Élevage

Publié le 03/01/2019

Après six années difficiles, les apiculteurs alsaciens peuvent enfin souffler : la récolte de miel a été très satisfaisante et les pertes au cours de l’hiver s’inscrivent dans la moyenne. Cependant, l’avenir est de plus en plus incertain. En cause, le dérèglement climatique, des maladies et des parasites. Les prochains défis à relever, notamment pour l’Association pour le développement de l’apiculture Grand Est qui forme les professionnels aux bonnes pratiques de l’apiculture.

Les apiculteurs alsaciens dressent le bilan de l’année 2018, entre soulagement après une hausse de la production qui fait suite à six années moroses, et incertitudes dues à de nombreuses menaces. La première d’entre elles est le dérèglement climatique qui empêche toute perspective certaine d’une année à l’autre. « La confiance, nous l’aurions si la situation climatique était stable mais ce n’est pas du tout le cas, explique Alexis Ballis, conseiller apicole à la Chambre d'agriculture d’Alsace. Impossible de savoir comment seront les végétations les prochaines années, ni ce qu’il se passera en termes de pollution ou de pluviométrie. » Saisons et floraisons en désordre Au cours de l’hiver, les pertes des ruches se sont inscrites dans la continuité des années précédentes, avec un taux de 11 %. À noter que de grandes disparités peuvent exister d’un rucher à l’autre. Après une sortie de l’hiver froide et pluvieuse, menaçant les abeilles, le printemps est arrivé brutalement vers le 10 avril. Les ruches ont vite rattrapé leur retard et assuré de belles récoltes : colza et pissenlit, mais aussi fruitiers ont ouvert le bal des floraisons. Leur chevauchement a ensuite empêché d’avoir des creux dans la production. Le comportement des abeilles a été déstabilisé par cette situation et le travail des exploitants désorganisé. Cette conjoncture inhabituelle a eu un effet bénéfique, mais rien ne permettait de le prévoir. « Nos parents avaient des calendriers de floraison précis, raconte Alexis Ballis. Les variations allaient de 10 à 15 jours. Aujourd’hui, la place de ce calendrier est au musée. Les floraisons varient de trois semaines à un mois. C’est devenu anarchique. Cette année nous avons eu de la chance. Les floraisons sont arrivées au bon moment et nous avons profité de la situation. » Conséquence directe de ce calendrier des floraisons bousculé pour le consommateur, les miels changent et leur goût évolue. Parallèlement, les apiculteurs voient pointer différents dangers pour leurs ruches. Le petit coléoptère des ruches poursuit ses ravages en Italie. Le frelon asiatique, déjà présent en Champagne depuis trois ans, se rapproche de plus en plus de l’Alsace. La maladie de la loque américaine, très grave et contagieuse, et le parasite Varroa destructor sont autant de risques encore difficiles à prévenir. « Si 2018 a été une très bonne année pour la production de miel, elle semble plutôt un effet d’aubaine dû au dérèglement climatique qu’une situation stable pour les apiculteurs », conclut le technicien. La vente directe pour contrôler les prix Grâce à un bilan économique positif, les apiculteurs remontent la pente et refont les stocks. Tandis que les années précédentes les récoltes ont chuté de 50 %, 2018 a vu les moyennes remonter, allant de 25 à 50 kg par ruche pour une production de référence de 20 à 35 kg. Les exploitations les plus faibles sont rassurées. Mais, le prix d’achat de son côté baisse fortement sur le marché du gros, hors label bio. « Il faut ajouter à cela les problématiques du commerce international, le miel étant principalement issu de l’importation, et la fraude (des miels importés et vendus au prix fort). Le marché du miel est complètement fou au niveau mondial », précise Alexis Ballis. Le miel de luzerne par exemple s’est vendu à 3 euros le kilo, en dessous du prix de revient situé entre 4,5 et 5 €. Pour faire face, les apiculteurs de la région peuvent privilégier le marché au détail et la vente directe où le prix au kg se maintient autour de 14 €. Une association régionale pour se former et échanger De son côté, l’Association pour le développement de l’apiculture Grand Est (Adage) fait aussi le bilan de son action. « Un des grands temps forts de cette année a été la première journée technique du Grand Est. Organisée en Lorraine, elle a rassemblé plus de 60 apiculteurs et des intervenants, professionnels, techniciens et scientifiques, venus de la France entière. » Selon Alexis Ballis, les retours après cette première édition sont très positifs. « Les jeunes porteurs de projets et les apiculteurs confirmés ont pu échanger sur des questions techniques comme la lutte contre les parasites et les interactions entre les abeilles sauvages et domestiques. Des démonstrations de matériels ont aussi eu lieu. » Au cœur de l’action de l’Adage se trouvent les formations. « La préparation à l’hiver est un des points techniques déterminants. C’est même le principal facteur qui explique la mortalité », détaille Alexis Ballis. C’est un des messages importants portés par l’organisation. Les formations et des enquêtes sont mises en place pour surveiller cela de près. Autre élément essentiel, la notion de « responsabilité de l’éleveur ». Tous les éleveurs ont un intérêt à prendre soin de leurs animaux, et cela est particulièrement vrai pour les apiculteurs à cause du rôle prédominant des abeilles dans l’écosystème. C’est pourquoi, de plus en plus, l’association cherche à se faire entendre au-delà du secteur apicole. « Nous délivrons des conseils pour tous les exploitants agricoles. » Ces actions de formation et de sensibilisation peuvent par exemple s’adresser aux céréaliers qui voudraient améliorer leurs pratiques. « Nous expliquons le fonctionnement de l’apiculture et présentons nos problématiques afin de développer les bonnes stratégies dans une synergie entre agriculteurs et apiculteurs. Ainsi, l’an dernier sur les treize formations proposées, deux s’adressaient spécifiquement au milieu agricole. » En 2019, l’Adage prévoit d’ailleurs le recrutement d’un nouveau stagiaire tout dédié à cette action.

