Élevage

Organisme de sélection de la race vosgienne

« La valeur ajoutée doit revenir aux façonneurs de paysage »

Publié le 18/04/2016

L’Organisme de sélection de la race vosgienne a réussi à fédérer les éleveurs du massif autour d’un projet : la création du fromage Cœur de massif. L’OS est également impliqué dans le déploiement d’un nouveau schéma de sélection basé sur la génomique.

Malgré la crise de l’élevage, les éleveurs de vosgiennes gardent le moral : le lancement réussi du fromage Cœur de massif, courant 2015, leur donne de l’espoir, a expliqué Florent Campello, président de l’Organisme de sélection de la race vosgienne, mardi 22 mars, à la Maison du Temps libre de Belmont, où se déroulait l’assemblée générale de l’OS. « Après avoir conquis son territoire, après avoir été sauvée de la disparition, et avoir vu remonter ses effectifs, notre race vosgienne a maintenant son fromage. Ce projet fédérateur est unique dans la crise actuelle », s’est réjoui Florent Campello.  Sur le plan technique, les éleveurs sont en attente d’une révolution génétique liée à l’arrivée de la génomique. « Des index officiels sortent début mars 2016 pour nous aider à faire évoluer génétiquement nos troupeaux mais aussi pour permettre à la race de se maintenir sur nos exploitations en répondant à l’évolution et à la modernité actuelle des marchés », a souligné le président de l’OS vosgienne. D’autres défis attendent l'organisme de sélection. « Le règlement zootechnique va nous amener à d’autres responsabilités et à réinventer l’OS de demain. » Dans ce contexte, Florent Campello se dit attaché à « garder l’éleveur au centre des préoccupations ». Les éleveurs doivent garder des filières courtes, « car la valeur ajoutée ne doit revenir qu’aux façonneurs de nos paysages de massif. Par votre travail quotidien avec vos animaux, vous nous permettrez de collecter des données qui vous appartiennent, des performances qui nous permettent de faire des accouplements et aussi faire évoluer notre race. Ces données sont le cœur des enjeux de demain, elles sont les vôtres. Vous en êtes les seuls propriétaires. » Le président de l’OS vosgienne plaide pour le maintien des spécificités de l’agriculture de montagne. « Le massif, pour rester un poumon vert et blanc pour l’est de la France, doit pouvoir respirer, car s’il ne conserve pas ses espaces en herbe qui font sa couleur, c’est son attractivité touristique qui risque d’en pâtir et donc son économie générale. » Les inséminations en race pure au sommet Les quatre commissions de l’OS vosgienne se sont réunies une trentaine de fois au cours de l’année écoulée. Dominique Valdenaire a rendu compte de leurs travaux, en particulier ceux de la commission génétique, qui assure la transition vers un schéma de sélection génomique. L’OS vosgienne compte 186 adhérents, soit une trentaine de plus qu’en 2014, a relevé Philippe Caussanel, directeur du service élevage de la Chambre d’agriculture d'Alsace. Un peu moins de la moitié des cheptels sont également adhérents au Contrôle laitier, pour un effectif