut l'être Denis Nass, président de la FDSEA du Haut-Rhin, est revenu sur un sujet préoccupant la filière depuis de nombreux mois : la directive nitrates, « vieux serpent de mer ». Il souhaite là aussi que les bons élèves ne soient pas punis. Certaines communes, où les résultats des premiers plans ont donné des résultats positifs, doivent sortir de la zone vulnérable afin que les efforts importants fournis par les agriculteurs sur le terrain soient récompensés. En outre, il a redemandé à ce que les périodes d'épandage puissent être revues pour permettre l'épandage avant l'implantation des blés en automne. D'un point de vue agronomique, le climat continental alsacien ne permet pas un épandage optimal au printemps, quand les sols sont gorgés d'eau. Par ailleurs, la mise aux normes sur les capacités de stockage avant octobre 2016 paraît intenable, surtout compte tenu de la conjoncture délicate de l'élevage bovin en ce moment. Sur la délimitation des zones, le ministre retient la notion de bassins démographiques plutôt que celle de limites communales, qui intègrent parfois d'énormes surfaces non concernées. Mais Stéphane Le Foll n'a pas caché son pessimisme quant à la possibilité de revoir les périodes d'épandage. Il croit plutôt dans la possibilité de mettre en place des dérogations à titre expérimental en cas de couverture continue des sols. Il est également favorable au fait de « dégager du stockage tout ce qui peut l'être » comme le fumier dit pailleux, ou les volumes destinés à la méthanisation pour limiter l'augmentation des volumes de stockage. « Personne ne perdra de DPB » Denis Ramspacher, président de la FDSEA du Bas-Rhin, est revenu pour sa part sur les conséquences de la réforme de la Pac pour la ferme Alsace, où les exploitations, notamment en plaine, vont subir une forte baisse de leurs subventions. Cette baisse intervient dans un contexte où les trésoreries ont déjà été mises à mal par la faiblesse des prix des produits agricoles. Le ministre a reconnu que pour les exploitations moyennes, « ça peut poser problème ! ». Denis Ramspacher est aussi revenu sur les nombreux changements qui interviendront dans la déclaration Pac 2015. Il va falloir mettre les bouchées doubles pour accompagner tout le monde, notamment dans le Bas-Rhin, qui passe cette année au 100 % TéléPac. Les nouvelles cartographies laissent perplexes. Pourquoi avoir fait depuis des années des corrections pour améliorer la cartographie et repartir cette année à zéro, sans que tout soit conforme vraisemblablement ? Le ministre a rappelé l'historique du contentieux qui a poussé la France à revoir cette cartographie. « Alors que Bruxelles estimait à 3 % les écarts de surfaces admissibles, nous sommes finalement arrivés à 0,5 %. » Le président de la FDSEA du Bas-Rhin a alerté sur les risques de pertes de DPB en cas de changement juridique des structures d'exploitations. Un point sur lequel le ministre s'est voulu rassurant. Le transfert se fera, y compris « de fermier à fermier » en cas de transmission d'exploitation. « Personne ne perdra de DPB ! ». Enfin, sur les prairies temporaires, les professionnels ont alerté le ministre sur le problème de changement de classification de ces prairies, notamment par rapport aux obligations de mise en œuvre des trois cultures. Le risque de retournement de ces prairies est réel, et cela va à contresens des objectifs de verdissement. Thomas Gillig, président des JA 67, a déploré que les propositions faites suite aux assises de l'installation par les JA sur l'accompagnement technico-économique des jeunes n'aient pas été validées par la Commission européenne. Un point de vue partagé par le ministre, qui néanmoins estime que ce dossier peut être revu. Paul Fritsch, président de la Coordination rurale, a demandé au ministre la mise en place du pluralisme au niveau des conseils des coopératives. Un point sur lequel le ministre est resté réservé puisqu'une coopérative est une entreprise. Difficile de s'immiscer dans sa gouvernance ; « ce n'est pas la même chose qu'une Chambre consulaire ou une interprofession ». Enfin, pour la viticulture, Jérôme Bauer a expliqué par un exemple concret les risques de détournement de notoriété de l'AOC Alsace par les vins sans indication géographique, produits à partir de cépages historiques alsaciens et vendus dans des flûtes alsaciennes (lire en page 36). Il a en outre présenté le projet Repère avec Jean-François Lallemand, président du syndicat viticole de Westhalten, qui entre dans les objectifs d'agroécologie. Ils ont convié le ministre à venir sur place pour découvrir ce projet de partage de connaissance ascendant pour améliorer les pratiques culturales, porté par le syndicat viticole et qui pourrait s'étendre plus largement aux communes avoisinantes. 

Ovinpiades des jeunes bergers

Du nouveau dans les épreuves

Publié le 02/12/2014

Jeudi 27 novembre, Kévin Tiebaut et Pierre-Baptiste Bier ont décroché leur ticket pour la finale nationale des Ovinpiades des jeunes bergers lors des épreuves régionales qui se disputaient sur l’exploitation de Stéphane Huchot à Preuschdorf, et au menu desquelles figuraient parage des onglons, tri de lots, manipulation et évaluation de l’état corporel d’une brebis et pour la première fois, appréciation de son état de santé.