Gaec du Langfeld à Sarrewerden

Bio en trois semaines

Publié le 25/12/2018

Dans le cadre du mois de la bio, l’Organisation professionnelle de l’agriculture biologique en Alsace et la Chambre d'agriculture d’Alsace organisaient en partenariat avec Unébio et Cloé une visite du Gaec du Langfeld, axée sur l’atelier allaitant. Objectif : mieux connaître la filière viande bio.

Le Gaec du Langfeld, ce sont des hommes - Henri Willem et son neveu Sylvain Weber - et pas mal d’animaux : 60 vaches laitières et à peu près autant de vaches allaitantes. Pour ne citer que les bovins. Ces derniers sont très largement nourris à l’herbe puisque la SAU compte 180 hectares de prairies, moitié naturelles moitié permanentes, 10 ha de vergers de pommiers, 30 ha de céréales à paille, 10 ha de maïs. La conversion à l’agriculture biologique a été déclenchée par leur laiterie, Unicoolait, qui cherchait de nouveaux producteurs. « D’abord, on a dit non. On n’était pas intensif, mais la conversion nécessitait de retourner des prairies et nous pensions que nous n’avions pas le droit. » En fait, si ! Et c’est ce qu’ils ont fait. Car les autres critères étaient réunis : un bâtiment suffisamment vaste, des prix rémunérateurs… « Comme nous étions déjà en système extensif, nous n’avons rien changé à notre manière de faire. Sauf que nous n’achetons plus d’engrais minéraux ni de produits phytosanitaires. Et que nous vendons du blé bio pour acheter des correcteurs bios », indique Henri Willem. Le reste des productions végétales est autoconsommé. D’ailleurs, ce qui dicte les décisions des deux associés, c’est « de nourrir tout le monde ». Pour ce faire, partant du principe que « celui qui réussit c’est celui qui sait s’adapter », ils n’hésitent pas à tester régulièrement de nouvelles techniques, quitte à essuyer des déboires : « C’est comme ça marche. Si ça ne donne rien, on fauche ». Autre ligne de conduite : valoriser au maximum le pâturage, car « c’est la ration la moins chère ». Priorité aux vaches laitières, qui ne restent pas plus de trois jours sur le même paddock, puis place aux allaitantes, qui « fauchent » le refus. Normal : les laitières procurent plus de revenus que les allaitantes. Leur ration est donc plus soignée que celle des allaitantes de manière générale. C’est aussi parce que les problèmes engendrés par les bactéries butyriques impactent davantage les performances des laitières que celles des allaitantes. Aussi, en plus du pâturage, ces dernières sont-elles nourries quasi exclusivement au foin et à la paille. Sauf pour l’engraissement, effectué avec de l’ensilage. « Enfin ça, c’est la théorie, sourit Sylvain Weber, un brin désabusé. Parfois il faut improviser. » Une chose est sûre, cette année, ils ne devraient pas avoir trop de mal à remplir l’un de leurs objectifs techniques : ne plus avoir de fourrage dans les silos au printemps pour optimiser le pâturage et conditionner tranquillement le fourrage pour l’hiver suivant. Chez eux, les animaux sortent tant que les sols portent. C’est aussi une question d’économie de paille.

