Publié le 03/07/2019
La famille Wendling se lance dans les poules pondeuses bios. Elle a inauguré le bâtiment qui accueillera les 9 000 volailles, samedi 29 juin, à Lupstein, près d’Hochfelden. Une idée d’Odile, la maman, pour sa reconversion professionnelle.
« C’est ma journée », glisse Odile Wendling. Sa voix douce et son visage souriant dissimulent mal une excitation teintée du stress de l’événement. Quelques instants plus tôt, la petite dame a tenu à remercier une par une les personnes qui l’ont aidée ces douze derniers mois. Elle a ensuite coupé le ruban. Car samedi matin, elle inaugure son bâtiment d’élevage de poules bios. Le hangar a été érigé à 50 mètres de l’étable où ruminent les vaches de son époux, Jean-Christophe, aux abords de Lupstein (67). Ces murs de tôle représentent un cap dans la vie professionnelle d’Odile. Tout commence l’an dernier. Odile travaille alors comme vendeuse dans le magasin de la ferme Rothgerber, à Traenheim. Son patron lui donne l’idée au détour d’une phrase. Et si elle se lançait dans les poules pondeuses ? Presque une blague. À 47 ans, Odile a déjà un emploi du temps chargé. Un travail, des enfants, la ferme du mari… Et surtout, elle n’y connaît rien en volailles. « Je savais qu’il y avait une grosse demande, alors je lui en ai parlé comme ça, sans trop réfléchir », explique Timothée Rothgerber avec le sourire de celui qui a bien réussi son coup. D’une plaisanterie à un projet de vie Mais les mois passent et la boutade ne quitte plus l’esprit d’Odile. La plaisanterie devient une option intéressante. Puis une éventualité sérieuse. Alors un soir, « j’en parle à mon mari et il me dit : « Ben oui, pourquoi pas » », rembobine l’agricultrice. La machine est lancée. Timothée, encore lui, connaît des acheteurs via le groupement d’intérêt économique Alsace Authentique. Il lui présente André Bastady. Cet éleveur de volailles du Sundgau souhaite acheter des œufs bas-rhinois pour fournir les restaurants, boulangeries et supermarchés du département. « Le feeling est tout de suite passé entre nous », témoigne la future productrice. On la comprend. Le volubile André Bastady attire tout de suite la sympathie. Surtout, il connaît son business. « Seuls 7 % des œufs bios consommés en Alsace viennent d’Alsace, estime l’entrepreneur. On a encore de belles années devant nous. » Son plan ? Ses camions livrent déjà dans l’Eurométropole. Mais une fois la course terminée, ils rentrent à vide dans le Haut-Rhin. « Une aberration écologique », dixit André. Désormais, ses livreurs poursuivront leur route jusqu’à Lupstein et repartiront la remorque pleine d’œufs de l’élevage d’Odile. Affaire conclue. Les deux producteurs signent un contrat commercial. Pondoirs, caillebotis et jardin d’hiver Odile a trouvé un client. Reste à construire le bâtiment. En mars 2019, le chantier démarre. Jean-Marc Frobert, gérant de la société BFC Constructions, conçoit un hangar d’une capacité de 9 000 poules selon le système pondoirs et caillebotis. Il installe des trappes aux murs pour que les poules sortent à l’air libre. Du classique. Sauf le « jardin d’hiver », comme aime l’appeler le constructeur. Une sorte de sas couvert entre le bâtiment et la promenade extérieure. « Depuis la grippe aviaire on en construit de plus en plus », remarque le chef du chantier. Côté promenade, de grandes ouvertures grillagées laissent entrer la lumière. Le rôle de cet espace ? Diminuer le confinement des animaux. « Les volailles peuvent sortir du bâtiment même quand il y a de la neige, vante Jean-Marc. Ce n’est pas tout à fait l’extérieur, mais ce n’est plus l’intérieur. » L’investissement global dépasse le demi-million d’euros. « J’ai perdu une très bonne vendeuse » En parallèle, Odile se prépare à son nouveau métier. En décembre, elle quitte son poste de vendeuse chez Timothée Rothgerber. L’agriculteur de Traenheim à l’origine de son projet. Elle crée la structure juridique de sa nouvelle activité. Ce sera l’EARL L’Atelier à œufs. Simple. Efficace. Et puis elle se forme. « André Bastady nous a fait visiter des poulaillers, j’ai beaucoup discuté avec les producteurs. » Elle lit des articles techniques, suit des formations sur les maladies animales à la Chambre d'agriculture. Bref, elle apprend le b.a.-ba de la profession. Ce saut dans l’inconnu ne lui fait pas peur ? « Il faut un certain courage c’est sûr, admet-elle sans fausse modestie. Toute ma famille me soutient, donc ça va. » Ses deux filles de 20 et 18 ans réfléchissent d’ailleurs à s’installer avec elle d’ici quelques années. Désormais, place à la pratique. Les poules devaient arriver lundi 1er juillet à 12 h 30 précises. Dans son bâtiment encore vide, Odile affiche une sérénité bluffante. « Je me sens bien », confirme-t-elle avec la voix de celle qui s’est repassée l’année écoulée des dizaines de fois. Plus loin, les invités discutent autour de knacks et d’amuse-bouches. Timothée Rothgerber fait mine de regretter : « Finalement j’aurais dû me taire, j’ai perdu une très bonne vendeuse ». Et André Bastady de reprendre à la volée : « Et moi j’ai gagné une productrice ». Première livraison prévue courant juillet.