Du nouveau cette année dans les épreuves des Ovinpiades des jeunes bergers : le parcours avec un quad attelé d’une remorque a été remplacé par l’appréciation de l’état de santé d’une brebis. Les candidats disposaient de 6 minutes pour passer en revue six critères. Le premier des 24 élèves de terminale bac pro au lycée agricole d’Obernai à se lancer commence par examiner soigneusement les yeux de la brebis, en soulevant ses paupières. «Une troisième paupière apparaît, sa couleur est un bon indicateur de l’état de santé de la brebis, détaille-t-il. Si elle est blanche, l’animal est en bonne forme, si elle est jaune, il a un problème de foie, si elle est violette ou rouge, il est malade». Il lui faut ensuite s’y reprendre plusieurs fois avant de réussir à maintenir ouverte la gueule de l’animal pour inspecter sa dentition : voir si les dents sont toutes présentes, si elles sont usées. L’épreuve se poursuit avec l’examen des pattes pour déterminer s’il faut tailler les onglons, de la mamelle pour vérifier l’absence de mammite, de la propreté du postérieur pour donner une note de «diarrhée», et finit avec une prise de température. «Ce sont des gestes de base du métier d’éleveur ovin, il faut les connaître et savoir interpréter ce que l’on voit», souligne Jean-Pierre Saulet-Moes, conseiller ovin à la Chambre d’agriculture de région Alsace, cheville ouvrière de ces épreuves régionales. Précision et technicité Un peu plus loin, dans un autre box, un groupe d’élèves s’apprête à passer l’épreuve de parage des onglons. «Vous disposez de 4 minutes pour tailler les onglons. C’est un geste que nous réalisons en à peine 2 minutes», rappelle l’éleveur chargé de juger cette épreuve. Si le temps imparti constitue un critère de notation important, la qualité de la coupe aussi : «Nous regardons si le parage est correct, équilibré, et surtout si l’animal n’est pas blessé. Nous notons la précision du geste». Enfin, le jury est attentif au respect des consignes de sécurité tant pour l’animal que pour les candidats. L’isolation de trois brebis sur un lot de quinze, à partir du numéro de leur puce électronique, peut paraître une épreuve facile. «Mais il faut être capable d’anticiper et avoir une certaine technicité pour faire passer les brebis dans le couloir de contention sans perdre trop de temps», souligne Stéphane Huchot, qui accueillait ces épreuves sur son exploitation. Enfin, la manipulation et l’évaluation de l’état corporel d’une brebis est une épreuve qui a dérouté plus d’un candidat. Le jury a noté «la maîtrise des techniques d’appréciation du gras avec le plat de la main et de manipulation lors du parcours balisé en “brouette”». Avant ces quatre épreuves pratiques, les candidats avaient planché par écrit sur la filière, l’alimentation, la reproduction, la génétique, la santé et la reconnaissance des races. Une «vraie» régionale pour 2015 «Les élèves ont bénéficié de quatre entraînements pratiques sur des exploitations de la région avant ces épreuves», indique Jean-Pierre Saulet Moes. L’occasion pour eux de se familiariser avec ces gestes techniques, mais aussi d'appréhender différents systèmes de production et d’échanger avec les éleveurs. «Nous sommes une des seules régions participantes à organiser des entraînements, car la ferme du lycée agricole d’Obernai ne dispose pas de troupe ovine», précise le conseiller ovin. «Un tel support serait une bonne chose pour les étudiants, reconnaît Gilles Cadieu, proviseur adjoint du lycée agricole d’Obernai. Mais pour le moment, l’installation d’une troupe n’est pas à l’ordre du jour. L’exploitation agricole du lycée a engagé ces dernières années de nombreux investissements, notamment pour l’unité de méthanisation. Il faut les asseoir avant d’envisager de nouveaux projets». Pour autant, l’idée qu’un troupeau ovin vienne ponctuellement paître pour entretenir certaines parcelles fait son chemin, assure Hervé Wenlding, président du Syndicat ovin du Bas-Rhin. «Il pourrait alors servir de support pédagogique». Comme les trois précédentes, cette quatrième édition régionale des Ovinpiades des jeunes bergers a remporté un bon écho tant auprès des enseignants que des candidats. Les premiers assurent consacrer davantage de temps à présenter cette production et ses atouts. Les seconds apprécient les échanges avec les professionnels de la filière dans une ambiance conviviale. «Bon nombre de jeunes ne connaissent pas le métier d’éleveur, en ont une idée négative, construite à partir de l’image d’Épinal du berger. Grâce à ces épreuves ils acquièrent un minimum de connaissances de base qui leur permet d’aborder ou de réfléchir à un projet ovin plus facilement. Cette opération constitue un levier pour inciter les jeunes à aller vers la filière, susciter des vocations». Et son succès fait que «chaque année, nous prenons date pour la suivante. Pour 2015, les élèves du lycée agricole de Rouffach devraient franchir le pas et y participer. Nous aurons alors une véritable finale régionale», annonce Jean-Pierre Saulet-Moes, qui leur a proposé cette année quelques séances de sensibilisation au métier d’éleveur.

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