de 1 183 vaches contrôlées. Elles affichent une production moyenne de 4 124 kg, contre 4 082 kg l’année précédente. Le nombre des femelles vosgiennes est en augmentation au niveau national, et particulièrement dans le Haut-Rhin, deuxième département en nombre de femelles vosgiennes derrière les Vosges, et premier en nombre de femelles contrôlées. À noter aussi que sur la zone Elitest, le nombre des inséminations artificielles en race pure a atteint 3 657. « Ce nombre n’a jamais été aussi élevé », constate le directeur du service élevage, mais il est en baisse sur le croisement. Plusieurs vosgiennes ont dépassé les 50 000 kg de production dans leur carrière, a indiqué Mélanie Gutzwiller, technicienne de l’OS vosgienne. Pomacle, du Gaec Schoeffel, a franchi le cap des 70 000 kg, Tosca, de l’EARL Wehrey, et Amser, d’Yvan Pierrez, pointent à plus de 60 000 kg. Quelques nouvelles vaches font leur entrée dans le club des animaux à plus de 50 000 kg : Simone et Alouette, de l’EARL Wehrey, Tarabiscot du Gaec du Vacceux, Uranie, du Gaec de la Fourrière et Utopie, de la ferme Holschlag. « Tous les ans, entre cinq et dix vaches sont ainsi récompensées, c’est la preuve qu’elles vieillissent bien », a commenté Mélanie Gutzwiller. Le service SMS proposé par l’OS vosgienne pour l’achat et la vente d’animaux fonctionne de manière satisfaisante : 48 SMS ont été envoyés aux adhérents. Ils ont débouché sur 29 ventes et 19 achats, soit un total de 108 animaux échangés. Quant au site internet, il est de plus en plus visité, avec une pointe de près de 7 000 connexions en février 2016, lors du Salon international de l’agriculture. 120 mères support pour le schéma de sélection Quatre taureaux de testage sont actuellement disponibles en doses sexées : Jumbo (Lancelot x Baron), Ivanhoé (Herbert x Ouragan), Jodler (Veto x Osiris) et Jaguar (Brave x Tango). D’autres sont rentrés en station pour une utilisation la saison prochaine : Jamesbond, Jules, Léon, Loustic. Deux autres sont nouvellement sortis en 2015. Il s’agit de deux fils d’Osiris, ayant des profils très différents : Diabolo est un taureau laitier par excellence, améliorateur en lait et en taux, utilisable sur génisses. Dartagnan, lui, est très améliorateur en morphologie, bon en cellules et donne des naissances faciles, ce qui le rend également utilisable sur génisses.  Le nouveau schéma de sélection repose sur 120 mères support triées sur index génomique et sur ascendance. « On tient compte de certains critères rédhibitoires : ce n’est pas parce qu’une vache est à 160 d’Isu qu’elle va être mère support », a précisé Philippe Caussanel. Pour sélectionner les mères support, la commission génétique a fait le choix de génotyper une génération de femelles par hiver : 222 femelles ont été prélevées dans cet objectif cet hiver, l’objectif étant de génotyper un maximum d’animaux. Chez les mâles, une cinquantaine de veaux mâles seront génotypés annuellement, l’objectif étant d’en garder une dizaine pour les rentrer en station. « On en retiendra quatre à six selon les années ».