Ovinpiades des jeunes bergers

Une compétition en mode découverte

Publié le 20/12/2018

Quarante élèves des lycées agricoles d’Alsace ont participé à la finale régionale des 14e ovinpiades des jeunes bergers, mercredi 19 décembre à la ferme Huchot de Preuschdorf. À la clé, deux tickets pour la finale nationale, le premier week-end du Salon de l’agriculture de Paris. Mais la compétition sert avant tout de vitrine à la filière.

Grosse affluence à la ferme Huchot, mercredi 19 décembre. La bergerie plantée au-dessus du village de Preuschdorf, en Alsace du Nord, accueille la finale des ovinpiades des jeunes bergers. Quarante étudiants des lycées agricoles alsaciens bataillent pour décrocher l’un des deux sésames pour la finale nationale, en février à Paris. Toute la journée, les jeunes passent différentes épreuves pratiques et théoriques. Les petits groupes se pressent devant chaque atelier. Ils doivent trier un lot de quinze brebis, immobiliser et évaluer la santé d’un animal et son état corporel, parer des onglons et répondre à un questionnaire sur la génétique et les races… Un parcours du combattant. Surtout pour les moins aguerris. Et ils sont nombreux. « Deux minutes pour parer quatre pattes, c’est chaud quand même », glisse un jeune, quelques instants avant de se jeter dans l’arène. Comme lui, la plupart des participants ne viennent pas de familles de bergers. « Seuls 10 ou 15 % des jeunes ont baigné dans le milieu ovin », confirme Jean-Pierre Saulet-Moës, conseiller à la Chambre d'agriculture et organisateur de la finale. Alors pour préparer les novices, le spécialiste a organisé trois journées d’entraînement en amont. C’est court, mais les étudiants apprennent beaucoup. « Avant je ne savais même pas coucher une brebis », confesse Camille, du lycée d’Obernai. 10 % d'agneaux en plus d'ici 2020 Ces journées permettent aussi d’initier les élèves au métier de moutonnier. « C’est l’esprit des ovinpiades », sanctionne Jean-Pierre Saulet-Moës. La compétition intègre le programme Inn’ovin, porté par l’interprofession de la viande (Interbev). Inn’ovin cherche à assurer la relève d’une filière vieillissante. Un communiqué de l’organisme avance des chiffres inquiétants. « 61 % des éleveurs de brebis allaitantes et 39 % des éleveurs de brebis laitières partiront à la retraite au cours des 15 prochaines années. » En parallèle, Inn’ovin veut augmenter le nombre d’agneaux élevés en France de 10 % d'ici 2020. Pour atteindre cet objectif, pas le choix, il faut recruter de nouveaux bergers. Les ovinpiades éveillent-elles donc vraiment des vocations ? Cinq mille jeunes ont participé à la compétition dans toute la France depuis 2013. Difficile toutefois de savoir combien d’entre eux ont décidé de s’installer en élevage ovin par la suite. Cela n’a pas grande importance aux yeux de Jean-Pierre Saulet-Moës. « Ceux qui ne persévèrent pas auront au moins des bases, explique-t-il. S’ils ont affaire à des moutonniers dans leur vie professionnelle, ils sauront de quoi ils parlent. » « Quand on tombe amoureux des moutons, on n'en sort pas » Même si la majorité des participants ne se lancera pas dans le métier, certains sortent du lot. Comme Dimitri Hundzinger, le favori de la finale. Ce grand blond ne vient pas d’une famille d’éleveurs, mais il aide un berger de Sarrebourg depuis ses 10 ans. « Quand on tombe amoureux des moutons, on n’en sort pas », lance-t-il d’une voix paisible. Il a entamé sa deuxième année d’apprentissage auprès de l’éleveur Sébastien Ory. L'étudiant au CFA d'Obernai évoque avec des étoiles dans les yeux « la transhumance, tous les hivers. 120 km entre Sarrebourg et Toul. » L’apprenti nourrit un rêve : s’installer comme berger. Mais il part de zéro. Alors il est prêt à travailler auprès d’un berger pendant quelques années. Histoire de se faire la main. Le chemin s’annonce semé d’embûches. Mais Dimitri a déjà remporté une victoire mercredi. Il est monté sur la première marche du podium des ovinpiades. Lui et Lucas Lang, son dauphin, iront prouver leurs aptitudes à Paris, en février prochain.

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