Stratégie
Passer à la case pâture
Stratégie
Publié le 25/06/2019
À Woellenheim, l’Earl du Haut-Village a remis ses vaches au pré. Un peu pour des raisons économiques, beaucoup par conviction.
« C’est juste un plaisir de voir ses vaches se diriger en file indienne dans le chemin qui les amène à la pâture. » Gauthier Christ, associé de l’Earl du Haut-Village, a le sourire en marchant vers la stabulation mise en service en janvier 2018. Ses laitières ont désormais accès à 20 ha d’herbe via une allée centrale créée pour l’occasion. Aux 10 ha de prairies naturelles existants, les associés de l’Earl ont ajouté à la mi-avril 2018 une surface similaire en semant en direct 25 kg/ha d’un mélange de RGA, de trèfle blanc et de fétuque. En 2018, les vaches sont sorties en mai et juin ainsi que fin août. Cette année, la mise à l’herbe a eu lieu début mars. D’abord de jour, puis à partir de fin mai, le soir et la nuit. « Nous n’avons pas d’ombre, mais nous allons en récupérer en semant de l’herbe sous 4 ha de peupliers communaux, explique Gauthier. Nous cherchons encore un peu nos marques. Le pâturage au fil 24 heures sur 35 ares pour le troupeau entier marche le mieux. » La difficulté première a été de motiver pour la pâture des animaux habitués à recevoir à l’auge une ration disponible sans effort. « Nous avons passé deux jours à les pousser. Sans grand résultat. Seule une moitié était prête à quitter la stabulation. Le rationnement a permis de faire monter ce taux à 70 %. En général, elles restent deux heures dehors, reviennent à la traite et ressortent. À présent, j’ouvre les barrières, aux vaches de décider. Notre seule intervention va être l’aménagement en tête de logettes d’un couloir de retour obligatoire qui les orientera directement vers la pâture. » Valoriser une ressource locale La fréquentation des trois salles de traite a baissé au début de la pâture, mais s’est rétablie à 2,8 passages par vache et par jour. Pour l’heure, Gauthier n’a constaté ni variation de la production, ni des taux. « Les vaches ne mangent pas encore beaucoup d’herbe. Elles consomment environ 20 % de leur alimentation au pré. Sur cinq à six ans, l’objectif est d’atteindre 50 % en période de pousse, au printemps et à l’automne. L’idéal serait une ration de base à 80 % d’herbe sur l’année pour 20 % de maïs purée », précise-t-il. Pour l’heure, la ration est à base d’ensilages (herbe, maïs) et de pulpes avec jusqu’à 8 kg de concentré fermier et de tourteau de soja distribués au robot de traite. Début 2018, l’atelier a adopté le principe d’une alimentation non OGM. « Nous avons essayé des radicelles d’orge et du corn gluten feed sec. Nous avons arrêté les premiers et sommes revenus à la version humide du second. Le remplacement du tourteau de soja par du tourteau de colza seul a occasionné trop de refus et le changement trop fréquent de ration a provoqué des problèmes de subacidose. Nous avons donc racheté un aliment du commerce avec plus de colza que de soja. Nous le complétons avec du maïs broyé. » Remettre la pâture au menu des vaches fait partie du projet initial de la nouvelle stabulation des associés. « Notre idée est qu’il faut valoriser la ressource locale. Avec les achats d’herbe sur pied, nous consommons annuellement la production de 200 ha », précise Gauthier. La coïncidence a voulu qu’Alsace Lait qui collecte l’élevage, décide simultanément de payer une prime de 15 €/1 000 l pour que tout le troupeau laitier pâture au minimum 120 jours par an, six heures par jour. « La pâture plaît au grand public, aux vaches et aux éleveurs », résume Gauthier. « Communiquer sur une vache au pré sert l’image de l’agriculture. Mais la prime ne compense pas le surcoût que représente l’implantation de l’herbe, le temps passé à gérer les parcs. En revanche, la pâture diminue le volume d’effluents à épandre et la pression de la dermatite digitée. Nous sommes persuadés que le bilan ne peut que s’améliorer sur la durée. »