Élevage de poules pondeuses bios

Un vaste poulailler à Surbourg

Publié le 08/04/2016

La famille Scharrenberger vient d'ajouter une corde à son arc avec l'inauguration d'un poulailler dédié à l'élevage de poules pondeuses bios. 15 000 poulettes viennent d'y prendre leurs quartiers. Les premiers œufs sont attendus pour le 20 avril.

Dans la famille Scharrenberger, la diversification, on connaît. Le Gaec, qui associe Christophe Scharrenberger, ses deux fils, Stéphane et Denis, ainsi que Charles Siegel, est dédié à la polyculture élevage de bovins viande. À cela s'ajoute du maraîchage - pissenlit, asperge, ail, oignon - et une culture spéciale : le raifort. Il y a quelques années, un magasin de vente directe a été mis sur pied, employant pas moins de trois bouchers, deux vendeurs, une préparatrice… Dernière évolution en date, lundi 21 mars, la famille Scharrenberger inaugurait un poulailler dédié à l'élevage de poules pondeuses bios. Un investissement de 1,2 million d'euros (M€) que les Scharrenberger ont consenti, confortés par la croissance du marché de l'œuf bio qui assure un débouché. C'est en effet Freddy Zacher, président de la coopérative Sica Producteurs Alsaciens et Lorrains, qui, cherchant à développer son approvisionnement local en œufs bios, les a incités à se lancer dans cette production. « Le marché de l'œuf bio se porte bien, avec une croissance du chiffre d'affaires de plus de 7 % par an », confirme Freddy Zacher, qui poursuit : « Nous essayons depuis plusieurs années de produire en Alsace ce que nous vendons en Alsace ». Un pari en passe d'être gagné. En effet, prochainement, Christian Schleiffer, qui produit déjà des œufs bios à Uhrwiller, va développer sa production grâce à un second bâtiment. De 9 000 poules en place, son élevage va donc passer à 18 000 poules. Celui de l'EARL Spiessweg, la société créée pour gérer l'élevage des Scharrenberger, en abritera 15 000. Ces 30 000 poules permettent de couvrir 80 % des besoins en œufs bios de Bureland. La marque souhaite d'ailleurs continuer à développer la filière bio afin de répondre aux 20 % restants et à la future croissance du marché de l’œuf bio. Six poules par mètre carré Lors de l'inauguration, qui avait lieu en présence de Frédéric Reiss, député, et Pierre Mammosser, président de la Communauté de communes de l'Outre-Forêt, et de l'ensemble des maires de la Communauté de communes, Christophe Scharrenberger, qui est également maire de Surbourg, a rappelé la genèse d'un projet qui a mis trois ans à sortir de terre. En effet, le site est classé Natura 2000 et il a fallu procéder à une modification simplifiée du PLU pour que l'emplacement du futur poulailler passe d'une zone agricole à une zone agricole constructible. Ce qui a nécessité une enquête, financée par la Communauté de communes. Christophe Scharrenberger a remercié ses partenaires dans cette aventure : le Crédit Agricole, la Chambre d'agriculture d'Alsace, Jean-Marc Haegey, l'éleveur qui va le fournir en poulettes prêtes à pondre, et Jean-Marc Frobert, de la société BFC Constructions, conceptrice du bâtiment. Celui-ci est divisé en deux salles, l'une pouvant accueillir 6 000 poules, l'autre d'une capacité de 9 000 poules, séparées par un local technique dédié à la collecte des œufs et au réglage des nombreux automatismes qui permettent de gérer l'élevage. Sur les 3 000 m2 du bâtiment 2 500 sont consacrés aux animaux, ce qui permet de respecter le critère de six poules par mètre carré inscrit au cahier des charges de l'agriculture biologique. Un cahier des charges qui stipule aussi la mise à disposition d'un vaste parcours extérieur. En effet, les poules pondeuses bios doivent pouvoir passer les deux tiers de leur vie en extérieur. Aussi le poulailler est-il ouvert sur un parcours de 6 hectares, dès que les conditions extérieures le permettent. Et il se referme le soir pour que les poules passent la nuit sur les perchoirs mis à leur disposition, conformément à leur instinct de survie, à raison de 18 cm de perchoir par animal. « Le cahier des charges de l'élevage de poules pondeuses en agriculture biologique est extrêmement strict. Il précise aussi la longueur de mangeoire par poule - 10 cm -, le nombre de poules par surface de pondoir… C'est contraignant mais c'est aussi positif parce que ce cahier des charges est le même pour tous les élevages de poules bios d'Europe. Donc de ce point de vue, pas de distorsions de concurrence, les normes sont les mêmes, quels que soient les pays et les élevages sont contrôlés », note Jean-Marc Frobert. Enfin, l'investissement de la famille Scharrenberger dans ce poulailler va générer un emploi : un salarié sera dédié à mi-temps au Gaec et à mi-temps au poulailler, puisqu'il faut compter pas moins de 3-4 heures par jour pour collecter et conditionner les œufs.

Groupement de défense sanitaire d'Alsace

Éradiquer la BVD : tous les éleveurs sont concernés !

Publié le 04/03/2016

Après ses voisins mosellans, allemands et belges, le GDS d'Alsace a décidé de se lancer dans un plan de lutte obligatoire contre la BVD (diarrhée virale bovine). Largement présenté lors des assemblées générales des syndicats de races bovines, ce plan sera financé par une augmentation de cotisation.

« Depuis longtemps, le porc est en crise. Aujourd’hui, le lait et la viande sont eux aussi dans la tourmente, a rappelé Patrick Bastian, en ouvrant l’assemblée générale du Groupement de défense sanitaire (GDS) d’Alsace. Les prévisions des économistes sont pessimistes, mais la situation peut se retourner rapidement. » Beaucoup de mesures ont été prises par le gouvernement pour venir en aide aux éleveurs mais il est difficile de compenser les méfaits de la crise, vu son ampleur. La nouvelle Région a pour mission de s’investir dans l’économie. « Un certain nombre d’idées ont déjà été lancées. » Cependant, a insisté Patrick Bastian, accorder des aides, c’est important, mais à condition de les verser rapidement. Le président Philippe Richert en est conscient. Pour le plan de modernisation des bâtiments d’élevage, par exemple, il faudra passer par le versement d’acomptes pour faire démarrer les projets et soutenir l’investissement. « La gestion des crises, laissons-la à l’État, mais à notre niveau, faisons tout ce que nous pouvons pour assurer la pérennité des exploitations agricoles. » La lutte sanitaire est l’un de ces leviers. La loi NOTRe enlève la compétence économique aux Départements qui subventionnaient fortement les GDS. Que réservera l'avenir ? « Certains départements vont continuer à nous soutenir, d’autres se voient contraints d’arrêter. Le Bas-Rhin nous accordait des aides importantes pour lutter contre les maladies et pour soutenir le laboratoire départemental. Cette politique risque d’être remise en cause à l'avenir. Dans le Haut-Rhin, les aides étaient différentes. » La Région va reprendre la compétence économique, et donc certainement l’aspect sanitaire. « Les GDS du Grand Est se réunissent aujourd'hui, 4 mars, pour voir comment ils vont se structurer. » Pour Patrick Bastian, il faut avancer sur des dossiers comme l'OVS (Organisme à vocation sanitaire) et l'ASR (Association sanitaire régionale). « Ce n’est qu’au niveau de la grande région que nous pourrons être reconnus comme ASR. Mais la lutte sanitaire doit se faire au plus près du terrain et nous avons besoin des départements pour être efficaces. » Épargnés par les crises sanitaires… pour l'instant « En Alsace, nous sommes passés à côté des crises les plus graves », a poursuivi Patrick Bastian. La fièvre catarrhale ovine (FCO) est apparue très brusquement en France, mais pour le moment l’Est n’est pas touché. Le président du GDS ne se fait pas d’illusion : « Cet été, cela risque de changer… Heureusement, le dossier est géré de manière plus simple et plus lucide par les autorités sanitaires, nous avons appris à gérer ce genre de crise. » De son côté, la crise aviaire a pris une ampleur sans précédent : un tiers de la production française va être euthanasié et un vide sanitaire sera effectué. « Au niveau national, nous sommes dans l'attente de la parution d'un accord ministériel pour mettre en place un programme d’éradication de l'IBR (rhinotrachéite infectieuse bovine), a annoncé Patrick Bastian. Je suis satisfait de cette décision : les derniers cas nous coûtent très cher et il était temps d'adopter des mesures plus radicales. Les Conseils départementaux ont apporté une contribution importante à la lutte contre cette maladie, mais nous ne pouvons pas éternellement les solliciter sur ce dossier. Cet arrêté ministériel nous permet d’aller vers l’éradication de l’IBR. » BVD : aller rapidement vers l’éradication Mais la vedette du jour était incontestablement la BVD. « La BVD, j’ai appris à la connaître sur mon exploitation en 1994, avec des pertes considérables. » Depuis, un travail énorme a été accompli, a souligné Patrick Bastian, mais certains départements ont avancé plus vite que d’autres. « Si j’ai défendu la nécessité de foncer, dans notre région, c’est que les régions et départements voisins sont déjà passés à la vitesse supérieure, depuis longtemps. » La Moselle, par exemple, s'est engagée dans la lutte contre cette maladie, avec des résultats exceptionnels. « C’est efficace et cela marche bien. » Patrick Bastian a indiqué que le département des Vosges a décidé à son tour de se lancer dans l'aventure. Un nouveau pas vient d'être franchi. « Nous avons obtenu que la lutte contre la BVD soit rendue obligatoire au niveau national, même si certains départements avanceront à leur propre rythme, parce qu’ils ont d’autres priorités sanitaires, comme la tuberculose. » Les deux départements alsaciens ont décidé de fixer une ligne de conduite par rapport à l’éradication de la BVD qui permettra aux régions voisines de les rejoindre dans cette lutte. « Ensuite, nous conseillerons à nos voisins italiens d’acheter des animaux indemnes, et cela ira très vite. »

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